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Full text of "Oeuvres poétiques de Christine de Pisan"

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University  of  Toronto 


http://www.archive.org/details/oeuvrespotiqu01chri 


SOCIÉTÉ 


ANCIENS  TEXTES  FRANÇAIS 


ŒUVRES  POETIQUES 

DE 

CHRISTINE   DE   PISAN 


Le  Puy,  imprimerie  d:  Marchcssou  filSj  boulevard  Saint-Laurent,  23. 


OEUVRES  POETIQ.UES 


CHRISTINE  DE  PISAN 


PUBLIEES 


MAURICE  ROY 


TOME  PREMIER 

BALLADES,    V^iRELAIS,    LAIS,    RONDEAUX     JEUX    A    VENDUE 
ET    COMPLAINTES    AMOUREUSES 


^'^q'^^ 


PARIS 
LIBRAIRIE    DE    F  I  R  M  I  N    D  I  D  O  T    ET   C*  '^ 

RUE    JACOB,     56 


M    D  C  C  C    L  X  X  X  V  I 


APR  1 5 1936 


Publication  proposée  à  la  Société  le  2  3  avril  1884. 
Approuvée  par  le  Conseil  le  25  février  i885,  sur  le  rapport 
d'une  commission  composée  de  MM.  Meyer,  Paris  et  Raynaud 

Commissaire  responsable  : 
M.  P.  Meyer. 


pa 

1886 


INTRODUCTION 


îNE  vie  complète  de  Christine  de  Pisan  ne 
M  pourra  être  utilement  élaborée  que  le  jour  où 
les  œuvres  de  cette  célèbre  femme  auront  été 
entièrement  publiées  et  seront  enfin  sorties  de  Toubli 
dans  lequel  elles  demeurent  injustement  depuis  plus 
de  quatre  siècles.  Nous  tenterons  de  l'écrire  si  nous 
réussissons  à  mener  à  bonne  fin  la  tâche  que  nous 
nous  sommes  imposée.  A  l'heure  présente  il  semble 
plus  prudent  de  donner  seulement  au  lecteur  un 
simple  aperçu  biographique,  contenant  quelques 
notions  indispensables  ,  et  de  lui  indiquer  rapide- 
ment les  sources  principales  auxquelles  il  pourra  pui- 
ser de  plus  amples  informations  ; 


Jean  Boivin.  —  Vie  de  Christine  de  Pisan  {Mê- 
moires  de  l'Académie  des  Inscriptions  et  Belles-Let- 
tres, II  (i  736),  p.  704-14). 

Abbé  Sallier.  --  Notice  sur  Christine  de  Pisan 
T.  I  a 


II  INTRODUCTION 

(Mémoires  de  l'Académie  des  Inscriptions,  XVII 
(1751),  p.  5i5-25). 

M"^  de  Kéralio.  —  Collection  des  meilleurs  ou- 
vrages composés  par  des  dames.  Paris,  1787,  II. 

Raimond  Thomassy.  —  Essai  sur  les  écrits  poli- 
tiques de  Christine  de  Pisan.  Paris,  i838. 

Robineau.  —  Christine  de  Pisan,  sa  vie  et  ses 
œuvres.  Saint-Omer,  1882. 

P'riedrich  Koch.  —  Leben  und  Werke  der  Chris- 
tine de  Pi^an.  Goslar,  i885. 

Indépendamment  des  indications  fournies  par  les 
ouvrages  précités,  de  nombreuses  et  consciencieuses 
recherches,  tant  dans  les  archives  de  France  que  dans 
celles  d'Italie,  pourront  seules  donner  des  détails  bio- 
graphiques ignorés  jusqu'ici. 

Une  étude  approfondie  de  Tensemble  de  l'œuvre  de 
Christine  apportera  en  même  temps  un  précieux  con- 
tingent à  l'histoire  de  sa  vie  de  de  son  influence  litté- 
raire. Car  dans  ses  travaux  mêmes  l'auteur  s'est  plu  à 
parler  de  ses  propres  impressions,  à  soulever  discrè- 
tement le  voile  de  sa  vie,  à  retracer  ses  joies  et  ses 
malheurs;  mais  de  toutes  ses  compositions  la  Muta- 
tion de  Fortune  et  la  'Vision  ont  été  surtout  les  dé- 
positaires de  ses  sentiments  personnels. 

Voici  quant  à  présent  les  grands  traits  de  la  vie  de 
notre  poète  : 

Christine  de  Pisan  naquit  à  Venise  vers  i  363.  Son 
père,  homme  distingué,  avait  épousé  la  fille  d'un  con- 


INTRODUCTION  III 

seiller  de  la  République  vénitienne,  charge  à  laquelle 
l'appelèrent  bientôt  lui-même  l'estime  et  la  considéra- 
tion de  ses  compatriotes.  Thomas  de  Pisan  jouissait 
en  même  temps  d'une  grande  réputation  de  philoso- 
phe et  d'astrologue.  La  renommée  de  son  savoir  et 
de  son  mérite  étant  parvenue  jusqu'à  la  cour  de 
France,  Charles  V  iui  fit  des  offres  avantageuses  pour 
l'attirer  et  l'attacher  à  sa  personne.  Notre  savant  ita- 
lien ayant  obtenu,  avec  les  bonnes  grâces  du  souve- 
rain, une  place  dans  le  Conseil  royal,  se  résolut  bien- 
tôt à  adopter  une  nouvelle  patrie  et  fit  venir  auprès 
de  lui  toute  sa  famille.  Sa  femme  et  la  jeune  Chris- 
tine, âgée  seulement  de  cinq  ans,  magnifiquement 
parées  de  riches  costumes  vénitiens,  arrivèrent  au 
Louvre  (i368)  et  furent  présentées  au  roi  qui  leur  fit 
le  plus  gracieux  accueil. 

Elevée  au  milieu  de  cette  cour  de  France,  alors 
aussi  renommée  par  sa  magnificence  que  par  la  dis- 
tinction des  personnes  qui  la  fréquentaient,  Christine 
de  Pisan  y  développa  par  une  instruction  soignée, 
par  une  éducation  empreinte  du  meilleur  ton  et  des 
sentiments  les  plus  recherchés,  les  précieuses  disposi- 
tions dont  la  nature  avait  si  heureusement  doté  son 
intelligence  supérieure.  A  peine  fut-elle  parvenue  à 
sa  quinzième  année  (iSyS)  que  les  charmes  de  son 
esprit  et  de  sa  personne  la  firent  rechercher  d'un 
grand  nombre  de  gentilshommes,  mais  son  père  fixa 
son  choix  sur  un  jeune  homme  d'une  bonne  maison 
de  Picardie,  Etienne  du  Castel,  dont  les  qualités  et  le 
mérite  tenaient  lieu  des  avantages  de  la  fortune. 


IV  INTRODUCTION 

L'avenir  qui  semblait  s'ouvrir  plein  de  promesses 
heureuses  pour  ces  jeunes  époux,  réservait  cependant 
à  Christine  de  dures  épreuves;  les  premières  années 
de  son  mariage  furent  le  point  de  départ  de  ses  infor- 
tunes et  de  ses  malheurs.  Le  roi  mourut  le  i6  sep- 
tembre i38o.  Thomas  de  Pisan,  déchu  de  son  crédit 
et  éloigné  de  la  Cour,  ne  survécut  que  quelques  an- 
nées à  son  maître  et  à  son  bienfaiteur.  Etienne  du 
Castel,  par  sa  valeur  personnelle  et  par  l'influence 
que  lui  donnait  sa  charge  de  secrétaire  du  roi,  con- 
tinuait encore  les  traditions  de  la  famille  de  son  beau- 
père,  lorsqu'il  fut  emporté  lui-même  par  une  maladie 
contagieuse  à  l'âge  de  04  ans  (iSSg).  Christine  qui 
n'avait  que  25  ans  reste  veuve  avec  trois  enfants. 
Plongée  dans  sa  profonde  douleur  elle  est  encore  at- 
tristée par  de  nombreux  procès  avec  des  débiteurs  de 
mauvaise  foi  et  par  des  pertes  d'argent  qui  en  furent 
la  conséquence;  c'est  alors  qu'elle  demande  au  tra- 
vail, à  la  poésie,  à  la  littérature,  la  consolation  et 
l'oubli  de  ses  peines.  Elle  commence  une  vie  nou- 
velle, entièrement  consacrée  à  l'étude,  mais  plus  heu- 
reuse en  douces  satisfactions.  Son  talent  se  révélera 
d'abord  dans  des  poésies  légères,  pleines  de  charme 
et  de  saveur,  jusqu'au  jour  où  l'essor  de  son  génie 
rélèvera  à  la  hauteur  des  grandes  compositions  qui 
ont  immortalisé  son  nom. 


DESCRIPTION    DES    MANUSCRITS 


DESCRIPTION    DES    MANUSCRITS 


Christine  de  Pisan,  que  sa  situation  précaire  avait 
engagée  à  tirer  parti  de  son  instruction  et  de  son  re- 
marquable talent,  devait  rechercher    avec    empres- 
sement toute  occasion  destinée  à  lui  procurer  quel- 
ques  ressources.   Aussi   fit-elle   exécuter   un   grand 
nombre  de  copies  de  ses  œuvres,  afin  de   les  offrir 
aux  princes  et  aux  riches  seigneurs   auxquels   leur 
amour  pour  les  lettres  et  la  réputation  de  Fauteur 
faisaient  un  devoir  d'apprécier  ces  gracieux  homma- 
ges à  leur  juste  valeur.  Cette  multiplicité  de  manus- 
crits rend  aujourd'hui  plus  lourde  et  plus  difficile  la 
tâche  que  doit  s'imposer  tout  éditeur  consciencieux. 
En  raison  de  cette  considération  nous  avons  cru  pré- 
férable de  préparer  pour  chaque  tome  une  préface 
donnant  la  liste  et  l'appréciation  des  manuscrits  ren- 
fermant les  œuvres  que  nous  devons  publier. 

Notre  riche  Bibliothèque  nationale  possède  plu- 
sieurs recueils  contenant  les  poésies  dont  nous  offrons 
le  texte  dans  ce  premier  volume. 

A\  —  (Bibl.  Nat.  F.  français  835,  606,  836  et 
6o5).  Ces  quatre  volumes  forment  le  ms.  qui  doit  ser- 
vir de  base  à  cette  édition,  l'exécution  en  fut  préparée 
et  surveillée  par  Christine  elle-même  qui  le  destinait 


VI  INTRODUCTION 

au  duc  de  Berry;  il  est  ainsi  décrit  dans  les   Inven- 
taires publiés  par  M.  L.  Delisle  ^ 

«  Un  livre  compilé  de  plusieurs  balades  et  ditiés,  fait  et 
composé  par  damoiselle  Cristine  de  Pisan,  escript  de  lettre 
de  court,  bien  historié  et  enluminé,  lequel  Monseigneur  a 
acheté  de  la  dite  damoiselle  200  escus.  —  Tous  mes  bons 
jours.  —  5o  liv.  (Evaluation  faite  à  la  requête  des  exécuteurs 
testamentaires  du  duc  de  Berry).  —  Inventaire  de  l'année 
i4i3,  Arch.  nat.  KK  258.  —  Inventaire  de  l'année  1416^ 
Bibl.  Sainte-Geneviève .j  nis.  L.  54  f.  —  Baillé  à  la  Duchesse 
de  Bourbonnais  ». 

M.  L.  Delisle  n'a  pas  rapporté  cette  mention  au 
ms.  de  la  Bibl.  nat.  qui  porte  actuellement  le  n°  835 
du  fonds  français  parce  qu'une  interversion  de  feuil- 
lets l'a  empêché  d'établir  la  concordance  du  premier 
vers  du  second  feuillet,  «  Tous  mes  bons  jours.  » 

Cette  identification  reconnue,  nous  devons  en  outre 
faire  remarquer  que  le  ms.  de  la  bibliothèque  du  duc 
de  Berry  est  aujourd'hui  divisé  en  quatre  fragments 
portant  les  n"'  835,  606,  836  et  6o5.  Les  œuvres  que 
renferment  ces  quatre  tomes  offrent  une  numérota- 
tion continue,  ainsi  qu'il  suit  : 

Le  ms.  835  contient  les  articles  1  à  i3  : 

1  Cent  Ballades, 

2  Virelais. 

3  Ballades  «  d'estrange  façon  » . 

4  Lais. 

5  Rondeaux. 

I.  Le  Cabinet  des  ma)iuscrits  de  la  Bibliolhè.jue  nationale,  III, 
p.  193. 


DESCRIPTION    DES    MANUSCRITS  VII 

6  Jeux  à  vendre. 

7  Ballades  de  divers  propos. 

8  Épitre  au  dieu  d'Amours. 

9  Complainte  amoureuse. 

10  Le  Débat  de  deux  Amants. 

1 1  Le  Dit  des  trois  jugements  amoureux. 

12  Le  Dit  de  Poissy. 

i3  Les  Epitres  sur  le  Roman  de  la  Rose. 
Le  ms.  Do6  renferme  l'art.  14  : 

14  L'Épitre  d'Othéa. 

Le  ms.  836  comprend  les  art.  i5  à  21  : 

1 5  Le  Chemin  de  long  estude. 

16  Les  Enseignements  moraux. 

17  Oraison  Notre  Dame. 

18  Les  quinze  joies  Notre  Dame. 

19  Le  Dit  de  la  «  Pastoure  ». 

20  Oraison  Notre  Seigneur. 

21  Le  duc  des  vrais  amants. 

Enfin  le  ms.  6o5  complète  le  vol.  par  les  art.  22 
à  25. 

22  Épitre  à  la  Reine  Isabelle. 
2  3  Épitre  à  Eustache  Morei. 
24  Proverbes  moraux. 

2  5  Le  livre  de  Prudence. 
Ces  divers  n°*  d'articles,  indiquant  l'ordre  dans  le- 
quel les  différentes  pièces  ont  été  transcrites,  permettent 
ainsi  de  reconstituer  d'une  façon  certaine  l'ensemble 
du  ms.  tel  qu'il  était  à  l'origine.  D'ailleurs,  si  quelque 
doute  subsistait  encore  après  ce  rapprochement  pour- 
tant bien  caractéristique,  il  serait  vite  dissipé  par  un 


VUI  INTRODUCTION 

examen  sommaire  de  l'écriture,  de  la  disposition  iden- 
tique des  quatre  fragments,  de  Tenluminure  des  mi- 
niatures ou  des  lettres  ornées,  dues  certainement  à  la 
même  plume  et  au  même  pinceau. 

M.  Paulin  Paris  '  avait  déjà  reconnu  Tancienne  com- 
position du  ms.  pour  les  fractions  portant  les  n"*  835, 
836  et  6o5,  mais  il  n'a  pas  reconstitué  la  totalité  du 
volume.  M.  L.  Delisle  a  également  soupçonné  cette 
corrélation  sans  l'expliquer  et  en  l'étendant  plus  qu'il 
n'est  légitime,  car  il  semble  faire  rentrer  dans  la  même 
famille  des  mss.  tout  à  fait  disparates  ~. 

Celte  division  existait  d'ailleurs  dès  le  commence- 
ment du  xvi^  siècle,  ainsi  qu'il  est  permis  de  le  cons- 
tater par  trois  mentions  que  la  même  main  a  tracées 
à  cette  époque  sur  le  premier  feuillet  de  garde  collé 
aujourd'hui  à  la  reliure  des  mss.  835,  6o6  et  6o5.  La 
première  note  indique  les  œuvres  contenues  dans  le 
fragment  835,  la  seconde  (ms.  6o6)  est  ainsi  con- 
çue :  «  En  ce  livre  a  cent  une  hystoire  et  xlvi  feuil- 
letz  escriptz,  et  fut  reveu  par  frère  le  ii^  jour 

^de  avril  Mil  V''  et  dix  »,  la  troisième  mention  donne 
la  même  date.  Il  est  donc  probable  qu'à  l'origine 
le  ms.  se  trouvait  en  cahiers  simplement  rattachés 
entre  eux,  mais  non  recouverts  d'une  reliure,  et 
que  pour  le  consulter  plus  facilement  on  le  sépara 
bientôt  en  plusieurs  parties  qui  furent  reliées  et  in- 
ventoriées comme   autant   de  livres   différents.    Le 

1.  Manuscrits  françois  de  la  Bibl.  du  Roi,  V,  180,  et  VI,  Sgo 
402. 

2.  Inventaire  des  mss.  français,  I,  p.  74. 


DESCRIPTION    DES   MANUSCRITS  IX 

fragment  835  fut  d'abord  relié  en  velours  rouge, 
aujourd'hui  il  l'est  en  maroquin  rouge  aux  armes  de 
France  sur  les  plats,  à  la  fleur  de  lis  sur  le  dos  ;  le 
ms.  836  était  également  recouvert  de  velours  rouge,  et 
aujourd'hui  de  veau  racine  au  chiffre  de  Louis  XVIII 
sur  le  dos.  Quant  à  la  reliure  des  autres  fractions  elle 
paraît  avoir  été  identique,  ainsi  qu'il  résulte  des  ren- 
seignements que  l'on  trouvera  plus  loin  dans  l'inven- 
taire de  la  Bibliothèque  des  ducs  de  Bourbon. 

Ces  différents  fragments  réunis  forment  un  superbe 
ms.  composé  des  principales  poésies  de  Christine,  ne 
comprenant  pas  moins  de  269  feuillets  et  illustré  de 
125  jolies  miniatures. 

Cette  reconstitution  nous  permet  en  outre  de  fixer 
d'une  façon  précise  l'époque  de  la  confection  du  recueil. 
En  effet,  l'œuvre  la  plus  récente  qui  y  soit  insérée  doit 
être  sans  aucun  doute  les  Épitres  sur  le  Roman  de  la 
Rose  en  tête  desquelles  se  trouve  la  lettre  d'envoi 
adressée  à  la  reine  Isabelle  et  datée  de  l'avant-veille 
de  la  Chandeleur  1407.  C'est  donc  dans  un  intervalle 
de  quatre  ans,  entre  1408  et  141 3  (date  du  premier 
inventaire  mentionnant  le  vol.  de  Christine)  que  notre 
ms.  a  été  préparé  et  offert  au  duc  de  Berry.  L'impor- 
tance de  l'ouvrage  et  la  valeur  des  oeuvres  qu'il  ren- 
ferme expliquent  maintenant  tout  le  prix  que  Jean  de 
Berry  devait  y  attacher  et  la  générosité  (200  écus) 
avec  laquelle  il  sût  reconnaître  l'hommage  de  l'auteur. 
Il  avait  du  reste  accueilli  avec  beaucoup  de  grâce  et 

I.  Ce  ms.  est  aujourd'hui  à  la  Bibl.  royale  de  La  Haye,  n"  701. 


X  INTRODUCTION 

de  largesse  le  Livre  du  Chemin  de  longue  étude  le 
20  mars  1403,  le  Livre  de  la  Mutation  de  Fortune 
en  mars  1404  ^,  les  Faits  et  Bonnes  mœurs  de  Char- 
les V,  le  i'^''  janvier  1405,  les  Sept  Psaumes,  le 
i^""  janvier  1410;  il  reçut  encore  plus  tard,  les  Faits 
d'Armes  et  de  Chevalerie^  le  i"  janvier  141 3,  et  le 
Livre  de  la  Paix  le  i'^''  janvier  141 4  ;  sa  riche  biblio- 
thèque renfermait  aussi  un  exemplaire  distinct  de 
VÉpitre  d^Othêa  et  le  livre  de  la  Cité  des  Da?nes  '  ; 
Christine  lui  avait  donc  offert  successivement  presque 
tous  ses  ouvrages. 

Le  précieux  ms.,  dont  nous  avons  reconstitué  l'en- 
semble, fut  recueilli  dans  la  succession  du  duc  de 
Berry  (inventaire  de  14 16),  par  sa  fille  Marie,  épouse 
de  Jean  P""  duc  de  Bourbon;  cette  princesse,  très 
versée  dans  l'étude  des  lettres,  conserva  de  la  su- 
perbe collection  de  son  père  41  mss.  qui  lui  furent 
attribués  pour  une  somme  de  2,5oo  liv.  ^;  on  estima 
bo  liv.  l'exemplaire  des  œuvres  de  Christine.  Notre  ms. 
prit  désormais  place  dans  la  librairie  que  les  ducs  de 
Bourbon  avaient  installée  dans  leur  château  de  Mou- 
lins, et  pendant  tout  le  xv^  siècle  resta  entre  les  mains 
de  ces  princes  qui  se  distinguèrent  autant  par  la  no- 
blesse de  leur  race  que  par  leur  goût  des  livres 
et  les  encouragements  qu'ils  aimaient  à  donner 
aux  savants  leurs  contemporains.  En  i523  lors- 
que François  l"^""  fit  saisir  les  biens  du  connétable  de 


1.  Fonds  français,  n"  607. 

2.  Voy.  Deiisle,  le  Cabinet  des  manuscrits,  I,  167. 


DESCRIPTION    DES    MANUSCRITS  XI 

Bourbon,  on  dressa  l'inventaire  de  la  librairie  de 
Moulins.  Un  commissaire  du  roi,  Pierre  Antoine,  en 
constata  l'état  le  19  septembre  i523  et  se  servit  à  cet 
effet  d'anciens  inventaires  qui  lui  furent  communiqués 
par  Mathieu  Espinete,  chanoine  de  Moulins,  commis 
à  la  garde  des  livres  du  duc  de  Bourbon.  Parmi  les 
nombreux  mss.  qui  ornaient  cette  riche  bibliothèque, 
nous  trouvons  sous  la  rubrique  suivante  (correspon- 
dant justement  à  la  date  des  mentions  inscrites  sur  les 
feuillets  de  garde  des  volumes  et  que  nous  avons  si- 
gnalées plus  haut;,  une  description  détaillée  et  exacte 
des  œuvres  comprises  dans  les  divers  fragments  qui 
formaient  à  l'origine  le  ms.  offert  par  Christine  au 
duc  de  Berry. 

«  Ce  sont  les  livres  qui  ont  été  restituez  et  aportez  de 
Paris  l'an  M.  Vc  X,  C'est  assavoir  : 

—  Ung  volume  ou  a  cent  ballades,  plusieurs  laiz  et  vi- 
relay,  l'espitre  au  dieu  d'amours,  le  débat  des  deux  amans, 
les  troys  jugemens,  le  dit  de  Poissy,  les  espitres  sur  le  rom- 
mant  de  la  Roze,  en  parchemin,  à  la  main. 

—  Ung  autre  ou  est  le  livre  du  chemin  de  long  estude, 
les  ditz  de  la  Pastour,  une  belle  oraison  de  Sainct  Gre- 
goires,  et  le  livre  du  duc  des  vraiz  amans,  en  parchemin, 
a  la  main. 

—  Ung  autre  volume  contenant  les  troys  livres  de  la  cité 
des  Dames,  en  parchemin,  à  la  main  (ms.  indiqué  à  l'inven- 
taire du  duc  de  Berry,  n«  293,  auj.  f.  fr.  607.) 

—  Ung  autre  volume  des  espitres  que  Othea  déesse  de  pru- 
dence envoya  a  Hector  de  Troye,  en  parchemin,  a  la  main. 

—  Ung  autre  volume  ou  est  écrit  le  livre  de  Prudence,  les 
proverbes  moraulx,  une  espitre  a  la  Roync  de  France,  une 
autre  a  Eustace  Morel,  en  parchemin,  a  la  main. 


XII  INTRODUCTION 

Lesdits  cinq  livres  sont  touz  couvers  de  veloux  rouge  et 
tenné,  garnys  de  fermaus  de  leton,  de  boulhons  et  carrées  ». 

(Inventaire  des  livres  qui  sont  en  la  librairie  du  chasteaii 
de  Molins.  ig  sept.  i523.  —  Bibl.  Nat.  coll.  Dupuy  ;  vol. 
438.  —  Publié  par  M.  Le  Roux  de  Lincy,  Paris,  i85o,  dans 
les  Mélanges  de  la  Société  des  bibliophiles  français.  — 
Réimprimé  par  M.  Ghazaud  à  la  suite  des  Enseignements 
d'Anne  de  France.  Moulins,  1878,  in-4°,  p.  255-6). 

Ces  mss.  furent  ensuite  transportés  au  château  de 
Fontainebleau  ou  François  P"^  se  glorifiait  d'avoir 
formé  une  des  collections  les  plus  considérables  de 
l'Europe.  La  Bibliothèque  du  Roi  revint  à  Paris  à  la 
fin  du  règne  de  Charles  IX  ;  notre  ms.  y  est  conservé 
depuis  cette  époque,  il  figure  en  effet  dans  les  inven- 
taires de  1620  (Rigault)  sous  les  cotes  ôgS,  672,  673  ; 
de  1645  (Dupuy)  comme  portant  les  n°^  408,409, 
466,  862,  et  enfin  dans  le  catalogue  de  1682  sous  les 
n°^  7088,  7089,  7216,  7217. 

A^  —  Musée  britannique,  Harl.  4431 .  —  Ornée  de 
riches  miniatures  et  d'une  exécution  très  soignée,  cette 
belle  copie  a  été  préparée  pour  être  offerte  à  la  reine 
Isabelle  de  Bavière,  comme  le  témoigne  la  Dédicace 
de  Christine  de  Pisan.  Il  est  probable  qu'à  l'époque 
des  malheurs  qui  affligèrent  la  France  au  xv^  siècle  ce 
ms.  fut  transporté  en  Angleterre.  Une  mention  ins- 
crite sur  un  feuillet  de  garde  permet  de  constater 
qu'au  xvii'  siècle  il  faisait  partie  de  la  collection  du 
duc  de  Newcastle;  cette  indication  est  ainsi  conçue 
«  Henry  Duke  of  Newcastle,  his  booke,  1676.  »  Le 
volume  renferme  398  feuillets  et  est  illustré  de  su- 


DESCRIPTION    DES    MANUSCRITS  Xlll 

perbes  miniatures  '.  Ce  bel  exemplaire  est  d'un  grand 
prix  en  raison  de  son  origine,  de  sa  richesse  e; 
de  la  qualité  de  son  texte,  mais  ce  qui  lui  donne 
surtout  une  valeur  exceptionnelle,  c'est  qu'il  ren- 
ferme un  certain  nombre  de  poésies  qui  n'existent 
pas  dans  les  divers  mss.  des  dépôts  publics  de  notre 
pays-,  il  nous  fournit  le  texte  de  cinq  nouvelles  balla- 
des et  de  quatre  rondeaux,  plus  une  complainte 
amoureuse  inconnue  jusqu'ici;  il  contient,  en  outre, 
un  poème  tout  entier  intitulé  «  Cent  balades  d'Amant 
et  de  Dame  »,  véritable  peinture  des  impressions  déli- 
cates et  variées  de  deux  amoureux  dont  les  sentiments 
sont  tracés  avec  beaucoup  de  grâce  et  d'expression. 
Cette  œuvre  assez  considérable  a  dû  être  composée 
uniquement  pour  la  reine  Isabelle  de  Bavière,  ainsi 
que  peuvent  le  laisser  supposer  quelques  mots  de  la 
Dédicace  et  de  la  première  ballade  ^'.  Ce  recueil  de 
ballades  n'est  mentionné  dans  aucune  des  publica- 

1.  Voy.  Bibliographe)''' s  Decameron,  par  Rev.  T.  F.  Dibdin,  Lon- 
don,  1817,  p.  134.  —  Schaw.  Dresses  and  Décorations  of  the 
Middle  Age,  London,  1843;  et  The  lUuminator's  Magasine,  1862, 
n"s  8  et  9. 

2.  Voy.  vers  5o  à  60  de  la  Dédicace  à  la  reine  Isabelle  et  le  pas- 
sage suivant  des  «  Cent  Balades  d'amant  et  de  dame  »  : 

Quoy  que  n'eusse  corage  ne  pensée 
Quant  a  présent  de  dits  amoureux  faire, 
Car  autre  part  adès  suis  a  pensée, 
Par  le  command  de  personne,  qui  plaire 
Doit  bien  a  tous,  ay  empris  a  parfaire 
D'un  amoureux  et  sa  dame  ensement, 
Pour  obeïr  a  autrui  et  complaire, 
Cent  balades  d'amoureux  sentement. 


XIV  INTRODUCTION 

tions  qui  comprennent  l'énumération  des  composi- 
tions poétiques  de  Christine  de  Pisan  et  nous  serons 
heureux  d'en  offrir  la  primeur  dans  Tun  des  volumes 
suivants.  Nous  donnons  dès  à  présent  la  Dédicace  à  la 
reine  Isabelle  : 

1  RÉs  excellent,  de  grant  haultesse 

Couronne'e,  poissant  princesse, 

Tre's  noble  royne  de  France, 
4  Le  corps  enclin  vers  vous  m'adresce 

En  saluant  par  grant  humbiece  ; 

Pry  Dieu  qu'il  vous  tiengne  en  souffrance 

Lonc  temps  vive,  et  après  Toultrance 
8  De  la  mort  vous  doint  la  richece 

De  Paradis,  qui  point  ne  cesse, 

Et  au  monde  sanz  decevrance 

Paix,  joye  et  toute  recouvrance 
12  De  quanqu'il  affiert  a  leece. 

Haulte  dame,  en  qui  sont  tous  biens, 

Et  ma  très  souvraine,  je  viens 

Vers  vous,  comme  vo  créature, 
i6  Pour  ce  livre  cy  que  je  tiens 

Vous  présenter,  ou  il  n'a  riens, 

En  histoire  n'en  escripture. 

Que  n'aye  en  ma  pensée  pure 
20  Pris  ou  stile  que  je  détiens 

Du  seul  sentement  que  retiens 

Des  dons  de  Dieu  et  de  nature, 

Quoy  que  mainte  aultre  créature 
24  En  ait  plus  en  fait  et  maintiens. 

Et  sont  ou  volume  compris 
Plusieurs  livres  es  quieulx  j'ay  pris 
A  parler  en  maintes  manières 


DESCRIPTION   DES    MANUSCRITS  XV 

28  Differens,  et  pour  ce  l'empris 

Que  on  en  devient  plus  appris 

D'oyr  de  diverses  matières, 

Unes  pesans,  aultres  legieres, 
32  A  qui  se  delitte  ou  pourpris 

Des  livres,  qui  maint  ont  en  pris 

Fait  monter  et  prendre  manières 

Belles;  si  doit  on  avoir  chieres 
36  Escriptures,  non  en  despris. 

Car,  si  que  les  sages  tesmoignent 

En  leurs  escrips,  les  gens  qui  songnent 

De  lire  en  livres  voulentiers, 
40  Ne  peut  qu'aucunement  n'eslongnent 

Ygnorence,  que  ceulx  ressongnent 

Qui  de  sens  suivent  les  sentiers, 

Si  en  valent  mieulx  ceulx  le  tiers, 
44  Voire  plus  qui  s'en  embesongnent 

Et  qui  la  peine  ne  ressongnent 

D'apprendre,  il  n'est  si  beaulx  mestiers 

Ne  qui  face  gens  si  entiers, 
48  Quoy  que  les  folz,  peut  estre,  en  grongnent 

Si  l'ay  fait,  ma  dame,  ordener 

Depuis  que  je  sceus  qu'assener 

Le  devoye  a  vous,  si  qu'ay  sceu 
52  Tout  au  mieulx  et  le  parfiner 

D'escripre  et  bien  enluminer. 

Dés  que  vo  command  en  receu, 

Selons  qu'en  mon  cuer  j'ay  conceu 
56  Qu'il  faloit  des  c'noses  iiner 

Pour  bien  richement  l'affiner 

A  fin  que  fust  apperceli 

Que  je  mets  pouoir,  force  et  sceu, 
60  Pour  vo  bon  vueil  entériner. 


XVI  INTRODUCTION 

Dont  VOUS  plaise,  très  haulte  et  digne, 
Le  prendre  en  gre',  tout  soye  indigne 
Que  mon  euvre  estre  présentée 

64  Vous  doye,  mais  vostre  bénigne 

Condicion  qui  ne  décline 
D'umilité,  très  redoubte'e 
Dame,  tout  soiez  hault  montée, 

68  Ne  vous  seufFre  en  fait  ne  en  signe 

Que  ne  soyez,  comme  royne 
Doit  estre,  humaine  et  arrestée; 
Et  pour  ce  ne  me  suis  doubtée 

72  Que  vous  l'ayés  a  ce  termine. 

De  mon  labour  et  lonc  travail 

Du  livre  que  mes  en  vo  bail, 

Qui  contient  grant  euvre  et  pénible, 

76  Combien  que  peut  estre  g'y  fail 

En  maint  lieux  parce  que  je  vail 
Trop  pou  en  sens,  bien  est  possible. 
Ne  vueillez  pas,  dame  sensible, 

80  Pour  tant  prendre  garde  au  defFail, 

Mais  a  ce  que  je  me  travail 
Voulentiers  de  ce  que  possible 
M'est  a  faire  en  chose  loisible, 

84  Qu'a  haulte  gent  voulentiers  bail. 

Si  suppli  en  conclusion, 

Haulte  dame  d'atraction 

D'empereurs  de  digne  mémoire, 
88  Qu'en  bénigne  devocion 

Vous  plaise  mon  entencion 

Prendre  en  gré,  qui  loyale  et  voire 

Est  et  sera,  et  si  notoire 
92  Geste  mienne  posicion 

Vous  soit  qu'a  tousjours  mencion 


DESCRIPTION    DES    MANUSCRITS  XVI! 

Soit  de  moy  en  vostre  mémoire. 
Si  que  vostre  grâce  m'avoire 
96  Qu'aye's  a  moy  affection. 

Le  ms.  du  Musée  Britannique  contient  les  mêmes 
formes  de  langue  que  nous  rencontrons  dans  le  ms, 
de  la  Bibl.  Nat.  Comme  ce  dernier  il  renferme 
5o  ballades  «  de  divers  propos  »,  tandis  que  29  seule- 
ment se  trouvent  dans  les  autres  mss.;  de  plus  il  n'ap- 
porte pour  ainsi  dire  pas  de  variantes  au  texte  du  ms. 
que  nous  avons  reconstitué  plus  haut  et  paraît  avoir 
été  confectionné  sur  le  même  plan  ou  d'après  les  mêmes 
documents,  mais  à  une  époque  un  peu  postérieure.  Il 
contient  en  effet  des  oeuvres  qui  ne  se  trouvent  pas 
dans  le  ms.  du  duc  de  Berry,  à  côté  duquel  nous  le 
jugeons  cependant  digne  à  tous  égards  de  prendre 
place. 

Toutefois,  malgré  les  avantages  que  peut  offrir  le  ms. 
du  Musée  britannique,  nous  n'avons  pas  eu  d'hésita- 
tion pour  adopter  dans  cette  édition  le  texte  du  ms. 
du  duc  de  Berry  et  lui  donner  la  préférence  pour  tou- 
tes les  poésies  qu'il  renferme.  Il  est  facile  du  reste 
d'invoquer  en  sa  faveur  les  meilleures  considérations, 
tirées  non  seulement  de  son  origine  bien  établie,  mais 
surtout  de  l'excellence  de  son  texte.  Enfin  une  der- 
nière raison,  et  elle  a  bien  son  importance,  il  est  de 
tous  les  mss.  que  nous  ayons  retrouvés,  celui  qui 
se  rapproche  le  plus  de  la  date  de  composition  des 
différentes  pièces  dont  il  donne  le  texte  ^ 

r.   La  confection  du  ms.  du  Musée  britannique  ne  peut  en  au- 
T.  I.  b 


XVIII  INTRODUCTION 

Ce  ne  sera  donc  que  pour  mémoire,  et  afin  d'établir 
une  généalogie  complète,  que  nous  signalerons  les 
mss.  suivants,  exécutés  vers  le  milieu  du  xv"^  siècle  et 
bien  inférieurs  sous  tous  les  rapports  aux  deux  mss. 
précédents  : 

BK  —  Le  ms.  604  du  fonds  français,  sur  vélin, 
très  volumineux  (3 1 4  feuillets),  mais  incomplet  de  plu- 
sieurs feuillets,  contient  la  plus  grande  partie  des 
œuvres  poétiques  de  Christine  ;  cependant  sa  prépa- 
ration est  restée  inachevée,  la  place  des  miniatures 
est  en  blanc  et  les  lettres  initiales,  destinées  à  recevoir 
une  ornementation,  ne  sont  même  pas  indiquées  ^  Il 
était  coté  dans  l'ancien  fonds  (Inventaire  de  1682) 
sous  le  n°  7087-,  et  provenait  de  la  collection  De  La 
Mare  n°  4i3. 

B'.  —  Le  ms,  12779  (174  feuillets),  à  peu  près  de 


cune  façon  être  considérée  comme  antérieure  à  celle  du  ms.  du  duc 
de  Berry.  Ces  recueils  contiennent  tous  deux  les  Epîtres  sur  le 
Roman  de  la  Rose  renfermant  une  pièce  datée  de  la  fin  de 
l'année  1407,  or  nous  avons  vu  que  notre  ms.,  figurant  à  l'inven- 
taire de  141 3,  a  dû  être  composé  entre  cette  dernière  date  et  1408, 
on  pourrait  tout  au  plus  admettre  que  les  deux  mss.  sont  absolu- 
ment contemporains,  mais  comme  Je  ms.  de  Londres  se  trouve 
complété  de  diverses  poésies  nouvelles,  il  est  logique  d'en  inférer 
qu'il  est  plus  jeune  de  quelques  années  que  son  frère  de  la  Bibl. 
Nat.  iVoy.  plus  loin  ce  que  nous  disons  au  sujet  des  ballades  de 
divers  propos.  Autres  Balades  %  vu,  p.  xxxvr.l 

I.  C'est  d'après  ce   ms.  inférieur  que  M.   Guichard   a  donné  le 
texte  des  Cent  Ballades  dans  le  Journal  des  savants  de  Normandie 


DESCRIPTION    DES   MANUSCRITS  XIX 

la  même  époque  que  le  précédent^  mais  plutôt  de  la 
seconde  moitié  du  xv^  siècle,  ne  présente  pas  grand 
intérêt;  défectueux  de  quelques  feuillets,  il  renferme 
des  miniatures  très  médiocres.  Il  a  appartenu  à  La 
Curne  de  Sainte-Palaye  qui  en  fit  faire  deux  copies, 
l'une  conservée  aujourd'hui  à  la  Bibliothèque  de 
l'Arsenal  sous  le  n°  3295  (provenant  de  la  collection 
Mouchet,  n°  6),  et  l'autre  à  la  Bibl.  Nat.  Fonds  Mo- 
reau,   1686  (Mouchet,  n°  8). 

B^.  —  Nous  devons  indiquer  en  même  temps  un 
autre  ms.  faisant  partie  de  la  même  famille,  et  déposé 
par  M.  le  comte  de  Toustain  chez  MM.  Morgand  et 
Fatout,  libraires  \  Il  contient  en  deux  volumes  pres- 
que toutes  les  poésies  de  Christine,  mais  il  est  abso- 
lument identique  pour  le  texte  aux  mss.  604  et  12779. 
Nous  ferons  également  remarquer  que  ce  ms.  porte, 
comme  ses  deux  contemporains  de  la  Bibl.  nat.,  la 
rubrique  suivante  inscrite  sur  la  feuille  de  garde  : 

«  Cy  commencent  les  rebriches  de  la  table  de  ce 
présent  volume,  fait  et  compilé  par  Christine  de  Pisan, 
demoiselle,  commencié  l'an  de  grâce  Mil  c.c.c.  iiij 
XX  xix,  Eschevé  et  escript  en  Tan  Mil  quatre  cens  et 
deux,  la  veille  de  la  nativité  Saint  Jean-Baptiste.  » 

Cette  mention,  qui  ne  peut  se  rapporter  qu"'à  la 


(année  1844,  p.  371  et  s.).  Cette  publication  est,  en   outre,  parse- 
mée de  fautes  ou  de  mauvaises  lectures. 

I.  Voir  le  Répertoire  général  de  la   librairie  Morgand  et  Fatout, 
1882,  p.  190  (no  1482). 


XX  INTRODUCTION 

date  de  composition  des  premières  poésies  conte- 
nues dans  ces  trois  mss.,  nous  fournit  une  indica- 
tion certaine  pour  établir  la  parenté  rapprochée  qui 
existe  entre  eux.  Cette  alliance  se  manifeste  sous  bien 
d'autres  rapports.  Nous  en  trouvons  la  preuve  dans 
Tordre  identique  suivi  pour  la  transcription  des  diffé- 
rentes pièces,  dans  le  nombre  des  ballades  de  divers 
pr'opos  qui  est  le  même  dans  les  trois  mss.,  dans  la 
forme  orthographique  des  mots,  dans  la  similitude 
des  variantes,  et  enfin  dans  certaines  lacunes  et  quel- 
ques vers  faux  qui  se  trouvent  rectifiés  dans  les 
mss.  A.  ^ 

Ces  divers  rapprochements  nous  ont  permis  de  re- 
constituer dans  le  tableau  suivant  la  généalogie  pro- 
bable des  mss.  contenant  les  œuvres  que  nous  publions 
dans  ce  premier  volume  : 

ORIGINAL 

I.  Voici  quelques  renvois  qui  prouvent  en  faveur  de  l'excellence 
du  texte  donné  par  la  famille  A  : 

Ainsi  les  vers  suivants  manquent  dans  la  fa-nille  B  :  Cent  Bal- 
lades, XI  vers  22  à  25,  XXIX  v.  12  et  21,  LXXII  v.  22  à  2b;  Vi- 
relais,  IX  V.  10  ;  /«r  Lai,  v.  73  et  74,  77,  208,  21 3,  241;  //«  Lai, 
v.  55,  61,  74  à  76,  212;  etc. 

De  plus,  les  vers  indiqués  ci-dessous  se  trouvent  justes  dans  A 
tandis  qu'ils  sont  faux  dans  B  :  Cent  Ballades,  III  vers  5,  XV  v.  16, 
XX  v.  7,  XXIX  V.  3,  XXXVIII  v,  i3,  XLIX  v.  18;  Virelais,  XIII 
v.  5;  Autres  Ballades,  VI  v.  6,  XII  v.  6,  etc. 

Nous  pourrions  multiplier  les  exemples,  mais  ces  indications 
nous  semblent  suffisantes  pour  édifier  le  lecteur. 


DESCRIPTION    DES    MANUSCRITS  XXI 

Les  quelques  indications  données  plus  haut  sur  la 
disposition  des  différentes  œuvres  d'après  les  familles 
de  manuscrits  et  sur  le  nombre  variable  des  compo- 
sitions, principalement  des  ballades  de  divers  propos , 
ressortiront  plus  clairement  encore  des  deux  tableaux 
ci-joints,  qui  seront  en  même  temps  les  meilleures 
pièces  justificatives  de  la  généalogie  que  nous  venons 
d'établir. 


XXII 


INTRODUCTION 


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XXIV 


INTRODUCTION 


TABLEAU    PRÉSENTANT    LA    CONCORDANCE 

DES    BALLADES    DE    DIVERS    PROPOS 

SELON    LES    FAMILLES    DE    MANUSCRITS     A     KV     B 


NOS  des 

Ballades  dans 

la  présente 

édition. 

I.  - 

II.  — 
lli.  - 

IV.  — 

V.  — 

VI.  — 

VII.  — 

VIII.  - 

IX.  — 

X.  — 

XI.  — 

XII.  — 

XIII.  — 

XIV.  — 

XV.  — 

XVI.  — 

XVII.  — 
XVUi.  — 

XIX.  — 

XX.  — 

XXI.  — 

XXII.  — 

XXIII.  — 

XXIV.  — 

XXV.  — 

XXVI.  - 

XXVII.  — 

XXVIII.  — 

XXIX.  — 

XXX.  — 

XXXI.  — 

XXXII.  — 

XXXIII.  — 
XXXIV 

à 
LUI. 


REFRAINS  DES    BALLADES 


N«5  des       M"  des 

Ballades      Ballades 

dans  la      dans  la 

famille  A.  famille  B. 


Car  qui  est  bon  doit  estre  appelle  riche.  i 

Si  com  tous  vaillans  doivent  estre 2 

Et    Dieux   vous   doinl  leur   bon    droit 

soustenir 3 

Et  honneur  en  toutes  querelles 4 

Avisons  nous  qu'il  nousconvient  mori?.  5 

Ne  les  princes  ne  les  daignent  entendre.  6 

Car  de  Juno  n'ay  je  nul  reconfort 7 

Il  veult  trestout  quanque  je  vueil S 

Amours  le  veult  et  la  saison  le  doit...  g 

Amours  le  veult  et  la  saison  le  doit. , .  10 

Assez  louer,  ma  redoublée  dame 11 

Si  qu'a  tousjours  en  soit  mémoire 12 

Vous  semble  il  que  ce  fausseté  soit  ?.. .  1 3 

Juno  me  het  et  meseûr  me  nuit. 14 

Se  Dieu  et  vous  ne  la  prenez  en  cure..  i5 

Ce  premier  jour  que  l'an  se  renouvelle.  » 

N'on  n'en  pourroit  assez  mesdire 16 

Ce  jour  de  l'an,  ma  redoublée  dame. ..  17 

Ce  jour  de  Tan  vous  soiez  estrené i<S 

Ce  plaisant  jour  premier  de  l'an  nouvel.  IQ 

Si  le  vueilliez  recepvoir  pour  estreine.  20 

Si  le  vueilliez,  noble  duc,  recevoir 21 

II)  Aime  le  ;  si  feras  que  sage » 

Failles  voz  faiz  a  voz  ditz  accorder.. ,. 

Le  corps  s'en  va,  mais  le  cuer  vous  de-  22 

meure 

Fleur  de  printemps,   muguet   et  fleur  23 

d'amours 24 

Et  certes  le  doulz  m'aime  bien 25 

■  Et  ce  vous  fait  a  tout  le  monde  plaire.  26 
•  En  ce  jolis  plaisant  doulz  moys  de  May.  » 

De  hault  honneur  et  de  chevalerie 27 

■  Sera  retrait  de  leur  haulte  vaillance. ...  28 
On  vous  doit  bien  de  lorier  couronner.  2g 

A  pou  que  mon  cuer  ne  font  i 3o 

D'entreprendre  armes  et  peine 3' 

Ces  ballades  existent  seulement  dans  les  ^2  à  5o 

iiïss.  de  la  famille  A  et  suivant  un  or-  

dre  identique;    remarquons  en    outre, 

que   l'écriture  de  A"   se  modifie  d'une  5o 
jacon  très  sensible  à  partir  de  la  bal- 
lade XL  (fol.  41  V.J 


9 
10 
1 1 
12 
i3 

14 
ib 
16 

17 
i8 

19 

» 

20 

21 


24 
2b 

26 
27 
28 
» 
29 


29 


(1)  Cette  ballade  se  trouve  dans  A  sous 
brique  «  Balades  d'estr ange  façon  ». 


DESCRIPTION    DES    MANUSCRITS  XXV 

L'ordre  dans  lequel  nous  donnons  les  poésies  de 
Christine  de  Pisan  est  sensiblement  le  même  que  celui 
adopté  dans  tous  les  mss.  ;  nous  avons  d'ailleurs  suivi 
exactement  la  disposition  du  ms.  du  duc  de  Berry,  il 
nous  a  été  seulement  indispensable  d'intercaler  les 
pièces  nouvelles  heureusement  retrouvées  dans  le  ms. 
du  Musée  britannique,  et  de  faire  un  simple  rappro- 
chement nécessaire  à  la  composition  du  cadre  du 
volume  ^ 

Les  petites  poésies  reproduites  dans  les  pages  qui 
suivent  forment  le  début  de  la  carrière  poétique  de 
Christine,  encore  tout  émue  de  son  veuvage  pré- 
maturé. Elles  ont  établi  sa  réputation  en  lui  atti- 
rant de  puissants  protecteurs  tels  que  la  reine  Isabelle 
de  Bavière^  le  duc  de  Berry,  la  duchesse  de  Bourbon  ; 
le  duc  d'Orléans;  Philippe  le  Bon,  duc  de  Bourgogne; 
Charles  d'Albret,  connétable  de  France,  etc.  Leur 
place  en  tête  de  cette  édition  était  donc  tout  indiquée. 
Nous  allons  du  reste  passer  en  revue  les  différentes 
œuvres  contenues  dans  notre  premier  volume  et  es- 
quisser rapidement  l'impression  que  nous  a  produite 
leur  lecture. 


I.  C'est  ainsi  que  nous  avons  dû  réunir  à  la  fin  du  volume  les 
deux  Complaintes  amoureuses,  bien  que  la  première  de  ces  com- 
plaintes soit  placée  dans  le  ms.  du  duc  de  Berry  après  VEpitve  au 
dieu  d'amours. 


XXVI  INTRODUCTION 


I.    —    CENT    BALLADES 


Les  Cent  Ballades  doivent  être  considérées  comme 
les  premiers  essais  de  Christine.  Elles  ne  sont  cer- 
tainement pas  postérieures  aux  rondeaux  et  autres 
petites  pièces  que  Fauteur  a  composées  dans  sa  jeu- 
nesse ;  d'ailleurs  dans  tous  les  mss.  elles  occu- 
pent le  premier  rang.  Rassemblées  à  la  prière  d'un 
ami  resté  inconnu  (voy.  ballade  C)  les  ballades  qui 
forment  ce  recueil  traitent  de  sujets  forts  différents  et 
paraissent  avoir  été  inspirées  à  des  époques  diverses 
ou  tout  au  moins  à  des  intervalles  de  temps  assez 
notables.  Car  la  date  de  la  mort  d'Etienne  du  Castel 
étant  connue  i,  il  a  été  possible  de  fixer  d'une  façon 
précise  l'époque  de  la  composition  de  deux  ballades, 
en  premier  lieu  la  ballade  IX,  écrite  cinq  ans  après 
la  mort  de  l'époux  regretté,  c'est-à-dire  en  1 394,  puis 
la  ballade  XX,  par  laquelle  nous  apprenons  que  le 
cœur  de  la  veuve  n'a  éprouvé  aucune  impression  de 
joie  depuis  près  de  dix  ans,  ce  qui  permet  d'assigner 


I.  Il  y  a  lieu  d'adopter,  selon  toute  vraisemblance,  l'année  iS^g 
comme  celle  de  la  mort  d'Etienne  du  Castel.  Au  commencement 
de  son  livre  du  Chemin  de  long  estude,  Christine  nous  apprend 
en  effet  que  son  deuil  remonte  à  environ  i3  ans,  et  comme  un  peu 
plus  loin  elle  ajoute  qu'elle  a  commencé  à  écrire  ce  pocme  au  mois 
d'octobre  1402,  la  date  de  iSSg  s'obtient  logiquement  de  ce  sim- 
ple rapprochement. 


(.    —    CENT    BALLADES  XXVIT 

à  cette  pièce  la  date  de  1099.  Nous  pensons  donc 
que  c'est  dans  un  intervalle  d'au  moins  cinq  ou  six 
années  qu'ont  dû  être  composés  la  plupart  de  ces 
morceaux  poétiques.  Il  était  d'ailleurs  d'usage  à  cette 
époque  de  réunir  ainsi  des  pièces  détachées,  inspirées 
dans  les  circonstances  les  plus  diverses  et  traduisant 
les  impressions  les  plus  opposées.  On  les  rassemblait 
en  nombre  suffisant  pour  former  un  livre  sous  la  ru- 
brique «  Cent  Ballades  ».  C'est  ainsi  que  la  cour 
d'amour  de  Louis  d'Orléans  nous  a  donné  le  livre 
des  Cent  Ballades  ^,  et  que  notre  poète  lui-même, 
comme  nous  l'avons  annoncé  plus  haut,  a  désigné 
sous  un  titre  analogue  ses  Ballades  «  d'' Amant  et  de 
Dame  » . 

Dès  les  premiers  vers  Christine  nous  prévient  qu'elle 
cède  à  de  pressantes  sollicitations  et  que  ses  poésies 
refléteront  la  douleur  qui  s'est  emparée  d'elle  depuis 
la  mort  de  celui  en  qui  consistait  tout  son  bonheur; 
«  Seiilette  » ,  tel  est  l'écho  de  ses  vers  ! 

Les  premières  ballades  sont  en  effet  empreintes  de 
la  plus  profonde  tristesse,  et  l'auteur  semble  se  com- 
plaire à  retracer  longuement  ses  regrets  amers  et  son 
désespoir,  mais  à  partir  de  la  vingt-et-unième  ballade' 
la  veuve  éplorée,  s'abandonnant  à  des  inspirations 
plus  séduisantes,  élève  ses  pensées  vers  les  régions  de 
l'amour  le  plus  pur,  et  peint  avec  une  exquise  sensi- 
bilité les  sentiments  si  divers  qui  peuvent  agiter  les 


I.  Le  livre  des  Cent  Ballades,  publié  par  M.  le  marquis  de  Queux 
de  Saint-Hilaire.  Paris,  1868. 


XXVIII  INTRODUCTION 

cœurs  de  ceux  qui  ont  aimé  ou  qui  aiment  encore. 

Christine  révèle  dans  cette  poésie  toute  la  richesse 
de  son  talent  et  de  son  art  des  développements  ;  elle 
déploie  ses  pensées  en  modulations  infinies,  et  exprime 
sous  les  formes  les  plus  variées  les  effets  d'un  même 
sentiment  ;  vingt  fois  elle  refait  chaque  pièce  sans  se 
répéter,  et  les  ballades  se  succèdent,  traduisant  sans 
cesse  la  même  idée,  et  cependant  ce  sont  toujours 
des  ballades  nouvelles. 

Ces  impressions  sont  touchantes  de  vérité  et  de 
simplicité,  mais  nous  ne  pouvons  y  voir,  comme  l'a 
supposé  M.  Paulin  Paris  \  l'image  des  sentiments 
personnels  de  l'auteur.  Car  l'aimable  poète  a  pris  soin 
lui-même  de  nous  prévenir  contre  toute  pensée  de  ce 
genre.  Ne  fallait-il  pas  d'ailleurs  expliquer  l'étrange 
contraste  que  produisent  ces  chants  d'amour  succé- 
dant à  des  cris  d'infortune  et  de  douleur  ? 

La  ballade  L  doit  faire  disparaître  les  moindres 
doutes,  Christine  y  fait  allusion  à  ses  scrupules  et 
s'excuse  de  traiter  de  sujets  d'amours  qui  paraissent 
se  rapporter  à  elle,  craignant  que  ce  ne  soit  un  motif 
d'insinuations  malveillantes  ^\  elle  ajoute  que  ces  pen- 
sées n'ont  nullement  les  tendances  que  l'on  pourrait 
supposer;  car,  bien   que  de  grands  seigneurs  aient 


1.  Voy.  Manuscrits  français  de  la  Bibliothèque  du  roi,  V,  p.  i52 
et  i53. 

2.  Les  diftérentes  pièces  des  Cent  Ballades  doivent  être  considé- 
rées essentiellement  comme  des  jeux  d'esprit  et  de  sentiment.  Il 
est  possible  que  certaines  d'entre  elles  traduisent  les  impressions 
ressenties  par  quelques  personnages  de  l'époque  ou  aient  été  com- 


I.    —    CENT   BALLADES  XXIX 

montré  pour  elle  de  Taffection,  son  cœur  ne  ressent 
aucune  impression  d'amour  ni  de  dépit,  elle  fait  d'ail- 
leurs appel,  dans  le  refrain  de  sa  ballade,  au  jugement 
de  «  tous  sages  ditteurs  » .  Plus  loin  (ballade  C)  la 
même  préoccupation  se  traduit  encore  dans  ses  deux 
vers  : 

Qu'on  le  tiengne  a  esbatement 

Sans  y  gloser  mauvaisement. 

Le  soin  que  la  célèbre  femme  met  à  défendre  sa 
réputation  pourrait,  jusqu'à  un  certain  point,  paraître 
exagéré,  si  Ton  ne  tenait  justement  compte  des  récri- 
minations violentes  qu'avait  dû  susciter  son  ardente 
polémique  contre  l'œuvre  la  plus  estimée  et  la  plus 
admirée  de  son  époque,  le  Roman  de  la  Rose. 

Celle  qui  excellait  à  retracer  dans  ses  vers  la  défense 
de  l'honneur  des  femmes  et  la  louange  de  leurs  ver- 
tus ^,  devait  bien  être  jalouse  pour  elle-même  de 
semblables  éloges.  N'avait-elle  pas  d'ailleurs  le  droit 
de  dissiper  les  moindres  doutes  qui  auraient  pu  planer 
sur  son  veuvage  irréprochable  et  d'étouffer  à  l'avance 
les  calomnies  de  ses  adversaires  ?  C'est,  comme  nous 
le  verrons  par  la  suite,  la  préoccupation  constante 

posées  à  l'intention  de  seigneurs  familiers  de  la  cour  de  Charles  Vf, 
mais  la  révélation  de  l'auteur  à  la  ballade  C 

Ne  les  ay  failles  pour  mérites 
Avoir  ne  aucun  paiement 

nous  interdit  de  penser  qu'il  ait  pu  transformer  son  talent  en  offi- 
cine de  compliments  et  de  complaintes  favorables  à  des  intrigues 
amoureuses. 

1.  Voy.  VEpitre  au  dieu  d'amours,  le  Dit  de  la  Rose,...  etc.. 


XXX  INTRODUCTION 

d'une  vie  pleine  de  candeur  que  tous  les  historiens  se 
sont  accordés  à  nous  représenter  comme  le  modèle 
de  la  douce  et  simple  vertu. 

Les  pensées  d'amour  ne  forment  pas  exclusivement 
les  sujets  de  toutes  les  ballades  de  Christine  de  Pisan. 
On  trouve  parsemées  çà  et  là  les  idées  les  plus  di- 
verses, et  l'auteur  sait  varier  avec  un  art  accompli 
l'expression  et  le  tour  de  ses  poésies  :  ici  le  sentiment 
des  tristesses  produites  par  la  maladie  (Bail.  XLIII), 
là  réloge  finement  ironique  d'un  personnage  con- 
temporain (Bail.  LVIII),  puis  une  dissertation  sur 
les  qualités  des  bons  chevaliers  (Bail.  LXIV),  plus 
loin  une  pièce  satirique  contre  les  maris  jaloux 
(Bail.  LXXVIII).  Mentionnons  encore,  en  raison  de 
leur  mérite  et  de  leur  originalité,  la  louange  d'un 
grand  chevalier  (Bail.  XCII),  les  angoisses  causées 
par  la  maladie  du  roi  Charles  VI  (Bail.  XCV),  enfin 
l'aspiration  à  la  félicité  éternelle  (Bail.  XCIX),  comme 
placée  en  opposition  avec  les  sentiments  les  plus  dé- 
licats d'amour  et  de  bonheur  que  l'on  puisse  éprouver 
sur  cette  terre. 


II.    —  VIRELAIS 


Les  virelais,  au  nombre  de  i6,  n'ont  pas  le  même 
mérite  que  les  ballades.  Il  importe  cependant  de  si- 
gnaler le  premier  qui  traduit  heureusement  les  efforts 


m,  BALLADES  D  ETRANGES  FAÇONS.  —  IV.  LAIS   XAXl 

pénibles  du  poète  pour  dissimuler  sa  douleur,  et  le 
dixième  qui  nous  offre  une  jolie  pièce  sur  la  Saint- 
Valentin. 

Enfin,  notons  également  le  virelai  XV  parce  qu'il 
fournit  quelques  indications  sur  le  sentiment  et  Tobjet 
de  ces  diverses  compositions.  Christine  y  constate  de 
nouveau  que  ses  poésies  sont  souvent  l'expression  de 
ses  pensées  d'amertume  et  de  regrets,  mais  elle  ajoute 
que,  si  on  lui  donne  mission  de  traduire  les  impressions 
des  autres,  il  lui  faut  improviser  des  sentiments  oppo- 
sés, et  qu'alors,  pour  alléger  un  peu  sa  douleur,  elle 
compose  des  pièces  qui  reflètent  généralement  la  joie 
et  le  bonheur. 


m.  —  BALLADES  D  ÉTRANGES  FAÇONS 


Ces  quatre  ballades  ont  été  préparées  suivant  le 
goût  et  la  mode  de  Tépoque.  Elles  n'ont  d'autre  mérite 
que  celui  de  la  difficulté  vaincue. 


IV.    —    LAIS 


Les  deux  compositions  que  Christine  nous  donne 
SOUS  forme  de  lais  ne  présentent   aucun  caractère 


XXXII  INTRODUCTION 

particulier  qui  puisse  nous  permettre  de  leur  assigner 
une  date  quelconque  ou  de  supposer  avec  la  moindre 
apparence  de  vraisemblance  les  motifs  possibles  de 
leur  confection. 

Nous  n'y  remarquons  qu'un  nouveau  mode  de 
poésie  d'un  genre  encore  inconnu  à  notre  poète,  et 
sur  lequel  il  a  voulu  exercer  la  verve  de  son  talent 
en  se  conformant  d'une  façon  générale  aux  principes 
exposés  par  Eustache  Deschamps  dans  son  «  A?'t  de 
dictier  et  de  fere  chançons,  balades,  virelais  et 
rondeaux  ^  »  et  en  montrant  son  habileté  à  assem- 
bler les  rimes  léonines. 

Malheureusement,  les  règles  étroites  auxquelles  se 
trouve  assujettie  la  diction  de  l'auteur  ont  pour  in- 
convénient d'obscurcir  fortement  la  pensée  et  de  ne 
laisser  entrevoir  le  plus  souvent  qu'un  sens  à  peine 
intelligible.  Car  il  serait  assez  difficile  de  déterminer 
exactement  la  raison  d'être  du  premier  lai  dont  le 
sujet  réside  tout  entier  dans  une  éloge  vague  de  l'a- 
mour en  général. 

Le  second  lai  a  pour  objet  la  louange  intarissable 
d'un  parfait  gentilhomme;  l'allure  du  poète  est  ici 
plus  dégagée,  plus  précise,  sa  pensée  devient  plus 
claire,  la  strophe  lyrique  prend  en  même  temps  une 
forme  plus  nette,  plus  harmonieuse,  et  l'on  y  trouve 
des  réminiscences  de  la  littérature  classique  parmi 


I.  Voy.  Poésies  d' Eustache  Deschamps,  éd.  Crapelet,  p.  278. 
M .  de  Queux  de  Saint-Hilaire  a  reproduit  dans  son  édition  le  pas- 
sage relatif  aux  Lais,  t.  II,  p.  337. 


RONDEAUX 


XXXIII 


lesquelles  nous  devons  surtout  signaler  une  longue 
exposition  d'impossibilités  évidemment  inspirée  des 
auteurs  anciens.  (Voy.  Virgile,  Egl.  I.) 


RONDEAUX 


Ces  rondeaux  sont  au  nombre  de  69;  le  recueil 
débute,  comme  les  Cent  Ballades,  par  l'expression  de 
la  douleur  et  des  regrets  de  Christine,  qui  fait  remon- 
ter son  deuil  à  sept  années,  ce  qui  nous  a  permis  de 
donner  au  premier  rondeau  la  date  de  iSgô.  Notre 
poète  commença  donc  la  composition  de  ses  rondeaux 
deux  ou  trois  ans  seulement  après  avoir  écrit  ses 
premières  ballades,  et  poursuivit  la  confection  de  ces 
jolis  morceaux  parallèlement  à  celle  des  Cent  Ballades 
et  de  la  plupart  de  ses  petites  poésies. 

Jusqu'au  rondeau  VIIÏ  nous  voyons  Christine  s'a- 
bandonner à  sa  douleur  ;  mais  plus  loin,  craignant 
sans  doute  de  fatiguer  le  lecteur  par  la  monotonie  d^un 
sujet  aussi  triste,  elle  fait  un  effort  sur  elle-même,  et, 
comme  elle  l'exprime  si  bien  dans  le  rondeau  XI,  il 
lui  faut  désormais  «  de  triste  ciier  chanter  joyeuse- 
ment ». 

A  partir  de  ce  moment  se  succèdent  en  effet  les 

peintures  des  sentiments  multiples  auxquels  peuvent 

donner  lieu  les  différentes  formes  de  Tamour.  Inutile 

d'insister  à  nouveau  sur  le  mobile  de  ces  compositions 

T.  I  c 


XXXIV  INTRODUCTION 

légères,  nous  savons  depuis  longtemps  que  nous  ne 
devons  y  voir  que  des  jeux  d'esprit  et  de  sentiment. 
Mais  on  nous  permettra  toutefois  de  recommander  le 
mérite  de  ces  petites  poésies  si  remarquables  par  leur 
douce  nîonotonie  et  leur  finesse  d'expression,  et  où 
la  grâce,  s'alliant  à  une  harmonie  parfaite,  révèle 
toutes  les  délicatesses  de  la  femme  sentimentale  que 
devait  être  Christine. 


VI.    —    JEUX    A    VENDRE 


Ces  gracieux  petits  morceaux  servaient  de  distrac- 
tion et  d'amusement  à  la  meilleure  société  des  xiv^  et 
xv^  siècles.  Une  dame  lançait  à  un  gentilhomme  ou 
un  gentilhomme  lançait  à  une  dame  le  nom  d'une 
fleur,  d'un  objet  quelconque,  et  la  personne  interpellée 
devait  à  l'instant  même  et  sans  hésitation  répondre 
par  un  compliment  ou  une  épigramme  rimes-,  c'était 
un  véritable  assaut  d'esprit  et  d'à-propos  tout  à  fait 
conforme  au  caractère  vif  et  enjoué  de  l'époque.  Aussi 
ne  faut-il  nullement  s'étonner  si  ce  genre  de  distrac- 
tion, qui  nous  paraîtrait  aujourd'hui  un  peu  fastidieux, 
obtint  rapidement  un  grand  succès  de  vogue  ^,  et  si 


I.  Les  mss.  du  xve  siècle  en  fournissent  b  témoignage.  Voy. 
notamment  un  ms.  contenant  i8o  couplets  de  ventes  d'amour  et 
appartenant  à  Monseigneur  le  duc  d'Aumak,  un  autre  ms.   de   ia 


vil.    —  AUTRES    BALLADES  XXXV 

Christine  elle-même  crut  devoir  satisfaire  à  la  mode 
en  accroissant  avec  son  abondance  habituelle  un  ré- 
pertoire d'ailleurs  facile  à  étendre  à  l'infini.  Elle  ne 
composa  pas  moins  de  70  jeux  à  vendre. 

Le  succès  de  ces  devises  de  société  alla  grandissant 
jusqu'à  la  fin  du  xvi"^  siècle,  comme  on  peut  en  juger 
par  les  nombreuses  éditions  de  ventes  d'amour  qui 
se  succédèrent  depuis  la  découverte  de  l'imprimerie  ^ 
Plus  tard,  la  poésie  populaire  en  conserva  seule  la 
tradition  jusqu'à  nos  jours,  et  particulièrement  en 
Lorraine ,  sous  l'ancien  nom  de  daiemanîs  ou 
dây'mans  ^.  Ajoutons  que  certains  jeux  enfantins, 
comme  les  Boîtes  d'amourette  et  le  Gorbillon,  rap- 
pellent encore  aujourd'hui  les  récréations  de  nos  pères. 


VII.    —    AUTRES    BALLADES 


Les  pièces  suivantes,  comprises  sous  la  rubrique 
de  «  Balades  de  divers  propos   »  sont  dignes  des 

même  époque  conservé  à  la  bibliothèque  d'Epinal  sous  le  n"  ibg, 
et  un  recueil  de  poésies  françaises  à  Westminster  Abbey,  signalé 
par  M.  Paul  Meyer  dans  le  Bulletin  de  la  Société  des  Anciens  Textes, 
1875,  p.  25. 

1.  Voy.  dans  le  Bulletin  de  la  librairie  Morgand  et  Fatout, 
n"  7866,  l'iniéressante  notice  de  M.  E.  Picot. 

2.  Voy.  sur  cet  usage  Mélusine,  I,  col.  570,  et  II,  col.  327,  et 
Les  Chants  populaires  de  la  Provence,  publiés  par  M.  Damasc  Ar- 
baud,  I,  p.  220. 


XXXVI  INTRODUCTJON 

meilleures  poésies  du  recueil  des  Cent  Ballades  ;  leur 
nombre  s'élève  à  53.  Toutefois  lesmss.  de  la  famille  B 
n'en  contiennent  que  29  \  seuls,  comme  nous  l'avons 
déjà  dit,  les  mss.  ^1'  et  A-  fournissent  le  complément. 
Il  est  utile  de  faire  également  remarquer  que  dans 
A\  à  partir  de  la  ballade  XL  (fol.  41^°),  l'écriture  se 
modifie  d'une  façon  très  apparente  et  n'est  plus  évi- 
demment tracée  par  la  même  main.  L'orthographe  et 
la  forme  des  mots  subissent  en  même  temps  une  trans- 
formation contraire  aux  règles  suivies  jusqu'ici  par 
le  scribe  du  ms.  Les  nouvelles  leçons  de  graphie  affec- 
tent la  forme  qui  leur  est  donnée  dans  les  mss.  B^ 
copiés  à  une  époque  certainement  postérieure.  Ce  qui 
paraîtrait  démontrer  que  ces  dernières  pièces  ont  été 
composées  plus  tard  et  transcrites  après  coup  sur  des 
feuillets  laissés  en  blanc.  Le  ms.  Harley  du  Musée 
britannique,  qui  contient  un  plus  grand  nombre  de 
ballades  que  tous  les  autres  mss,,  renferme  deux  feuil- 
lets blancs  préparés  pour  recevoir  de  nouvelles  com- 
positions. Du  reste  les  différentes  ballades  rassemblées 
sous  le  présent  titre  ne  constituent  nullement  un  re- 
cueil composé  d'avance  et  dans  lequel  on  puisse  re- 
connaître un  certain  ordre.  La  diversité  des  sujets 
traités,  l'absence  complète  de  tout  lien,  de  toute  tran- 
sition, autorisent,  au  contraire,  à  penser  que  ces  bal- 
lades ont  été  écrites  à  des  époques  assez  éloignées  les 
unes  des  autres,  suivant  un  peu  le  cours  des  événe-^ 
ments  contemporains  qui  forment  d'ailleurs  le  thème 
de  quelques-unes  d'entre  elles  et  permettent  ainsi  de 
leur  assigner  une  date  certaine.  L'ordre  chronologique 


vu.   —  AUTRES  BALLADES  XXXVII 

nous  paraît  avoir  été  généralement  suivi,  et  c'est  pour 
ce  motif  que  le  ms.  Harley,  le  plus  récent,  à  notre 
avis,  qui  ait  été  copié  directement  sur  des  originaux, 
renferme  sous  la  rubrique  «  Encoj^e  aultres  Bala- 
des »  des  compositions  ne  se  trouvant  dans  aucun 
autre  ms.,  et  faisant  allusion,  comme  la  pièce  IX, 
à  des  faits  que  Ton  ne  peut  placer  qu'entre  1410 
et  1415. 

Ainsi,  même  lorsqu'elle  eut  abordé  ses  grandes 
compositions,  ses  œuvres  de  longue  haleine,  Christine 
ne  dédaigna  pas  de  rimer  encore  quelques  ballades 
quand  la  circonstance  s'en  présentait  et  que  ce  cadre 
convenait  à  son  inspiration. 

Presque  toutes  ces  ballades  sont  d'ailleurs  d'un  très 
grand  mérite  et  permettent  de  constater  le  progrès 
réel  accompli  par  le  génie  de  notre  poète.  Les  notes 
placées  à  la  fin  du  volume  feront  connaître  l'objet 
de  ces  différentes  pièces  et  donneront  quelques  indi- 
cations sur  les  faits  ou  sur  les  personnages  historiques 
auxquels  elles  se  rapportent. 


vin.    —    COMPLAINTES   AMOUREUSES 


Longues  et  languissantes  tirades  de  poursuivants 
d'amour  qui  aspirent  aux  faveurs  de  leur  dame;  cette 
monotonie  douce,  quelquefois  même  expressive,  est 
heureusement  interrompue  par  des  comparaisons  em- 


XXXVllI 


INTRODUCllON 


pruntées  à  la  Mythologie,  comme  l'amour  de  Pygma- 
lion,  l'aventure  de  Deuchalion  et  de  Pyrrha,  la  puni- 
tion de  l'insensible  Anaxarète. 


CENT  BALLADES 


CENT  BALADES 


CI    COMMENCENT   CENT    BALADES 


mucuNEs  gens  me  prient  que  je  face 
i^  Aucuns  beaulz  diz,  et  que  je  leur  envoyé, 
Et  de  diltier  dient  que  j'ay  la  grâce; 
Mais,  sauve  soit  leur  paix,  je  ne  sçaroye 
Faire  beaulz  diz  ne  bons;  mes  toutevoye, 
Puis  que  prié  m'en  ont  de  leur  bonté, 
Peine  y  mettray,  combien  qu'ignorant  soie, 
Pour  acomplir  leur  bonnevoulenté. 


12 


Mais  je  n'ay  pas  sentement  ne  espace 
De  faire  diz  de  soûlas  ne  de  joye  : 
Car  ma  douleur,  qui  toutes  autres  passe, 
Mon  sentement  joyeux  du  tout  desvoye  ; 


Rubrique  B^  Ci  c.  cent  bonnes  b. 

\.  —  \  A  prie —  ?.  A-  Quelques  b.  ti.  - 

1 .  : 


',2  /4'  ùu  manque 


2  CENT   BALADES 

Mais  du  grant  dueil  qui  me  tient  morne  et  coye 
Puis  bien  parler  assez  et  a  plenté; 
Si  en  diray  :  voulentiers  plus  feroye 
i6        Pour  acomplir  leur  bonne  voulenté. 

Et  qui  vouldra  savoir  pour  quoy  efface 
Dueil  tout  mon  bien,  de  legier  le  diroye  : 
Ce  fist  la  mort  qui  fery  sanz  menace 

20        Cellui  de  qui  trestout  mon  bien  avoye; 
Laquelle  mort  m'a  mis  et  met  en  voye 
De  desespoir;  ne  puis  je  n'oz  santé; 
De  ce  feray  mes  dis,  puis  qu'on  m'en  proie, 

24        Pour  accomplir  leur  bonne  voulenté. 

Princes,  prenez  en  gré  se  je  failloie; 
Car  le  ditter  je  n'ay  mie  henté, 
Mais  maint  m'en  ont  prié,  et  je  l'ottroye, 
28        Pour  accomplir  leur  bonne  voulenté. 


II 


Ou  temps  jadis,  en  la  cité  de  Romme, 
Oient  Rommains  maint  noble  et  bel  usage. 
Un  en  y  ot:  tel  fu  que  quant  un  homme 
En  fais  d'armes  s'en  aloit  en  voyage, 
S'il  faisoit  la  aucun  beau  vasselage, 
Après,  quant  ert  a  Romme  retourné, 
Cellui  estoit,  pour  pris  de  son  bernage, 
Digne  d'estre  de  lorier  couronné. 

De  cel'  honneur  on  prisoit  mouli  la  somme; 


I.  —  18  B  voulentiers  le  —  22  A'  despoir  —  23  A  que  on 

II.  —  5  5  Et  la  f.  —  6  J5  Et  puis  s'en  feust  a 


CENT    BALADES 

Car  le  plus  preux  l'avoir  ou  le  plus  sage. 
Pour  ce  pluseurs,  qu'vci  pas  je  ne  nomme, 

12        S'efforçoient  d'en  avoir  Pavantage; 
Bien  y  paru,  car  de  hardi  visage 
Domtereni  ceulz  d'Auffrique  en  leur  régné, 
Dont  maint  furent,  au  retour  de  Cartage, 

i6        Digne  d'estre  de  laurier  couronné. 

Ce  faisoit  on  jadis  ;  mais  une  pomme 
Ne  sont  prisié  en  France,  c'est  domage. 
Adès  les  bons,  mais  tous  ceulz  on  renomme 

20        Qui  ont  avoir  ou  très  grant  héritage. 

Mais  par  bonté,  trop  plus  que  par  lignage, 
Doit  estre  honneur  et  pris  et  loz  donné 
A  ceulx  qui  sont,  pour  leur  noble  corage, 

24        Digne  d'estre  de  lorier  couronné. 

Princes,  par  Dieu  c'est  grant  dueil  et  grant  rage 
Quant  les  biens  fais  ne  sont  guerredonné 
A  ceulx  qui  sont,  au  dit  de  tout  lengage, 
28        Digne  d'estre  de  lorier  couronné. 


III 


QUANT  Lehander  passoit  la  mer  salée. 
Non  pas  en  nef,  ne  en  batel  a  nage, 
Mais  tout  a  nou,  par  nuit,  en  recellée, 
Entreprenoit  le  périlleux  passage 
Pour  la  belle  Hero  au  cler  visage, 
Qui  demouroit  ou  chastel  d'Abidonne, 
De  Tautre  part,  assez  près  du  rivage  ; 


II.  —  10  B  et  le  p.  —  22  B  loz  et  p. 
m.  —  G  .<4'  de  Bidonne 


4  CENT    BALADES 

8  Voyez  comment  amours  amans  ordonne! 

Ce  braz  de  mer,  que  Ten  clamoit  Hellée, 
Passoit  souvent  le  ber  de  hault  parage 
Pour  sa  dame  veoir,  et  que  cellée 

12        Fust  celle  amour  ou  son  cuer  fu  en  gage. 
Mais  Fortune  qui  a  fait  maint  oultrage, 
Et  a  mains  bons  assez  de  meschiefs  donne, 
Fist  en  la  mer  trop  tempesteux  orage. 

i6        Voies  comment  amours  amans  ordonne  ! 

En  celle  mer,  qui  fu  parfonde  et  lée, 
Fu  Lehander  péri,  ce  fu  domage; 
Dont  la  belle  fu  si  fort  adoulée 

20        Qu'en  mer  sailli  sanz  quérir  avantage. 
Ainsi  pery  furent  d'un  seul  courage. 
Mirez  vous  cy,  sanz  que  je  plus  sermone, 
Tous  amoureux  pris  d'amoureuse  rage. 

24        Voyez  comment  amours  amans  ordonne  ! 

Mais  je  me  doubt  que  perdu  soit  Tusage 
D'ainsi  amer  a  trestoute  personne; 
Mais  grant  amour  fait  un  fol  du  plus  sage. 
28        Voyez  comment  amours  amans  ordonne  ! 


IV 


PAR  envie,  qui  le  monde  desroye, 
Est  trayson  couvertement  nourrie 
En  mains  faulz  cuers,  qui  se  mettent  en  voye 
De  mettre  a  fin  leur  fausse  lecherie, 
Et  en  leurs  fais  usent  de  tricherie, 


m.  —  9  Ali  Ilerléc  —  21  A-  tout  d'un  ;    B'  tuit  d'un    —    27  A'^ 
Au  fort  a. 


CHNT    BALADES 

Dont  ilz  prenent  sur  maint  grant  avantage, 
7  En  iraïson,  non  pas  par  vacellage. 

En  grant  pouoir  fu  la  cité  de  Troye, 
Un  temps  qui  fu,  sur  toute  seigneurie  ; 
Et  la  regnoit  de  ce  monde,  a  grant  joye, 

1 1         En  haulte  honneur,  fleur  de  chevalerie; 
Qui  par  Grigois  fu  puis  arse  et  perie, 
Et  Troyens  pris  et  menez  en  servage, 

14        En  traïson,  non  pas  par  vacellage. 

Alixandre  qui  du  monde  ot  la  proye 
Si  fu  trahy;  aussi  grant  desverie 
Reffist  Mordret  a  Artus  par  tel  vove, 

18  Dont  maint  dient  qu'il  est  en  faerie. 
Le  preux  Hector,  ou  ot  bonté  florie, 
Ne  Toccist  pas  Achillès  par  oultrage, 

21         En  traïson,  non  pas  par  vacellage. 

Princes,  je  dis,  nel  tenez  moquerie, 
Que  l'en  se  gard  de  tel  forsennerie. 
Voire  qui  puet,  car  on  fait  maint  domage 
2  5         En  traïson,  non  pas  par  vacellage. 


V 


Hk!  DieuK,  quel  dueil,  quel  rage,  quel  meschicf, 
Quel  desconfort,  quel  dolente  aventure, 
Pour  moy,  helas,  qui  torment  ay  si  grief, 
Qu'oncques  plus  grant  ne  souffri  créature  ! 


IV  —  17  yl  Mortrett  —   19  B  Le  bon  H.  ou  b.  fu  f.—  22  B  Pour 
ce  je  dy  ce  n'est  pas  m. 
'  V  —  4  .di  Que  o.  ;  B  n'endura 


6  CENT    BALADES 

L'eure  maudi  que  ma  vie  tant  dure, 
Car  d'autre  riens  nulle  je  n'ay  envie 
Fors  de  morir  ;  de  plus  vivre  n'ay  cure, 
8  Quant  cil  est  mort  qui  me  tenoit  en  vie. 

O  dure  mort,  or  as  tu  trait  a  chief 

Touz  mes  bons  jours,  ce  m'est  chose  molt  dure, 

Quant  m'as  osté  cil  qui  estoit  le  chief 

12        De  tous  mes  biens  et  de  ma  nourriture, 
Dont  si  au  bas  m'as  mis,  je  le  te  jure, 
Que  j'ay  désir  que  du  corps  soit  ravie 
Ma  doulante  lasse  ame  trop  obscure, 

i6        Quant  cil  est  mort  qui  me  tenoit  en  vie. 

Et  se  mes  las  dolens  jours  fussent  brief, 

Au  moins  cessast  la  dolour  que  j'endure; 

Mais  non  seront,  ains  toudis  de  rechief 
20        Vivray  en  dueil  sanz  fin  et  sanz  mesure, 

En  plains,  en  plours,  en  amere  pointure. 

De  touz  assaulz  dolens  seray  servie. 

D'ainsi  mon  temps  user  c'est  bien  droitture, 
24        Quant  cil  est  mort  qui  me  tenoit  en  vie. 

Princes,  voiez  la  très  crueuse  injure 
Que  mort  me  fait,  dont  fault  que  je  dévie; 
Car  choite  suis  en  grant  mésaventure, 
28        Quant  cil  est  mort  qui  me  tenoit  en  vie. 


V.  —  10  B  c.  trop  d.  —  i5  .<4  Ma  doloreuse;  B  Ma  doulante  a. 
qui  t.  se  treuve  o.  —  iq  B  seroil  —  2b  B  v.  comment  t.  grant  i. 
—  26  /4'  d.  fait  q.;  B  La  m.  me  t".  —  27  A^  cheoite 


CENT    BALADES 


VI 


DUEiL  engoisseux,  rage  desmesurée, 
Grief  desespoir,  plein  de  forsennement, 
Langour  sanz  fin,  vie  maleiirée 
4  Pleine  de  plour,  d'engoisse  et  de  tourment, 

Cuer  doloreux  qui  vit  obscurément, 
Ténébreux  corps  sus  le  point  de  périr, 
Ay,  sanz  cesser,  continuellement  ; 
8  Et  si  ne  puis  ne  garir  ne  morir. 

Fierté,  durté  de  joye  séparée, 
Triste  penser,  parfont  gémissement, 
Engoisse  grant  en  las  cuer  enserrée, 

12        Courroux  amer  porté  couvertement. 
Morne  maintien  sanz  resjoïssement. 
Espoir  dolent  qui  tous  biens  fait  tarir, 
Si  sont  en  moy,  sanz  partir  nullement; 

i6      !  Et  si  ne  puis  ne  garir  ne  morir. 

Soussi,  anuy  qui  tous  jours  a  durée, 
Aspre  veillier,  tressaillir  en  dorment, 
Labour  en  vain,  a  chiere  alangourée 

20        En  grief  travail  infortunéement, 

Et  tout  le  mal,  qu'on  puet  entièrement 
Dire  et  penser  sanz  espoir  de  garir, 
Me  tourmentent  desmesuréement  ; 

24        Et  si  ne  puis  ne  garir  ne  morir. 

Princes,  priez  a  Dieu  que  bien  briefment 
Me  doint  la  mort,  s'autrement  secourir 

Wl  —  b  A^  q,  vid  —   19  .4 ^  alanguorée 


CENT    BALADES 


Ne  veult  le  mal  ou  languis  durement  ; 
Et  si  ne  puis  ne  garir  ne  morir. 


VII 

HA  !  Fortune  très  doloureuse, 
Que  tu  m'as  mis  du  hault  au  bas! 
Ta  pointure  très  venimeuse 
4  A  mis  mon  cuer  en  mains  debas. 

Ne  me  povoyes  nuire  en  cas 
Ou  tu  me  fusses  plus  crueuse, 
Que  de  moy  ester  le  soûlas, 
8  Qui  ma  vie  tenoit  joyeuse. 

Je  fus  Jadis  si  eiireuse  ; 

Ce  me  sembloit  qu'il  n'estoit  pas 

Ou  monde  plus  beneiireuse  ; 
12  Alors  ne  craignoie  tes  las, 

Grever  ne  me  pouoit  plein  pas 

Ta  très  fausse  envie  haineuse, 

Que  de  moy  oster  le  soûlas, 
i6  Qui  ma  vie  tenoit  joyeuse. 

Horrible,  inconstant,  ténébreuse, 
Trop  m^as  fait  jus  flatir  a  cas 
Par  ta  grant  malice  envieuse 
2o  Par  qui  me  viennent  maulx  a  tas. 

Que  ne  vengoyes  tu,  helas  ! 
Autrement  t'yre  mal  piteuse, 
Que  de  moy  oster  le  solas, 

VU.  —  6  a  cruese  ;  B  Dont  tu  me  f.  si  c.  —  -  /J'  ce  de  —  9  A 
Ilelas  j.  f.  si  e.  —  10  .4'  n'estois  ;  B  n'avoit  —  17  B  Très  faulse 
h.  el  t. 


CENT  BALADES 

24  Qui  ma  vie  tenoit  joyeuse  ? 

Très  doulz  Princes,  ne  fu  ce  pas 
Cruaulté  maie  et  despiteuse, 
Que  de  moy  oster  le  solas, 
28  Qui  ma  vie  tenoit  joyeuse  ? 

VIII 


IL  a  long  temps  que  mon  mal  comença, 
N'oncques  despuis  ne  fina  d'empirer 
Mon  las  estât,  qui  puis  ne  s'avança, 
4  Que  Fortune  me  voult  si  atirer 

Qu'il  me  convint  de  moy  tout  bien  tirer; 
Et  du  grief  mal  qu^il  me  fault  recevoir 
7  C'est  bien  raison  que  me  doye  doloir. 

Le  dueil  que  j'ay  si  me  tient  de  pieça. 
Mais  tant  est  grant  qu'il  me  fait  désirer 
Morir  briefment,  car  trop  mal  me  cassa 

1 1         Quant  ce  m'avint  qui  me  fait  aïrer; 
Ne  je  ne  puis  de  nul  costé  virer, 
Que  je  voye  riens  qui  me  puist  valoir. 

14        C'est  bien  raison  que  me  doye  doloir. 

Ce  fist  meseur  qui  me  desavança, 

Et  Fortune  qui  voult  tout  dessirer 

Mon  boneûr;  car  depuis  lors  en  ça 
18        Nul  bien  ne  pos  par  devers  moy  tirer, 

Ne  je  ne  sçay  penser  ne  remirer 

Comment  je  vif  ;  et  de  tel  mal  avoir 
2  I         C'est  bien  raison  que  me  doye  doloir. 

Vlll.  —  6  A^  Dont  du  g.  m.—  7  B  q.  m'en  d.  d.  —    12  i>i  Ne  je 
le  p.  —  i5  7j'  Ce  tu  m    —  18  /?  d.  m.  atirer 


10  CENT    BALADES 


IX 


Odure  Mort,  tu  m'as  déshéritée, 
Et  tout  osté  mon  doulz  mondain  usage; 
Tant  m'as  grevée  et  si  au  bas  boutée, 
4  Que  mais  prisier  puis  pou  ton  seignorage. 

Plus  ne  me  pues  en  riens  porter  domage, 
Fors  tant  sanz  plus  de  moy  laissier  trop  vivre. 
Car  je  désir  de  trestout  mon  corage 
8  Que  mes  griefs  maulx  soyent  par  toy  délivre. 

Il  a  cinq  ans  que  je  t'ay  regraittée 
Souventes  fois,  a  très  pleureux  visage, 
Depuis  le  jour  que  me  fu  joye  ostée, 

j  2        Et  que  je  cheus  de  franchise  en  servage. 
Quant  tu  m'ostas  le  bel  et  bon  et  sage, 
Laquelle  mort  a  tel  tourment  me  livre 
Que  moult  souvent  souhait,  pleine  de  rage, 

i6        Que  mes  griefs  maulx  soyent  par  toy  délivre. 

Se  très  adonc  tu  m'eusses  eroportée. 
Trop  m'eusses  fait  certes  grant  avantage, 
Car  depuis  lors  j'ay  esté  si  hurtée, 

20        De  grans  anuis,  et  tant  reçu  d'oultrage, 
Et  tous  les  jours  reçoy  au  feur  l'emplage. 
Que  riens  ne  vueil,  ne  n'ay  désir  de  suivre, 
P'ors  seulement  toy  paier  tel  truage 

24        Que  mes  griefs  maulx  soyent  par  toy  délivre. 


Princes,  oyés  en  pitié  mon  language, 

-  i  A-  au  b.  menée  —    i5  B  Qui 

;o  ii  De  g.  mescliiefs  —  22  B  ne  v.  je  n 


l.K.  —  i  A-  au  b.  menée  —    i5  B  Que  je  souhaid  s.  p.  de  r. 
>  li  Dp  rr   mfiîrhipfs  —  01   R  ne  v.  ie  n. 


CENT    BALADES  I  I 


Et  toy  Mort,  pri,  escry  moy  en  ton  livre, 

Et  fay  que  tost  je  voye  tel  message, 

Que  mes  griefs  maulx  soyent  par  toy  délivre. 


SE  Fortune  a  ma  mort  jurée, 
Et  du  tout  tasche  a  moy  destruire. 
Ou  soye  si  maleiirée, 
4  Qu'il  faille  qu'en  dueil  vive  et  muire, 

Que  me  vault  donc  pestrir  ne  cuire, 
Tirer,  brader,  ne  peine  traire, 
7  Puis  que  Fortune  m'est  contraire? 

Pieça  de  joye  m'a  tire'e, 

Ne  puis  ne  fina  de  moy  nuire, 

Encore  est  vers  moy  si  yrée, 

1 1  Qu'adès  me  fait  de  mal  en  pire, 

Quanque  bastis  elle  descire, 
Et  quel  profïit  pourroye  attraire, 

14  Puis  que  Fortune  m'est  contraire? 

Son  influance  desraée 
Cuidoye  tous  jours  descontire, 
Par  bien  faire  a  longue  endurée, 

18  Guidant  veoir  aucun  temps  luire 

Pour  moy  qui  meseiir  fait  faire. 
Mais  riens  n'y  vault,  je  n'y  puis  trafre, 

21  Puis  que  Fortene  m'est  contraire. 

X.  —  2  A^  Ou  du  tout  —  i5  .4'  S.  i.  désirée 


-I 


12  CENT    BAI.AUES 


XI 


SEULETE  suy  et  seulete  vueil  estre, 
Seulete  m'a  mon  doulz  ami  laissiée, 
Seulete  suy,  sanz  compaignon  ne  maistre, 
4  Seulete  suy,  dolente  et  courrouciée, 

Seulete  suy  en  languour  mesaisiée, 
Seulete  suy  plus  que  nulle  esgarée, 
7  Seulete  suy  sanz  ami  demourée. 

Seulete  suy  a  huis  ou  a  fenestre, 
Seulete  suy  en  un  anglet  muciée, 
Seulete  suy  pour  moy  de  plours  repaistre, 

1 1         Seulete  suy,  dolente  ou  apaisiée, 

Seulete  suy,  riens  n'est  qui  tant  me  siée, 
Seulete  suy  en  ma  chambre  enserrée, 

i^         Seulete  suy  sanz  ami  demourée. 

Seulete  suy  partout  et  en  tout  estre. 
Seulete  suy,  ou  je  voise  ou  je  siée, 
Seulete  suy  plus  qu'autre  riens  terrestre, 

i8        Seulete  suy  de  chascun  delaissiée, 
Seulete  suy  durement  abaissiée, 
Seulete  suy  souvent  toute  esplourée, 

2  1        Seulete  suy  sanz  ami  demourée. 

Princes,  or  est  ma  doulour  commenciée  : 
Seulete  suy  de  tout  dueil  menaciée, 
Seulete  suy  plus  tainte  que  morée, 
25        Seulete  suy  sanz  ami  demourée. 

XI.  —   12  A^  mcsside  —  i6  A^  sié  —  19  A^  abaissici  —  22  ^  2b 
Omis  dans  B. 


CENT    BALADES  l3 


XII 


QUI  trop  se  fie  es  grans  biens  de  Fortune, 
En  vérité,  il  en  est  deceii; 
Car  inconstant  elle  est  plus  que  la  lune. 
4  Maint  des  plus  grans  s'en  sont  aperceii, 

De  ceulz  meismes  qu'elle  a  hault  acreii, 
Trebusche  test,  et  ce  voit  on  souvent 
7  Que  ses  joyes  ne  sont  fors  que  droit  vent. 

Qui  vit,  il  voit  que  c'est  chose  commune 
Que  nul,  tant  soit  perfait  ne  esleii, 
N'est  espargné  quant  Fortune  répugne 

1 1         Contre  son  bien,  c'est  son  droit  et  deli 
De  retoulir  le  bien  qu'on  a  eti, 
Vent  chierement,  ce  scet  fol  et  sçavent 

14        Que  ses  joyes  ne  sont  fors  que  droit  vent. 

De  sa  guise  qui  n'est  pas  a  touz  une 
Bien  puis  parler;  car  je  l'ay  bien  sceii, 
Las  moy  doiens!  car  la  fausse  et  enfrune 

18        M'a  a  ce  cop  trop  durement  neii, 

Car  tollu  m'a  ce  dont  Dieu  pourveii 
M'avoit,  helas  !  bien  vois  apercevent 

2  i        Que  ses  joyes  ne  sont  fors  que  droit  vent, 


Rubrique  placée  enlre  la  b.  XI  et  la  b.  XII,  B'-^  :  Balades  de 
personnages. 

XH.  —  3  n  Car  variable—  5  A^  que  elle  —  8  A^  Qui  vid  — 
ï2  A  que  on  —  1 5  7i  ne  s.  mais  que  —  20  B'^  voy  appenement  — 
21  B  nt  s.  mais  que 


14  CENT    BALADES 


XIII 


C'est  fort  chose  qu'une  nef  se  conduise  , 
Es  fortunes  de  mer,  a  tout  par  elle, 
Sanz  maronnier  ou  patron  qui  la  duise, 
4  Et  le  voile  soit  au  vent  qui  ventelle  ; 

Se  sauvement  a  bon  port  tourne  celle, 
En  vérité  c'est  chose  aventureuse; 
7  Car  trop  griefment  est  la  mer  périlleuse. 

Et  non  obstant  que  parfois  soleil  luise, 
Et  que  si  droit  s'en  voit  que  ne  chancelle. 
Si  qu'il  semble  que  nul  vent  ne  lui  nuise, 

1 1  Ne  nul  decours,  ne  la  lune  nouvelle, 
Si  est  elle  pourtant  en  grant  barelle 
De  soubdain  vent  ou  d'encontre  encombreuse  ; 

14        Car  trop  griefment  est  la  mer  périlleuse. 

Si  est  pitié,  quant  fault  que  mort  destruise 

Nul  bon  patron,  ou  meneur  de  nacelle; 

Et  est  bien  droit  que  le  cuer  dueille  et  cuise. 

18        Qui  a  trésor,  marchandise  ou  vaisselle, 

Ou  seul  vaissel  qui  par  la  mer  brandelle  : 
N'est  pas  asseur,  mais  en  voie  doubteuse; 

21        Car  trop  griefment  est  la  mer  périlleuse. 

XIII. —   II  A^  Ne  n.  secours 


CENT    BALADES  l5 


XIV 


SEULETE  m'a  laissié  en  grant  martyre, 
En  ce  désert  monde  plein  de  tristece, 
Mon  doulz  ami.  qui  en  joye  sanz  yre 
4  Tenoit  mon  cuer,  et  en  toute  leesce. 

Or  est  il  mort,  dont  si  grief  dueil  m'oppresse, 
Et  tel  tristour  a  mon  las  cuer  s'amord 
7  Qu'a  tousjours  mais  je  pleureray  sa  mort. 

Qu'en  puis  Je  mais,  se  je  pleure  et  souspire 
Mon  ami  mort,  et  quelle  merveille  est  ce  ? 
Car  quant  mon  cuer  parfondement  remire 

j  I  Comment  souef  j'ay  vescu  sans  asprece 
Très  mon  enfance  et  première  jeunece 
Avecques  lui,  si  grant  doulour  me  mord 

14        Qu'a  tousjours  mais  je  pleureray  sa  mort. 

Com  turtre  sui  sanz  per  qui  ne  désire 
Nulle  verdour,  ains  vers  le  sec  s'adrece, 
Ou  com  brebis  que  lop  tache  a  occire, 

j8        Qui  s'esbaïst  quant  son  pastour  la  laisse; 
Ainsi  suis  je  laissiée,  en  grant  destrece, 
De  mon  ami,  dont  j'ay  si  grant  remord 

2r         Qu'a  tousjours  mais  je  pleureray  sa  mort. 


XIV,  —  5  ^  d.  si  grant  deuil  —  6  A^  en  m.  1.  c.  —  12  B  T. 
m'enfance  et  p.  en  j.  —  i3  A'  Avec  —  16  B  mais  sus  le  s.  — 
17  B  Et. 


l6  CENT    BALADES 


XV 


HELAS  !  helas  !  bien  puis  crier  et  braire. 
Quant  j'ay  perdu  ma  mère  et  ma  nourrice, 
Qui  doulcement  me  souloic  faire  taire. 
4  Or  n'y  a  mais  ame  qui  me  nourrice, 

Ne  qui  ma  faim  de  son  doulz  lait  garisse. 
Jamais  de  moy  nul  ne  prendra  la  cure, 
7  Puis  qu'ay  perdu  ma  doulce  nourriture. 

Plaindre  et  plourer  je  doy  bien  mon  affaire; 
Car  je  me  sens  povre,  foiblet  et  nyce, 
Et  non  sachant  pour  aucun  profïit  faire; 

1 1        Car  jeune  suis  de  sens  et  de  malice. 

Or  convendra  qu'en  orphanté  languisse, 
Et  que  j'aye  mainte  maie  aventure, 

14        Puis  qu'ay  perdu  ma  doulce  nourriture. 

Le  temps  passé,  a  tous  souloie  plaire, 

Et  m'ofîroit  on  honneurs,  dons  et  service. 

Quant  ma  mère  la  doulce  et  débonnaire 

18        Me  nourrissoit;  or  fault  que  tout  tarrisse, 

Et  qu'a  meschief  et  a  doleur  périsse  -^     "} 

Plein  de  malons  et  de  pouvre  enfonture,  . 

21         Puis  qu'ay  perdu  ma  doulce  nourriture. 


XV.  —  5  ^  de  s.  d.  1.   larice  —   -  A  P.  que  ay  —    16  A-  B  Et 
maint  nvoffroient  et  honneur  et  s. 


CENT    BALADES  I7 


XVI 


QUI  vivement  veult  bien  considérer 
Ce  monde  cy  ou  il  n'a  joye  entière, 
Et  les  meschiefs  qu'il  fault  y  endurer, 
4  Et  comment  mort  vient  qui  tout  met  en  bière, 

Qui  bien  penser  veult  sus  ceste  matière, 
Il  trouvera,  s'il  a  quelque  grevance, 
Que  sur  toute  reconfortant  manière, 
8  C'est  souvrain  bien  que  prendre  en  paciencc. 

Puis  qu'ainsi  est  qu'on  n'y  puet  demorer, 

Pourquoy  a  l'en  ceste  vie  si  chiere  ? 

Et  une  autre  convient  assavourer,  ' 

12        Qui  aux  pécheurs  ne  sera  pas  legiere. 

Si  vault  trop  mieulx  confession  plainiere 
Faire  en  ce  monde,  et  vraye  pénitence; 
Et  qui  ara  la  penance  trop  fiere, 

16        C'est  souvrain  bien  que  prendre  en  pascience. 

Chascun  vray  cuer  se  doit  énamourer 

De  la  vraye  celestiel  lumière, 

Et  du  seul  Dieu  que  l'en  doit  aourer. 

20         C'est  nostre  fin  et  joye  derreniere; 
Qui  sages  est,  autre  solas  ne  quiere. 
Tout  autre  bien  si  n'est  fors  que  nuisance. 
Et  se  le  monde  empesche  ou  trouble  arrière, 

24        C'est  souvrain  bien  que  prendre  en  pascience. 


XVI.  —  3  7:fi  q.  y  f.  e.  —  9  .4'  P.  que  a.   —   i3  B  c.    entière  — 
i5  Ji  )ù  q.  a.  pénitence —  2a  .1'  denenier 


CENT    BALADES 


XVII 


SE  de  douloureux  sentement 
Sont  tous  mes  dis,  n'est  pas  merveille; 
Car  ne  peut  avoir  pensement 
4  Joyeux,  cuer  qui  en  dueil  traveille. 

Car,  se  je  dors  ou  se  je  veille, 
Si  suis  je  en  tristour  a  toute  heure, 
Si  est  fort  que  joye  recueille 
8  Cuer  qui  en  tel  tristour  demeure. 

N'oublier  ne  puis  nullement 

La  très  grant  douleur  non  pareille. 

Qui  mon  cuer  livre  a  tel  tourment, 
12  Que  souvent  me  met  a  l'oreille 

Grief  desespoir,  qui  me  conseille 
'  Que  tost  je  m'occie  et  açcueure  ; 

Si  est  fort  que  joye  recueille 
i6  Cuer  qui  en  tel  tristour  demeure. 

Si  ne  pourroye  doulcement 

Faire  dis;  car,  vueille  ou  ne  vueiile, 

M'estuet  complaindre  trop  griefment 

20  Le  mal,  dont  fault  que  je  me  dueille  ; 

Dont  souvent  tremble  comme  fueille, 
Par  la  douleur  qui  me  cueurt  seure. 
Si  est  fort  que  joye  recueille 

24  Cuer  qui  en  tel  tristour  demeure. 

XVII.  —  12  B  m.  en  1'  —  17  A-  Dont  ne  p.  —  21  A^  Et  s. 


A 


CENT    BALADES  IQ 


XVIII 


L'CUNES  gens  ne  me  finent  de  dire 


Pour  quoy  je  suis  si  malencolieuse, 
Et  plus  chanter  ne  me  voyent  ne  rire, 

4  Mais  plus  simple  qu'une  religieuse, 

Qui  esire  sueil  si  gaye  et  si  joyeuse. 
Mais  a  bon  droit  se  je  ne  chante  mais; 

7  Car  trop  grief  dueil  est  en  mon  cuer  remais. 

Et  tant  a  fait  Fortune,  Dieu  lui  mire  ! 
Qu'elle  a  changié  en  vie  doloreuse 
Mes  jeux,  mes  ris,  et  ce  m"a  fait  eslire 

1 1         Dueil  pour  soûlas,  et  vie  trop  greveuse. 
Si  ay  raison  d'estre  morne  et  songeuse, 
Ne  n'ay  espoir  que  j'aye  mieulx  jamais; 

14        Car  trop  grief  dueil  est  en  mon  cuer  remais. 

Merveilles  n'est  se  ma  leesce  empire; 
Car  en  moy  n^a  pensée  gracieuse, 
N'autre  plaisir  qui  a  joye  me  tire. 

i8        Pour  ce  me  tient  rude  et  maugracieuse 
Le  desplaisir  de  ma  vie  anuieuse, 
Et  se  je  suis  triste,  je  n''en  puis  mais; 

21         Car  trop  grief  dueil  est  en  mon  cuer  remais. 


-  XVIII.  —  I  B  A.  g.  si  ne  me  font  que  d.—  7  /?  C.  t.  grant  d.— 
8  B  Car  —  1 1  Z>  et  paine  t.  g.  —  12  /U  m.  et  soigneuse  —  i  7  7i 
N'aucun 


20  CENT  BALADES 


XIX 

LONG  temps  a  que  je  perdi 
Tout  mon  soûlas  et  ma  joye, 
Par  la  mort  que  je  maudi 
4  Souvent;  car  mis  m'a  en  voye 

De  jamais  nul  bien  avoir; 
Si  m'en  doy  par  droit  blasmer  ; 
N'oncques  puis  je  n'oz  vouloir 
8  De  faire  ami,  ne  d'amer. 

Ne  sçay  qu'en  deux  ne  fendi 
Mon  cuer,  du  dueil  que  j'avoye 
Trop  plus  grant  que  je  ne  di, 

12  Ne  que  dire  ne  sçaroye, 

Encor  mettre  en  nonchaloir 
Ne  puis  mon  corroux  amer; 
N'oncques  puis  je  n'oz  vouloir 

i6  De  faire  ami,  ne  d'amer. 

Depuis  lors  je  n'entendi 
A  mener  soûlas  ne  joye; 
Si  en  est  tout  arudi 

20  Le  sentement  que  j'avoye. 

Car  je  perdi  tout  l'espoir 
Ou  me  souloie  affermer. 
N'oncques  puis  je  n'oz  vouloir 

24  De  faire  ami,  ne  d'amer. 


XIX.—   i3  n  N'encor 


CENT    BALADES  2 I 


XX 


COMMENT  feroye  mes  dis 
Beaulx,  ne  bons,  ne  gracieux, 
Quant  des  ans  a  près  de  dix 
4  Que  mon  cuer  ne  fu  joyeux, 

N'il  n'a  femme  soubz  les  cieulx 
Qui  plus  ait  eu  de  meschief  ? 
7  Encor  n'en  suis  pas  a  chief. 

J'os  des  biens  assez  jadis; 

Mais  en  yver  temps  pluieux 

Si  pèsent,  si  enlaidis, 
1 1  N'est,  ne  si  très  anuieux, 

Comme  adès  en  trestous  lieux 

M'est  le  temps;  mais,  par  mon  chief, 
J4  Encor  n'en  suis  pas  a  chief. 

Si  ay  bien  droit  se  je  dis 

Mes  plains  malencolieux  ; 

Car  en  tristour  est  tousdis 
i8  Mon  dolent  cuer,  ce  scet  Dieux, 

Ne  jamais  je  n'aray  mieulx, 

Se  ma  pesance  n'achiet  ; 
2  1  Encor  n'en  suis  pas  a  chief. 


XX.  —  7  i>'  E.  n'en  suis  je  p.  a  c.  —  8  A  Je  os 


2  2  CENT    BALADES 


XXI 


TANT  me  prie  très  doulcement 
Cellui  qui  moult  bien  le  scet  faire. 
Tant  a  plaisant  contenement, 
4  Tant  a  beau  corps  et  doulz  viaire, 

Tant  est  courtois  et  debonaire, 
Tant  de  grans  biens  oy  de  lui  dire 
7  Qu'a  peine  le  puis  escondire. 

Il  me  dit  si  courtoisement. 

En  grant  doubtance  de  meffaire, 

Comment  il  m'aime  loyaument, 

1 1  Et  de  dire  ne  se  peut  taire. 

Que  néant  seroit  du  retraire; 
Et  puis  si  doulcement  souspire 

14  Qu'a  peine  le  puis  escondire. 

Si  suis  en  moult  grant  pensement 

Que  je  feray  de  cest  affaire; 

Car  son  plaisant  gouvernement, 
18  Vueille  ou  non,  Amours  me  fait  plaire, 

Et  si  ne  le  vueil  mie  attraire; 

Mais  mon  cuer  vers  lui  si  fort  tire 
2  1  Qu'a  peine  le  puis  escondire. 


XX!.  —  D  S  T.  oy  de  1.  de  g.  b.  d.  —   1 5  Zî  Si  s.  en  trop  g. 


CENl"    BAI.ADES  *  23 


XXII 


TANT  avez  fait  par  vostre  grant  doulceur, 
Très  doulz  ami,  que  vous  m'avez  conquise. 
Plus  n'y  convient  complainte  ne  clamour, 
4  .Ta  n'y  ara  par  moy  deffense  mise. 

Amours  le  veult  par  sa  doulce  mgistrise, 
Et  moy  aussi  le  vueil,  car,  se  m'ait  Dieux, 
Au  fort  c'estoit  folour  quant  Je  m'avise 
8  De  reffuser  ami  si  gracieux. 

Et  j'ay  espoir  qu'il  a  tant  de  valour 
En  vous,  que  bien  sera  m'amour  assise, 
Quant  de  beaulté,  de  grâce  et  tout  honnour 

12         II  y  a  tant  que  c'est  drois  qu'il  soufRse  ; 
Si  est  bien  drois  que  sur  tous  vous  eslise; 
Car  vous  estes  digne  d'avoir  trop  mieulx. 
Et  j'ay  eu  tort,  quant  tant  m'avez  requise, 

i6        De  reffuser  ami  si  gracieux. 

Si  vous  retien  et  vous  donne  m'amour. 
Mon  fin  cuer  doulz,  et  vous  pri  que  faintise 
Ne  soit  en  vous,  ne  nul  autre  faulx  tour; 

2o        Car  toute  m'a  entièrement  acquise 

Vo  doulz  maintien,  vo  manière  rassise, 

Et  vos  très  doulz  amoureux  et  beaulz  yeux. 

Si  aroye  grant  tort  en  toute  guise 

24        De  refïuser  ami  si  gracieux. 

Mon  douiz  ami,  que  j'aim  sur  tous  et  prise, 

XXII.  —  (j  .11  Et  j.  espour  —    14  P,  C.  v.  c.  bien  d.  d.  m.  —  i3 
A  Et  je  ay  ;  5  Si  ay  —  10  B  Ne  trouve  —  21  .,4'  \'ou  d.  m.  vou  m. 


24  CENT    BALADES 

J'oy  tant  de  bien  de  vous  dire  en  tous  lieux 
Que  par  raison  devroye  estre  reprise 
28        De  reffuser  ami  si  gracieux. 


XXIII 

BIEN  doy  louer  Amours  de  ses  biens  fais, 
Qui  m'a  donné  ami  si  très  parfait, 
Qu'en  trestous  lieux  chascun  loue  ses  fais 
4  Et  sa  beaulté,  sa  grâce  et  tout  son  fait. 

Qu'il  n'a  en  lui  ne  blasme  ne  meffait; 
Dieu  l'a  parfait  en  valeur  et  en  grâce, 
N'on  ne  pourroit  mieulx  vouloir  par  souhait; 
8  Certes  c'est  cil  qui  tous  les  autres  passe. 

Et  avec  ce  qu'il  est  sur  tous  parfais, 

Et  que  son  bien  est  en  mains  lieux  retrait, 

Pour  moy  servir  porte  tous  pesans  fais, 

12        Et  m'aime  et  craint  plus  que  riens  sanz  retrait 
Ne  paour  n'ay  d'y  trouver  ja  faulz  trait. 
Car  il  est  tel  que  trestous  maulx  efface 
De  son  bon  cuer,  ou  il  n''a  nul  forfait. 

16        Certes  c'est  cil  qui  tous  les  autres  passe. 

Si  a  mon  cuer  du  tout  a  lui  attrais 

Qui  est  tout  sien,  c''est  bien  raison  qu'il  Tait; 

Car  tout  acquis  Ta  par  ses  très  doulx  trais  ; 

20        Et  vrayement  si  en  mon  cuer  portrait 

Est  son  gent  corps,  qu'il  n'en  sera  fors  trait 
Jamais  nul  jour,  se  ma  vie  ne  passe; 
Car  sanz  mentir  dire  puis  tout  a  fait  : 

24        Certes  c'est  cil  qui  tous  les  autres  passe. 

XXUI.  —  5  2^  li  —  7  ^'  Ne  on  , 


CENT    BALADES  25 


XXIV 


MA  doulce  amour,  ma  plaisance  chérie, 
Mon  doulz  ami,  quanque  je  puis  amer, 
Vostre  doulceur  m'a  de  tous  maulz  garie, 
Et  vrayement  je  vous  puis  bien  clamer 

Fontaine  dont  tout  bien  vient, 
Et  qui  en  paix  et  joye  me  soustient, 
Et  dont  plaisirs  me  vienent  a  largece  ; 
Car  vous  tout  seul  me  tenez  en  leece. 


Et  la  doulour  qui  en  mon  cuer  norrie 
S^est  longuement,  qui  tant  m'a  fait  d'amer. 
Le  bien  de  vous  a  de  tous  poins  tarie  ; 

12        Or  ne  me  puis  complaindre  ne  blasmer 
De  Fortune  qui  devient 
Bonne  pour  moy,  se  en  ce  point  se  tient. 
Mis  m'en  avez  en  la  voye  et  adrece; 

1 6        Car  vous  tout  seul  me  tenez  en  leece. 

Si  lo  Amours  qui,  par  sa  seigneurie, 
A  tel  plaisir  m'a  voulu  reclamer  ; 
Car  dire  puis  de  vray  sanz  flaterie, 

20        Qu'il  n'a  meilleur  de  la  ne  de  ça  mer 
De  vous,  m'amour,  ainsi  le  tient 
Mon  cuer  pour  vray,  qui  tout  a  vous  se  tient, 
N'a  aultre  rien  sa  pensée  ne  drece  ; 

24        Car  vous  tout  seul  me  tenez  en  leece. 


XXIV.  —  10  7i'  l'^st  —  20  B  de  ça  ne  de  la  m.  ;  2J'  Q.  n'i  a  m. 
—  21  Sic  dans  tous  les  mss.;  corr.  ainsi  en  si  i  —  22  B  q.  a  v.  i. 
se  t.  —  2'3  B  Si  ne  désir  nulle  plus  grant  richesce. 


20  CENT    BALADES 


XXV 


DITES  moy,  mon  doulz  ami, 
S'il  est  voir  ce  que  j'oy  dire, 
Que  dedens  la  Saint  Rémi 
4  Devez  aler  en  l'Empire, 

En  Alemaigne,  bien  loings, 
Demeurer,  si  com  j'entens, 
Quatre  moys  ou  trois  du  moins? 
8  Helas!  que  j'aray  mautemps! 

Ne  me  puet  jour  ne  demi 
Sanz  vous  veoir  riens  souffire, 
Et  quant  vous  serez  de  mi 

12  Loin  s,  quel  sera  mon  martire  ! 

De  mourir  me  fust  besoings 
Mieulx  que  le  mal  que  j'atens; 
Rungier  me  fauldra  mes  froins. 

i6  Helas  !  que  j'aray  mautemps! 

Mon  cuer  partira  par  mi, 
Au  dire  a  Dieu  j'en  souspire 
Souvent  et  de  dueil  frémi. 

20  Car  je  fondray  com  la  cire 

Des  soussis  et  des  grans  soings 
Que  pour  vous  aray  par  temps; 
Se  je  vous  pers  de  tous  poins, 

24  Helas  !  que  j'aray  mautemps!    ■ 


XXV.  -  2  .1  ce  q.  j'oz  d. 


CENT    BAI.ADES  27 


XXVI 


MON  doulz  ami,  n'aiez  malencolie 
Se  j'ay  en  moy  si  joyeuse  manière  ; 
Et  se  je  fais  en  tous  lieux  chiere  lie, 
4  Et  de  parler  a  maint  suis  coustumiere. 

Ne  croiez  pas  pour  ce,  que  plus  legiere 
•     Soye  envers  vous,  car  c'est  pour  decepvoir 
7  Les  mesdisans  qui  tout  veulent  savoir. 

Car  se  je  suis  gaye,  cointe  et  jolie, 

C'est  tout  pour  vous  que  j'aim  d'amour  entière. 

Si  ne  prenez  nul  soing  qui  contralie 
1 1         Vostre  bon  cuer,  car  pour  nulle  prière 

Je  n'ameray  autre  qui  m'en  requière; 

Mais  on  doit  moult  doubter,  a  dire  voir, 
14        Les  mesdisans  qui  tout  veulent  savoir. 

Sachiez  de  voir  qu'amours  si  fort  me  lie 
En  vostre  amour  que  n'ay  chose  tant  chiere. 
Mais  ce  seroit  a  moy  trop  grant  folie 

18  De  ne  faire,  fors  a  vous,  bonne  chiere. 
Ce  n'est  pas  drois,  ne  chose  qui  afhere 
Devant  les  gens,  pour  faire  apercevoir 

21         Les  mesdisans  qui  tout  veulent  savoir. 


XXVJ.  —  3  ^'-  Car  se  —  8  A-  B  C.  se  je  s.  ne  g.  ne  ).—  iz  A^ 
Je  n'aiineiay 


*'\ 


2  8  CENT    BALADES 


XXVII 


NE  Guidiez  pas  que  je  soye 
Si  foie,  ne  si  legiere, 
Sire,  qu'accorder  je  doye 
4  M'amour  a  toute  prière; 

Trop  seroye  vilotiere, 
Ce  que  oncques  mais  ne  fus; 
7  J'en  ay  fait  a  maint  refîus. 

Ja  pour  ce  ne  vous  anoye, 

Ne  me  faittes  pire  chiere, 

Car  amer  je  ne  saroye, 
II  Ne  je  n'en  suis  coustumiere, 

Pour  homme  qui  m'en  requière; 

Aprendre  n'en  vueil  le  us; 
14  J'en  ay  fait  a  maint  reffus. 

Ne  faire  je  n'en  vouldroie 

En  fais,  en  dis,  en  manière, 

Chose  que  faire  ne  doye 
i8  Femme  qui  honneur  a  chiere. 

Trop  mieulx  vouldroie  estre  en  bière. 

Pour  ce,  soyent  beaulx  ou  drus, 
21  J'en  ay  fait  a  maint  reffus. 


XXVII.  —  (j  li  Ne  m'en  i.  —  i3  A  Vi  u&  —  \b  B  Car  f.  je  ne  v. 
—  iG  A^  c.  d.  (blanc)  m.  —  17  W  q.  f.  n'en  d.  —  20  ZJ  P.  ce  et  a 
b.  et  a  d. 


CENT   BALADES  29 


XXVIII 


MON  doulz  ami,  vueilliez  moy  pardonner, 
Se  je  ne  puis,  si  tost  com  je  vouldroye, 
Parler  a  vous,  car  ainçois  ordener 
4  Me  fault  comment  sera,  ne  par  quel  voye. 

Car  mesdisans  me  vont  gaitant 
Qui  du  meschief  et  du  mal  me  font  tant, 
Que  je  ne  puis  joye  ne  bien  avoir, 
8  Pour  le  désir  que  j^ay  de  vous  veoir. 

Si  pry  a  Dieu  qu'il  leur  vueille  donner 
La  mort  briefment  ;  car  leur  vie  m'anoye, 
Pour  ce  qu'en  dueil  me  font  mes  jours  tiner 

12        Sanz  vous  veoir,  ou  est  toute  ma  joye  : 
Car  iiz  se  vont  entremettant 
De  moy  gaitier  nuit  et  jour,  mais  pourtant 
Ne  vous  oubli,  ce  pouez  vous  savoir, 

16         Pour  le  désir  que  j'ay  de  vous  veoir. 

Mais  ne  sçaront  ja  eulx  si  fort  pener, 

Que,  maugié  tous,  bien  briefment  ne  vous  voie. 

Car  tant  feray,  se  g'y  puis  assener, 
20        Que  vous  verray,  quoy  qu'avenir  m'en  doye, 
Et  vous  feray  savoir  quant. 

Mon  doulz  ami,  déportez  vous  atant. 

Car  g'y  mettray  peine,  sachiez  de  voir, 
24        Pour  le  désir  que  j'ay  de  vous  veoir. 


XXVIII.  —  fj-irj  Manquent  dans  A'^.  —  \\  B  Car  en  grief  d.  me 
f.  m.  j.  mener  —  \2  B  S.  veoir  v.  —  21  Sic  A  B:  cnrr.  [as]sa 
voir  ' 


00  CENT    BALADES 


XXIX 

LE  gracieux  souvenir, 
Qui  de  vous  me  vient, 
Me  fait  gaiement  tenir. 
4  Et  il  appertient,    ' 

Car  tout  adès  me  souvient 
Gomment  vostre  bonté  passe 
Tous  autres,  ciiascun  le  tient, 
8  Par  Dieu,  c'est  grant  grâce. 

Joyedoy  bien  maintenir, 

Quant  si  bien  m^avient, 
Qu'amours  mon  cuer  retenir, 

12  Dont  plus  lié  devient, 

"Vous  a  fait  a  qui  avient 
Bien  et  bel  en  toute  place 
Faire  quanque  honneur  coniient, 

i6  Par  Dieu,  c'est  grant  grâce. 

Ne  mal  ne  me  peut  venir; 

Car  mon  cuer  maintient 
Qu'a  joye  puis  avenir, 

20  Par  vous  qui  retient 

Pense,  dit,  fait  et  détient 
Tout  bien,  et  tout  mal  efface 
La  bonté  qui  vous  soustient, 

24  Par  Dieu,  c'est  grant  grâce. 


XXIX.  —  3  fî'  Me  f.  joyeusement  t.  —  11  A  Que  mon  cuer 
veult  r.  ;  lî  Qu'amours  m"a  fait  r.  —  12  manque  iiaus  B.  —  19  A 
puet  —  21  manque  dans  B. 


CENT    BALADES  3 I 


XXX 

F  AULX  mesdisans  aront  ilz  le  pouoir 
De  moy  faire  mon  ami  eslongnier? 
Nanil,  par  Dieu!  combien  que  leur  savoir 
4  Mettent  a  moy  grever  sanz  espargnier, 

Mais  ja  pourtant  ne  feront  recréant 
Mon  cuer  d'amer;  a  cellui  le  créant 
Qui  Ta  du  tout,  car  n'ont  pas  la  poissance 
8  Qu'a  vraye  amour  puissent  faire  grevance. 

Grever  peut  bien  mon  corps  ou  mon  avoir 
Leur  faulx  agait,  que  ne  puis  engigner, 
Ou  mon  honneur,  et  si  puis  recepvoir 

12         Par  eulx  maint  mal;  si  le  doy  ressoigner; 
Mais  se  mon  fait  devoyent  en  riant 
Partout  compter  en  la  ville  criant, 
Si  n'ay  je  pas  ne  doubte  n'esperance 

i6        Qu'a  vraye  amiour  puissent  faire  grevance. 

Par  leurs  lengues  ou  il  n'a  mot  de  voir 
(Je  pri  a  Dieu  que  l'en  leur  puist  roignier,) 
Me  destournent  mon  ami  a  vcoir  ; 

20        De  ce  les  voy  assez  embesoignier, 

Et  ja  par  eulx  vont  maintes  gens  cieant 

Pis  qu^il  n'y  a,  et  ainsi  vont  grevant 

Maint  vray  amant;  mais  n'ay  point  de  doubtance 

24        Qu'a  vraye  amour  puissent  faire  grevance. 


XXX.  —  145  c.  par  la  V.  —  23  S  car  n'ay  p.  cie  d. 


CENT    BALADES 


XXXI 


Mox  ami,  ne  plourez  plus  ; 
Car  tant  me  faittes  pitié 
Que  mon  cuer  se  rent  conclus 
A  vostre  doulce  amistié. 
Reprenez  autre  manière; 
Pour  Dieu,  plus  ne  vous  douiez, 
Et  me  faittes  bonne  chiere; 
Je  vueil  quanque  vous  voulez. 


12 


i6 


Ne  plus  ne  soiez  reclus, 

Ne  pensif,  ne  dehaitié; 

Mais  de  joye  aprenez  l'us. 

Car  bien  avez  exploitié 

Vers  Amours  qui  n'est  pas  fiere 

Encontre  vous  ;  or  alez, 

J'acorde  vostre  prière  : 

Je  vueil  quanque  vous  voulez. 


20 


24 


Trop  mieulx  m'atachent  qu'a  glus, 
Et  d'amours  font  le  traittié, 
De  voz  larmes  les  grans  flus 
Qui  m'occient  a  moitié. 
Ne  plus  je  n'y  met  enchiere; 
Doulz  ami,  or  m'acolez, 
Je  suis  vostre  amie  chiere  ; 
Je  vueil  quanque  vous  voulez. 


XXXI. 


10  A^  le  arant  flus 


CENT    BALADES  33 


XXXII 


HELAs!  m'amour,  vous  convient  il  partir 
Et  eslongnier  de  rnoy  qui  tant  vous  aim  .'' 
Ce  poise  moy,  s'ainsi  est,  car  sentir 
4  Me  convendra,  de  ce  soyez  certain. 

Trop  de  griefté  jusqu'au  retour.       ' 
En  dueil  vivray,  en  peine  et  en  tristour, 
Et  me  mourray  de  dueil  certainement, 
8  Se  demeurez  loing  de  moy  longuement. 

Car  vostre  est  tout  mon  cucr,  sanz  repentir. 
Ne  n'a  nul  bien  sanz  vous,  ne  soir,  ne  main, 
Ne  il  n'est  rien  qui  le  feist  alentir 

12        De  vous  amer,  tant  fust  malade  ou  sain  ; 
Et,  comme  en  une  forte  tour. 
Est  enfermé  en  lui  vo  gent  atour 
Qui  m'ocira,  n'en  doubtez  nullement, 

i6        Se  demeurez  loing  de  moy  longuement. 

Or  me  ditez,  doulz  ami,  sanz  mentir, 

Quant  revendrez.  Pour  le  dieu  souverain 

Ne  demourez!  car  ce  feroit  martir 
20        Mon  povre  cuer,  qui  n'a  autre  rechiim  ; 
Et  ne  m'oubliez  par  nul  tour, 

Loyal  soyez,  et  loing  et  cy  entour; 

Car  tant  vous  aim  qu'il  m'yra  durement 
24        Se  demourez  loing  de  moy  longuement. 

XXXU.  -  12  n  De  V.  vooir 


34  CENT    BALADES 


XXXIII 

EN  plourant  a  grosses  goûtes, 
Très  triste  et  pleine  de  dueil, 
Ma  vraye  amour  dessus  toutes, 
4  Cil  que  j'aim,  n'autre  ne  vueil, 

Vous  di  a  Dieu  a  grant  peine. 
Car  trop  grant  doulour  soustient 
Mon  cuer,  qui  grief  dueil  demaine, 
8  Puis  que  partir  vous  convient. 

Or  sont  mes  joyes  desrouptes; 

Plus  ne  chant,  si  corn  je  sueil; 

Des  tristes  suivray  les  routes, 
I  2  J'en  ay  ja  passé  le  sueil, 

Puis  que  je  seray  longtaine 

De  vous,  et  il  apertient. 

Je  demeure  de  dueil  pleine, 
i6  Puis  que  partir  vous  convient. 

Je  mourray,  n'en  faites  doubles, 
Sans  veoir  vo  doulz  accueil. 
Ha!  Fortune,  tu  me  boutes 

20  En  dur  point,  puis  que  my  oeil, 

Fors  par  pensée  prochaine. 
Ne  verront  cil  qui  retient 
Mon  cuer  :  c'est  chose  certaine, 

24  Puis  que  partir  vous  convient. 


XX XIII.  —  17  A^  mouray  —  18  .4'  vou  d.  a.    —  22    .1"2    q.   te 
lient 


CENT    BALADES  35 


XXXIV 


OR  est  venu  le  très  gracieux  moys 
De  May  le  gay,  ou  tant  a  de  doulçours, 
Que  ces  vergiers,  ces  buissons  et  ces  bois, 
4  Sont  tout  chargiez  de  verdure  et  de  flours, 

Et  toute  riens  se  resjoye. 
Parmi  ces  ctiamps  tout  flourisl  et  verdoyé, 
Ne  il  n'est  riens  qui  n'entroublie  esmay, 
8  Pour  la  doulçour  du  jolis  moys  de  May. 

Ces  oisillons  vont  chantant  par  degois, 
Tout  s'esjouïst  partout  de  commun  cours, 
Fors  moy,  helas  !  qui  sueffre  trop  d'anois, 

1 2        Pour  ce  que  loings  je  suis  de  mes  amours  ; 
Ne  je  ne  pourroye  avoir  joye, 
Et  plus  est  gay  le  temps  et  plus  m'anoye. 
Mais  mieulx  cognois  adés  s'oncques  amay, 

lô        Pour  la  doulçour  du  jolis  moys  de  May. 

Dont  regreter  en  plourant  maintes  t'ois 

Me  fault  cellui,  dont  je  n'ay  nul  secours; 

Et  les  griefs  maulx  d'amours  plus  fort  cognois, 

2o        Les  pointures,  les  assaulx  et  les  tours, 
En  ce  doulz  temps,  que  je  n'avoye 
Oncques  mais  fait;  car  toute  me  desvoye 
Le  grant  désir  qu'adès  trop  plus  ferme  ay, 

2  I-        Pour  la  doulçour  du  jolis  moys  de  May. 


XXXIV.  —  3  B  prés  et  b.  —  i\.  A  Reverdissent  partout  de  com- 
mun cours  —  5  A'  Et  t.  r.  si  s'esjoye,  corr.  si  se  resjoye  — 
i3  B  Ex  —  i-j  AD.  regraittant  —  i8  ^i  Me  l'ait 


CENT  BALADES 


XXXV 


JE  suis  loings  de  mes  amours, 
Dont  je  pleure  mainte  lerme; 
Mais  en  espoir  prens  secours 
4  Que  tost  revendra  le  terme 

QuMl  m'a  mis  de  retourner. 
Ja  sont  passées  trois  sepmaines, 
Six  en  devoit  séjourner, 
8  Tant  ont  a  durer  mes  peines. 

Tant  le  désire  tousjours 
Qu'en  suis  malade  et  enferme. 
Or  venez  doncques  le  cours, 

12  Amis  que  j'aim  d'amour  ferme, 

Et  vous  ferez  destourner 
Mes  angoisses  très  grevaines; 
Car  jusques  au  retourner 

i6  Tant  ont  a  durer  mes  peines. 

Pour  mener  mon  dueil  en  plour.s, 
Souvent  a  par  moy  m"'enferme; 
Mais  ce  garist  mes  doulours 

20  Qu'a  bon  espoir  je  m''afferme 

Que  Dieu  vous  vueille  amener, 
Ou  tost  nouvelles  certaines; 
Jusques  la  me  fault  pener, 

24  Tant  ont  a  durer  mes  peines. 


XXXV.—  q  B  a  t.  —  14.  B  trop  g.  —  20  Zî  Qu'au  doiilz  souve- 
nir m'a. 


CENT    BALADES  3 7 


XXXVI 

SE  vraye  amour  est  en  un  cuer  fichée 
Sanz  varier  et  sanz  nulle  fainiise, 
Certes  c'est  fort  que  de  legier  dechée; 
4  Ainçois  adès  de  plus  en  plus  Tatise 

Ardent  désir  et  l'amour  qui  s'est  mise 
Dedens  le  cuer,  qui  si  le  fait  lier 
Qu'il  n'en  pourroit  partir  en  nulle  guise, 
8  Et  qui  pourroit  telle  amour  oublier? 

Pour  moy  le  sçay,  qui  suis  toute  sechée 

Par  trop  amer;  car,  sans  recreandise, 

Ay  si  m'amour  fermement  atachée 
j  2        A  cil  amer,  ou  je  l'ay  toute  assise, 

Qu'en  ce  monde  nul  autre  avoir  ne  prise, 

Ne  je  ne  fais  fors  raelencolier. 

Quant  loings  en  suis,  riens  n'est  qui  me  souffise, 
16        Et  qui  pourroit  telle  amour  oublier  ? 

Si  ne  pourroit  jamais  estre  arrachée 

Si  faitte  amour,  car,  pour  droit  que  g'i  vise, 

Je  n'ay  pouoir  qu'en  moy  de  riens  dechée, 

20        Et  si  suis  je  d'autres  assez  requise; 

Mais  riens  n'y  vault  :  un  seul  m'a  tout  acquise  ; 
Tant  pourchaça.  par  soy  humilier, 
Que  je  me  mis  du  tout  a  sa  franchise, 

24        Et  qui  pourroit  telle  amour  oublier  ? 


XXXVI.  —  8,  16,  24  B  celle  a.  —  17  B  Ne  ne  —  rcj  A  q.  r.  de 
m.  d.  —  2  I  ^'  un  m'a  t.  a. —  B  un  m'a  du  t.  a.—  22  B  pour  s.  h. 
—  24  A'  tel  a. 


38  CENT    BALAUES 


XXXVII 

POUR  vous,  m'amour  désirée, 
Ay  joye  si  adirée, 
Sanz  menlir, 
4  Qu'adès  vouldroye  sentir 

La  mort,  pour  estre  tirée 
Du  mal  qui  m'a  empirée, 
7  Et  si  ne  m'en  puis  partir. 

Ne,  pour  tost  estre  curée 

La  peine  qu'ay  endurée, 
Consentir 
II  Ne  me  puis  ne  assentir 

A  autre  amour  procurée; 

J'en  seroye  perjurée, 
14  Et  si  ne  m'en  puis  partir. 

C'est  pour  vostre  demeurée, 
Ma  doulce  amour  savourée, 
Qui  partir 

18  Fera  mon  cuer  com  martir, 

J'en  suis  taintte  com  morée, 
Et  toute  descoulourée, 

21  Et  si  ne  m'en  puis  partir. 


XXXVII.  -8  Zi  Ne  p    e.  t. 


CENT    BALADES  Sg 


XXXVI II 

HELAs!  doulz  loyaulx  amis, 
En  grant  désir  attendoie 
Le  terme  que  m'aviez  mis 
4  De  retourner,  mais  ma  joye 

Tourne  en  dueil  :  tout  est  cassé 
Le  bon  espoir  que  j'avoye, 
7  Puis  que  le  terme  est  passé. 

Vous  m'aviez  dit  et  promis, 

Et  aussi  je  l'esperoie, 

Que  deux  moys  ou  trois  demis, 

1 1  Demourriez  en  ceste  voye, 

Dont  je  me  doubt  que  lassé 
Vous  soyez  que  plus  vous  voye, 

14  Puis  que  le  terme  est  passé. 

Or  est  de  tous  poins  desmis 
Le  soûlas  qu'avoir  soloie, 
En  pensant  que  ja  remis, 

18  Du  retour  fussiez  en  voye 

De  venir;  mais  effacé 
Est  mon  bien  ;  car  trop  m'anoie, 

21  Puis  que  le  terme  est  passé. 


XXXVIIl.  —  ■)  B  ainsi  —  i3  B  omet  le  second  vous 


40  CENT    BALADES 


XXXIX 

QLM  a  mal,  souvent  se  plaint  ; 
Car  maladie  le  doit. 
Et  pour  ce  sont  mi  complaint 
4  Doulereux,  car  chascun  voit 

Comment  tourmentée  suis 
Pour  amer,  et  ma  doulour 
Nullement  celer  ne  puis; 
8  II  en  pert  a  ma  coulour. 

On  cognoist  bien  qui  se  fainl; 
Car  qui  grant  griefté  reçoipt, 
Le  visage  en  a  destaint. 

12  Se  le  cuer  est  fort  destroit, 

Et  pour  ce  mes  griefs  anuis 
Amenrissent  ma  vigour, 
Car  repos  n'ay  jour  ne  nuys  ; 

i6  II  en  pert  a  ma  coulour. 

Mais  cil,  par  qui  j'ay  mal  maint, 
Ne  scet,  ne  cognoist,  ne  voit 
Comment  mon  cuer  est  attaint  ; 

20  Helas!  comment  le  sçaroit, 

Car  je  ne  le  vis  depuis 
Demi  an,  mais  son  séjour 
De  la  mort  m'ovrira  Fuis  ; 

24  II  en  pert  a  ma  coulour. 


XXXIX.  —  4  ^'  Douloureux  —  8  JB  II  appert  a  —  14  Zî  Amen- 

uissent 


CENT    BAI.AUES  4I 


XL 


AMOURS,  amours,  certes  tu  ris  pechié 
De  nioy  lier  en  tes  périlleux  las, 
Ou  mon  cuer  est  si  durement  fichié, 
4  Que  moult  souvent  me  convient  dire  helas  ! 

Et  voirement  dit  Ten  voir 
Que  tu  ne  scés  nullui  si  chier  avoir. 
Qu'il  n'ait,  souvent  avient,  de  ses  amours 
8  Pour  un  seul  bien  plus  de  cinq  cens  doulours. 

Au  commencier  m'as  le  cuer  aluchié, 
Par  moy  donner  assés  de  tes  soûlas  ; 
Mais  quant  lu  l'as  fermement  atachié, 

12        Adonc  de  ses  plaisirs  despouillié  l'as; 
Car,  sans  lui  faire  assavoir, 
Trestout  le  bien  qu'il  souloit  recevoir 
Lui  as  osté,  et  lui  rens  tous  les  jours 

16        Pour  un  seul  bien  plus  de  cinq  cens  doulours. 

Et  se  cellui,  par  qui  en  dur  point  chié, 
Ne  vient  briefment,  mal  oncques  m'affulas 
De  tes  dajigiers  par  qui  du  tout  dechié 

20        De  joye  avoir,  et  s'il  est  d'amer  las 
Trop  me  convendra  douloir; 
Car  plus  que  riens  le  désir  a  veoir, 
Et,  s^il  ne  vient,  j'aray  pour  mes  labours 

24        Pour  un  seul  bien  plus  de  cinq  cens  doulours. 


XL,  —  6  L''  si  chierement  a.  —  7  ,4  pour  ses  labours  —  g  B 
Au  premier  m'as  le  c.  si  a.—  B^  alechié  —  lo  B  Pour  m.  —  18  A^ 
£'  mar  o.  m.—  19  A^  donjers  —  23  B  par  m  .  1. 


42  CENT    BAI.ADES 


XLI 


HELAsl  au  moins  se  aucune  nouvelle 
Peusse  ouir,  par  quoy  sçeusse  comment: 
Le  tait  cellui  qui  mes  maulx  renovele, 
4  Et  qui  tenu  l'a  ja  si  longuement 

De  moy  loingtain,  ce  feist  aucunement 
Moy  resjouïr,  mais  nul  n'en  fait  raport, 
7  Ne  plus,  ne  mains  ne  que  s'il  estoit  mort. 

Ne  sçay  s'en  nef,  en  barge,  ou  en  nacelle, 

Passa  la  mer  ou  s'il  va  autrement; 

S'en  Aragon,  en  Espaigne,  en  Castelle, 
j  1        Ou  autre  part  soit  aie,  ou  briefmtnt 

Ne  puist  venir,  ou  si  prochainement; 

Car  je  ne  sçay  ou  il  est,  n'a  quel  port, 
14        Ne  plus,  ne  mains  ne  que  s'il  estoit  mort. 

Ou  peut  estre  qu'il  aime  autre  plus  belle 
Que  je  ne  suis,  si  ne  lui  chaut  granment 
De  revenir;  mais  il  n'est  damoisclie 

18        Ne  nulle  autre,  ce  sçay  certainement, 

Qui  jamais  jour  l'aime  plus  loiaument; 
Mais  que  me  vault?  quant  je  n'en  ay  confort, 

21        Ne  plus,  ne  mains  ne  que  s'il  estoit  mort. 


XLI.  —  i  B  H.  amours  —  1  B  P.  avoir  —  b  A  ce  fait  a     —   10 
A^  en  E.  ou  en  C.  —  .4-  ou  C.  —   iS  B  ne  s.  c. 


CENT    BALADES  43 


XLII 

OVIDE  dit  qu'il  est  un  messagier, 
Qui  en  dormant  les  nouvelles  aporte, 
Les  gens  endort,  et  puis  les  fait  songier 
4  De  joye  ou  dueil,  songes  de  mainte  sorte. 

Morpheûs  cil  messager  on  appelle; 
Au  dieu  qui  dort  est  tilz,  ce  dit  la  fable. 
Qui  en  pluseurs  formes  se  renouvelle, 
8  Cil  nonce  aux  gens  mainte  chose  notable, 

Et  cellui  dieu  de  someil  alegier, 
Soye  mercy,  veult  le  mal  que  je  porte. 
Car  nouvelles  m'cnvoye  sanz  dongier 

12         De  mon  ami.  autre  ne  me  conforte. 

Mais  quant  chose  me  dit  qui  ne  m'est  belle. 
Mon  cuer  tremble  plus  que  feuille  d'arable  ; 
Car  en  nul  cas  de  riens  le  voir  ne  celle, 

i6        Cil  nonce  aux  gens  mainte  chose  notable. 

Et  ma  doulour  fait  moult  assouagier 
Le  dieu  qui  dort,  certes  je  fusse  morte 
Se  il  ne  fust;  mais  plorer  de  legier 

20        Me  fait  souvent,  car  trop  me  desconforte 
Quant  il  me  dit  qu^une  autre  damoiselle 
Tient  mon  ami,  et  qu'il  soit  véritable 
J'ay  grant  paour;  car,  de  toute  querelle, 

24        Cil  nonce  aux  gens  mainte  chose  notable. 


XLll.  —  3  .4'   Orphcùs  —    lo  .1'  Sieniu    m.    —    Z3    le  ducil   q. 
je  p. 


44  ChNT    BALADES 


XLIII 

HÉ  Dieux!  que  le  temps  m'anuie. 
Un  jour  m'est  une  sepmaine; 
Plus  qu'en  yver  longue  pluie, 
4  M'est  ceste  saison  grevaine. 

Helas!  car  j'ay  la  quartaine, 
Qui  me  rent  toute  estourdie 
Souvent  et  de  tristour  pleine  : 
8  Ce  me  fait  la  maiadic- 

J'ay  goust  plus  amer  que  suye, 
Et  coulour  pasle  et  mausaine; 
Pour  la  toux  fault  que  m'appuye 

12  Souvent,  et  me  fault  Talaine. 

Et  quant  l'excès  me  demaine, 
Adonc  ne  suis  tant  hardie 
Que  je  boive  que  tysaine  : 

rô  Ce  me  fait  la  maladie. 

Je  n'ay  garde  que  m'enfuve; 
Car,  quant  je  vois,  c'est  a  peine 
Non  pas  Terre  d'une  luie, 

20  Mais  par  une  chambre  plaine. 

Encor  convient  qu'on  me  maine, 

Et  souvent  fault  que  je  die  : 

«  Soustenez  moy,  je  suis  vaine.  » 

24  Ce  me  fait  la  maladie. 

Médecins,  de  mal  suis  plaine, 
Garissez  moy,  je  mendie 

XLIII.  —  21  ^'  que  on 


CENT    BALADES  46 

De  santté  qui  m'est  longtaine; 
Ce  me  fait  la  maladie. 


XLIV 

AMOURS,  il  est  fol  qui  te  croit, 
Ne  qui  a  loy  servir  s'amuse; 
Car  qui  mieulx  le  sert  plus  reçoit 
4  De  grans  anuis.  et  sa  vie  use 

A  grant  meschief  qui  s'i  esluse; 

Grant  faissel  lui  fault  soutenir, 

7  Je  m'en  sçay  bien  a  quoy  tenir. 

Ton  bel  accueil  chascun  déçoit, 
Chascun  attrait,  nul  ne  reff'use, 
Assez  promet  et  moult  accroît; 

I  r  Mais  au  payer  trestous  t'abuse. 

Et  pis  y  a,  car  on  accuse 
Qui  ta  vie  veult  maintenir, 

i^.  Je  m'en  sçay  bien  a  quoy  tenir. 

A  la  perfin  chascun  le  voit, 

Ton  fait  n'est  fors  que  droiite  ruse, 

Et  s'au  commencier  on  savoit 

18  Comment  la  fin  en  est  confuse, 

Tel  s'en  retrairoit  qui  y  muse; 
Mais  on  ne  s'i  scet  contenir, 

21  Je  m'en  sçay  bien  a  quoy  tenir. 


XLIV.  —   14  et  2  I  ^'  Je  me  s. 


4^  CENT    BALADES 


XLV 

LR  messagier  de  Renommée, 
Qui  Pegasus  est  appelle, 
Par  qui  giant  parole  est  semée, 
4  Car  ce  qu'il  scet  n'est  pas  celle, 

Cil  vole  plus  tost  qu'une  aronde, 
Et  telles  nouvelles  raporte, 
Souvent  qu'il  semble  que  tout  fonde; 
8  Et  a  la  fois  grant  joye  aporte. 

Les  nouvelles  de  mainte  armée, 

Ou  s'un  pais  s'est  rebellé, 

Ou  s'aucune  chose  est  blasmée, 

12  A  tantost  dit  et  revellé; 

Mais  souvent  ment,  car  il  abonde 
En  grant  parole  droitte  et  torte; 
Par  lui  sont  dolent  maint  au  monde; 

i6  Et  a  la  fois  grant  joye  aporte. 

Cellui  m'a  la  guerre  nommée, 

Ou  mon  ami  s'en  est  aie, 

Et  m\i  dit  qu'une  aultre  enamée 

20  A,  dont  j'ay  le  cuer  adoulé, 

N'est  ne  première,  nefSeconde 
Fois,  qu'il  ainsi  me  desconforte; 
Dont  plourer  me  fait  a  grant  onde; 

24  Et  a  la  fois  grant  joye  aporte. 


XL.V.  —  2  A'  appeliez  —  5  A^  Sil  —  ù  B  apporte  —  lo  B  p, 
est  r.  —  14  A-  p.  et  d.  et  t.—  17  5  la  1^.  donné  —  K)  B  que  a  e. 
—  20  A'  adouice 


CENT  BALADES  47 

Ainsi,  en  pensée  parfonde 
Songe  m'euvre  de  deuil  la  porte, 
Si  qu'il  m'est  vis  qu'en  plours  ja  fonde  ; 
28  Et  a  la  fois  grant  joye  apporte. 


XLVI 


MESPRENDROYE  vers  amoufs 
De  faire  nouvel  ami, 
Quant  j'ay,  sens  avoir  secours, 
4  Attendu  an  et  demi 

Cellui  que  je  tant  amoye? 
Bien  voy  qu'il  ne  lui  souvient 
De  moy,  quant  ne  vient,  n'envoyé, 
8-  Ne  nouvelles  ne  m'en  vient. 

Pour  lui  ay  eu  mains  maulx  jours, 
Et  se  tel  mal  eust  pour  mi, 
Plus  tost  venist  que  le  cours; 

12  Car  oncques  puis  ne  dormi 

Bien,  qu'il  parti,  ne  n'oz  joye; 
Ne  sçay  quel  cause  le  tient, 
Mais  n'en  oz  ne  vent  ne  voye, 

16  Ne  nouvelles  ne  m'en  vient. 

Se  ne  vueil  plus  en  telz  plours 
vivre,  j  ay  assez  gemi  ; 
Estre  y  pourroye  tousjours, 
20  Qu'il  n'en  donroit  un  frémi. 

Ce  n'est  pas  drois  que  je  doie 


XLV.  —  25  tî  28  omis  dans  A^  et  B . 

XLVI.  —  I  /î  M.  je  V.  a.  —  3   A  B^  Q.  je  s.  —  8  A^  ne  me  v. 
—  f)  .42  Par  1.  —  i5  B  M.  n.  oy 


48  CENT    BALADES 

Lui  amer,  quant  ne  lui  tient; 
Ne  ne  chault  que  je  le  voie, 
24  Ne  nouvelles  ne  m'en  vient. 


XLVil 

JAMAIS  a  moi  plus  ne  s'attende, 
Cellui  a  qui  plus  ne  m'attens, 
Puis  que  vers  moy  ne  vient  ne  mende. 
4  Attendu  Tay  deux  ans  par  temps, 

Plus  ne  m'en  quier  donner  mau  temps; 
Folie  m'en  feroit  douloir, 
7  Puis  qu'il  m'a  mis  en  nonchaloir, 

Au  vray  corps  Dieu  le  recoracnde, 

Qui  le  gard  de  mauvais  contens, 

Et  de  tout  péril  le  deffende, 
1 1  Combien  que  plus  je  ne  l'attens, 

Et  a  m'en  retraire  je  tens; 

Et  de  ce  fais  je  mon  devoir, 
14  Puis  qu'il  m'a  mis  en  nonchaloir. 

Mespris  a  vers  moy,  mais  Tamende 
N"'affiert  pas  de  deniers  contens, 
Mais  du  devoir  qu'Amours  comendc 

18  A  ceulz  qui  sont  entremettans 

D'amours  servir;  mais  mal  contens 
S'en  tient  mon  cuer,  a  dire  voir, 

2  1  Puis  qu'il  m'a  mis  en  nonchaloir. 


XLVIl.  —  I  A-  i.  p.  a  m.—  1 1  B-  je  ne  l'entens  —  12  /l'  jettcns 
-  B  Et  a  moy  r.  j'entens 


CENT    BAI.  A  DES  49 


XLVIII 

JE  ne  te  vueil  plus  servir, 
Amours,  a  Dieu  te  comand. 
Tu  me  veulz  trop  asservir, 
4  Er  paier  mauvaisement  ; 

Pour  loier  me  rends  tourment. 
C'est  fort  chose  a  soustenir  ; 
7  Je  ne  m'i  vueil  plus  tenir. 

Pour  ta  grâce  desservir 
Je  t'ay  servi  loiaument, 
Mais  je  ne  puis  assovir 

I  i  Mon  service,  car  griefment, 

Me  tourmentes,  dont  briefmcnt 
Aime  mieulx  m"'en  revenir  : 

14  Je  ne  m'i  vueil  plus  tenir. 

Qui  a  toy  se  vcult  plevir, 
Et  donner  entièrement, 
Puis  descendre,  puis  gravir, 

18  Selon  ton  commandement, 

Lui  convient  péniblement; 
Si  m'en  doit  bien  souvenir  : 

21  Je  ne  m'i  vueil  plus  tenir. 


XLVIll.  —  li  B  irop  g   —  12  B  bien  b. 


bo  CENT    BALADES 


XLIX 


N'en  parlez  plus,  je  ne  vueil  point  amer  ; 
Sire,  pour  Dieu  vueiiliez  vous  en  retraire, 
Ne  me  devez  ne  haïr  ne  biasmer, 
4  Se  je  ne  vueil  a  nul  en  tel  cas  plaire; 

Helas!  pour  Dieu,  vueiiliez  vous  ent  retraire. 
Car  plus  ne  vueil  telle  complainte  oïr; 
j  Vous  me  ferez  d'environ  vous  foïr. 

Par  telz  semblans  me  feriez  diffamer; 

A  vous  seroit  grant  pechié  de  ce  faire. 

Ja  vont  pluseurs  partout  dire  et  semer, 
j  I         Que  cy  entour  vous  n'avez  riens  que  faire, 

Et  si  n'est  nul  qui  autant  y  repaire; 

Mais  se  vous  voy  de  tel  plait  esjouïr, 
14        Vous  me  ferez  d'environ  vous  fouïr. 

Il  n'est  chanteur,  ne  sereine  de  mer, 

Qui  cuers  de  gens  scevent  si  bien  soubtraire. 

Ne  beau  parler,  prier,  ne  reclamer, 

18        Qui  me  feïst  a  telle  amour  attraire, 

Si  vous  suppii  que  vous  en  vueiiliez  taire; 
Car  s'autrement  ne  puis  de  ce  joir, 

21        Vous  me  ferez  d'environ  vous  foïr. 


XLIX.  —  G  B  celle  c.  o—  c,  B  X  v.  sera  —    18  B  Q.  me  sceûst 
a  t.  a.  uaire  —  A'^  Q.  me  faist  a  tel  a. 


CENT    BALADES  5l 


AUCUNES  gens  porroient  mesjugier 
Pour  ce  sur  moy  que  je  fais  ditz  d'amours; 
Et  diroient  que  Pamoureux  dongier, 
4  Je  sçay  trop  bien  compter  et  tous  les  tours, 

Et  que  ja  si  vivement 
N'en  parlasse,  sanz  Tessay  proprement, 
Mais,  sauve  soit  la  grâce  des  diseurs, 
8  Je  m'en  raport  a  tous  sages  ditteurs. 

Car  qui  se  veult  de  faire  ditz  chargier 
Biaulz  et  plaisans,  soient  ou  longs  ou  cours, 
Le  seulement  qui  est  le  plus  legier, 

12        Et  qui  mieulx  plaist  a  tous  de  commun  cours, 
C'est  d'amours,  ne  autrement 
Ne  seront  fait  ne  bien  ne  doulcement, 
Ou,  se  ce  n'est,  d'aucunes  belles  meurs, 

i6        Je  m'en  raport  a  tous  sages  ditteurs. 

Qui  pensé  la,  s'en  vueille  deschargier. 
Qu'en  vérité  ailleurs  sont  mes  labours. 
Pour  m'excuser  ne  le  dis  ne  purgier  ; 

20        Car  araé  ont  assez  de  moy  meillours, 
Mais  d'amours  je  n'ay  tourm.ent 
Joye  ne  dueil  ;  mais  pour  esbatement 
En  parlent  maint  qui  ont  ailleurs  leurs  cuers, 

24        Je  m'en  raport  a  tous  sages  ditteurs. 


L.  —  6  ^i  Ne  p.  —  i3  B  ou  a.—  14  D  Ne  seroit  —  18  B  n.  soit 
m.  I.  —  20  fî  de  moy  a.  m. 


b2  CENT    BALADES 


LI 


CE  n'est  pas  drois  que  vous  face  prière 
De  moy  amer;  car  mie  n'apartient 
Que  nul  amant  dame  d'amours  requière, 
4  Car  de  l'amant  ce  communément  vient. 

Mais  vraiement  c'est  grant  duel  s'il  avicnt 
Qu'on  ait  un  tel  pour  ami  retenu, 
Qui  loiaulté  ne  vérité  ne  tient; 
8  Ce  poise  moy  quant  ce  m'est  avenu. 

Et  non  obstant  qu'a  moy  pas  il  n^afiere 

D'en  plus  parler,  puis  qu'a  vous  n'en  souvient, 

Si  ne  me  puis  je  encor  tenir  si  fiere 

12        Que  ne  die  le  dueil  qui  me  survient. 

Car  le  mien  cuer  pour  mal  content  se  tient 
De  vous  trouver  de  vraye  amour  si  nu. 
Dont  je  voy  bien  retraire  m'en  convient  ; 

lô        Ce  poise  moy  quant  ce  m'est  avenu. 

Trop  me  déçut  Amours  par  vostre  chiere, 
Qui  demonstroit,  mon  cuer  bien  le  retient, 
Que  m'amissiez  de  vraye  amour  entière. 

20        Et  vrayement  je  croy  que  qui  maintient 
Tel  trayson,  pou  de  preu  en  retient; 
Mais  je  voy  bien  qu'il  vous  est  souvenu 
Moult  pou  de  moy,  mais  puis  que  vous  n'en  tient, 

24        Ce  poise  moy  quant  ce  m'est  avenu. 


Ll.  —  4  B  ce  commencement  v.  —  j  B  Q.  v.  ne  1.  ne  t.—  17  B 
Amours  si  me  d.  p.  —  -2.1  B  en  détient  —  eS  B  puis  qu'a  v. 


CENT    BALADES  53 


LU 


DE  tous  les  dieux  dont  Ovide  parole 
En  ses  dittiez  qui  amerent  jadis 
Tant,  par  amours  qui  tous  les  cuers  afole, 
4  Qu'ilz  en  vindrent  ça  jus  de  paradis, 

Soient  trestouz  les  faulz  amans  maudiz. 
Je  pri  Pluto,  Cerberus,  Proserpine, 
Que  grant  meschief  ne  leur  soit  pas  tardis, 
8  Et  que  jamais  leur  meschance  ne  fine. 

Cupido  pri  le  dieux  d'amours  qui  vole, 

Et  Jupiter,  Apollo,  Paliadis, 

La  grant  Venus  qni  d'amours  lient  escole, 

1 2        Que  de  leurs  cours  banis  et  enîredis 
Soient  adès,  et  tous  bien  contredis, 
Et  qu'en  leurs  cuers  mettent  d'amours  l'espine, 
Et  qu'ilz  soient  en  tous  lieux  escondis, 

i6         Et  que  jamais  leur  meschance  ne  fine. 

Et  le  dieu  Mars  qui  pas  ne  porte  escole. 
Cil  qui  aide  en  battaille  aux  hardis, 
Vueille  sur  eulx  descochier  tel  bricole,     . 

20        Dont  ilz  gissent  vaincus,  maz,  estourdis  ; 
L^honneur  d^armes  soit  en  eulx  reffroidis, 
Et  pri  Juno  la  déesse  bénigne 
Que  povreté  et  mal  leur  doinl  tousdis, 

24        Et  que  jamais  leur  meschance  ne  fine. 

Et  s'oultremer  s'en  vont  en  ce  tendis, 


LU.  —  l'i  B  s.  tousjours  —  -4'  t.  biens  c—   14  A-  Mais  en  1.   - 
i5  A-  Pour  tant  s    —  2i  A'  Honneur  d'à. 


54  CENl'    BAI.AOLS 

Le  dieu  de  mer  si  trouble  la  marine 
Qu'ilz  y  soient  tous  péris  et  laidis, 
28        Et  que  jamais  leur  meschance  ne  fine. 


LUI 

SAGE  seroit  qui  se  saroit  garder 
Des  faulx  amans  qui  adès  ont  usage 
De  dire  assez  pour  les  femmes  frauder; 
4  Trop  se  plaignent  de  l'amoureuse  rage 

Qui  plus  les  tient  que  l'oisellet  la  cage, 
Et  vont  faignant  qu'ilz  en  ont  couleur  fade  ; 
Mais  quant  a  moy  tiens  de  certain  corage, 
8  Qui  plus  se  plaint  n'est  pas  le  plus  malade. 

Qui  les  orroit  jurer  et  bien  bourder, 

Faire  semblant  d'estre  plus  serf  qu'un  page, 

Aler,  venir,  muser  et  regarder, 

12        Et  en  parlant  recouper  leur  langage 
Pour  decepvoir,  a  pou  n'est  il  si  sage 
Eulx  guermenter  a  la  plaisant  et  sade  ! 
Mais  on  peut  bien  jugier  a  leur  visaige, 

16        Qui  plus  se  plaint  n'est  pas  le  plus  malade. 

De  telz  amans  Dieux  les  vueille  amender. 
11  en  est  moult,  je  croy,  dont  c'est  dommage, 
Qui  partout  vont  aux  dames  demander 
20        Grâce  et  mercy,  ou  envoyent  message, 

Qui  ne  le  font  fors  pour  querre  avantage 
En  certains  lieux;  pour  ce  dit  ma  balade, 


LU.  —  i-]  B  p.  ou  1. 

LUI.  —  0  A  -  B\.  ï.  iaider—  7  A-  B  M.  q.  a  m.  je  t.  en  mon  c. 
-  \b  A'  on  p.  b.  veoir  a  —  22  £>  En  divers 


CENT    BALADES  56 

Qu'en  ce  cas  cy,  tant  soit  de  hault  parage, 
24        Qui  plus  se  plaint  n'est  pas  le  plus  malade. 


LIV 

VRAYs  amoureux,  jeunes,  jolis  et  gais, 
Qui  desirez  a  monter  en  hault  pris, 
Ayez  les  cuers  nobles,  doulz  et  en  paix, 
4  Blasme  et  mesdit  soit  de  vous  en  despris, 

D'acquerre  honneur  soiez  chaulx  et  espris, 
Courtois,  loiaulx,  sages  et  gracieux, 
Et  beaulx  parliers,  larges,  n'aies  envie, 
Portez  honneur  aux  vaillans  et  aux  vieulx  ; 
9  Ainsi  sera  grâce  en  vous  assouvie. 

Ne  vous  chault  ja  s'estes  ou  beaulz  ou  lais, 
Granz  ou  petiz,  ja  n'en  serez  repris, 
Mais  que  renom  tesmoigne  voz  bons  fais, 

i3        Et  que  soiez  en  toute  honneur  apris.          ♦ 
Du  fait  d'autrui  ne  parlez  en  mespris, 
Vostre  maintien  soit  bel,  et  en  tous  lieux 
Soit  plaisamment  dame  de  vous  servie, 
Esbatez  vous  a  honnourables  jeux  ; 

18        Ainsi  sera  grâce  en  vous  assouvie. 

Suivez  les  bons,  ne  vous  vantez  jamais, 
Ne  a  mentir  souvent  n'aies  apris, 
Et  voulentiers  d'armes  portez  le  fais; 
22        Qui  ce  mestier  faire  a  entrepris 

Nul  ne  blasmez,  comment  qu'il  vous  soit  pris, 
Dieu  et  les  sains  et  les  saintes  des  cieulx 
Amez,  servez  trestoute  vostre  vie, 

,LIV.  —   4  A'  Blasdit  et  m.—  6  B  l.    s.  c.  et  g.  —  21   H  les  fais 


56 


CFNT    BALADES 


Et  en  tous  cas  vous  en  sera  de  mieulx, 
27        Ainsi  sera  grâce  en  vous  assouvie. 

Gentiz  amans,  or  soiez  doncques  lieulx, 
El  deshonneur  sera  de  vous  ravie. 
Les  fais  des  bons  aiez  devant  les  veuhc, 
3i        Ainsi  sera  grâce  en  vous  assouvie. 


LV 

QUI  bien  aime  n'oublie  pas 
Son  bon  ami  pour  estre  ioings 
Car  en  voyage  avient  maint  cas, 
4  'Dont  li  sejourners  est  besoings; 

Mais  aucuns  on  sieult  moult  amer 
Qu'on  oublie  par  long  passage. 
Car  le  voiage  d'oultremer 
8  A  fait  en  amours  maint  dommage. 

Pluseurs  en  Chipre  ou  a  Damas, 
Ou  demeurent  trois  ans  ou  moins, 
S'en  vont,  ou  au  corps  saint  Thomas 

12  En  Ynde,  ou  ilz  ont  mains  besoings; 

Mais  Amours  qui  les  fait  armer 
Leur  rend  souvent  pou  d'avantage, 
Car  le  voiage  d'oultremer 

16  A  fait  en  amours  maint  dommage. 

Par  teiz  séjours  souvent  sont  las 
Les  cuers  d'amer,  et  par  telz  poinz 
Sont  oubliez  ceulz  qui  maint  pas 
20  Font  par  le  monde  ei":  divers  coings; 

L\'.  —  r.  A'-  Que  on 


CENT    BAIADES  5  7 


Aussi  n'oseroie  affermer 
Qu'amis  ne  changent  leur  corage. 
Car  ie  voiage  d'oultremer 
24  A  fait  en  amours  maint  dommage. 


LVI 


MON  bel  ami,  je  voy  trop  bien 
De  vray,  quel  que  le  semblant  soit. 
Que  vostre  cuer  ne  m'aime  en  rien. 
4  Bien  borgnes  est  qui  ne  le  voit  ; 

Vous  le  dites  quoy  qu'il  en  soit, 
Mais  c'est  tout  pour  moy  faire  pestre, 
7  Car  l'oeuvre  loe  le  maistre. 

Il  appert  a  vostre  maintien 

Comment  vo  cucr  d'amer  recroit; 

Car  tout  un  moys,  si  com  Je  tien, 
II  De  moy  veoir  ne  vous  chauldroit. 

Que  m'amissiez  qui  le  croiroit? 

Certes,  ce  ne  pourroit  estre, 
14  CarToeuvre  loe  le  maistre. 

Dont  trop  pour  foie  je  me  lien, 
Et  aussi  chascun  m'i  teiidroit, 
De  vous  amer;  car  nesun  bien 

18  De  ce  venir  ne  me  pourroit, 

Puis  qu'en  riens  ne  vous  en  seroit, 
Et  j'aperçoy  trop  bien  vostre  estre  ; 

21  Car  l'oeuvre  loe  le  maistre. 


LVI.  —  4.  A  Pou  aperçoit  q.  ne  le  v. —  l'i  Sic  cia'ts  tous  les  mss. 
corr.  C.  ce  ne  p.  [pas]  e.  —  16  J3  El  c.  a. 


58  CENT    BALADES 


LVII 


SE  J'ay  le  cuer  dolent  je  n'en  puis  mais, 
Car  mon  ami  s"en  vait  en  Angleterre, 
Ne  je  ne  sçay  quant  le  reverray  mais 
4  Le  bel  et  bon  qui  mon  cuer  tient  en  serre; 

Car  entre  luy  et  moy  ara  grant  barre; 
Mais  jamais  jour  joye  ne  bien  n'aray, 
7  Jusques  a  tant  que  je  le  reverray. 

Et  quant  je  pense  a  ses  gracieux  fais 

Doulz  et  plaisans,  trop  fort  le  cuer  me  serre; 

Et  comment  pour  morir,  certes,  jamais 

1 1        Ne  me  courçast,  et  ou  pourroye  querre 

Nul  plus  plaisant?  or  vueil  je  Dieu  requerre, 
Qui  le  connoit;  mais  dolente  seray, 

14        Jusques  a  tant  que  je  le  reverray. 

Or  est  mon  cuer  chargié  de  pesant  fais, 
Dont  plains  et  plours  me  feront  dure  guerre; 
Et  en  lui  seul  seront  tous  mes  regrais: 

1 8        Car  je  l'aim  plus  que  riens  qui  soit  sus  terre. 
Si  convendra  que  le  renvoyé  querre, 
Ou  a  douleur  et'meschief  languiray, 

2 1        Jusques  a  tant  que  je  le  reverray. 


LVil.  —  1  A^  j'en  n'en  p.  m.  —  2  jB'  va.  —  3  />  q.  je  r. 
II  B'  Ne  ine  courcist  —  A-  et  ou  pourroy  je  q.  —  17  ii  Car 
20  B  Ou  en  à. 


CENT    BALADES  69 


LVIII 

DANT  chevalier,  vous  amez  moult  beaulz  ditz; 
Mais  je  vous  pri  que  miealxamiez  beaulz  faiz. 
Au  commencier  estes  un  pou  tardis, 
4  Mais  encor  vault  trop  mieulx  tart  que  Jamais, 

Vous  ne  servez  fors  d'un  droit  entremais  : 
Parmi  ces  cours  voz  baladez  baillier; 
C'est  le  beau  fait  que  vous  ferez  jamais. 
8  Ha  Dieux!  Ha  Dieux!  quel  vaillant  chevalier! 

Vous  estes  bon  chevalier  et  hardis, 
Mais  vous  amez  un  petit  trop  la  paix, 
Si  avez  droit,  car  aux  acouardiz 

12         Est  trop  pesant  des  armes  le  grief  fais. 
Tel  chevalier  soit  honnis  et  deffais 
Qui  pour  honneur  ressongne  a  travailler! 
Mais  le  repos  vous  siet  bien  désormais. 

16         Ha  Dieux  !  Ha  Dieux  !  quel  vaillant  chevalier! 

Et  pis  y  a,  par  Dieu  de  paradis, 

C'est  villain  fait  se  vous  en  pouez  mais; 

Car  malparlier,  jengleur,  plein  de  mesdis, 

2u        Estes  tenus  et  pis,  mais  je  m'en  tais, 
Dont  a  la  Court  partout  et  au  Palais 
Vont  maint  disant  qu'on  le  puist  exillier; 
De  quoy  sert  il  ?  De  faire  virelais. 

24        Ha  Dieux!  Ha  Dieux!  quel  vaillant  chevalier! 

Le  mesdire  d^autrui  laissiez  en  paix, 
Dant  chevalier,  car  pire  en  un  millier 
11  n'a  de  vous,  si  dient  clers  et  lais  : 
28         Ha  Dieux!  Ha  Dieux  !  quel  vaillant  chevalier  ! 


6o 


CENT    BALADES 


LIX 


PAR  ces  moustiers  voy  venir  et  aler 
Maint  amoureux  gracieux  et  faitis, 
Qui  n'osent  pas  a  leurs  dames  parler 
4  Pour  mesdisans  qui  trop  sont  ententis 

D'eulx  agaitier,  dont  les  amans  gentilz 
S'en  vont  souvent  quMlz  n'en  ont  se  mal  non. 
Et  quant  ilz  sont  de  l'église  partis, 
8  Sont  ilz  aise?  certes  je  croy  que  non. 

Et  se  bien  ont,  je  croy  qu'au  paraler 
Moult  chierement  il  leur  soit  départis 
Car,  qui  se  veult  selon  amours  riuler, 

1 2        II  n'a  mie  pour  soy  tous  bons  partis. 

Amours  les  tient  subgiez  et  moult  craintis 
Que  de  leur  fait  il  soit  aucun  renom. 
Ytelle  gent,  soient  grans  ou  petiz, 

i6        Sont  ilz  aise?  certes  je  croy  que  non. 

Mais  des  mauvais  on  ne  se  doit  mesler; 

Car  bien  n'en  ont,  ne  mal,  mais  alentis 

Hz  sont  d'amer  et  ne  scevent  celer; 
20         Malicieux,- decepvans  et  faintis 

Sont,  et  mauvais  et  en  leurs  fais  soubtilz; 

Mais  ne  leur  chault  s'ilz  sont  amez  ou  non. 

Se  bien  leur  vient  a  si  pou  d'apetis, 
24        Sont  ilz  aise?  certes  je  croy  que  non. 


LIX.  —    2  A  Ces  a.  —    3  A'  a  leur  dame    —    4  5  q.  s.  t.  c.  — 
7  li  de  l'c.  sonis  —  (|  .1'  que  au  —  18  /l'  el  a.  —  21  /l-  en  1.    f. 

faiiuir.s 


CENT    BAI.ADES  Ol 


LX 


Du  mal  d'amours  soiez  vous  tourmentez, 
Vous  qui  parlez  sus  les  vrais  amoureux! 
De  les  blasmer  je  dis  que  vous  mentez, 
4  D'eulx  diffamer,  ne  mesdire  sur  eulx, 

Car  bonne  gent  sont  et  beneiireux 
D'avoir  empris  si  gracieuse  vie  ; 
7  Mais  vous  parlez  comme  gent  pleins  d'envie. 

Car  il  n'est  nul  si  villain,  n'en  doubtez, 
S'il  a  gousté  des  doulz  biens  savoreux 
Qu'Amours  départ  a  ceulx  qu'il  a  domtez, 

1  I         Que  tout  gentil,  poissant  et  vigoreux 
Il  n'en  deviegne  et  de  biens  plantureux. 
Tache  de  mal  est  d'eulx  du  tout  ravie; 

14        Mais  vous  parlez  comme  gent  pleins  d'envie. 

De  mieulx  valoir  qu'ilz  ne  font  vous  vantez, 
Faulx  mesdisans,  villains,  maleiireux, 
Qui  en  tous  lieux  estes  si  déboutez, 

18        Que  clîascun  fait  de  vous  le  dongereux  ; 
Faillis,  lasches  estes  et  paoureux, 
Et  en  eulx  est  toute  grâce  assouvie  ; 

21        Mais  vous  parlez  comme  gent  pleins  d'envie. 


LX.  —  12  B  II  ne  d. 


02  CKNT    BALADES 


I 


LXI 


o  fut  une  damoiselle 
Que  Jupiter  ama  moult  fort. 

Juno  en  ouy  la  nouvelle; 

Se  ne  lui  fu  jeu  ne  déport  : 
4  Du  ciel  descent  en  une  nue 

Pour  son  mary  surprendre  ou  fait; 

Sur  eulx  est  tout  a  coup  venue 

Si  les  y  eust  surpris  de  fait  ; 

Mais  il  n'est  nul  si  grant  meschief 
10  Qu^on  ne  traye  bien  a  bon  chief. 

Car  Jupiter  d'une  cautelle 

Se  couvri;  car  il  fist  un  sort 

Par  quoy  il  tresmûa  la  belle 

En  une  vache,  mais  au  fort 
i5  *         S'en  est  Juno  si  près  tenue, 

Qui  souspeçon  a  du  méfiait, 

Qu'elle  a  la  vache  retenue 

Malgré  que  Jupiter  en  ait. 

Mais  il  n'est  nul  si  grant  meschief 
20  Qu'on  ne  traye  bien  a  bon  chief. 

La  vache  en  garde  bailla  celle 
A  Argus,  qui  jamais  ne  dort; 
Cent  yeulz  avoit  et  la  pucelle 
Toudis  gaitoit,  mais  il  fu  mort  ^ 
25  Par  Mercures  qui  Fen  desnue, 

Car  au  vachier  tant  tint  de  plait 

LXI.  —  8  ^  Et  —  10  ^î  Que  on—  zz  A-  Se  c.  en  taisant  un  s. 
1-  A     Que  elle  —  26  A~  G.  le  v. 


CENT    BALADES  63 

Qu'il  l'endort,  puis  Ta  détenue  ; 
Et  ce  fu  a  Juno  moult  lait. 
Mais  il  n'est  nui  si  grant  meschief 
3o  Qu'on  ne  traye  bien  a  bon  chief. 

Pour  ce  je  di  qu'une  cenelle 

Ne  vault  la  garde  tant  soit  fort, 

Ne  a  vallet  ne  a  basselle; 

Puis  qu'ilz  sont  tous  deux  d'un  acort, 
35  L'amour  d'eulz  sera  maintenue 

Et  verront,  qui  que  dueil  en  ait, 

L\ni  Tautre,  et  en  est  avenue 

Mainte  chose  par  tel  agait; 

Mais  il  n'est  nul  si  grant  meschief 
40  Qu'on  ne  traye  bien  a  bon  chief. 


LXII 

Ha!  mon  ami,  que  j'ay  long  temps  anié! 
Comment  as  tu  le  cuer  si  desloiaulx. 
Que  moy  qui  t'ay  si  doulcement  clamé 
4  Ami  long  temps,  tu  me  fais  tant  de  maulz? 

Parjur,  mauvais,  plein  de  mençonge  et  faulz, 
On  te  devroit  par  dessus  tous  clamer, 
7  De  moy  laissier  ainsi  pour  autre  amer. 

Je  t'avoye  dessus  tous  affermé 
Pour  mon  ami  sur  tous  especiaulx, 
Et  tous  jours  t'ay  chery  et  reclamé 
I  r         De  tout  mo*n  cuer  qui  t'a  esté  loyaulz; 


LXI.  —  32  vers  rayé  dans  A^ .  —  40  .d'  Q.  ne  tourne 
LXII.  —  4  7i  qu  une  faiz  t.  de  m. —  <'>  B  On  le  doit  bien  —  9  B 
P.  m.  a.  trcs  chier  e.  —   w  B  c\.  l'ay  e. 


64  CIÎNT    BALADES 

Mais  plus  mauvais  n'a  n'en  France  n'en  Caulx, 
Ne  autre  part,  le  cuer  as  trop  amer 
14        De  moy  laissier  ainsi  pour  aultre  amer. 

Est  donc  ton  cuer  si  pris  et  enflammé 
De  celle  qui  tant  me  fait  de  travaulx, 
Que  de  s'amour  soies  si  affamé 

1 8         Que  de  moy  fais  contre  elle  petit  taux  ? 
Tu  t^avances  de  ce  faire  a  bas  saulv, 
Ce  m'est  avis,  et  te  doit  on  blasmer 

2  1         De  moy  laissier  ainsi  pour  aultre  amer. 


LXIII 


A   MOURS  !  Amours  !  ce  m'as  tu  fait, 

jL\  Qui  m'as  mis  en  si  dur  parti. 

Se  ne  te  feis  Je  oncques  meffait, 
4  Et  si  ay  tant  de  maulx  parti 

Largement  m'en  as  départi; 

Et  qui  te  fait  de  son  cuer  don, 
7  A  il  doncques  tel  guerredon? 

Ton  soûlas  est  bien  contrefait, 
Il  s'est  de  moy  tost  départi, 
Contre  le  bien  mal  me  reffait  ; 

1 1  En  grant  doulour  s'est  converti, 

Tu  m'occis  sanz  dire  «  gar  t'y!  » 
Va  il  ainsi  qui  te  sert  don, 

14  A  il  doncques  tel  guerredon  ? 

Et  pour  quoy.  ne  pour  quel  tort  fait, 


LXII.  —  i5  i3  si  p.  si  c.  —  20  fi  ce  me  semble 
LXIII.  —  i5  /i  Et  p.  q    et  p.  q.  meffait 


CENT    BALADES  65 


M'as  tu  un  tel  ami  sorti, 
Qui  ma  vie  et  mes  Jours  deffait? 
Car  par  lui  suis  en  tel  parti 
Que  tout  mon  sens  est  amorti. 
'Qui  tu  esprens  de  ton  brandon, 
A  il  doncques  tel  guerredon? 


LXIV 

O  AGES  et  bons,  gracieux  et  courtois, 

s^    Doivent  esLre  par  droit  tous  chevaliers 

Larges  et  frans,  doulz,  paisibles  et  cois, 

4  Pour  acquérir  honneur  grans  voiagiers, 

En  fais  d'armes  entreprenans  et  fiers, 
Droit  soustenir  et  defFendre  TEglise, 
D'armes  porter  doit  estre  leur  mestiers, 

8  Qui  maintenir  veult  Tordre  a  droite  guise;. 

Hanter  les  cours  des  princes  et  des  roys. 
Les  fais  des  bons  recorder  voulentiers  ; 
Estre  doivent  d'orphelins  et  de  lois 

12        Et  des  femmes  deffendre  cousiumiers, 
Acompagnier  les  nobles  estrangiers, 
Preux  et  hardiz  et  sanz  recreandise, 
Et  voir  disans,  fermes,  vrais  et  entiers, 

i6        Qui  maintenir  veult  Tordre  adroite  gnise. 

Et  noblece  dont  il  est  si  granl  voix 
Les  doit  tenir  loiaulx  et  droituriers; 
Pour  le  renom  qu'il  est  des  bons  françois 
20        Leur  doit  estre  tous  pesans  fais  legiers, 


LXIII.  —  20  Zî  Q.  t.   e.  dj  tel  b.  —  21  A  guerdon 
LXIV.  —  ■/  A  omet  D'  —   12  /l  El  de  f. 

i".  1 


66  CENT    BALADES 

Ne  orgueilleux,  vanteurs  ne  losengiers 
Ne  soient  pas,  car  chascun  trop  desprisc 
Si  fais  mahains,  bourdeurs  ne  noveliers, 
24        Qui  maintenir  veult  l'ordre  a  droite  guise. 

Telz  chevaliers  doit  on  avoir  moult  cliiers; 
Dieu  et  les  sains  et  le  monde  les  prise. 
Or  suive  donc  toudis  si  fais  sentiers, 
28        Qui  maintenir  veult  Tordre  a  droite  guise, 


LXV 

\ME  sanz  per,  ou  tous  biens  sont  assis, 
A  qui  ra'amour  j'ay  trestouie  donnée, 
Corps  gracieux  de  doulz  maintien  rassis, 
4  Belle  beaulté  doulcement  atournée. 

Que  j'aim  et  craim  plus  qu'autre  chose  nce, 

Apercevez  que  je  n'ose 
Parler  avons,  ne  conter  mon  martire; 
Mais  s"il  m'esteut  le  dire  a  la  parclose 
g  Ne  me  vueilliez,  doulce  dame,  escondire. 

Car  il  a  Ja  des  ans  bien  près  de  six 
Que  j'ay  en  vous  m'amour  toute  assenée, 
N'oncques  n'osay  vous  requérir  mercis 
I  3        Pour  la  paour  que  ne  soiez  tanée 

De  m'escouter,  mais  ne  puis  plus  journée 

La  douleur  qui  est  enclose 
Dedens  mon  cuer  endurer  sanz  le  dire; 


LXIV.  —  23  A  Si  f.  m.  vanteurs  ne  n.  —  27  E'  or  s,  doncqucs 
si  f.  s. 

LXV.  —  10  Zî  G.  il  y  a  J.  —  I  î  A-  m'a.  en  v.  —  \3  B  q.  ne 
t'eussiez  t. 


CENT    BALADES  67 

Mais  se  voyez  que  pour  vous  ne  repose, 
18        Ne  me  vueilliez,  doulce  dame,  escondire. 

Gentil  cuer  doulz,  or  soient  adouicis 

Par  vous  mes  maulz,  et  ma  douleur  sande. 

Car  de  plorer  et  plaindre  je  m'occis, 
22        Ne  je  ne  puis  sanz  mort  passer  Tannée, 

Se  ma  douleur  n'est  brief  par  vous  finée. 
Relie,  plus  fresche  que  rose, 

Vo  doulce  amour  demand  que  tant  désire  ; 

Et  quant  ne  vueil  ne  requier  autre  chose, 
27        Ne  me  vueilliez,  doulce  dame,  escondire. 


LXVÎ 


MON  chevalier,  mon  gracieux  servant, 
Je  sçay  de  vray  que  de  bon  cuer  ra'amcz, 
Et  de  long  temps  je  vois  apercevant 
L'amoureux  mal  dont  tant  vous  vous  blâmez. 

Or  ne  faites  plus  mate  chiere, 
Ne  vous  douiez  plus  ne  jour  ne  demi, 
Car  je  vous  vueil  amer  d^arnour  entière. 
Et  vous  retien  pour  mon  loial  ami. 

Et  la  douleur  qui  tant  vous  va  grevant 

Pour  moye  amour,  dont  pour  mort  vous  clamez, 

Je  gariray  et  vous  verray  souvent. 

Ja  ne  sera  mon  corps  si  enfermez 

Que  je  ne  treuve  bien  manière 
De  vous  veoir;  or  soiez  tout  a  mi , 


LXV.  -  23  B  n'e.  tost  p.—  23  B  La  vostre  a.—  26  A  Et  se  voycs 
que  pour  vous  ne  repose 
LXVI.  —  12  Zî  si  afl't;rmez 


68  CENT    BALADES 

Car  eslre  vueil  aussi  vo  dame  chiere, 
i6        Et  vous  retien  pour  mon  loial  ami. 

Si  gardez  bien,  ne  m'alez  décevant, 

Car  ies  loyaulz  amans  sont  clersemez; 

Ce  croy  je  bien,  mais  n'alez  ensuivant 
20        Les  faulz  mauvais  qui  tant  sont  diffamez. 
Pour  ce,  se  je  ne  vous  suis  fiere, 

Et  ay  pitié  dont  tant  avez  gémi  ; 

Par  quoy  ottroy  m'amour  a  vo  prière, 
24        Et  vous  retien  pour  mon  loial  ami. 


LXYII 

CHIERE  dame,  certes  je  ne  pourroie 
Vous  mercier  assez  souffisamment 
Du  noble  don  que  vo  doulz  cuer  envoie 
4  A  moy,  qui  suis  vostre  serf  ligement, 

De  me  donner  Tamour  entièrement 
De  vous  que  j'aim  et  desk  a  servir; 
7  Hé  Dieux  me  doint  pouoir  du  desservir  !    - 

Or  avez  vous  remply  de  toute  joye 

Mon  povre  cuer,  et  osté  le  tourment 

Que  par  long  temps  pour  vous  souffert  avoye; 

I  I         Or  m'avez  vous  mercy  trop  grandement. 
Pensé  avez  de  mon  avancement 
De  moy  vouloir  de  tous  biens  assouvir; 

14        Hé  Dieux  me  doint  pouoir  du  desservir! 


LXVI.—  20  A~  L.  f.  amans  — 21  B  Pourtant  —  23  A^  m'a.  o. 

LXVl!.  —  3  B^  q.  vostre  c.  ociroye  —  B^  q.  vo  d.  c.  octroyé  — 
5  /i  De  moy  d.~  7  iî  Ha  D.—  7,  21  ,4'  Et  D. —  8  à  14  omis  dans 
A^  —  14  BUd  I). 


CENT    BALADES  69 

Or  seray  gay  trop  plus  que  ne  souloic, 

Et  bien  est  drois  que  vive  Jiement  ; 

Car  tant  me  plaist  que  vostre  amour  soit  moye 
i8        Que,  se  le  monde  estoit  mien  quittement, 

Mieulz  vouldroie  le  perdre  entièrement 

Que  vostre  amour,  ou  me  vueil  asservir; 
21        Hé  Dieux  me  doint  pouoir  du  desservir  ! 


LXVIII 

DAME,  oncques  mais  je  ne  vous  vi 
Que  maintenant;  mais,  sanz  meniir, 
Mon  cuer  avez  du  tout  ravi 
4  A  tousjours  mais,  sanz  départir. 

Si  me  fauldra  mains  maulz  sentir, 
Se  m'escondissiez  ;  ce  vous  pry. 
7  Dame,  pour  Dieu,  mercy  vous  cry. 

Grandement  ni'arez  assouvi, 
S'il  vous  plaist  a  moy  consentir 
Vostre  amour,  et  je  vous  plevi 

1 1  Que  tout  vostre,  sanz  alenlir, 

Suis  et  seray,  n'en  quier  pariir. 
A  jointes. mains  je  vous  depry  ; 

14  Dame,  pour  Dieu,  mercy  vous  cry. 

Durement  m'ara  asservi, 
Vostre  beaulté  qui  amatir 
Fera  mes  ris,  et  assouvi 
18  Sera  mon  bien  ;  se  assentir 


LXVH.  -  20  B  or  m'y  v.  -  21  B  Ha  D. 
LXVIU.  —  4  A-^  B  s.  repentir   —  6  .1'  se   v.  p.  —  B^  et  v, 
i.\.  A'  doulcc  d.  m.  —  18  j3  se  consentir 


70  CENT    BALADES 

Voulez  ma  mort,  comme  martir 
Me  mourray  ;  si  oyez  mon  cry  : 
2  1  Dame,  pour  Dieu,  mercy  vous  cry. 


LXIX 

iL  VOUS  est  bien  pris  en  sursault 
Le  mal  d'amours  qui  si  vous  blecc  ; 
Ne  voulez  pas  avoir  deffault 
4  Pour  avoir  de  prier  paresce. 

Je  ne  suis  pas  d'amer  maistresse, 
Et  nyce  on  me  devroit  clamer, 
7  Sire,  de  si  tost  vous  amer. 

Car  il  m'est  vis  que  dame  fault 
Contre  honneur  et  contre  noblece, 
De  tost  donner  ce  que  tant  vault, 

1 1  Qu'il  n'est  nulle  plus  grant  richece 

Aux  desirans,  ne  tel  leesce. 
On  vous  lairoit  pou  affamer, 

14  Sire,  de  si  tost  vous  amer. 

Et  desservir  avant  vous  fault 

Les  biens  d'amours  a  grant  destrece, 

Et  souffrir  le  froit  et  le  chault, 

18  Que  vous  en  aiez  tel  largece; 

Bien  me  tendriez  a  musarresse, 
Vous  meismes  me  devriez  blasmer, 

21  Sire,  de  si  tost  vous  amer. 


LXIX. —  6  B  Aussi  me  d.  on  blasmer  —  i5  B  Car  -  19  B  B.  m'en 
tendriez  —  8-21  A  intervertit  ces  deux  strophes 


CENT    BALADES 


LXX 


\7ovLKz  VOUS  donc  que  Je  muire, 
''     Très  belle,  pour  vous  amer? 

Helas  !  ou  pourray  je  fuire, 
4  Se  vo  doulz  cuer  m'est  amer  ? 

Je  ne  me  pourroye  armer 

Contre  amours  qui  si  m'assault 
7  Que  vigueur  et  cuer  me  fault. 

Pour  Dieu  ne  me  vueiiliez  nuire. 
Très  doulce  estoille  de  mer 
Par  qui  je  me  vueil  conduire  ; 

I  I  Vous  seule  vueil  reclamer, 

Vueillez  moy  ami  clamer, 
Ou  je  vous  diray  tout  hault 

14  Que  vigcur  et  cuer  me  fault. 

A  vo  vouloir  me  vueil  duire, 
Et  de  tous  poins  confermer; 
Autre  ne  me  puet  déduire. 

18  Si  m'i  fault  du  tout  fermer, 

Sanz  nul  jour  me  deffermer 
De  vous,  dont  j'ay  tel  deffault 

21  Que  vigour  et  cuer  me  fault. 


LXXI 

VosTRE  beaultc,  vogracieu.^  accueil, 
A  si  mon  cuer  de  vous  enamoré, 
Dame  plaisant,  et  vo  doulz  riant  oeil, 


72  CENT    BALADES 

4  Que,  se  je  n'ay  vostre  amour,  je  morré 

Prochainement,  et  frémir 

Fait  tout  mon  cuer  quant  vo  beaulté  remir; 

Tant  suis  forment  de  vostre  amour  espris, 
8  Douice  dame,  je  me  rens  a  vous  pris. 

Voiez  comment  pour  vous  de  plours  me  mueii, 

Par  quoy  vivre  longuement  ne  porré 

Pour  l'amoureux  mal  dont  si  fort  me  dueil, 

12        Que  ja  m'a  près  que  mort  et  acouré. 
Dame  que  je  vueil  cremir, 
Aiez  pitié  de  moy  qui  escremir 
Ne  puis  vers  vous,  et  com  d'amer  surpris, 

1 6        Douice  dame,  je  me  rens  a  vous  pris. 

Et  très  plaisant  cuer,  gentil,  sanz  orgueil, 
Doulz  corsellet  de  moy  très  aouré, 
Je  ne  désir  autre  chose,  ne  vueil 

20        Qu\in  doulz  baisier  de  vous  assavoré; 
Plus  ne  devroye  gémir 
Se  du  très  doulz  viaire  ou  je  me  mir 
Avoye  ce;  mais  se  j'ay  riens  mespris, 

24        Douice  dame,  je  me  lens  a  vous  pris. 


LXXII 

A  dame,  je  ne  sçay  que  dire 
De  vous  et  de  vostre  manière; 
Vous  me  voulez  du  tout  destruire 
De  moy  faire  si  mate  chiere; 


LXXI.  —  4  ^'  se  )!i  n'c  —  i)  B  V .  comme  p.  v.—  20  ^1'  Que  un 
—  21  A  ci'cmir —  22  A-  me  i^iuyr 
LXXll.  —  2  B  ne  de  v. 


CENT    BALADES 


73 


Débouter  me  voulez  arrière 
De  vous,  dont  suis  desconforté  ; 
7  Ne  sçay  qu'on  vous  a  raporté. 

Riens  ne  fais  qui  vous  puist  souffire, 

Ne  chose  que  je  vous  requière 

Ne  faites,  dont  j'ay  trop  grant  yre. 

1 1  Ne  soûliez  estre  coustumiere 

D'envers  moy  estre  si  très  fiere, 
Sanz  que  me  soye  mal  porté; 

14  Ne  sçay  qu'on  vous  a  raporté. 

Fondre  me  feriez  com  la  cire, 

Et  mon  corps  moult  tost  meire  en  bicre, 

De  moy  de  tous  biens  escondire, 

18  Ou  je  ne  sçay,  ma  dame  chiere, 

S'un  autre  en  mes  biens  met  enchieie 
Qui  vo  cuer  ait  mal  enorté; 

21  Ne  sçay  qu'on  vous  a  raporté. 


Si  ne  vueilliez  qu'a  la  mort  tire 
Sanz  cause,  pour  un  autre  eslire 
Qui  mon  bien  en  ait  enporté; 
25  Ne  sçay  qu'on  vous  a  raporté. 


LXXIII 


HELAs!  ma  dame,  il  me  fault  eslor^ner 
De  vo  beaulté,  dont  le  cuer  trop  me  deult. 
Si  m'assauldront-tous  maulz  sanz  espargnier, 

LXXII.  —  6  B  De  V.  d.  j'ay  trop  de  dune  —  7  .1'  que  on  —  i3 
B  Se  vo  cuer  est  mai  cuorté  —  14  A^  que  on  ~  i3  A'-  fercs  —  20 
B  Qui  de  moy  vous  ait  mal  porté  —  21  et  25  A^  que  on  —  22  à 
2  3  omis  dans  il 


74  CENT    BALADES 

4  Car  plus  vous  aim  que  Tristan  belle  Ysseult, 

Belle,  ou  sont  tuit  mi  ressort. 

Or  deffauKlront  rni  gracieux  déport; 

Car  vous  estes  mon  reconfort  sur  tous, 
8  Las!  que  feray,  doulce  dame,  sanz  vous? 

Et  tous  les  jours  faudra  en  plours  bagner 
Mon  pouvre  cuer,  qui  trop  de  mal  recueult; 
Car  autre  bien  ne  convoite  a  gaigner 

12   /     Fors  vous,  belle,  ce  demande  et  ce  veult. 
Si  suis  en  grant  desconfort; 
Car  je  ne  puis  vivre  sanz  vous  au  fort, 
N'estre  de  mort  par  nulle  autre  rescous, 

i6        Las!  que  feray,  doulce  dame,  sanz  vous? 

Le  départir  je  doy  bien  ressongner,  /-'>' 
Par  quoy  perdray  ce  qu'esjoir  me  seult  : 
C'est  vo  doulçour  quant  lui  plaist  a  daigner 

2o        Moy  conforter,  et  doulccment  m^acueult; 
Or  n'en  aray  reconfort, 
Dont  grief  doulour  trop  durement  me  mort: 
Or  suis  je  bien  de  tous  biens  au  dessoubz, 

24        Las!  que  feray,  doulce  dame,  sanz  vous? 


LXXIV 


jOULCE  dame,  a  Dieu  vous  command, 
Aler  m^en  fault,  dont  il  me  poisc, 
Cent  fois  a  vous  me  recommand, 
Et  vous  suppli,  doulce  et  courtoise. 
Ne  m'oubliez  ou  que  je  voise  ; 


LXXîIl.  —    i5  B  N'e.  ne  puis  p.  —  A''  p.  nul  a    r.  —   22  P>  t. 
grisfment. 


CENT   BALADES  '/S 

Et  pour  retour  de  ce  voiage, 
7  Je  vous  laisse  mon  cuer  en  gage. 

—  Amis,  vostre  département 
Petitement  mon  cuer  renvoise, 
Et  se  m'oubliez  nullement, 

II  II  ne  sera  nul  qui  racoise 

Mon  dolent  plour.  A  basse  noise 

Vous  di  a  Dieu,  et  pour  partage, 
14  Je  vous  laisse  mon  cuer  en  gage. 

—  Belle,  sachiez  certainement 
Que,  pour  dame  ne  pour  bourgoise, 
Ne  vous  oublieray  vraiement; 

18  D'autre  amour  ne  donne  une  boise, 

Tost  revendray  comment  qu'il  voise, 
Et  de  vous  renvoier  message, 

21  Je  vous  laisse  mon  cuer  en  gage. 


LXXV 

NE  me  vueilliez  pas  oublier 
Pour  tant  si  je  vous  suis  lontains. 
Belle,  je  vous  vueil  supplier 
4  Qu'il  vous  souviengne  que  je  n'aims 

Fors  vous,  et  pour  tant,  se  je  mains 
Hors  du  pais  si  longuement, 
7  Ne  vous  oubli  je  nullement. 

Ce  me  feroit  com  fol  lier, 
Et  com  dervez,  et  piez  et  mains. 
S'a  aultrc  veoie  aller 
1 1  Vostre  doulz  cuer,  niieulz  vouldroic  ains 

Morir  que  part  y  eussent  mains  ; 


76  CENT    BALADES 

« 

iMais  pour  peine,  ne  pour  tourment, 
14  Ne  vous  oubli  je  nullement. 

Si  me  fault  melancolier 

Loings  de  vous,  en  plours  et  en  plains; 

Ne  le  courroux  entroublier 
18  Ne  puis,  dont  H  miens  cuers  est  pleins; 

Et  si  ne  sçavez  mes  reclaims; 

Mais  sachiez  qu'un  tout  seul  moment 
21  Ne  vous  oubli  je  nullement. 


LXXVI 


JE  pri  a  Dieu  qu'il  lui  doint  bonne  nuit 
A  la  très  belle,  ou  sont  tous  mes  reclaims, 
El  qu'il  ne  soit  chose  qui  lui  anuit, 
4  Fors  seulement  que  d'elle  si  loings  mains. 

Car  de  tel  mal  moult  bien  me  plaist  qu'alains 
Soit  son  doulz  cuer,  si  qu'adès  lui  souviegne 
7  De  son  ami,  désirant  qu'il  reviegne. 

C'est  la  plus  belle  et  la  meilleur,  je  cuid. 
Qui  soit  ou  monde,  et  si  suis  tous  certains 
Que  loiaulté  du  tout  gouverne  et  duit 

1 1         Son  noble  cuer,  qui  n'est  lier  ne  haultains, 
Ne  de  villain  penser  taché  ne  tains; 
Si  requier  Dieu  que  nouvelles  lui  viegne 

14        De  son  ami,  désirant  qu'il  reviegne. 


LXXV.  —  17  S  Ne  le  c.  apalicr  —  18  5  le  m.  c.  e.  tains  —  ig  B 
Ne  vous  ne  s. 

LXXVI.  —  ?  yi  qui  vous  a.  —  3  B  C.  de  ce  m.  —  i3  .4>  Si  re- 
quiert 


CENT    BALADES  77 

Ha  !  que  fusse  je  ores  ou  doulx  réduit, 

Ou  elle  maint,  la  porté  ou  ampains! 

A  lui  seroit  et  a  moy  grant  déduit, 
i8        Si  seroient  un  pou  noz  maulx  estains; 

Dieux!  quesceustelleau  moins  comment  JeTaims? 

Si  le  sçara,  mais  qu'en  l'amour  se  tiegne 
2  1         De  son  ami,  désirant  qu'il  reviegne. 


LXXVII 

JE  ne  suis  pas  vostre  pareil, 
Car  vous  estes  la  non  pareille 
Du  monde,  belle  sanz  orgueil, 
4  A  qui  servir  je  m'appareille; 

Mais  sachiez  qu'Amours  me  traveille 
Pour  vostre  amour  et  me  commande, 
7  Dame,  qu'a  vous  servir  j'entende. 

Si  oiez  le  plaint  de  mon  dueil 
En  pitié,  de  vo  doulce  oreille; 
Et  prenez  garde  que  je  vueil 

1 1  Estre  tout  vostre,  et  ja  ne  vueille 

Vostre  doulz  cuer  que  tant  me  dueille, 
Ains  lui  plaise  affin  que  j'amende, 

14  Dame,  qu'a  vous  servir  j'entende. 

Regardez  mo)'  de  vo  doulz  oeil, 
Dame,  car  je  tremble  comme  fueille, 
Présent  vous,  ne  passer  le  sueil 


LXXVI.  —  ib  iî  Et—  18  ^1  moz  —  B  mes  m.  e.—  19  B  Wé  — 
20  yl  m.  que 

LXXVII.  —  3  ZJ  Du  m.  servir  s.  o.  —  7,  14,  21  5  q.  v.  s.  e.  — 
Il  /i  E.  trestoul  v.  et  ne  v.—   12.  B  V.  doulçour—  i.(/l'  s.  entende 


78  CENT    BALADES 

18  N'ose  que  vo  courrouz  n'acueille,    . 

Vostre  grant  valour  ne  s'orgueille 
Contre  moy,  ains  tel  bien  me  rende, 

21  Dame,  qu'a  vous  servir  j'entende. 


LXXVIII 


UE  ferons  nous  de  ce  mary  jaloux? 
Je  pry  a  Dieu  qu^on  le  puist  escorchier 
Tant  se  prent  il  de  près  garde  de  nous 
4  Que  ne  pouons  l'un  de  l'autre  approchier. 

A  maie  hart  on  le  puist  atachier, 
L'ort,  vil,  villain,  de  goûte  contrefait, 
7  Qui  tant  de  maulz  et  tant  d'anuis  nous  fait! 

Estranglé  puist  estre  son  corps  des  loups, 
Qu'aussi  ne  sert  il,  mais  que  d"'empesciiier! 
A  quoy  est  bon  ce  vieillart  plein  de  toux, 

1 1         Fors  a  tencier,  rechigner  et  crachier? 
Dyable  le  puist  amer  ne  tenir  chier, 
Je  le  hé  ti'op,  Tarné,  vieil  et  deffait, 

14        Qui  tant  de  maulz  et  tant  d'anuis  nous  fait! 

Hé!  qu'il  dessert  bien  qu'on  le  face  coux 
Le  baboïa  qui  ne  fait  que  cerchier 
Par  sa  maison  !  hé  quel  avoir!  secoux 

18        Un  pou  sa  pel  pour  faire  aler  concilier, 
Ou  les  degrez  lui  faire,  sanz  marchier, 
Tost  avaler  au  villain  plein  d'agait, 

2£         Qui  tant  de  maulz  et  tant  d'anuis  nous  fait! 


LXXVII.  —  20  B  C.  vous 

LXXVII!.    —   8   ^1  s.  c.  de  1.   -    i3  B  Je   le   hé    t     Tort,    vil 
vilain,  d.  —  ib  B  Dieux 


CENT    BALADES  79 


LXXIX 


ELAs!  ma  dame,  amours  le  m'a  fait  dire 
Ce  que  j'ay  dit  cora  rude  et  mal  apris; 
Si  ay  parlé  corn  dolent  et  plein  d'yre. 
4  Mais  ne  vueilliez,  pour  Dieu,  tourner  a  pris 

Ce  que  j'ay  dit,  doulce  dame  de  pris  ; 
Car  je  sçay  bien  qu'ay  parlé  rudement, 
7  Si  vous  en  cry  mercy  très  humblement. 

Car  a  raison  toudis  pas  ne  se  tire 
Le  cuer  qui  est  de  jalousie  espris, 
Car  il  n'est  dueil,  ne  maladie  pire; 

II         Et  on  m'a  dit,  l'autryer  le  vous  rescrips, 
Que  vous  avez  a  autre  amer  empris; 
Et  ce  me  fist  parler  plus  lollcmenr, 

14        Si  vous  en  cry  mercy  très  humblement. 

Mais  je  vous  pry  qu'il  vous  vueille  souffire 
Moy  a  ami,  combien  que  plus  grant  pris 
Ont  mains  meilleurs  et  je  soye  le  pire, 

18         Puet  bien  estre,  mais  n'aiez  eu  despris 
Mon  loial  cuer\le  vostre  amour  surpris, 
Je  vous  nommay  fausse,  certes  je  ment, 

2  I         Si  vous  en  cry  mercy  très  humblement. 


LXXIX.  —  b  A-  Mes  paroles  d.  —  11  .1'  l'autre  yer  —  Z3  le 
V.  escrips  —  i3  yi'  p.  felcment  —  16  A'^  a.  espris  —  2;  A- 
ic  V. 


80  CENT    BALADES 


LXXX 


K  pourray  je  donc  jamais  avenir 
A  vostre  amour,  ma  dame  débonnaire, 
Pour  bien  amer  et  loyaulté  tenir, 
4  Ne  pour  prier  ou  pour  service  faire? 

N'ay  je  pouoir  de  vo  doulz  cuer  attraire, 
Belle  plaisant,  mon  gracieux  cuer  doulz, 
7  Voulez  vous  donc  que  je  muire  pour  vous? 

Helas!  pour  Dieu,  vueilliez  moy  retenir 
Pour  vostre  ami  !  car  il  m'est  neccessaire 
Se  vivre  vueil,  ne  puis  plus  soustenir 

I  r         Vostre  escondit  qui  m'osie  mon  salaire  ; 

Et  plus  vous  serfs  et  plus  m''estes  contraire, 
Dame  d'onneur,  me  haïez  vous  sur  tous, 

14        Voulez  vous  donc  que  je  muirc  pour  vous? 

Au  moins  s'un  pou  vous  daignast  souvenir 
Du  dueil  amer  qu'il  me  fault  pour  vous  traire; 
Pour  quoy  vous  pleust,  quant  me  voiez  venir, 

iS  Vous  dire  ce  dont  je  ne  me  puis  taire, 
Que  me  feissiez  de  vostre  doulz  viaire 
Un  doulz  semblant,  mais,  quant  ne  suis  rescoux, 

21        Voulez  vous  donc  que  je  muire  pour  vous? 


LXXX,  —  4  A-  i>  ne  p.  s.  —  12  ^1  ni'etez  —    17  5  Par  quoy 
19  B^  Q.  me  faisiez  —  20  B  m.  se  ne  —  i5  à  20  A'^  : 

Quant  tout  mon  fait  et  tout  mon  maintenir 
N'est  autre  part  et  ne  veez  le  contraire, 
Ne  vous  deust  il  quelque  foiz  souvenir 
Du  mal  que  j'ay  pour  vous  que  ne  puis  taire? 
N'a  il  pitié  quelconque  en  vostre  affaire? 
Me  lairez  vous  finer  en  tel  courroux  ? 


CENT    BALADES  8l 


LXXXI 


CE  jour  de  l'an  que  Peu  doit  estrener, 
Très  chiere  dame,  entièrement  vous  donne 
Mon  cuer,  mon  corps,  quanque  je  puis  finer; 
4  A  vo  vouloir  de  tous  poins  abandonne 

Moy,  et  mçs  biens  vous  ottroy,  belle  et  bonne; 
Si  vous  envov  ce  petit  dyamant, 
7  Prenez  en  gré  le  don  de  vostre  amant. 

Je  vous  doy  bien  tout  quanque  j'ay  donner  ; 

Car  ou  monde  n'a  nulle  autre  personne 

Qui  les  me  peiist  tant  guerredonner, 
1 1         Com  vous,,  belle,  qui  la  fin  et  la  bonne 

Estes,  qui  tous  mes  biens  drece  et  ordonne; 

Si  vueil  estre  tout  vostre  en  vous  amant, 
14        Prenez  en  gré  le  don  de  vostre  amant. 

Or  vueilliez  donc  vo  doulz  cuer  assener 

A  moy  aussi;  ne  soiez  si  félonne 

Que  me  faciez  jusqu^a  la  mort  pener. 
18        Ostez  le  mal  qui  en  mon  cuer  s'entonne. 

Si  porteray  des  amans  la  couronne  ; 

Mon  cuer  vous  donne  et  le  vostre  demand, 
2 1         Prenez  en  gré  le  don  de  vostre  amant. 


LXXXI.-  10  A-  Q.  \t 


T   I 


82  CENT  BALADES 


LXXXII 


|OULCK  dame,  vueilliez  moy  pardonner 
Se  demourc  ay  un  pou  longuement  ; 
Car  je  n'ay  peti  plus  tost  retourner, 
4  Dont  me  desplaist;  car  trop  d'empeschement 

M^est  survenu,  mais  croiez  fermement 
Que  vostre  suis,  ou  soie  près  ou  loings, 
7  Le  dieu  d'amours  m'en  soit  loial  tesmoins. 

J'ay  bien  cuidé  la  ma  vie  finer, 
Tant  eus  de  mal  pour  le  département 
De  vous,  très  belle,  et,  sanz  joye  mener, 

1  [         J'ay  la  esté  très  le  commencem.ent 
Jusqu'à  la  fin  ;  car  resjouïssement 
,      Je  n'ay  sanz  vous,  fors  mal  et  tous  besoings, 

14        Le  dieu  d'amours  m'en  soit  loial  tesmoins. 

Or  suis  venu,  vueillez  moy  ordener 

Vostre  vouloir,  car  vo  commandement 

Vueil  obéir,  et  je  me  doy  pener 
iS        De  vous  servir  ;  ne  feray  autrement 

Tant  quan  vivray,  sachiez  certainement. 

Car  la  sont  tous  mes  pensers  et  mes  seins, 
21         Le  dieu  d'amours  m'en  soit  loial  tesmoins. 


LXXXII.  -  I  B  Chiere  d.  —  6  B  p.  el).  -  1 1  .4'  G'y  ay  e. 
17  B  car  je  m'en  vueil  p.  —  A-  car  je  me  d.  —  19  Z>  T.  com  v. 


CENT    BALADES  83 


LXXXIÎI 


TRÈS  faulz  parjur,  renoyé  plein  de  vice, 
Plus  que  Judas  rempli  de  traïson, 
De  tout  mon  cuer  t^ay  amé  comme  nyce, 
4  N"'oncques  vers  toy  ne  pensay  mesprisoU; 

Et  pour  autre  me  laisses  sanz  raison. 
Ne  deusses  pas  ce  moy  faire  a  nul  fueur; 
Car  tu  me  metz  en  trop  dure  friçon. 
8  Ha  desloial!  comment  as  tu  le  cuer? 

Dieux,  que  feist  on  de  telle  gent  justice? 
On  en  pent  maint  a  trop  moins  d'achoison, 
Se  m'en  vengier  peusse,  je  garisse 

1 2        Des  maulx  que  j'ay  pour  toy  a  grant  foison. 
Que  fusses  tu  destroit  en  ma  prison  ? 
Ton  grant  orgueil  m'atasse,  et  la  grandeur 
Dont  tu  me  fais  vivre  a  tel  cuisançon. 

i6        Ha  desloial  !  comment  as  tu  le  cuer? 

De  mes  bienfais  me  rens  tel  bénéfice, 
Ne  plus  ne  moins  com  fist  le  faulz  Jason 
A  Medée,  qui  lui  fist  tel  service 

20        Qu'il  en  conquist  la  dorée  toyson, 
Pour  lui  laissa  sa  terre  et  sa  maison, 
Dont  lui  rendi  après  petit  d'onneur; 
Encor  me  fais  pis  sanz  comparoison. 

24        Ha  desloial  !  comment  as  tu  le  cuer? 


LXXXIU.  —  7  A'^  Mais  —  9  jB'  de  celle  g.  —  18  Zî  m.  que  f. 


84  CENT   BALADES 


LXXXIV 

SE  VOUS  me  donnez  congié 
Par  conseil  de  mesdisans. 
Dame  que  servie  j'é 
4  Par  l'espace  de  dix  ans, 

Au  lit  me  mettrez  gisans: 
N'oncques  ne  m'amastes  brief, 
7  Se  vous  me  faites  tel  grief. 

N^ay  desservi  qu'estrangié 
Soye,  mon  devoir  faisans, 
Et  se  je  suis  deslogié 

1 1  Pour  aultre  moins  soufîisans, 

Qui  a  vous  soit  plus  plaisans, 
Sur  lui  vendra  le  meschief, 

14  Se  vous  me  faittes  tel  grief. 

Vo  cuer  est  vers  moy  changié  ; 
Car  tousdis  par  moz  cuisans 
Je  suis  de  vous  laidengié, 

18  Com  je  fusse  un  païsans; 

Mais  je  croy  que  mes  nuisans 
Leur  part  aront  du  relief, 

21  Se  vous  me  faittes  tel  grief. 


LXXXIV.  —  8  A^  que  e.  —  19  B  M,  bien  c. 


CENT    BAI.ADES  85 


LXXXV 


L'espoir  que  j^ay  de  reveoir  ma  dame 
Prochainement,  me  fait  joyeux  chanter 
A  haulte  voix  ou  vert  bois  soubz  la  rame, 
4  Ou  par  déduit  j'ay  apris  a  hanter 

Pour  un  petit  les  maulx  que  j'ay  domtcr, 
Pour  ce  qu'adès  suis  d'elle  si  longtains  ; 
7  Mais,  se  Dieux  plaist,  j'en  seray  plus  prochains. 

Et  je  doy  bien  avoir  désir  par  m'ame 

D'elle  veoir,  car  je  m'ose  vanter 

Qu'il  n'est  ne  roy,  ne  duc,  ne  prince,  n'ame 
î  t         Qui  ne  voulsist  a  elle  honneur  porter, 

Pour  les  grans  biens  qu'on  en  ot  raconter; 

Si  me  desplait  dont  d'elle  si  loins  mains; 
i  \.        Mais,  se  Dieux  plaist,  j'en  seray  plus  prochains. 

Et  sa  beaulté,  qui  le  mien  cuer  cnlîammc. 

Me  fait  souvent  gémir  et  guermenter 

Pour  le  désir,  qui  m'estraint  et  affame, 
i8        D'elle  veoir,  pour  moy  reconforter; 

Je  chanteray  pour  mon  cuer  déporter. 

Adès  suis  loings  d'elle  ou  sont  mes  reclains; 
2  1        Mais,  se  Dieu  plaist,  j'en  seray  plus  prochains. 


LXXXV.  -  I  ^>  rcveir  —  io  A  Que  il  n'c.  r.  —  ii  D  I\  k 
^raiil  bien  —  17  A-  Tant  nie  destraint  d.  fort  et  a.  —  î8  A-  et 
p.  ni.  conforter  —  19  A-  et  m.  c.  6. 


86  CCNT    BALADES 


LXXXVI 


JADIS  par  amours  anioient 
Et  les  dieux  et  les  déesses, 
Ce  dit  Ovide,  et  avoient 
4  Pour  amours  maintes  destresses  ; 

Foy,  loiaulté  et  promesses 
Tenoient  sanz  decepvoir, 
7  Se  les  fables  dient  voir. 

Et  du  ciel  Jus  descendoient. 
Non  obstant  leurs  grans  hauteces, 
Et  a  estre  amez  queroient 

II  Les  haulz  dieux  pleins  de  nobleces; 

Pour  amours  leurs  grans  richeces 
Mettoient  en  nonchaloir, 

14  Se  les  fables  dient  voir. 

Lors  si  très  contrains  estoient, 
Nymphes  et  enchanterresses, 
Et  les  dieux  qui  lors  regnoient, 

18  Satirielz  et  maistresses, 

D'amours,  qu'a  trop  grans  largeces 
Mettoient  corps  et  avoir, 

21  Se  les  fables  dient  voir. 

Pour  ce,  princes  etprincepces 
Doivent  amer  et  savoir 
D'amours  toutes  les  adresces. 
25  Se  les  fables  dient  voir. 


LXXXVI.  —    iG  ^1  Nyphes  —  19  S  qui    t    g.  1.  —  24  ^!  tous 
l.  a.  —  22  à  23  omis  dans  A'~ 


CENT    BAI.ADES  87 


LXXXVII 

PUIS  qu'ainsi  est  que  je  ne  vous  puis  plaire, 
Ma  belle  amour,  ma  dame  souveraine, 
Pour  nul  travail  que  mete  a  vous  complaire, 
4  Je  n'y  fais  riens  fors  que  perdre  ma  peine; 

Ainçois  me  lairiez  mourir. 
Que  daignissiez  le  mal  que  j'ay  garir. 
Si  ne  vueil  plus  vous  faire  l'anuieux, 
8  A  Dieu  vous  di,  gracieuse  aux  beaulz  yeux. 

Ce  poise  moy,  quant  je  ne  puis  attraire 
Vostre  doulz  cuer,  car  je  vous  acertaine 
Que  se  pleii  vous  eiist  mon  affaire, 

12        Oncques  plus  fort  Paaris  n'ama  Heleine 
Que  feisse  vous;  mais  pourrir 
Y  pourroie  attendant  que  merir 
Me  deiissiez;  et  pour  ce,  pour  le  mieulx, 

16        A  Dieu  vous  di,  gracieuse  aux  beaulz  yeulx. 

Et  non  pourtant  ne  m'en  vueil  si  retraire, 
Que  s'il  est  riens,  de  ce  soiez  certaine, 
Que  je  puisse  pour  vous  dire  ne  faire 

20        A  vostre  gré,  dame  de  doulçour  pleine, 
Je  le  feray,  mais  périr 
Me  laisseriez  ainçois  que  secourir 
Me  voulsissiez  ;  pour  ce,  ains  que  soie  vieulx, 

24        A  Dieu  vous  di,  gracieuse  aux  beaulz  yculx. 


LXXXVII.  —  3  A'  travai  —  2j  B  Me  dainanijsicz 


88  CENT    BALADES 


Q 


LXXXVIII 


u'kn  puis  Je  mais,  se  je  porte  le  noir, 
Quant  il  convient  qu'a  tous  mes  plaisirs  faille. 
Puis  qu'eslongner  me  fault  le  doulz  manoir 
4  Ou  Ten  ne  veult  plus  que  je  viegne  n'aille, 

Dont  mon  cuer  est  entrez  en  grant  bataille, 
Qui  de  dueil  est  plus  noirci  qu'errement; 
Mais  quant  fauldra  que  tout  bien  me  deffaille, 
8  Ce  sera  fort  se  je  vif  longuement! 

Ha  !  ma  dame,  je  me  doy  bien  doloir, 
Quant  il  convient  que  hors  du  pais  saille 
Ou  vous  estes,  m'amour  et  mon  vouloir; 

12        Ne  pouoir  n'ay  que  d'aultre  riens  me  chaille; 
Tout  autre  amour  je  ne  prise  une  maille; 
De  vous  venoit  tout  mon  avancement. 
Mais  puis  qu'Amours  si  pesant  fais  me  baille, 

\6        Ce  sera  fort  se  je  vif  longuement! 

En  grant  languour  vivray  et  main  et  soir. 

Que  maudit  soit  qui  telz  morseaux  me  taille 

Par  quoy  vous  pers,  dont  mieulz  vouldroie  avoir 
20        La  mort  briefment  que  vous  perdre  sanz  faille; 

Car  ou  monde  n'a  dame  qui  vous  vaille, 

Ne  de  beaulté,  ne  de  gouvernement. 

De  vous  me  part,  las!  je  ne  sçay  ou  j'aille, 
24        Ce  sera  fort  se  je  vif  longuement  ! 


LXXXVIII.  —   7  .1-'  q.  t.  mou  b.  d.  —    12  B  .le  n'ay  p.  —  i3  B 
T.  a.  bien  —  17  B  je  v.  m.  'j\  s.  —  2  3  .4'  ou  je  a. 


CKNT    BALADES  89 


LXXXIX 


MAINTES  gens  sont  qui  veulent  par  maistrise 
Les  biens  d^amouis  avoir  et  acquérir; 
C'est  grant  folour  ;  car  n'est  drois  qu'en  tel  guise 
4  On  doie  amours  contraindre  et  surquerir. 

Car  humblement  on  doit  ce  requérir 
Qui  est  donné  franchement  sanz  contrainte, 
7  Ou  autrement  l'amour  est  fausse  et  fainte. 

Et  s'il  avient  qu'aucuns  aient  acquise 
Icelle  amour  par  grant  soing  de  quérir, 
A  eulx  vuelent  qu'elle  soit  si  soubzmise, 

I  1  Comme  se  droit  leur  faisoit  conquérir; 
Pour  ce  souvent  font  la  doulçour  périr 
Qui  doit  estre  par  doulce  grâce  attainte, 

14        Ou  autrement  l'amour  est  fausse  et  fainte. 

Si  n'y  doit  nul  user  de  seigneurise, 

N'en  fait,  n'en  dit,  mais  mieulz  voloir  moiir. 

Que  maistrisier  le  doulz  don  que  franchise 

18         Fait  ottroier  et  rigueur  fait  périr; 

Bien  servir  doit,  pour  guerredon  merir, 
Le  vray  amant  obeïr  en  grant  crainte, 

2 1         Ou  autrement  l'amour  est  fausse  et  fainte. 


LXXXIX.— 8  yli  c'a.—  11  .1'  1.  f.  acqucrir  —  i3  .4'Bp.  droiitc 
g.  —  i5  5  Si  n'y  d.  nulz  y  ouvrer  de  main  mise  —  i-j  B  Que  ce 
qui  est  octroyé  par  f.  —   iS  B  Vuelient  par  leur  rigneur  iaire  p. 


QO  CENT    BALADES 

XG 
BALADE   POUETIQUE 

SE  de  Juno,  la  déesse  poissant, 
N'est  Adonnis  bien  briefment  secouru, 
Le  fier  dieu  Mars  Tira  trop  angoissant. 
4  Es  fors  lians  Vulcans  est  encoru  ; 

Venus  Tama  jadis,  bien  y  paru, 
Mais  ne  lui  peut  adès  en  riens  aidier; 
7  II  y  morra  briefment,  au  mien  cuidier. 

Et  durement  lui  est  Pallas  nuisant, 
Mais  Mercures  est  pour  lui  acouru, 
Qui  fait  son  fait  trouble  apparoir  luisant, 

1 1  Devant  le  dieu  Jupiter  comparu 
Est  Adonnis,  contre  lui  apparu 
C'est  Cerberus  qui  trop  scet  de  plaiJier; 

14        II  y  morra  briefment,  au  mien  cuidier. 

Trestous  les  dieux  lui  sont  mal  advlsanl, 
Fors  Mercures  par  qui  Argus  moru, 
Mais  s'a  Juno  aloit  abellissant 

18        II  ne  seroit  de  nul  a  mort  féru  ; 

Mes  s'Appollo  le  fiert  a  trop  grand  ru, 
Sauldra  le  sang,  tout  lui  fera  vuidier  ; 

21        II  y  morra  briefment,  au  mien  cuidier. 

XC.  —  ly  A-i  Se  A.  —  fî  Et 


CENT    BALADES  9I 


XCI 


t 


A  ucuNEs  gens  mettent  entente  et  cure 
1\  K  espier  ce  que  les  autres  font. 
Et  d'autruy  fait  moult  parlent,  et  n'ont  cure 

4  De  riens  celer,  et  les  bons  contrefont  ; 

Mais  envie,  qui  si  les  frit  et  fond, 
Les  fait  parler  et  de  chascun  mesdire, 

7  N'il  n'est  si  bon  qu'ilz  n'y  treuvent  a  dire. 

C'est  grant  meschief  que  la  vie  tant  dure 

A  telle  gent,  et  que  Dieu  ne  confont 

Si  fais  gloutons,  par  lesquelz  grant  injure 

1 1         Reçoivent  maint  qui  desservi  ne  Tout, 

Simples  et  bons  semblent  de  premier  bout, 
Mains  en  y  a  qui  sont  de  Judas  pire, 

14        N'il  n'est  si  bon  qu'ilz  n"y  treuvent  a  dire. 

Leur  faulz  parlei'  et  leur  maie  murmure 
Empeschent  gent,  meismes  l'air  en  coi  ront, 
Et  qui  plus  ment  volentiers  plus  en  jure, 

iS        C'est  le  droit  cours  que  gent  mesdisant  vont; 
Merveilles  est  que  la  terre  ne  font 
Dessoubz  tel  gent,  car  d'eux  le  monde  empire, 

21         N'il  n'est  si  bon  qu'ilz  n'y  treuvent  a  dire. 


XCI.—  5  A^  fruit  —  7  ^'  Nul  —  lô  A^  Empeschc—  iS  .4-  Ce 
le  maintien  q.  g.  m.  ont  —  fi  q.  g.  m.  ont 


g 2  CtNT    BALADES 


A' 


XCII 

VEC  les  preux  bien  devez  estre  mis, 
Bon  chevalier  vaillant,  plein  de  procce, 
Qui  par  valeur  d'armes  avez  soubsmis 

4  Maint  grant  païs  et  mainte  forteresse. 

Du  preux  Hector  vous  ensuivez  i'aJrece, 
Et  de  César  qui  fu  sage  et  vaillant, 
Alixandre  qui  sala  travaillant 

8  Tant  qu'il  conquist  le  monde  entièrement, 

Et  a  Judas  Machabée  ensement, 
Au  bon  David,  Josiié,  par  tel  guise, 
Ainsi  est  il  de  vous  certainement, 

12        En  qui  Dieux  a  toute  proece  assise. 

Charles  le  grant  a  qui  Dieu  fu  amis, 
Le  bon  Artus  ou  tant  ot  de  noblece, 
A  Godefroy  qui  fut  grans  anemis 

i6        Aux  mescreans,  trop  leur  fist  de  destrece, 
Vostre  bonté  d'eulx  ensuivir  s'adrcce. 
Par  emploier  trestout  vostre  vaillant 
A  conquérir  a  l'espée  taillant 

20        Pris  et  honneur,  si  semblez  droittement 
Le  droit  soleil  qui  luit  ou  firmament, 
Que  chascun  veult  désirer,  aim.e  et  prise, 
Ainsi  est  il  de  vous  certainement, 

24        En  qui  Dieux  a  toute  proece  assise. 

Et  tant  vous  a  Dieu  donné  et  promis 
De  ses  hauls  biens  et  a  si  grant  largccc, 

XCII.  —  i  B  \i.  c.  p  de  trcs  grant  p.  —    14  B  ou  trop  ot  — 
B  Q..  c.  V.  der.ire 


CENT    BAIADES  qS 

Que  se  vivoit  adès  Semiramis, 
28        Qui  Jadis  fu  royne  et  grant  maistresse. 

L'amour  de  vous  tendroit  a  grant  richece. 

Car  bien  qui  soit  n'est  en  vous  deffaillant; 

N'en  nesun  cas  nul  ne  vous  voit  taillant, 
32        Par  tout  le  mande  en  tient  on  parlement. 

Les  bons  Rommains  jadis  si  vaillamment 

Se  portèrent  qu'ilz  ont  louange  acquise, 

Ainsi  est  il  de  vous  certainement, 
36        En  qui  Dieux  a  toute  proece  assise. 


XCIII 


LES  roys,  les  princes  et  les  sages, 
Et  les  preux  du  temps  ancien, 
Hz  avoient  tout  plein  d'usa^ies, 
4  Dont  l'en  ne  fait  maintenant  rien  ; 

Hz  amoient  sur  toute  rien 
Honneur  trop  plus  que  convoitise. 
Mais  adès  qui  garde  le  sien, 
8  H  a  assez  science  acquise, 

Proece,  honneur,  grans  vacelages 

Ot  l'empereur  Ottonien, 

Sage  fu,  prudent  et  moult  larges, 

12  Pour  ce  de  ses  tais  lui  prist  bien; 

Mais  qui  tient  en  destroit  lien 
Son  avoir,  adès  cil  on  prise, 
Quel  que  soit  le  nyce  maintien, 

16  Ha  assez  science  acquise. 


XCIl.  —  3i  5  Ne  en  nul  cas  —  3^  A^  q.  o.  vaillance  a, 
XCIII.  —  1  A-  B  Kt  les  gens  —  12  li  de  ses  biens 


94  CENT    BALADES 

Et  pour  ce  font  de  grans  oaltrages 
Les  convoiteux  de  mal  merrien 
Aux  pouvres  gens,  et  mains  domages 

20  Mais  Jamais  ne  diroient  «  tien  », 

Mais  trop  bien  «  ce  cy  sera  mien  »; 
Qui  de  traire  a  soy  scet  ia  guise, 
Par  fiaterie  ou  par  moyen, 

24  ÎI  a  assez  science  acquise. 


XGIV 


ui  que  die  le  contraire, 
On  doit  loiaulté  tenir 
En  tout  quanque  l'en  veult  faire, 
4  Qui  veult  a  grant  preu  venii-  ; 

Et  qui  barat  maintenir 
Veult,  a  la  fin  mal  lui  prcnt, 
7  Mais  fol  ne  croit  jusqu'il  prent. 

Loiaulté  est  neccessaire 

A  qui  tent  a  avenir 

A  honneur  et  grant  salaire; 

II  N'il  ne  doit  apartenir 

Que  cil  doye  bien  fenir, 
Qui  a  barater  se  prent, 

14  Mais  fol  ne  croit  jusqu'il  prent. 

Et  trop  mieulx  se  vauldroit  lairc, 
Que  de  dire  et  soustenir 
Que  de  loiaulté  retraire 
18  Se  convient,  qui  devenir 


XCin.  —  23  ^1  P.  f.  et  p.  m. 
XCIV.  —  \b  lî  Fa  t.  se  V.  m.  t. 


CENT    BALADES  gb 


Veult  riche,  et  fraude  tenir; 
Qui  le  fait  au  laz  se  prent, 
2  1  Mais  fol  ne  croit  jusqu'il  prent. 


XCV 


Nous  devons  bien,  sur  tout  aultre  dommage, 
Plaindre  cellui  du  royaume  de  France, 
Qui  fut  et  est  le  règne  et  héritage 
4  Des  crestiens  de  plus  haulte  poissance; 

Mais  Dieux  le  fiert  adès  de  poignant  lance, 
Par  quoy  de  joye  et  de  soulaz  mendie; 
Pour  noz  péchiez  si  porte  la  penance 
8  Nostre  bon  Roy  qui  est  en  maladie. 

C'est  grant  pitié;  car  prince  de  son  aage 
Ou  monde  n'yert  de  pareille  vaillance, 
Et  de  tous  lieux  princes  de  hault  parage 

12        Desiroient  s'amour  et  s'aliance. 

De  tous  amez  estoit  très  son  enfance; 
Encor  n'est  pas,  Dieux  msrcis,  refïroidie 
Ycelle  amour,  combien  qu'ait  grant  grevancc 

i6        Nostre  bon  Roy  qui  est  en  maladie. 

Si  prions  Dieu,  de  très  humble  coragc. 
Que  au  bon  Roy  soit  escu  et  deffence 
Contre  tous  maulz,  et  de  son  grief  majage 
20        Lui  doint  santé;  car  j'ay  ferme  créance 
Que,  s'il  avoit  de  son  mal  allegance, 
Encor  seroit,  quoy  qu'adès  on  en  die, 

XCV.   3  i)2  Cl  l'héritage    —  b  A"^  D.  le  fiers   —  20  Ji  c.  j'ay  t. 
espérance  —  21  A'  omet  ce  vers  —  2-^   B  Qu'eiicor 


gÔ  CENT    BALADES 

Prince  vaillant  et  de  bonne  ordenance 
24        Nostre  bon  Roy  qui  est  en  maladie. 


XGVI 

BIEN  nobles  est  qui  en  soy  a  bonté, 
Il  n'est  trésor  qui  a  tel  valeur  monte, 
Et  en  hault  pris  bien  doit  estre  monté 
4  Cil  qui  est  bon  ;  et  aussi  toute  honte 

Doit  bien  le  mauvais  avoir; 
Pour  tant,  s'il  a  grant  poissance  ou  avoir, 
Ou  que  si  bel  soit  que  riens  ne  lui  faille, 
8  S'il  n'a  bonté,  trestout  ne  vault  pas  maille. 

Et  quant  les  fais  des  bons  sont  raconté, 

On  s'esjouit  partout  ou  Ten  les  conte  ; 

Et  que  des  bons  mauvais  soient  donté 
1 2        A  chascun  plaist,  et  par  nombre  on  les  conte 
Les  bons  pour  ramentevoir. 

Chascun  vouldroit,  plus  qu'il  ne  fait,  valoir; 

Car  il  n'est  nul,  tant  sa  richece  vaille, 
16        S'il  n'a  bonté,  trestout  ne  vault  pas  maille. 

Plus  nobles  est  et  plus  est  ahonté, 

Soit  prince  ou  roy,  duc,  chevalier  ou  conte, 

Se  en  valeur  les  autres  surmonté 

20        N'a  et  en  bien.  Gentillece  que  monte 
Se  mieulx  ne  se  fait  valoir 
Qu'autres  ne  font?  Il  est  bon  assavoir 
Qu'il  n'est  nulz  homs,  de  quelque  lieu  qu'il  saille, 

24        S'il  n'a  bonté,  trestout  ne  vault  pas  niaille. 

XCVI.  —  1 1  A-  Et  q.  d.  b.  les  m.  sont  d.  —  B  F.t  se  les  b.  les 
m.  ont  d.  —  ib  B  Car  homs  c|ni  soit  —  21  B  Qui  —  23  A  tant  sa 
riche jse  vaille. 


CENT    BALADES  97 


XCVII 


DE  comaïun  cours  chascun  a  trop  plus  chiers 
De  Fortune  les  biens,  que  de  Nature; 
Mais  c'est  a  tort,  car  ilz  sont  si  legiers 
4  Qu'on  n'en  devroit  a  nul  fuer  avoir  cure. 

Boëce  en  fait  mension 
En  son  livre  de  Gonsolacion, 
Qui  repreuve  de  Fortune  la  gloire  ; 
8  Si  font  pluseurs  sages  qui  font  a  croire. 

Et  non  obstant  que  ces  dons  soient  chiers, 

Et  que  chascun  a  les  avoir  met  cure, 

Si  veons  nous  qu'honneurs  et  grans  deniers 

12        Tost  deffaillent,  et  a  maint  petit  dure 
La  grant  exaltacion 
De  Fortune,  qui  a  condicion 
De  tost  changier,  ce  nous  dit  mainte  hystoirc  ; 

16        Si  font  pluseurs  sages  qui  font  a  croire. 

Mais  si  certains  de  Nature  et  entiers 
Sont  les  grans  biens,  que  nulle  créature 
N'en  est  rempli,  qui  lui  soit  ja  mestiers 

20        D'avoir  paour  de  Fortune  la  dure. 
C'est  sens  et  discrecion 
Entendement,  consideracion, 
Aristote  moult  apreuve  mémoire  ; 

24        Si  font  pluseurs  sages  qui  font  :•.  croire. 


XGVll.  —  g  A-  q.  tes  J.  —  11  ^'  que  h. 


T.  1. 


t)8  CENT    BALADES 


XCVIII 

Tous  hommes  ont  le  désir  de  savoir 
Et  a  bon  droit  il  n'est  si  grant  richece; 
Mais  puis  que  tous  veulent  science  avoir, 
4  Comment  veult  nul  desprisier  tel  hauiece, 

Car  ilz  sont  maint  qui  n'en  ont  pas  largece. 
Ne  de  leur  fait  n'est  nulle  mension, 
7  Qui  des  sages  font  grant  derrision. 

Et  pour  ce  dit  le  philosophe  voir, 

Que  le  plus  grand  anemi  de  sagece 

C'est  l'ignorant;  mais  maint  pour  nul  avoir 

1  î         Ne  pourroient  hebergier  tel  hostesse, 

Dieux  la  donne  par  esleue  promesse  ; 
Mais  pluscurs  sont  sanz  nulle  occasion, 
14        Qui  des  sages  font  grant  derrision,    -^ 

Si  doit  on  bien  mettre  force  et  devoir 
A  acquérir  si  très  noble  richeîre; 
Car  qui  bien  Ta,  trop  est  grant  son  pouoir. 
1 8        Très  eureux  sont  ceulz  dont  elle  est  princece 
De  gouverner  tous  leurs  fais  com  maistrece. 
Entre  eulz  et  ceulz  sont  en  division 

2  i         Qui  des  sages  font  grand  derrision. 


XGVill.  —  1  B  Trestous  h.  désirent  assavoir  —  4  B  Pour  quoy 
—  G  B  Ne  de  1.  sens  —  10  .4^  Est  —  12  B  D.  la  d.  pour  —  iG  B 
si  t.  haulte  noblesse  —  18  5  Moult  sont  e.  c.  —  20  A-  Mais  e. 


CENT    BALADES  99 


XCIX 

SI  comme  il  est  raison  que  ciiascun  croie 
En  un  seul  Dieu,  sanz  faire  aucune  double, 
Qui  aux  esleus  son  paradis  ottroie 
4  Et  les  pervers  laidement  en  déboute, 

Est  il  a  tous  neccessaiie 
De  parvenir  au  souverain  repaire 
A  la  parfin,  ou  toute  riens  repose. 
8  Dieux  nous  y  maint  trestous  a  la  parclose  I 

Et  non  obstant  qu'en  peschié  se  desvoye 
Tout  cuer  humain,  et  que  le  monde  boute 
En  maint  metîais,  si  doit  on  toutevoie 

12         Soy  retourner  vers  Dieu;  car  une  i;oute 
De  larme  fait  a  Dieu  plaire 
Le  repentant,  tant  est  très  débonnaire  ; 
Si  est  rescript  en  la  divine  prose. 

16        Dieux  nous  y  maint  trestous  a  la  parclose! 

Si  devons,  tous  et  toutes,  quérir  voie 

De  parvenir  avec  la  noble  route 

Des  benois  sains,  ou  vit  et  règne  a  joye 

20        Le  très  hault  Dieu,  en  qui  est  bonté  toute, 
Qui  nous  donra  tel  salaire, 
Se  nous  voulons  repentir  et  bien  faire, 
Ou  joye  et  paix  et  grant  gloire  est  enclose. 

24        Dieux  nous  y  maint  trestous  a  la  parclose! 


XCIX.  —  jo  ^'  Tu  —  i3  ^'  Si  est  escripl  —  19  ^  Do  b.  s. 


100 


CENT    BALADES 


GENT  balades  ay  cy  escriptes, 
Trestoutes  de  mon  sentement. 
Si  en  sont  rnes  promesses  quiies 
A  qui  m'en  pria  chierement. 
Nommée  m'i  suis  proprement; 
Qlù  le  vouldra  savoir  ou  non, 
En  la  centiesme  entièrement 
En  escrit  y  ay  mis  mon  nom. 


12 


i6 


Si  pry  ceulz  qui  les  auront  littes, 
Et  qui  les  liront  ensement, 
Et  partout  ou  ilz  seront  dittes, 
Qu''on  le  tiengne  a  esbatement, 
Sanz  y  gloser  mauvaisement; 
Car  je  n''y  pense  se  bien  non. 
Et  au  dernier  ver  proprement 
En  escrit  y  ay  mis  mon  nom. 


20 


24 


Ne  les  ay  faitîes  pour  mérites 
Avoir,  ne  aucun  paiement; 
Mais  en  mes  pensées  esliites 
Les  av.  et  bien  petitement 
Souffiroit  mon  entendement 
Les  faire  dignes  de  renom, 
Non  pour  tant  desrenierement 
En  escrit  y  ay  mis  mon  nom. 

ExpLiciT  CKNT  Balades 


C.  —  ■]  A  proprement  —  i5  /l'Iî  di^rrenier  —  iq  ,4^  Fors 
qu'en  —  '20  B  mais  b.  —  On  trouve  dans  les  mots  «  en  escrit  » 
Vanac^iamms  de  Crestiiie. 


VIRELAYS 


CI    COMMENCENT    VIRELAYS 


^i^ft^'-  chante  par  couverture, 
yî^j  ¥q  Mais  mieulx  pleurassent  mi  oeil 
(^-J^  Ne  nul  ne  scet  le  traveil 
Que  mon  pouvre  cuer  endure. 


Pour  ce  muce  ma  doulour 
Qu'en  nul  je  ne  voy  pitié, 
Plus  a  Tcn  cause  de  plour 
Mains  treuve  Ten  d'amistié. 


i3 


Pour  ce  plainte  ne  murmure 
Ne  fais  de  mon  piteux  dueii  ; 
Ainçois  ris  quant  pleurer  vucil. 
Et  sanz  rime  et  sanz  mesure' 
Je  clfante  par  couverture. 


102  VIRELAYS 

Petit  porte  de  valour 
De  soy  monstrer  dehaitié, 
Ne  le  tiennent  qu'a  folour 
17  Geulz  qui  ont  le  cuer  haitié 

Si  n'ay  de  demonstrer  cure 
L'entencion  de  mon  vueil, 
Ains,  tout  ainsi  conn  Je  sueii, 
Pour  celler  ma  peine  obscure, 
22  Je  citante  par  couverture. 


Il 


A   MIS,  je  ne  sçay  que  dire 
/~\  De  vous,  car  vostre  manière 
Monstre  que  d'amour  legiere 
4  M'amez,  dont  j'ay  trop  grant  yre. 

Je  ne  sçay  se  vous  rusez, 
Mais  a  vous  ne  puis  parler, 
Et  tondis  vous  excusez 
8  QuMl  vous  fault  ailleurs  aler. 

Bien  voyque  vo  cuer  ne  tire 
Qu'en  sus  de  moy  traire  arrière  ; 
Et  pour  vostre  morne  chiere, 
Qui  tousdis  vers  moy  empire, 
1  3  Amis,  je  ne  sçay  que  dire. 

De  maint  estes  encusez, 
Si  ne  le  pouez  celer, 
Qu'en  un  lieu  souvent  mussez, 
1  7  Ou  l'en  vous  fait  engeler 

II.  —  5  5  Me  s.  se  vous  vous  r. 


VIRELA.YS  J03 


Pour  attendre,  et  je  souspire 
Quant  l'en  me  dit  que  j'enquiere 
De  vous,  combien  qu'il  n'affiere. 
Mais  pour  ce  que  oy  tant  mesdire 
23  Amis,  je  ne  sçay  que  dire. 


III 


POL'R  le  grant  bien  qui  en  vous  maint, 
Bel  et  bon,  ou  mon  cuer  remaint, 
Je  vueil  vivre  joyeusement, 
Car  vous  me  donnez  sentement 
5  De  très  grans  plaisirs  avoir  maint. 

Car  quant  j''oy  dire  que  l'en  tient 
Que  vostre  gent  corps  se  contient, 
Si  haultement,  en  toute  honneur, 
Que  grâce  et  loz  vous  apariient 
Sur  tous  autres,  bien  le  retient 
Il  Mon  cuer  qui  ne  pourroit  grigneur 

Joye  avoir,  et  quant  il  atlaint 
A  vostre  amour  qui  Fa  attaiiît, 
C'est  moult  grant  rcsjouïsscment 
Et  pour  ce  vit  très  liement 
Mon  cuer  qui  d'amer  ne  se  faint 
17  Pour  le  grant  bien  qui  en  vous  maint. 

Et  quant  je  pense  et  me  souvient 
Du  très  grant  plaisir  qui  me  vit  nt 
De  vous,  ami?,  de  tous  ia  flour, 

m.  —  G  A-  j'oz  —  7  /3  se  maintici.i  —  S  .4  '  en  loul  h.  —  11  l> 
pouoit  g. 


104  VJRELAYS 

J'ay  tel  joye,  souvent  avient, 
Que  ne  sçay  que  mon  cuer  devient, 
23  Tant  suis  prise  de  giant  doulçour. 

En  ce  penser  giette  un  doulz  plaint 
Mon  cuer,  qui  a  vous  se  complaint, 
Quant  vous  estes  trop  longuement 
Sanz  moy  veoir;  car  seulement 
L'amour  de  vous  le  mien  cuei  vaint. 
29  Pour  le  grant  bien  qui  en  vous  maint. 


IV 

COMME  autre  fois  me  suis  plainte 
Et  complaintte, 
De  toy,  desloial  Fortune, 

Qui  commune 
Es  a  tous,  en  guise  mainte, 
6  Et  moult  faintte. 

Si  n'es  pas  encore  lasse 

De  moy  nuire, 
Ainçois  ta  fausse  fallace 
10  Me  fait  cuire 

Le  cuer,  dont  j'ay  couleur  tainte; 

Car  attainte 
Suis  de  douleur  et  rancune, 

Non  pas  une 
Seule  mais  de  mille  ençainte 

Et  estrainte, 
17  Comme  autre  fois  me  suis  plainte. 

IV.  —  b  B  a  'd.  m.  —    ib  A-  de  m.  aUaiiue. 


VIRELAYS  lOb 

Mais  il  n'est  riens  qui  ne  passe; 

Pour  ce  cuire 
Me  convient  en  celle  masse 
2  1  Pour  moy  duire 

En  tes  tours  qui  m'ont  destraintte 

Et  contraintte, 
Si  que  n'ay  joye  nesune 

O  enfrune  ! 
Desloial  !  tu  m'as  enpaintte 

En  grant  craintre, 
28  Comme  autre  fois  me  suis  plainte. 


V 


BELLE  ou  il  n'a  que  redire, 
De  qui  Ten  ne  peut  mesdire, 
Sanz  mentir, 
Or  vous  vueiiliez  consentir 
A  estre  de  mes  maulz  mire; 
Car  Amours  m'a  fait  eslire 
7  Vous  que  j'aim  sanz  alentir. 

Regardez  ma  voulenté, 
Et  comment  entalenté 

Suis  par  désir 
D'obéir  a  vo  bonté; 
Car  vous  avez  surmonté 
i3  A  vo  plaisir 


IV.  —  iS  Zî  me  p.  -—  20  B  en  cestc  m.  —  24  B  Tant  q. 

V.  —  2  ^  D.  i].  iiulz  ne  p.  m.  —  i  i  ,i'  D'o.  et  talenté  —  B  De 
servir  vostrc  bonté  —  12  /l'  De  seivir  car  s.  —   i3  /l'   A  vou 


I06  VIRELAYS 

Mon  cuerqui  ne  puct  desdire 
Vo  vueil,  mais  trop  grief  martire 

Fault  sentir 
A  moy  qui  n'en  vueil  partir 
Pour  riens,  car  je  ne  désire 
Fors  vous,  sanz  y  contredire, 
Que  j'aim  sanz  ja  repentir, 
21  Belle  ou  il  n'a  que  redire. 

A  vous  qui  m'avez  dompté 
Je  me  suis  tant  guermenté 

A  long  loisir. 
Si  doy  bien  estre  rente 
Des  biens,  dont  avez  plenté; 
27  Doncques  choisir 

Vueillés  moy  si  que  souffire 
Vous  daigne  sanz  escondire, 

Car  partir 
Ferez  mon  ciiercom  martir, 
Si  que  le  mal  qui  m'empire 
Ostez,  car  trop  me  martire; 
Et  vous  vueilliez  convertir, 
35  Belle  ou  il  n'a  que  redire. 


VI 


MON  gracieux  reconfort, 
Mon  ressort, 
Mon  ami  loial  et  vray, 
De  ma  joye  le  droit  port, 


V.  —    14  /l'    M'avez  sy  ne  puis  d.   —   i5  /4'   Vou  v,  —  22  .-1' 
doublé  —  32  B  Doncques  le  m.  —  34  A^  Ov 


VIRELAYS  107 


Et  le  port 
Que  toudis,  tant  corn  vivray, 
7  Poursuivray. 

En  vous,  dont  je  me  navray, 

Mon  vivre  ay 
Mis,  et  jusques  a  la  mort 
Jamais  autre  ami  n'avray  ; 
Ce  devray 
i3  Faire,  et  j'en  ay  doulz  enort. 

Car  par  vo  gracieux  port, 

Que  je  port 
En  mon  cuer,  je  recevray 
Joye,  plaisir  et  confort, 

Ne  de  fort 
Amer  ne  vous  decevray; 

Si  avray 
21  Mon  gracieux  reconfort. 

Ne  oncques  ne  dessevray 

Ne  seuvray 
Mon  cuer  de  loial  acort, 
Et  toudis,  si  com  savrav, 

M'esmouvray 
27  A  vivre  en  ce  doulz  recort. 

Car  tant  me  vient  doulz  raport, 
Sanz  nul  tort, 

De  vous,  que  j'apercevray 

Que  vivre  sanz  desconfort 
Doy  au  fort; 

Et  pour  ce  joye  ensuivray, 


—  VI.  —  \z  A-  Ce  me  d.    -  17  /!■  J.  et  p.    et  c.  —  22  A-  Ne  ja  nt 
—  2fc>  A'^  me  V.  bon  r. 


108  VIRELAYS 

Et  suivray 
35  Mon  gracieux  reconfort. 


VII 

LA  grant  douleur  que  je  porte 
Est  si  aspre  et  si  très  forte 
Qu'il  n"est  riens  qui  conforter 
Me  peûst  ne  aporter 
j  Joye,  ains  vouluroie  estre  morte, 

Puis  que  je  pers  mes  amours, 
Mon  ami,  mon  espérance 
Qui  s'en  va,  dedens  briefs  jours, 
9  Hors  du  royaume  de  France 

Demeurer,  lasse!  il  emporte 
Mon  cuer  qui  se  desconforte  ; 
Bien  se  doit  desconforter, 
Car  jamais  joye  enorter 
Ne  me  peut,  dont  se  déporte 
I  b  La  grant  doulour  que  je  porte. 

Si  n'aray  jamais  secours 
Du  mal  qui  met  a  oultrance 
Mon  las  cuer,  qui  noyé  en  plours 
■  9  Pour  la  dure  departance 

De  cil  qui  euvre  la  porte 
De  ma  mort  et  qui  m'enortc 
Desespoir,  qui  raporter 

Vil.  —  12  oviis  dans  A'.  —  14  /»'  N.  m.  p.  ne  me  déporter  — 
16  il^  Si  n'a.  plus  de  s. 


VIRELAYS  109 


Me  vient  dueil  et  enporter 
Ma  joye,  et  dueil  me  raporte 
La  grant  doulour  que  je  porte. 


VIII 


luis  que  vous  estes  parjure 
Vers  moy,  dont  c^est  grand  laidur; 
A  vous  qui  m'aviez  promis 
Moy  estre  loyaulz  amis; 
5  Vostre  loiauhé  pou  dure. 

Je  vous  avoye  donnée 
M'amour  toute  entièrement. 
Guidant  lavoir  assennée 
g  En  vous  bien  et  haultement. 

Car  vous  aviez  mis  grant  cure 
A  l'avoir,  mais  je  vous  jure 
Et  promez,  puis  qu'entremis 
S'est  vo  cuer  d'estre  remis, 
Que  de  vostre  amour  n'ay  cure 
i5  Puis  que  vous  estes  parjure, 

Tost  est  ccste  amour  linée 
Dont  me  desplaist  grandement. 
Car  ja  ne  fusse  ta  née 
19  De  vous  amer  loyaument. 

Mais  n'est  pas  drois  que  j'endure 
Vostre  grant  fausseté  pure; 
Ce  poise  moy  quant  g'y  mis 

VIII.  -   3  iJ  A  moy 


110  VIRELAYS 

Mon  cuer,  s"'il  en  est  desmis 
Point  ne  vous  feray  d'injure, 
25  Puis  que  vous  estes  parjure. 


IX 


JE  suis  de  tout  dueil  assaillie 
Et  plus  qu'oncques  mais  maubaillie, 
Quant  cellui  se  veult  marier 
Que  )"amoye  sanz  varier, 
5  Si  suis  de  joye  en  dueil  saillie. 

Helas!  il  m'avoit  promis 
Que  ja  ne  se  marieroit, 
Quant  tout  mon  cuer  en  lui  mis, 
g  Et  qu'a  lousjours  tout  mifin  seroit  ; 

Mal  eschange  m'en  a  baillie, 
Car  hors  s'est  mis  de  ma  baillie; 
Une  autre  veult  apparier, 
Et  encontre  moy  guerrier; 
'Puis  que  s'amour  or  m'est  faillie 
I  5  Je  suis  de  tout  dueil  assaillie. 

Celiui  devient  mes  anemis 
Qui  jadis  vers  moy  se  tiroit 
Comme  mes  vrais  loiaulx  amis, 
19  En  moy  regardant  souspiroit. 

Or  est  celle  amour  tressaillie 


IX.  —  6  et  8  Sic  dans  ions  les  mss.  Corr.  H.  il  m'a.  [bien]  p.— 
Q.  t.  ni.  c.  en  1.  [ay]  m.  —  10  li  vers  omis.  —  1 1  B  Mais  —  14  B 
Car  p.  q.  s.  m.  f. 


VIRELAYS  1  I  ( 


En  autre,  et  vers  moy  deffaillie  ; 
Car  ne  lui  puis,  pour  tarier, 
Sa  voulenté  contrarier. 
Dont  d'en  morir  j'en  suis  taillie, 
25  Je  suis  de  tout  dueil  assaillie. 


X 


TRiîs  doulz  ami,  or  t'en  souviegne 
Que  au  jour  d"ui  je  re  retiea 
Pour  mon  ami,  et  aussi  mien 
4  Vueil  je  que  tout  ton  cuer  deviegnc  ; 

Car  c'est  la  guise,  et  bien  l'entens, 
Entre  les  amans  ordennée, 
Que  le  premier  jour  du  printemps 
8  On  retiengne  ami  pour  Tannée. 

A  celle  fin  que  l'amour  tiegne 
Un  chappellet  vert  fait  très  bien  ; 
On  doit  donner  chascun  le  sien, 
Tant  que  l'autre  année  reviegne 
i3  Très  doulx  ami,  or  t'en  souviegne. 

Si  t'ay  choisi  et  bien  attens; 
Car  m'amour  te  sera  donnée  ; 
Grant  peine  as  souffert,  mais  par  temps 
17  Te  sera  bien  guerredonnée. 

Afin  que  la  guise  maintiengne 
Le  jour  Saint  Valeniin,  or  tien 
Mon  chappellet,  mais  ça  le  tien, 

IX.  —  24  B  Si  suis  d'en  m.  bien  t. 


I  12  VIRELAYS 

Je  t'ameray,  quoy  qu'il  aviegne, 
22  Très  doulx  ami.  or  t'en  souviegne. 


XI 


EN  ce  printemps  gracieux 
D'estre  gai  suis  envieux, 
Tout  a  l'onnour 
De  ma  dame,  qui  vigour 

De  ses  doulz  yeulz 
Me  donne,  dont  par  lesquielx 
7  Vifs  en  baudour. 

Toute  riens  fait  son  atour 
De  mener  Joye  a  son  tour, 

Bois  et  préz  lieulx 
Sont,  qu'ilz  semblent  de  verdour 
Estre  vestus  et  de  flour 
i3  Et  qui  mieulx  mieulx. 

Oysiaulx  chantent  en  maint  lieux; 
Pour  le  temps  délicieux 

Et  plein  d'odour 
Se  mettent  hors  de  tristour 

Joennes  et  vieux; 
Tous  meinent  et  ris  et  jeux 

Ou  temps  paschour, 
2  1  En  ce  printemps  gracieux. 

Et  moy  n'ay  je  bien  coulour 


X.  —  21  A^  B  5c  t'aimcray 

XI.  —  iQ  BT.   m.  r.  et  gicux  --    20  B  Ou  t.  pastour  —  2i  B 
Et  m.  en  ay  je  c. 


VIREI.AYS  Il;5 

D'est re  gay,  quant  la  meilleur, 

Ainsi  m'aist  Dieux, 
Qui  soir,  je  sers  sanz  erreur, 
N'a  autre  je  n'ay  favour, 
27  Car  soubz  les  cieulx 

N'a  dame  ou  biens  soient  tieulx; 
Si  doy  estre  curieux 

Pour  sa  valour 
D'elle  servir  sanz  séjour, 

Car  anieux 
Ne  pourroit  estre  homs  moriieulx 

De  tel  douîçour 
35  En  ce  printemps  gracieux. 


XII 

O  E  pris  et  los  estoit  a  départir 
O   Et  a  donner,  selon  mon  jugement; 
J'en  sçay  aucuns  qui  bien  petitement 
Y  devroient  a  mon  avis  partir. 

Et  non  obstant  qu'ilz  cuident  bien  avoir 

Assez  beauté,  gentillece  et  proece, 

Et  que  chascun  cuide  un  prince  valoir, 

A  leurs  beaulx  tais  appert  leur  grant  nobicce. 

Mais  puis  qu'ion  voit,  qui  qu'il  soit;  consentir 

A  villains  fais  et  parler  laidement. 

Pas  nobles  n'est;  ains  deust  on  rudement 


XI.  —  24  A^  Ami  se  m'a.  D.  —  -28  li  ou  b.  sont  t.  —  32  A^  G. 
en  mieulx 

XII.  -  9  A^  Car 

1-  1  5 


1  14  VIRELAYS 

D'entre  les  bons  si  faitte  gent  sortir, 
i3        Se  pris  et  les  estoit  a  départir. 

Ne  en  leurs  dis  il  n'a  nul  mot  de  voir, 
Grans  vanteurs  sont,  n'il  n'est  si  grant  maislrece 
Qu'ilz  n'osent  bien  dire  que  leur  vouloir 
17        En  ont  tout  fait,  hé  Dieux!  quel  gentillece! 

Comme  il  siet  mal  a  noble  homme  a  mentir 
Et  mesdire  de  femme  !  et  vrayement 
Telle  gent  sont  drois  viilains  purement, 
Et  devroit  on  leur  renom  amortir, 
22        Se  pris  et  los  estoit  a  départir. 


XIII 


|iEux  !  que  j'ay  esté  deceûe 
De  cellui,  dont  je  bien  cuidoie 
Qu'entièrement  s'amour  fust  moye  ! 
4  A  tart  me  suis  aperceiie. 

Or  sçay  je  toute  rencloure 
Et  comment  il  se  gouvernoit: 
Une  autre  amoit,  j'en  suis  seûre, 
8  Et  si  beau  semblant  nie  monstroit 

Que  j'ay  ferme  créance  eue, 
Qu'il  ne  desirast  autre  joye 
Fors  moy;  mais  temps  est  que  je  voie 
La  traïson  qu'il  m'a  teûe; 
1 3  Dieux  !  que  j'ay  esté  deceuc  ! 


XII.  —  19  B  N'a  m.  —  20  B  Telles  gens 

XIII.  —  2  A  que  je  b.  c—  4^  A  t.  m'y  s.  a.—  5  je  omis  dans  B 


VIRELAYS  I  ID 

Mais  d'une  chose  l'asseurc. 
Puis  que  je  voy  qu'il  me  déçoit, 
Que  jamais  sa  regardeure, 
17  Ne  le  semblant  qu'il  me  monstroit, 

Ne  les  bourdes  dont  m'a  peûc, 
Ne  feront  tant  que  je  le  croie  ;  • 
Car  oncques  mais,  se  Dieux  me  voie, 
Ne  fu  tel  traïson  veiie. 
22  Dieux!  que  j'ay  esté  deceûe  ! 


XIV 

TRESTOUT  me  vient  a  rebours, 
Mal  a  point  et  au  contraire. 
En  tous  cas,  en  mon  affaire  : 
4  Je  pers  en  vain  mes  labours. 

Ce  n'est  pas  de  maintenant 
Qu^ainsi  je  suis  démenée, 
Car  dix  ans  en  un  tenant 
8  J'ay  esté  infortunée. 

Mal  me  prent  de  commun  cours 
De  tout  quanquc  je  vueil  faire, 
Et  ce  que  me  devroit  plaire 
Me  deffuit.  et  a  tous  tours 
i3  Trestout  me  vient  a  rebours. 

Pour  riens  me  vais  sousteiiant 
Puis  que  Fortune  cncharnée 

XIII.  —  21  B  t.  faulssetc  v. 

XIV.  —  12  A-  Me  (Jcstruii  —  B  ci  a  t.  jours 


IlG  ViRELAYS 

Est  SUS  moi,  qui  démenant 
17  Par  mainte  très  dure  année 

Me  va,  et  Dieux  est  si  sours 
Qu'il  ne  daigne  vers  moy  traire 
Son  oreille  débonnaire  ; 
Pour  ce,  plus  tost  que  le  cours, 
22  Trestout  me  vient  a  rebours. 


XV 


E  meschief,  d'anui,  de  peine, 
Je  fais  dis  communément, 
Car  selon  mon  sentement 
4  Sont,  et  de  chose  certaine; 

Mais  quant  d'autrui  voulenté 
Faire  dis  me  vueil  chargier, 
De  cuer  mal  entalenté 
8  Les  me  fault  si  loings  cerchier, 

Et  de  pensée  foraine  ; 
Pour  ce  y  metz  je  longuement  : 
C'est  un  droit  controuvement  ; 
Car  a  toute  heure  suis  pleine 
i3  De  meschief,  d'anui,  de  peine. 

Et  se  le  cuer  dolent  é 
11  ne  m'est  mie  legier 
Joyeux  ditz  faire  a  plenté, 
17  Mais  pour  un  pou  alci^ier 

XV.  —  2  iî  Je  f.  d.  legieremcnt     -  i5  B^  Il  n'est  m.  de  I , 


VIKEI.AYS  I  1  7 


La  doulour  qui  m'est  prochaine 
Je  les  fais  communément 
Joyeux,  trestout  ensement, 
Comme  se  je  fusse  saine 
22  De  meschief,  d'anui,  de  peine. 


XVI 

ON  doit  croire  ce  que  la  loy  commande; 
Il  est  trop  folz  qui  encontre  s'opose; 
Et  s'elle  fait  a  croire,  je  suppose 
4  Que  maint  devront  envers  Dieu  grant  amende. 

.  Il  est  bien  voir  que  naturelement 
.  Nous  sommes  tous  enclins  et  entechiez 
A  tost  pechier;  mais  plus  orriblement 
8  Cheent  aucuns  en  trop  plus  grant  péchiez 

Qu'autres  ne  font,  et  se  l'en  me  demande 
Quelz  gens  ce  sont,  vérité  dire  n'ose 
Pour  leur  grandeur,  mais  Dieux  scet  toute  chose, 
Et  s'il  est  voir  qu^en  enfer  on  descende, 
i3        On  doit  croire  ce  que  la  loy  commande. 

Merveilles  n'est  s'on  voit  communément 
Au  monde  moult  avenir  de  meschiefs; 
Car  trop  de  maulx  sont  fait  couvertemcnt 
17        De  maint  meismes  qui  sont  docteurs  et  cliiefs 

De  doctrincr  le  monde  qu'il  s'amende, 
Mais  Dieux  scet  bien  quelle  pensée  enclose 

XVI.  —  9  .11  Que  a.  —    17  jB'  q.  s,  des  d.  c—  B-  q.  s.  d.  c.  — 
j8  B  D'cndocirincr  —   iq  B  q.  p.  est  e. 


ii8 


22 


VIRELAYS 

Est  en  leurs  cuers,  combien  qu'on  les  alose 
Pour  leur  estas;  mais,  a  quoy  que  l'en  tende, 
On  doit  croire  ce  que  la  loy  commande. 


io  B  En  1.  faulx  c. 


BALADES   D'ESTRANGE   FAÇON 


BALADE  RETROGRADE 

QUI     SE     DIT     A     DROIT     ET    A     REBOURS 

^  ï^^i^ouLÇOUR,  bonté,  gentillece, 

1  l^l^^/'   Noblece,  beaulté,  grant  honnour, 

^y^^^   Valour,  maintien  et  sagece, 

Humblece  en  doulz  plaisant  atour, 

Gonforteresse  en  savour, 

Dueil  angoisseux  secourable, 
Acueil  bel  et  agréable. 


II 


14 


Flour  plaisant,  de  grant  b.aultece 
Princece,  ma  prisiée  amour, 

Tour  forte,  noble  fortresse, 
Largece  en  honneste  séjour, 
Déesse,  estoille,  cler  jour, 

Oeil,  mirouer  aimable, 

Acueil  bel  et  agréable. 


Titre  A-  B.  de  plusieurs  façons 

Ballade  rétrograde  —  i  A^  Doulccur  —  4.  A  U    ou  d.  —  b  A  en 
savoir  —  8  ^'  Fleur 


120  BALADES  D tSTRANGE   FAÇON 

Coulour  fine,  vraie  adrece, 
Tresce  blonde,  et  bonne  oudour, 
Ardour,  souesve  simplece, 
i8  Parece  sanz  nulle  foulour, 

Lucrèce  de  simple  ciemour, 
Brueil  de  soûlas  delictable, 
21  Acueil  bel  et  agréable. 

Maisiresse  loyal,  ma  tenrour, 
Leesse  plaisant,  ma  doulour, 
Vueil  dire  a  vous  très  louable 
25  Acueil  bel  et  agréable. 


BALADE  A  RIMES  REPRISES 

FLOUR  de  beaulté  en  valour  souverain, 
Raim  de  bonté,  plante  de  toute  grâce, 
Grâce  d'avoir  sur  tous  le  pris  a  plain, 
4  Plain  de  savoir  et  qui  tous  maulz  efface, 

Face  plaisant,  corps  digne  de  louenge, 
Ange  en  semblant  ou  il  n'a  que  redire, 
D^yre  vuidié,  a  vous  des  preux  ou  renge, 
8  Renge  mon  cuer  qui  fors  vous  ne  désire. 

Et  j'ay  espoir  qu'il  soit  en  vostre  main 
Main  jour  et  nuit  en  gracieux  espace, 
Passe  le  temps,  car  ja  a  bien  haultain 
12        Atain  par  vous,  et  amours  qui  m'enlasce 

Lasce  mon  cuer  qui  du  vostre  est  eschange. 
Change  vous  fais  de  lui  qui  vous  remire. 


B.  rétrograde.  —    ib  A'  Couleur  —   17  .-1'  A.  s.  en  s.   —   ; 
25  omis  dans  A 
B.  à  rimes  reprises.  —  3  B  le  p.  s.  t.  —  i3  5  en  est  change 


BALADtS  D  ESI  RANGE  FAÇON  121 

Mire  plaisant,  a  vous  qui  joye  arrange, 
i6        Renge  mon  cuer  qui  fors  vous  ne  désire. 

Si  me  contraint  a  Tamour  dont  vous  aim 
L'aim  de  voz  yeulz  ou  grant  doulçour  s'amasse, 
Masse  cl'onneur  ou  j'ay  tout  mon  reclaim, 

20        Glaim  des  vaillans  dont  nul  temps  ne  me  lasse. 
Lasse  !  comment  or  a  prime  m"i  prenge? 
Pren  je  en  amer  riens  qui  mon  bien  dessire, 
Sire,  en  vo  main  qui  des  bons  ne  desrenge 

24        Renge  mon  cuer  qui  fors  vous  ne  désire. 

Amis  loyaulx,  cil  cjui  maint  meschief  venge, 
Venge  mon  cuer  du  vostre  en  lieu  eslire, 
Lire  a  doulz  son,  afin  que  je  le  prenge, 
28        Renge  mon  cuer  qui  fors  vous  ne  désire. 


BALADE  A  RESPONSES 

MON  doulz  ami.  —  Ma  chiere  dame. 
—  S'acoute  a  moy.  —  Très  volentiers, 

—  M'aimes  tu  bien?  —  Ouïl,  par  m'ame. 
4              —  Si  fais  je  toy.  ~  C^est  doulz  mestiers. 

—  De  quoy?  —  D'amer.  —  Voire,  sanz  tiers. 

—  Deux  cuers  en  un.  -  Sanz  decepvoir 
7              —  Voire  aux  loiaulz.  —  Tu  as  dit  voir. 

Dame  sanz  per.  —  Amis  sanz  blasme. 

—  Quant  vous  verray?  —  T'est  il  mestiers? 

—  Oïl  ;  tosi  soit.  —  Je  crain  diffame. 
Il            —  Qui  le  saroit?  —  Les  nouveliers. 


B.  à  vimcs  reprises.  —  l'S  A^  B-  de  vous  y.  —    20  ZJ'  ca  nul  t. 
—  25  à  28  omis  dans  A 


122  BALADES   D ESTRANGE  FAÇON 

—  Occions  les!  —  Hz  sont  trop  fiers. 

—  Nuisent  ilz  doncques?  —  Qu'il  voir. 
14            —  Voire  aux  loiaulz.  —  Tu  as  dit  voir. 

Las!  que  feray  ?  —  Sueffre  la  flamme. 

—  De  qui?  —  D'amours.  — Voire,  et  dongiers. 

—  Elle  m'art  tout.  —  Et  moy  entame. 
18            —  Que  ferons  nous?  —  Soyons  entiers. 

~  Sanz  reconfort.  —  Nannil,  mestiers 
A  aux  amans.  —  Quoy  ?  —  Bon  espoir. 
21  —  Voire  aux  loiaulz.  —  Tu  as  dit  voir. 

Dame  ottroiez.  —  Ami,  requiers 
Que  vous  voie.  —  Quier  les  sentiers. 

—  Peine  y  mettray,  —  C'est  le  devoir. 
25            —  Voire  aux  loiaulx.  —  Tu  as  dit  voir. 


BALADE  A  VERS  A  RESPONCES 

AMOURS,  escoute  ma  complainte? 
—  Or  dis  :  qu'as  tu  ?  de  quoy  te  plains? 

—  De  toy  par  qui  je  suis  destraintte. 

—  Tort  as  quant  de  ce  te  complains? 
5              —  Non  ay  voir,  car  ma  joye  estains. 

—  Joye  en  aras  s'en  toy  ne  tient? 

—  Trop  crain  le  granl  mal  qui  en  vient. 

—  Pense  au  bien,  non  pas  au  dommage? 

—  Vueille  ou  non,  d'un  seul  me  souvient. 

B.  a  lesponces.  —  i5  A^  Je  âens  le  dart  —  Et  moy  la  f.  —  iq  /l' 
N'a  nul  ni. 

B.  a  vers  a  responces.  —  Rubrique  omise  dans  A^  et  B—  C'est 
la  21'  ballade  des  ballades  de  divers  propos  dans  B  —  3  B^  des- 
tainte  —  7  B  Je  c.  trop  le  m.  q.  en  v.  ~  ij  B  Mon  cuer  vueille  ou 
non  un  retient 


BALADES  d'ESTRANGE   FAÇON  123 

10  —  Aime  le  ;  si  feras  que  sage. 

Veulz  tu  que  j'aime?  est  ce  contrainte? 

—  C'est  drois  quant  ton  cuer  est  attains. 

—  Sera  ce  cil  qui  m'a  estraintte? 

—  Ouïl,  car  de  tout  bien  est  pleins 

1 5  —  Je  n"ay  donc  pas  tort  si  je  Taims  ? 

—  Non,  car  chascun  a  bon  le  tient. 

—  Mais  se  mon  honneur  ne  soustient? 

—  Si  fera  voir,  c'est  son  usage. 

—  Or  m'en  di  ce  qu''il  apartient? 
20            —  Aime  le  ;  si  feras  que  sage. 

Raison  me  met  en  trop  grant  crainte? 

—  Ne  la  croys,  joye  touk  a  mains. 

—  Tu  m'as  vers  elle  en  guerre  enpainte  ? 

—  Desconfis  la,  joing  moy  les  mains. 
23            —  Honneur  dit  qu'en  vauldroie  mains? 

—  Il  ment,  chascun  bon  en  devient. 

—  Fait  et  donc  amer  me  convient? 

—  Ce  te  sera  grant  avantage. 

•—  Que  feray  donc  se  cil  revient  ? 
3o  ~  Aime  le;  si  feras  que  sage. 

Princes  gentilz,  Amours  me  tient? 

B.  a  vers  a  responces. —  1 1  5  V.  tu  dont  qu'a.—  12  B  Droit  est 
—  i3  A  qui  m'a  destraiiute  —  14  ZJ  de  tous  biens  —  ij  A^  El  — 
19  .4'  Or  me  di  qu'en  faire  a.  —  21  B  R.  me  tient  —  23  B  Rai- 
son dit  —  16  à  2q  B  : 

Ella  ment  et  qui  le  maintient? 

—  Helas!  merveilleux  cas  m'avient. 

—  De  quoy?—  D'amer;  est  ce  l"oIag.i  ? 

—  Ouïl,  quant  d^amy  me  souvient. 


~  '5i  à33  B 


Amours,  ou  yray  ?  ou  me  tient  ? 

—  Ne  fuy  plus,  mais  fay  moy  honimaye. 

—  Que  feray  je  se  cil  revient? 


J24 


BAI.ADES  D  ESTRANGE  FAÇON 


H 


—  Il  apertient  bien  a  ton  aage. 

—  Un  bel  ami  mon  cuer  retient? 

—  Aime  le;  si  feras  que  sage. 


LAYS 


LAY  DE  GLXV  VERS  LEON  I M  ES 


(bî^^^ïi MOURs,  plaisant  nourriture, 


Très  sade  et  doulce  pasture. 
Pleine  de  bonne  aventure, 
Et  vie  très  beneureuse, 
Du  vray  loial  cuer  l'ointture, 
Qui  entour  lui  fais  ceinture 
De  joye,  c'est  ta  droitture, 
Doulce  espérance  amoureuse. 


Et  qui  toute  créature 
10  Esjois  de  ta  nature 

Peine  fais  par  aventure; 
Mais  elle  est  si  doulcereuse 
Qu'on  te  suit  tout  a  esture, 
N^il  n'est  ponce  ne  rasture 

Rubrique  A^  Si  s'ensuit  une  assemblée  de  plusieurs  rimes  auques 
toutes  leonnines  en  façon  de  lay  pour  apprendre  à  rimer  leonni- 
ncment.  —  B^  Lay  de  lxii  vers  leonimes  —  Le  tns.  B-,  dont 
quelques  feuillets  ont  été  arrachés,  ne  contient  pas  ce  lai  —  b  B^ 
Du  V.  c.  1.  —  i3  /4'  C'en 


I 20  LAYS 

i5  Qui  effaçast  ta  pointure 

Tant  est  au  cuer  savoureuse. 


T 


*ANT  plait  ta  vie  a  maintenir 
A  qui  loial  se  veult  tenir 
En  ton  agréable  dongier, 
20  Pour  le  bien  qu''on  puct  retenir 

De  toy  servir,  quant  retenir 
Daignes  l'amant  sanz  estrangier. 

De  toy  si  li  fais  soustenir 
Sa  peine  en  gré,  et  s"astenir 
25  Se  veult  de  jamais  ne  changicr, 

Du  bien  lui  fais  grant  point  tenir 

Qui  a  lui  doit  apartenir, 

Mais  qu'il  s"'y  tiegne  sanz  bougier. 


ET  s'il  est  aucun  qui  sousliegne 
Que  de  toi  viengne 
Plus  mal  que  bien,  vers  moi  viegne 

Et  retiegne  ; 
Prouver  lui  vueil  que  nullement 
N'en  vient  mal,  mais  qu'on  s'y  contiengne 
35  Et  maintiegne  ; 

Si  bien  que  par  droit  apartiegtie 

Que  chascun  tiengne 
Que  servi  soies  loiaument. 

Mais  qui  fault,  mal  lui  en  conviengne 

ï6  B^  en  c  s.  —  ig  A"  B  '  En  ton  très  doulz  plaisant  dangier 
—  23  A^  Sa  V.  —  26  jBi  g.  part  t.  —  28  B^  q.  se  t.  —  3i  -Sic 
dans  tous  les  mss.  Corr.  [quej  v.  m.  v. —  32  Sic  dans  tous  les  ntss. 
Cotr.  Et  [le]  r. —  34  A^  qu'on  s'y  tiengne.—  35  Sic  dans  tous  les 
}7iss.  Corr.  Et  [s'yj  m. 


LAYS  127 


40  Quoy  qu'il  aviengr.e 

Ne,  qui  que  loiaulté  te  tiengne, 

Croy  qu'il  soustiegne 
Joye  et  doulceur  plus  que  tourment, 
Mais  drois  est  qu'a  Tamant  soviegne 
45  Que  gay  se  tiegne, 

N'en  lui  fausseté  ne  retiengne, 

Sanz  plus  detiengne 
Une  amour  vraye  seulement. 


c  I    ANT  y  a  compris 

5o  I      T^    ,  •  • 

A     De  bien  en  ton  pns, 

Qu'on  ne  pourroit  extimer 
Le  bien  que  la  pris 
En  ton  doulz  pourpris 

A,  par  loyaument  amer; 

55  Ne  par  droit  repris 

Cuer  de  toy  espris 
Ne  doit  estre,  ne  blasmer 
On  ne  puet  le  pris 
De  toy,  car  apris 

60  II  a  vie  sanz  amer. 


Tu  pues  mander 
Et  comander, 
Sanz  amender, 
De  mal  garder, 


41  que  Oi>iis  dans  yl'  et  B  —  46  B^  N'en  plusieurs  lieux  n'aille 
ne  viengne  —  48  /4'  U.  a  seule  vraiemcnt  —  5o  ii'  De  b.  en  toy 
p.  —  fj'5  /î'  ajoute  Ne  nul  frauder 


I2Ô  LAYS 

65  Ducil  retardt:r, 

Un  cuer  bourJer, 

D'amour  bauder, 

A  loy  soulder, 

Poindre  et  larder, 
70  Et  posséder 

Sanz  nul  fraudei-, 

Faire  tarder 

De  demander 

Pour  foy  garder 
75  De  mal  monder. 

Peine  csmonder, 

Joye  abonder, 

Tout  marchander. 

Et  dueil  seder, 
80  Bas  affonder, 

Et  reffonder, 

Bel  regarder, 

Voir  recorder, 

Sanz  point  bourdcr, 
85  Pais  accorder, 

65  fi'  Et  bien  garder  —  B^  ajoute: 

Et  toy  bourder 
Senz  essourder 

—  66  B'  Un  c.  bauder  —  67  B^  De  feu  bourder  —  70  à  72  fi'  ; 

Tout  eschauder 
Et  lapider 
Faire  haboiider 

—  73  el  74  omis  dans  fi'  —  76  B^  Et  c.  ~  77  omis  dans  B^  — 
■jq  A-  Et  posséder  —  omis  dans  B^  —  82  B^  Bien  r.  —  H'i  et 
^'4  B^  : 

Et  faiz  garder 
De  trop  tarder 

—  85  à  87  omis  dans  B^ 


LAYS  I 29 


Non  descorder, 
Droit  recorder 
Pour  amender, 
En  sens  fonder 
90  Et  perfonder. 


E 


T  s'aucuns  n'ont  de  ta  vie 
Nulle  envie, 
Ains  la  veulent  mesprisier, 
Gentillece  est  d'eulx  ravie  ; 
■95  Car  plevie 

L'ont  les  bons  pour  eulx  aisier, 

Et  plaisier 
Fais  les  cuers,  ou  poursuivie 
Est  joye  sanz  delaissier. 

100  Par  toy  est  dame  servie, 

Assouvie 
Sanz  amenuisier 
Son  honneur  n^estre  asservie 
Mais  suivie 
io5  De  baudour,  qui  rabassier 

Et  froissier 
Fait  doulour  qui  gent  desvie; 
Joye  est  qui  la  puet  puisier. 


90  B  Et  refonder  —  94  A^  de  eulx  r.—  99  /l  Et  suivie—  100  et 
loi  A  Joye  et  sanz  point  delaissier  —  N'abaissier  —  102  B^  Sic, 
Corr.  Sanz  [jamaisl  a.  —  io5  B^  De  joye  qui  abaissier  —  107  A 
Assouvie.  —  lo-j  et  108  B'  : 

Ne  jamais  n'ycrt  assouvie 
Doulour  qui  la  peut  puisier. 


T.  l 


I  30  LAYS 


MAIS  on  fait  maint  mauvais  raport, 
Disant  qu'au  port 
De  toy  a  doulereux  aport, 

Et  dont  pluseurs  se  duellent, 
Et  que  moult  pou  y  a  déport 
Quoy  qu'on  s'i  port 
ii5  Gaiement,  et  qu'en  gré  le  port 

Cellui  ou  ceulx  qui  te  veulent. 

Et  que  mieulx  vault  qu'on  se  déport 

De  ton  aport, 
Que  tel  faissel  on  s'en  emport, 
120  Et  qu'a  ton  molin  meulent 

Paille  sanz  grain  ceulz  qui  ton  port 

Suivent,  déport 
N'ont  de  toy  ne  qui  les  raport 
A  bien,  ains  périr  suellent. 


123 


SI  est  trop  mau  dit, 
Car  pour  voir  je  tien 
Que,  sanz  contredit, 
Quant  Ten  devient  tien 


I  lo  ^2  £)g  ton  fait  en  d.  q.  p.    —    m  A'  douloureux   —    1 14  iii 
124  A-  : 

Cil  qui  aime  s'il  n'a  le  port 
De  toy  et  d'espoir  qui  le  port, 
Dont  mains  amans  mieulx  veulent 
Que  la  mort  briefmeiit  les  emport 
Que  le  mal  qu'il  fault  que  l'en  port 
Par  toj',  et  qui  n'ont  pas  raport 
De  douleur  tous  ceulx  qui  te  veulent. 

—  1 16  Sic  dans  tous  les  mss.  Corr.  Cil  —  B^  qui  ce  v.  —   1 18  £' 
De  t.  emport  —  1 19  5^  ou  on  e. 


LAYS  l3l 


On  se  desrudist, 
i3o  Qui  ton  doulz  maintien 

Poursuit,  n'escondit, 
Si  com  je  maintien, 
N'yerl  ja  ne  desdit. 

L'amant,  qui  du  tien 
i35  Enrichis,  mesdit 

Het;  pour  ce  soustien 
Que  qui  te  laidist 
Son  meffait  retien 
Et  fais  un  edit 
140  Ou  pour  fol  le  lien  ; 

De  toy  soit  maudit 
Et  son  prou  detien. 


S 


OIT  party, 
Ressorty, 
145  Perverty, 

De  ton  doulz  soûlas 
Hors  sorty, 
Converti 
En  party 
i5o  Dur  party 

Qui  mesdit  de  tes  laz  ! 

Dire  halas! 
Vain  et  las! 
Comme  las, 
i55  Lui  fais  sanz  dire  «  gar  Vy», 

S'ainsi  Tas 
Se  follas 
Ne  meslas 


î3o  et  i3i  omis  dans  A^.—  i33  A  Ne  n'y.  ja  d.—  137  B^  Q.  q. 
ce  1. i53  et  134  intervertis  dans  B'  —  ôy  B'^  S'affblaz 


]33  LAYS 

N'affolas 
160  One  nul,  cil  soit  amorty. 


S 


I  débat  son  chief 
En  vain,  qui  destruire 
Guide  par  nul  chief 
Ton  fait,  ne  toy  nuire, 
1 65  Que  l'en  voit  sur  tous  reluire 

Et  qui  est  tant  fort 
Que  ou  monde  n'a  tel  effort. 

Et  c'est  grant  meschief 

De  tel  gent,  qui  duire 
170  Guident  de  rechief 

Le  monde,  et  recuire 
En  nouvel  sain,  et  réduire 

Gent  sanz  le  confort 
De  toy,  mais  tu  vains  au  fort. 


^7-'  A   MOURS  sanz  chalange, 

x\    Honneur  et  louange 
T'apartient,  et,  ment  ge? 
Quant  fus  par  l'archange 
En  ce  monde  estrange 

180  Envoyé  en  change 

De  la  maie  arrange 
Qui  nous  mist  en  fange, 
Et  par  toy  en  range 
Ou  ciel  sommes  d'ange, 

i83  Ce  fu  noble  eschange 


iStjfii  Ne  soulaz  —    i65  B^  sur  tout.  —    167  fii  Qu'el  m.  — 
173    A^    Veult    s.    —    181    B^    De    la   grant   losange  —    i85    à 


LAYS  l33 


Et  un  doLilz  meslange, 
Dont  se  te  revenge 
Nul  ne  m^en  laidenge, 
Car  ne  me  desrenge 
190  De  loial  losenge. 

Mon  cuer  s'i  essange 
Quant  bien  il  te  venge 
Et  du  tout  estranse 


195 


Haineuse  grange. 


r\oNT  blasmec 


Ne  clamée, 
Diffamée 
Ne  nommée, 
Mau  renommée 
200  Ne  fusmée 

Ne  dois  estre,  mais  amée 
Et  prisée  plus  qu^autre  rien. 

Car  armée 
Enarmée, 
2o5  Affermée, 

Confermée 
T'es  et  formée 
Bien  fermée 

192  Z2'  : 

Dont  lie  me  reppan  go 
De  toy  louer  quand  je 
Dy  voir  et  appraii  gi; 
Quant  tort  me  laidange. 
Qui  pour  tel  eschaiige 
Dist  que  je  te  venge  ; 
Quant  je  te  revenge 
Mon  cuer  s'i  essange 

—  iQQ  A^  Mon  r.  —  206  A^  confermé  —  5'  ajoute  Enl'ourmcc 
io8  manque  dans  B^ 


/ 34  LAYS 

Pour  nous,  c'est  chose  informée. 
2  10  Ne  le  nyer  n^y  vauldroit  rien. 

Exprimée 

Ne  primée, 

Point  friraée 

N'extimée 
2i5  De  hors  limée 

Trop  semmée 
Ne  pues  estre  n'enflammée 
En  ce  monde  terrien. 


A  iNS  est  dommage 


2  20  xV.  Qu'en  ton  hommage 

Et  fol  et  sage 
Par  droit  usage 
N'est,  car  l'oultrage 
Qui  fait  la  rage 

225  Ou  monde  ombrage 

Par  maie  et  fausse  convoitise. 

Seroit  en  cage 
Et  hors  usage  ; 
Ne  tel  langage, 
23o  Comme  on  l'engage 

Par  le  hautage 
D'orgueil  qui  nage 
En  maint  rivage, 
N'iert  ou  monde,  et  ce  qui  Tatise 


235  C'est  le  buvrage 


Qu'envie  charge 


210.42  vault  r.   —   2i3  A'^  Ne  fermée;   B^    Ne   firmée  —    21 5 
omis  dans  B'  —  228  B'  h.  d'usage  —  23J  fi'  En  tout  r. 


LAYS  l35 


Qui  n'assowage, 
Ains  deheberge 
De  son  héberge 
240  Toy  qui  sanz  barge. 

Comme  en  mer  large, 
Vas  flotant  par  telle  faintise. 

Mais  ou  passage, 
Ou  le  péage 

245  Devons  de  gage, 

En  i'eritage 
Du  monde  ombrage 
Y  a  y  m  âge 
De  fausse  targe, 

25o  D'amour  fainte  et  fausse  cointisc. 


S' 


1  conclus  qu'en  ta  closture, 
Vrayc  non  pas  couverture, 
On  ne  doit  avoir  roupturc 
A  vie  très  doulcereuse, 
255  Et  qui  en  fait  sa  pousiure 

Jusqu'il  soit  en  sépulture 
Il  puet  bien  la  pourtraiture 
Porter  de  paix  laiireuse. 

Car  avec  lui  par  jointure 
260  L'a  a  très  forte  cousture 


237  A:^  ajoute  De  nul  malage  —  sSg  is'  ajoute  Met  et  en  ser- 
vage —  241  omis  dans  B^  —  247  à  2bo  B^  : 

Du  monde  targe 
De  faulz  ymage 
Y  a  qui  charge 
D'avoir  fausse  et  fainte  cointise. 


—  256  A'  Jusque  il 


l36  LAYS 

Cousue  par  aveniure 
Si  que  peine  doulereuse 
N'ara  en  la  deffritture 
Infernal  qui,  par  droitiure, 
265  Funist  humaine  faiiture 

En  Torde  valée  ombreuse. 

EXPLICIT  LAY  LKONIME, 


S' 


LAY 

E  je  ne  finoye  de  dire 
Et  d'escripre, 
Je  ne  pourroie  souffire, 
Amis,  pour  louer  assez, 
5  En  cent  ans  voire  passez, 

Vostre  bonté,  n'a  descripre 
Vo  beaulté  ou  Pen  se  mire, 

N'a  redire 
N'y  a,  si  sont  amassez 
lo  En  vous  tous  biens  entassez 

Ou  grâce  et  honneur  se  tire. 

NUI  n'est  royaume  n'empire 

Ou  eslire 
On  peûst  tel,  n'oy  lire 
i5  N'ay  des  vaillans  trespassez 


Lay  leoninic.  —  262  A  douloureuse 

Lay.  —   Titre  JS'  Autre  lay  —  2  5  Ne  —  b  omis  dans  A^ 
A  N'ay  de  v. 


LAYS  iSy 

Tant  de  bien,  vous  effassez 
Leur  grant  vaillance,  beau  sire; 
Car  le  monde  se  remire 
Et  désire 
20  Vous  qui  tous  vices  cassez 

Ne  du  bien  n'estes  lassez 
Nul  temps,  n'on  n'en  puet  mesdire. 


E 


T  quant  vous  estes  si  parfait 
~j   Que  chascun  loe  vostre  fait 

25  Et  dit  que  vous  n'avez  pareil 

Ne  qu'oncques  nul  n'y  vid  méfiait, 
Mais  cil  qui  les  despris  reffait, 
Plein  de  sens  et  de  bon  conseil 
Enluminant  com  le  soleil 

3o  Qui  toutes  ténèbres  deffait, 

Et  ou  prouece  a  son  recueil, 
La  porte  de  joye  et  le  sueil 
Et  cil  qui  les  nobles  reffait. 

Ne  vous  doy  je  de  cuer  parfait 

35  Amer  et  m'esjoïr  de  fait 

D'avoir  ami  si  a  mon  vueil, 

Bon,  noble  et  preux,  qui  het  tort  fait, 

Ne  qui  n'a  riens  de  contrefait, 

Bel,  jeune  et  doulz,  plaisant  a  Tueil, 

40  Franc,  courtois  et  de  doulz  accueil, 

Si  bon  que  ou  monde  n'a  si  fait 
Humain,  très  humble,  sanz  orgueil  ; 
Si  puis  dire,  nul  n"en  ait  ducii, 
Cil  qui  tout  bien  met  a  effait. 


16  .4  T.  de  b.  certes  beau  sire  —  17  ^'  vers  rayé  —  26  qu' 
manque  dans  A^  —  B  El  qu'o.  n.  ne  v.  —  33  B  Et  des  nobles  le 
plus  parfait  —  3y  B  omet  et  —  39  B  omet  et  —  42  Z>  h.  et  s.  o. 


I 38  LAYS 


45  Y^  X,  se  m'amour  vous  doy  nommer 

JL-/  N'ami  clamer 

Et  reclamer, 
Sachiez  que  j'en  fais  mon  devoir 
Si  bien  qu'on  ne  m'en  doit  blasmer  ; 
5o  Car  affermer 

Et  confermer 
Amours  a  fait  par  estouvoir 
Mon  cuer  en  vous,  si  que  mouvoir 
Pour  nul  avoir 
55  Cellui  vouloir 

Je  ne  pourroie.  Ains  a  la  mer 
Osteroie  trestout  l'amer; 
Doulçour  avoir, 
Et  remouvoir 
60  Li  feroie  et  s'iaue  toloir 

Entièrement,  et  reprimer 

Son  flo  que  l'en  voit  cscumer, 
Toute  semer 
Et  enflammer 
65  S'arene,  et  que  fable  fust  voir, 

Le  monde  de  nouvel  former, 


55  omis  dans  jB  —  56  B  Ne  l'en  p.  A.  de  la  m.  —  58  à  60  B  : 

Et  doulçour  luy  feroye  avoir 

Et  1  émouvoir 
Son  cours  et  son  eaue  toloir 

—  60  et  61  ^^  Sa  nature  par  droit  devoir  —  S'on  veult  bien  chanter 
et  rimer.  —  ôi  omis  dans  B  —  62  B  Et  s.  ï.  qu'on  v.  —  65  à  6b  B  : 

Retcndroyc  et  poissons  armer 

Et  enflammer 

Toute  et  semer 

E'arene  et  que  fable  fust  voir 


LAYS  1 39 


Fondre,  entamer 
Et  refformer 
Pierres  dures,  et  feu  plouvoir, 
Les  estoilles  toutes  ardoir, 

Que  main  fust  soir, 
Sans  desmouvoir 
Tout  l'umain  siècle  consommer, 
Paistre  le  monde,  et  affermer 
Et  apparoir 
Que  blanc  fust  noir 
Feroie,  ainçois  que  desmouvoir 
Me  pelisse  de  vous  amer. 


CAR  vous  estes  la  joyc 
Qui  me  resjoye 
Et  avoye 
A  tout  bien, 
Ne  sanz  vous  ne  pourroie 
Et  ne  vouldroie 
86  Ne  saroie 

67  A-  Soukire  e.  —  67  à  73  S  : 

Tout  le  inonde  en  un  gant  fermer, 

Fondre,  entamer 

Et  refformer 
Pierres  dures,  et  feu  plouvoir, 
Les  estoilles  faire  former. 
Toutes  sciences  concevoir, 

Les  mors  ravoir 

—  70  A^  t.  frimer  —  71  à  -jb  A'  : 

Et  exlimer 

Sans  reprimer, 
Toutes  sciences  concevoir 
Et  tout  humain  siècle  alfamer, 

Le  ciel  fermer 

Sans  delTermcr 

—  74  à  70  manquent  dans  B—  79  5  C.  v.  e.  la  voyc —  So  B  Q.  uu 
ravoyc  —  83  A-  Et  s    —  84  B  Ne  ne  v. 


1 40  LA.YS 

Valoir  rien, 
Et  pour  ce  a  vous  emploie 
Toute  et  ottroye 
L'amour  iroye  ; 
90  Car  sçay  bien 

Que  vous  estes  la  voie 
Qui  me  ravoie, 
Ne  m'esjoye 
Aultre  rien, 
95  Et  c'est  ce  qui  m'apoyc 

Ou  que  je  soye, 
Mais  que  voie 
Vo  maintien. 


SI  n'en  cuic 
Car  je  m 


ide  estre  decetie, 
100  <~^   l^ar  )e  me  suis  apperceûe 

Que  vous  m'amez  de  cuer  entier; 
Car  par  long  temps  m'avez  sceue 
Et  quant  j'ay  bien  l'amour  sceiie, 
Qui  n'est  pas  depuis  avantier 
io5  Encommenciée,  e[  que  mestier 

Vous  estoit  que  l'ust  receûe 
Vostre  amour  ou  pou  exploitier 
Postés  long  temps  par  nul  sentier, 
Lors  fu  vostre  amour  conceiie 
110  En  moy  qui  si  bien  m'a  sceiie 

Que  mon  cuer  de  joye  est  rentier. 

Car  par  seulement  la  velie 
Avoir  de  vous  Je  suis  peiie 
De  quanque  on  pourroit  souhaidicr 
1 1  5  D'autre  bien,  car  j'ay  eslelie 


87  S  en  V.  e.  —  gi   B  Q.  v.  e.  la  joye  —  92  B  Q.  me  rcsjoyc  — 
99  B  Si  ne  c. 


LAYS  141 


Ma  Joye  en  vous,  chose  est  deiie 
De  vous  amer,  c''est  doulz  mesiier 
Ou  l'on  apprent  a  accointier 
Tout  honneur;  si  suis  pourveiie 
120  D'ami  loial,  au  mien  cuidier, 

Qui  de  moy  fait  tout  mal  vuidier. 
S'en  lo  Amour  par  qui  eiie 
Ay  vostre  amour  et  qui  meïie 
M'a  a  l'amer  encommcncier. 


125 


T~^  T  puis  qu'Amours  nous  a  joins 


Ensemble  et  conjoins, 
Soient  noz  soins, 
Et  près  et  loings, 
Amis,  de  loiaument 
l3o  Nous  entr'amer  et  tous  besoins 

Et  tous  amers  poins, 
Se  sommes  poins 
De  durs  poins, 

Nous  porterons  doulcement 
i35  Et  vivrons  joyeusement 

Et  très  liement 
Gaiement 
Car  nous  serons  enoins 
De  doulz  espoir  qui  fermement 
140  Et  très  purement 

Finement 
Nous  soustendra  a  ses  poins. 


116  B  Ma  gloire  —  126  A  E.  et  joins  —  i33  oviis  dans  A"  — 
i34  A^  N.  p.  très  d. —  i35  omis  devis  A  ~  î'ii.j  A  De  d.  penser  q. 
finement  —  141  o»iis  daus  A 


142  LAYS 


E 


T  d'ainsi  nos  Jours  u^er 
Sanz  mal  user 
145  Nulz  ne  pourra  accuser 

De  nul  meffait  nostre  vie, 
Ne  sur  nous  nul  mal  causer 

Ne  gloser, 
Car  sur  nul  n'arons  envie 
i5o  Ne  vouloir  d'autre  encuser 

Pour  nous  excuser. 

Car  de  tous  poins  assouvie 
Leesce  en  nostre  penser 
Sera,  par  quoy  ert  ravie, 
i55  Sanz  nul  offenser, 

Tristece  qui  gent  dévie, 

De  nous,  qui  fausser 
Ne  voulons,  ainçois  plevie, 
Sanz  nul  jour  cesser, 
160  Avons  foy  vraye  assouvie. 


E 


T  pour  tant  se  mesdisans 
Pour  nous  grever 
Vont  disant  leurs  moz  cuisans 
Par  controuver 
i65  Ne  devons  pas  estre  aver 

Des  trésors  doulz,  advisans, 
Qu^Amours  aux  amans  trouver, 

Par  esprouver, 
Fait  sur  tous  biens  reluisans, 
170  Et  qui  sauver 


145  SI  accoisier  —  i5o  A  accuser  —    160  iS  ajoute  Senz  jamais 
fausser  —  ibù  A  d.  et  a. 


LAYS  14$ 


Pevent  de  tous  maulz  nuisans 
Sanz  emblasver. 

Si  n'en  soions  pas  exans; 
Pour  quoy  laver 
lyS  Nous  en  devons,  quant  lever 

En  joye  plus  de  dix  ans 

Nous  puet  li  moins  souffisans 
Des  biens,  prouver 

Le  puis  par  tous  poursuivans, 
i8o  Sanz  controuver. 


E 


T  s'en  contrée  longtaine 
Vostre  noblece  vous  meine 
Et  la  prouece  haultaine, 
Qui  vo  noble  cuer  demeine, 

i85  Ce  me  sera  moult  grant  peine; 

Mais  je  prendrai  reconfort 
En  ce  que  je  suis  certaine 
Que  de  vraie  amour  certaine, 
Plus  qu'aultre  chose  mondaine, 

190  Ne  que  Paris  belle  Heleine, 

Comme  dame  souveraine, 
M'amez  de  tout  vostre  effort. 

Et  combien  que  de  dueil  pleine 
Seray  nuit,  jour  et  sepmaine, 

195  Et  tout  le  temps  triste  et  vainc, 

Sanz  estre  lie  ne  saine, 
En  pire  point  qu'en  quartaine, 
Ce  me  soustendra  au  fort 
Que,  se  Dieux  tost  vous  rameine, 

200  Oncques  si  joyeuse  estraine 

N'ot  dame,  noble  ou  villaine, 

194  B  n.  et  j.  et  s. 


1 44  LAYS 


Com  j'aray,  ne  chastellaine, 
Quant  tendray  en  mon  demaine 
Vous  e-|ue  j'aim  sur  tous  très  fort. 


2o5  ^^  vous  pri,  ma  vraye  amour, 

O  Ma  doulçour, 

Mon  bien,  ma  paix,  ma  vigour, 

Mon  retour, 
La  riens  que  j'aime  le  mieulx, 
210  Qu'en  tous  lieux 

Gay,  jolis,  Joieux  tousjour, 

Sanz  mal  tour. 
Soyez  et  plein  de  baudour. 
Pour  m^amour;  car  se  m'aist  Dieux, 
2 1  5  Pour  vous  sera  mon  atour 

Par  honnour 
Gay,  jolis,  gent  et  joyeux. 
Si  me  tendray  sanz  tristour 
Ne  doulour; 
220  Car  voz  amoureux  beaulz  yeulz 

Tous  mes  dieux 
Gariront  par  leur  vigour, 
De  vous  venra  la  savour 
Par  quoy  mes  jours  seront  tieulx. 


22D 


AMIS,  de  mes  maulx  le  mire, 
Qui  sanz  yre 


Me  tenez  et  sanz  deffrire, 
De  qui  les  grans  biens  tauxes 
Ne  pourroient  ne  pensez 
23o  Estre,  car  tout  tire  a  tire 


207^1'  viguour  —  212  omis  dans   B   —    225   A'   de   m.  yeulz 
le  m. 


235 


LAYS 

Vostre  bon  cuer  les  atire. 

Ou  remire 
Ont  tous  ceulx  qui  oppressez 
Sont  et  de  dueii  empressez 

Cui  martire; 


145 


Et  le  mal  qui  les  empire 
Et  fait  trire 

Confortez  par  vo  doulz  rire 

Qui  le  mien  cucr  enlascez. 
240  Je  vous  pri  ja  ne  cessez 

D'estre  en  l'amoureux  navire 

Qui  vers  toute  joye  tire 
Et  n'empire, 

Ne  ja  ne  vous  en  lascez, 
245  Et  vous  serez  surhaulcez 

Sur  tous  bons  sanz  contredire. 


EXPLICIT   Lay 


236  A  q.  1.  fait  firre  —  237  omis  dans  A  —  238  B  p.  voz  d.  r. 
—  23g  A-  Et  le  —  242  I)  v.  t.  j.  vire  —  244  Ne  jamais  jour  ne 
faussez 


I.  1 


RONDEAUX 


I  (1396) 


^.^ç^OM  turtre  suis  sanz  per  toute  seulete 
pM^   Et  com  brebis  sanz  pastour  esgarée; 
<g^^^   Car  par  la  mort  fus  jadis  séparée 
De  mon  doulz  per,  qu'a  toute  heure  regrette. 

Il  a  sept  ans  que  le  perdi,  lassette, 
Mieulx  me  vaulsist  estre  lors  enterrée! 
Com  turtre  suis  sans  per  toute  seulete. 

Car  depuis  lors  en  dueil  et  en  souffrcte 
Et  en  meschief  très  grief  suis  demeurée, 
Ne  n'ay  espoir,  tant  com  j'aré  durée, 
D'avoir  soûlas  qui  en  joye  me  mette  ; 
Com  turire  suis  sans  per  toute  seulete. 


1.  —  4  /4'  regraitte  —  10  B  Ne  je  n'e. 


148  RONDEAUX 


II 


QUE  me  vaull  donc  le  complaindre 
Ne  moy  plaindre 
De  la  doulour  que  je  port 
Quant  en  riens  ne  puet  remaindre? 
Ains  est  graindre 
6  Et  sera  jusqu'à  la  mort. 

Tant  me  vient  doulour  attaindre, 

Que  restraindre 
Ne  puis  mon  grant  desconfort  ; 
10  Que  me  vault  donc  le  complaindre? 

Quant  cil  qu'amoye  sanz  faindre 

Mort  estraindre 
A  voulu,  dont  m'a  fait  tort; 
Ce  a  fait  ma  joye  estaindre, 

Ne  attaindre 
Ne  poz  puis  a  nul  déport; 
17  Que  me  vault  donc  le  complaindre? 


III 


J 


E  suis  vesve,  seulete  et  noir  vestue, 
A  triste  vis  simplement  affalée; 
En  grant  courroux  et  manière  adoulée 
Porte  le  dueil  très  amer  qui  me  lue. 

G  iî  Et  ce  s.  —  12  A'  estaindre 


RONDEAUX  149 

Et  bien  est  droit  que  soye  rabatue, 
Pleine  de  plour  et  petit  enparlée; 
7  Je  suis  vesve,  seulete  et  noir  vestue. 

Puis  qu'ay  perdu  cil  par  qui  ramenteue 
M'est  la  douleur,  dont  je  suis  affolée, 
Tous  mes  bons  jours  et  ma  joye  est  alée. 
En  dur  estât  ma  fortune  embatue; 
12        Je  suis  vesve,  seulete  et  noir  vestue. 


IV 


PUIS  qu'ainsi  est  qu'il  me  fault  vivre  en  dueil 
Et  que  jamais  n'aray  bien  en  ce  monde, 
Viegne  la  mort  qui  du  mal  me  confonde, 
4  Qui  si  me  tient  et  pour  qui  morir  vueil. 

Et  delaissier  bien  doy  quanque  amer  sueil, 
Si  qu'en  griefz  plours  mon  doloreux  cuer  fonde, 
7  Puis  qu'ainsi  est  qu'il  me  fault  vivre  en  dueil. 

De  tout  maintien  et  contenance  et  dueil 
Doy  bien  sembler  femme,  en  qui  dueil  habonde; 
Car  tant  est  grant  le  mal  qui  me  suronde 
Que  de  la  mort  désir  passer  le  sueil, 
12         Puis  qu'ainsi  est  qu'il  me  fault  vivre  en  dueil. 


III.  —  II  fi  En  d.  e.  je  me  suis  e. 

IV.  —  3  -B  Je  suis  d'accort  que  le  m.  me  c.  —  3  Zî  l£t  d.  d.  b. 
—  8  Zîde  c.  d. 


l5o  PONDEAUX 


UELQUE  chiere  que  je  face 
Et  comment  que  souvent  rie, 
Si  n'y  a  il  plus  marrie, 
4  Je  croy,  de  moy  en  la  place. 

A  tort  seroie  en  ma  grâce, 
Car  joye  est  en  moy  tarie, 
7  Quelque  chiere  que  je  face. 

Mais  pas  n'appert  a  ma  face 
La  doulour  qui  me  tarie, 
Qui  nulle  heure  n'est  garie  ; 
Mais  grief  dueil  ma  joye  efface, 
12  Quelque  chiere  que  je  face. 


VI 

EN  espérant  de  mieulx  avoir, 
Me  fault  le  temps  dissimuler, 
Combien  que  voye  reculer 
Toutes  choses  a  mon  vouloir. 

Pour  tant  s'il  me  fault  vestir  noir 
Et  simplement  moy  afïuler, 
En  espérant  de  mieulx  avoir, 

Se  Fortune  me  fait  douloir, 

4  jS  Je  c.  que  m.  —  6  /l'  G.  joy  —  8  pas  omis  dans  Z>' 


\ 


RONDEAUX  l5l 


Il  le  me  convient  endurer, 
Et  selon  le  temps  moy  riuler 
Et  en  bon  gré  tout  recevoir, 
12  En  espérant  de  mieulx  avoir. 


VII 


JE  ne  sçay  comment  je  dure; 
Car  mon  dolent  cuer  font  d'yre, 
Et  plaindre  n'oze,  ne  dire 
4  Ma  doulereuse  aventure, 

Ma  dolente  vie  obscure, 
Riens,  fors  la  mort,  ne  désire; 
7  Je  ne  sçay  comment  je  dure. 

Et  me  fault  par  couverture 
Chanter  quant  mon  cuer  souspirc, 
Et  faire  semblant  de  rire  ; 
Mais  Dieux  scet  ce  que  j'endure  ; 
12  Je  ne  scav  comment  je  dure. 


VIII 

PUIS  que  vous  vous  en  alez, 
Je  ne  vous  sçay  plus  que  dire, 
M'amour,  mais  en  grief  niartire 
Me  tendrez,  se  vous  voulez. 


VII.  —  2  A^  feiu  d'y.  —  ^  A'  douloureuse  —  b  B  Ne  ma  lasse 
V.  o. 

VIII.  —  4  se  omis  dans  fi' 


l52  RONDEAUX 

Ne  sçay  se  vous  en  douiez; 
Mais  nul  mal  n'est  du  mien  pire 
7  Puis  que  vous  vous  en  alez. 

Baisiez  moy  et  m'acolez, 
Pour  Dieu,  vueilliez  moy  rescripi  e, 
Et  du  mal  soiez  le  mire, 
Dont  le  mien  cuer  affolez 
12  Puis  que  vous  vous  en  alez. 


IX 


EL  a  mes  yeulx.  et  bon  a  mon  avis, 
Très  assouvi  de  grâce  et  de  tout  bien, 
Digne  d'onneur,  plaisant  sur  toute  rien, 
4  Estes  m'amour  sur  touz  a  mon  devis. 

Jeune,  gentil,  gent  de  corps  et  de  vis, 
Sage,  humble  et  doulz,  de  gracieux  maintien, 
7  Bel  a  mes  yeulx,  et  bon  a  mon  avis. 

Et  quant  veoir  je  vous  puis  vis  a  vis 
J'ay  tel  plaisir,  dont  vous  estes  tout  mien, 
Qu'en  ce  mor.de  plus  ne  vouldroie  rien  ; 
Car  vous  estes  sur  tous,  je  vous  plevis, 
12        Bel  a  mes  vculx,  et  bon  a  mon  avis. 


RONDEAUX 


l53 


PUIS  qu'Amours  le  te  consent. 
Par  qui  as  empris  l'emprise, 
Amis,  dont  tu  m'as  surprise, 
4  Mon  cuer  aussi  s'i  assent. 

Mon  vouloir  du  tout  descent 
A  toy  amer  san.z  faintise, 
7  Puis  qu''Amours  le  te  consent. 

Si  n'a  il  pas  un  en  cent 
Dont  Amours  m'eust  ainsi  prise; 
Mais  quant  c'est  par  ta  maistrise 
Ne  te  doy  estre  nuisant, 
12  Puis  qu'Amours  le  te  consent. 


XI 


DE  triste  cuer  chanter  joyeusement 
Et  rire  en  dueil  c'est  chose  fort  a  faire, 
De  son  penser  moiistrer  tout  le  contraire, 
N'yssir  doulz  ris  de  doulent  sentement, 

Ainsi  me  fault  faire  communément, 
Et  me  convient,  pour  celer  mon  affaire, 
De  triste  cuer  chanter  joyeusement. 


X.  —  3  B  M.  cuer  encline  et  descent  —   lo  M.  q.  c'est   pour  sa 
m.  —  11  A^  e.  musent. 
XL  —  2/1'  est  c.  ~  B  c.  forte  a  t.  —  2  et  3  intervertis  dans  A'^ 


l54  RONDEAUX 

Car  en  mon  cuer  porte  couvertement 
Le  dueil  qui  soit  qui  plus  me  puet  desplaire, 
Et  si  me  fault,  pour  les  gens  faire  taire, 
Rire  en  plorant  et  très  amèrement 
1 2        De  triste  cuer  chanter  joyeusement. 


XII 

POUR  ce  que  je  suis  longtains 
De  vous,  belle,  que  tant  aims, 
A  nulle  joye  n'attains, 
4  Ains  est  mon  bien  tout  estains. 

Ou  pais  aux  tremontains 
Mon  cuer  est  de  doulour  tains, 
7  Pour  ce  que  je  suis  longtains. 

Regretant  voz  biens  haultains 
Je  mourray,  j'en  suis  certains; 
Car  je  seray  désert  ains 
Que  cy  m'ait  joye  ratains, 
12  Pour  ce  que  je  suis  longtains. 


XIII 

C'est  grant  bien  que  de  ces  amours, 
Qui  miracles  font  si  appertes 
Que  maintes  dames  font  appertes 


Xil.  —  A-  Ou  lieu  ou  t.  —  6  A-  Je  suis  adès  de  duei!  t.  —  ii  B 
Qui  cy  n'ait 
XIII.  —  I  A  SCS  a.  —  3  £  Qui 


RONDEAUX  l55 

Qui  ja  aloient  en  decours. 

Hz  garissent,  de  commun  cours, 

De  plusgrans  maulz  que  fièvres  quartes, 

C'est  grant  bien  que  de  ses  amours. 

N'il  n'est  si  vieulx,  soit  longs  ou  cours, 
S'il  en  est  bien  férus  acertes, 
Qu'il  ne  lui  semble  tout  de  certes 
Qu'il  prendroit  bien  !e  lièvre  au  cours; 
C'est  grant  bien  que  de  ses  amours. 

XIV 

M 'amour,  mon  bien,  ma  dame,  ma  princepse 
Tresmontaine,  qui  a  bon  port  m'adrece, 
Dequanque  j'ay,  souveraine  maistresse. 
Estes  dame  et  confort  de  ma  leesce. 

Je  vous  doy  bien  appeller  ma  déesse, 

Mon  doulz  espoir,  mon  mur,  ma  forteresse, 

M'amour,  mon  bien,  ma  dame,  ma  princesse. 

Car  si  belle  ne  fut  oncques  Lucrèce, 

Ne  prisiée  tant  Pénélope  en  Grèce, 

Semiramis  vous  passez  en  noblece. 

Si  vous  doy  bien  dire,  par  grant  humblece, 

M'amour,  mon  bien,  ma  dame,  ma  princesse. 


XIV.  —  1,7,  }2  A^  et  ma  p.  —  4  A-  c.  et  1.  —  B  de  ma  des- 
tresse —  6  A'  M.  d.  trésor  —  S  A^  C.  de  beauté  tant  n'ot  L.  —  B 
C.  plus  b.  vous  estes  que  L.  —  q  B  Plus  p.  que  P.  —  11  B  p.  s,. 
leesce 


l56  RONDEAUX 


XV 


QUANT  je  ne  fois  a  nul  tort, 
Pour  quoy  me  doit  on  blasmer 
De  mon  doulz  ami  amer  ? 
4  Et  a  son  vueil  je  m'acord. 

S'en  lui  est  tout  mon  déport, 
N'autre  n'y  puet  droit  clamer, 
7  Quant  je  ne  fois  a  nul  tort. 

Je  l'aim,  qu'en  est  il  au  fort? 
En  fault  il  tel  plait  semer 
Partout  pour  moy  diffamer? 
En  ay  je  desservi  mort 
12  Quant  je  ne  fois  a  nul  tort? 


XVI 

DouLCE  dame,  que  j'ay  long  temps  servie, 
Je  vous  suppii,  alegiez  ma  doulour 
Et  mon  complaint  ne  tenez  a  folour, 
Si  soit  par  vous  ma  grief  peine  assovie. 

Voiez  comment  pour  vous  amer  desvic. 
Je  pers  vigour,  sens,  manière  et  coulour, 
Doulce  dame,  que  j'ay  long  temps  servie. 


XV.  —  4B  S'a  son  doulz  vouloir  m'accort  —  b  B  dévie  —   9  ^' 
t.  p.  mener. 

XVI.  -  3  A'-  Et  mec. 


RONDEAUX  iSy 

Ne  n'aiez  pas  de  moy  grever  envie, 
Ou  je  mourray  d'amoureuse  chalour 
Pour  vo  beauté  et  vo  fresche  coulour. 
Et  pour  ce  adès  pour  eslongner  ma  vie, 
1 2        Doulce  dame,  que  j'ay  long  temps  servie. 


XVII 


JE  suis  joyeux,  et  je  le  doy  bien  estre, 
D'avoir  ouy  si  très  doulce  nouvelle 
Que  ma  dame  son  doulz  ami  m'appelle  ; 
4  Or  n'est  de  moy  ou  monde  plus  grant  maistre. 

Ne  me  pourroit  chose  venir  senestre 
Puis  qu'elle  dit  que  je  suis  amé  d'elle, 
7  Je  suis  joyeuK,  et  je  le  doy  bien  estre. 

Et  quant  je  suis  en  paradis  terrestre 
Et  hors  d'enfer,  pour  la  doulçour  de  celle 
Que  chascun  tient  des  dames  la  plus  belle, 
Et  je  regard  son  maintien  et  son  estre, 
12        Je  suis  joyeux,  et  je  le  doy  bien  estre. 


R 


XVIII 


UNS  vairs  yeulx,  qui  mon  cuer  avez  pris 
Par  voz  regars  pleins  de  laz  amoureux, 


XVI.  —  lo  A^  P.  vou  h.  —  B  et  pour  vostre  valeur  —    il  B  p. 
aloingnier 

XVII.  —  4  B  si  g.  m.  —  6  A'  P.  que  elle  —  B^    P.  que  je  di  q. 

XVIII.  —  i  BR.  vers  y. 


l58  RONDEAUX 

A  vous  me  rcns,  si  me  tiens  eïii  eux 
4  D'estre  par  vous  si  doulcement  surpris. 

On  ne  pourroit  sommer  le  très  grant  pris 
De  voz  grans  biens  qui  tant  sont  savoureux, 
7  Rians  vairs  yeulx,  qui  mon  cuer  avez  pris. 

Tant  estes  doulz,  plaisant  et  bien  apris, 
Qu'où  monde  n'a  homme  si  doulereux 
Que,  s'un  regart  en  avoit  doulcereux, 
Que  tantost  n'eust  par  vous  confort  repris, 
£  2        Rians  vairs  yeulx,  qui  mon  cuer  avez  pris. 


XIX 


TOUT  en  pensant  a  la  beauté,  ma  dame, 
Qu'on  ne  pourroit  prisier  souffisament, 
Ce  rondellet  ay  fait  présentement  ; 
4  Car  mon  penser  n'est  ailleurs,  par  mon  ame. 

Se  Je  l'ay  l'ait  ne  s'en  esmerveille  ame, 
Car  survenu  m'en  est  lesentement 
7  Tout  en  pensant  a  la  beauté,  ma  dame. 

De  vraie  amour,  qui  mon  cuer  tout  enflamme, 
Est  tout  venu  le  doulz  enortemenl 
Qui  esjoïst  mon  cuer  trop  grandement, 
Dont  suis  plus  gay  que  oyselet  sus  la  rame, 
12        Tout  en  pensant  a  la  beauté,  ma  dame. 


XVIII.  —  4  D'e.  de  v.  —  o  A'  douloureux  —  .j  B  Ou  m.—  1 1  /l^ 
Q.  p.  V.  n'c.  t.  c.  r. 

XIX,  —  9  A-  E.  tost  V. 


RONDEAUX  109 


XX 


SAGE  maintien,  parement  de  beauté, 
Assis  en  corps  digne  de  grant  louenge, 
Cuer  terme  et  vray,  qui  nulle  heure  ne  change, 
4  En  celle  maint  en  qui  j'ay  feaulié. 

Très  grant  honneur,  grant  grâce  et  leaulté 
Si  la  conduit  et  nulle  heure  n^estrange, 
7  Sage  maintien,  parement  de  beauté. 

Cuer  noble  et  hault  sanz  raim  de  cruauté, 
Humilité  qui  nullui  ne  laidenge, 
Et  assez  a  la  belle  comme  un  ange, 
Pour  gouverner  une  grant  royauité, 
12         Sage  maintien,  parement  de  beauté. 


XXI 


S 'espoir  n'estoit,  qui  me  vient  conforter, 
Et  souvenir  qui  mes  maulx  fait  tarir, 
Les  maulx  que  j'ay  ne  pourroie  porter. 
Dont  ne  me  veult  ma  dame  secourir. 

Car  desconfort  me  vouldroit  aporter 
Présent  de  mort,  et  me  feroit  périr, 
S'espoir  n'estoit,  qui  me  vient  conforter. 


XX.  —  4  il  Et  c.  m.  a  q.  —  5  fi  T.  liaultc  h.  g.  g.  et  loyauté 

XXI.  —   7.  A^  D  q.  f.  m.  m.  i.   —   3   J5  Le  mal  q.  j'ay  —  G  B 
Presens 


l6o  RONDEAUX 

Mais  souvenir  si  me  vient  raporter 
Joye  et  soûlas,  ei  espoir  de  garir, 
Et  que  pitié  luy  fera  enorter 
Ma  garison,  si  me  faudroit  morir 
12        S^espoir  n'estoit,  qui  me  vient  conforter. 


XXII 

DE  tous  amans  je  suis  le  plus  joyeux, 
Puis  qu'envers  moy  s'est  ma  dame  acoisicc, 
Qui  contre  mi  si  mal  ère  apaisiée 
4  Que  je  n'osoie  aler  devant  ses  yeulx. 

Puis  qu'elle  a  fait  la  paix,  or  me  va  mieulx, 
Et  qu'il  lui  plaist  que  je  Taie  baisiée 
7  De  tous  amans  je  suis  le  plus  joyeux. 

Moult  m'a  esté  son  courroux  anieux 
Et  a  porter  la  doulour  mesaisiée, 
Mais  or  suis  liez  quant  elle  est  amaisiée  ; 
Puis  qu'ainsi  va,  et  louez  en  soit  Dieux, 
12        De  tous  amans  je  suis  le  plus  joyeux. 


XXIII 

BELLE,  ce  que  j'ay  requis 
Or  le  vueilliez  ottroier, 
Car  par  tant  de  fois  proier 
Bien  le  doy  avoir  conquis. 


XX[I.  —  3  vl'  erre  —  A^  mi  ert  si  m.  a.  —  B^  y-re  —  5  .4'  P. 
que  elle  —  lo  A^  amaisié 
XXIII.  -  2  yl2  V.  le  moy  o. 


RONDEAUX  l6l 


Je  l'ay  ja  si  long  temps  quis, 
Et  pour  tre's  bien  emploier, 
7  Belle,  ce  que  j'ay  requis.. 

Se  de  moy  avez  enquis, 
Ne  me  devez  pas  noyer 
Mon  guerdon,  ne  mon  loicr; 
Car  par  raison  j'ai  acquis, 
12  Belle,  ce  que  j'ay  requis. 


XXIV 

JAMAIS  ne  vestiray  que  noir, 
Puis  que  l'en  m'a  donné  congié, 
Et  que  du  tout  m"a  estrangié 
4  Ma  dame  qui  me  fist  son  hoir. 

Plus  n'entreray  en  son  manoir, 
El  peur  le  très  grant  dueil  que  j'ay 
7  Jamais  ne  vestiray  que  noir. 

Si  ne  quier  plus  cy  remanoir, 
Durement  y  suis  laidengié, 
Trop  s'est  le  temps  vers  moy  changié, 
Et  pour  plus  en  ce  dueil  manoir 
12  Jamais  ne  vestiray  que  noir. 


XXV 

EN  plains,  en  plours  me  faull  user  mon  temps, 
Se  de  vous  n"ay,  dame,  aucun  reconTort 

XXIV.  —  3  fi  Et  de  tous   peins  m'a  e.  —  G  fi  Et  p.  ce  du  g.  d. 
T.  I  M 


102  RONDEAUX 

Mieulx  me  vauldroit  biiefment  morir  au  fort 
4  Que  soustenir  la  douleur  que  j'attens. 

Pour  vous,  Belle,  je  nie  morray  par  temps, 
Et  sachiez  bien  qu'en  trop  grant  desçonfort, 
7  En  plains,  en  plours  me  fault  user  mon  temps. 

Et  se  vo  très  doulz  cuer  est  consentens, 
Que  je  muire,  certes  ce  seroit  fort 
De  reschaper  contre  si  grant  effort; 
Car  vraiement,  se  vivoie  cent  ans, 
12        En  plains,  en  plours  me  fault  user  mon  temps. 


XXVI 

VISAGE  doulz,  plaisant,  ou  je  me  mire, 
De  grant  beaulté  le  parfait  exemplaire, 
3  Moult  suis  joyeux  et  lié  quant  vous  remire. 

Ne  il  n'est  riens  qui  me  peiist  souffire 
Sans  vous  veoir,  et  bien  me  devez  plaire, 
6  Visage  doulz,  plaisant,  ou  je  me  mire. 

Car  ou  monde  l'en  ne  pourroit  eslire 
Nul  si  très  bel,  et  je  ne  me  puis  taire 
De  vous  louer,  si  me  fault  souvent  dire  : 
10        Visage  doulz,  plaisant,  ou  je  me  mire. 


XXV.  —  ô  B  q.  très  g.  d.  —  8  A^  Et  se  vostre  d.  —  D  Puis  que 
vo  cuer  si  en  est  c. 

XXVI.  —  5  vers  effacé  dans  A 


RONDEAUX  l63 


XXVII 


A  Dieu,  ma  dame,  je  m'en  vois; 
Cent  fois  a  vous  me  recommande, 
3  Je  revendra)'  dcdcns  un  mois. 

Plus  ne  verray  a  ceste  fois 
Vo  beaulté  qui  toudis  amende; 
6  A  Dieu,  ma  dame,  je  m'en  vois. 

Et  de  voz  biens  cent  mille  fois 
Vous  remercy,  Dieu  Je  vous  rende, 
Ne  m'obliés  pas  toutefois; 
10  A  Dieu,  ma  dame,  Je  m'en  vois. 

XXVIII 

A  Dieu,  mon  ami,  vous  command, 
A  Dieu,  cil  dont  tout  mon  bien  vient, 
3  Et  pour  Dieu  retournez  briefment. 

En  plorant  très  amèrement, 
Puis  que  départir  vous  convient, 
6.  A  Dieu,  mon  ami  vous  command. 

« 

Or  ne  m'obliez  nullement, 
Car  toudis  de  vous  me  souvient; 
Baisiez  moy  au  département, 
10  A  Dieu,  mon  ami,  vous  command. 


XXYII  et  XXVIII.  —  Ces  deux  rondeaux  sont  placés  à  la  suite 
du  rondeau  Xl.\l  dans  A^ 


164  RONDEAUX 


XXIX 


L  me  semble  qu'il  a  cent  ans 
Que  iiion  ami  de  moy  parti 


Il  ara  quinze  jours  par  temps. 
Il  me  semble  qu'il  a  cent  ans! 

Ainsi  m'a  anuié  le  temps, 
Car  depuis  lors  qu'il  départi 
Il  me  semble  qu'il  a  cent  ans! 


XXX 


L  a  au  jour  d'ui  un  mois 
Que  mon  ami  s'en  ala. 


Mon  cuer  remaint  morne  et  cois, 
Il  a  au  jour  d'ui  un  mois. 

«  A  Dieu,  me  dit,  je  m'en  vois  »  ; 

Ne  puis  a  moy  ne  parla, 

Il  a  au  jour  d'ui  un  mois.       ^ 


XXXI 

K  loiauké  me  puet  valoir 
Et  bien  servir  et  fort  amer, 
Sanz  faille  j'aré  mon  vouloir. 


RONDEAUX  l65 

Ne  me  fault  plaindre  ne  doloir 
Ne  dire  qu'ave  dueil  amer, 
6  Se  loiaulté  me  puet  valoir. 

Et  s'on  la  met  en  nonchaloir 
Il  me  vauldroit  mieux  estre  en  mer, 
Mais  nulz  ne  puet  mon  droit  toloir 
10  Se  loi^TÏÏlté  me  puet  valoir. 


XXXI  l 


TRES  doulz  regart,  amoureux,  attraiant, 
Plein  de  doulçour  et  de  grant  reconfort, 
3  Mon  cuer  occis  et  navrez  en  treiant. 

Mais  ]a  pour  ce  ne  t'ailles  retrayant 
De  traire  a  moy  de  trestout  ton  effort, 
6  Très  doulz  regart,  amoureux,  attraiant. 

Car  en  mon  cuer  ta  doulceur  pourtraiant 
Va  vraie  amour,  par  quoy  mon  desconfort 
En  garis  tout  en  mon  cuer  soubtraiant, 
10        Très  doulz  regart,  amoureux,  attraiant. 


XXXIII 

LE  plus  bel  qui  soit  en  France, 
Le  meilleur  et  le  plus  doulx, 
Helas!  que  ne  venez  vous? 


XXXU.  —  4  A^  M.  non  pour  tant  ne  t'a.—  A^  ne  t'a.  recrcant 
7  /12  Et  —  8  fi  Va  bonne  a. 


l66  RONDEAUX 

M'amour,  ma  loial  fiance, 
Mon  dieu  terrien  sur  tous, 
6  Le  plus  bel  qui  soit  en  France. 

S'il  est  en  vostre  puissance 
Pour  quoy  n'approchiez  de  nous? 
Si  verre  lors  sanz  doubtance 
lo  Le  plus  bel  qui  soit  en  France. 


XXXIV 

J'en  suis  d'acort  s'il  vous  plaist  que  je  muire 
Pour  vous,  belle,  mais  ce  sera  pechié  ; 
3  Car  desservi  n'ay  que  me  doiez  nuire. 

Se  vous  voulez  au  fort  melasssier  cuire 
En  mon  meschief  sanz  estre  relachié, 
6  Jen  suis  d'acort  s'il  vous  plaist  que  je  muire. 

Car  a  vo  vueil  je  me  doy  du  tout  duire, 
Et  de  voz  laz,  ou  je  suis  atachié, 
Ne  partiray  se  me  voulez  destruire, 
10        J'en  suis  d'acort  s'il  vous  plaist  que  je  muire. 


XXXV 

DE  mieulx  en  mieulx  vous  vueil  servir, 
Ma  dame,  dont  tout  mon  bien  vient, 
Pour  vostre  grâce  desservir. 


XXXIII.  —  8  B  P.  q.  tost  n'approuchons  nous 

XXXIV.  —  7  -S  je  me  vueil  du  t.  d.  —   A'  C.  a  vou  v.  —  g  i5' 
Ne  me  p. 


RONDEAUX  1 67 

Et  pour  moy  du  tout  asservir 
A  vous,  ainsi  qu'il  apertient, 
6  De  mieulx  en  mieulx  vous  vueil  servir. 

Mais  ne  me  vueiliiez  desservir 
De  joye,  se  mon  bien  avient; 
Car  pour  vo  vouloir  assouvir 
10  De  mieulx  en  mieulx  vous  vueil  servir. 


H 


XXXVI 


ÉLAs  !  le  très  mauvais  songe 
■  Que  j'ay  ceste  nuit  songé, 
3  Fait  que  mon  cuer  toudis  songe. 

Oncques  ne  retint  esponge 
Mieulx  chose,  certes,  que  j'é, 
6  Helas!  le  très  mauvais  songe. 

Mais  ne  me  dit  chose  dont  je 
Doye  espérer  que  congié  ; 
Dieux  doint  que  ce  soit  menconge, 
10  Helas  !  le  tre's  mauvais  songe. 


XXXVII 


T' 


'kés  doulce  dame,  or  suis  je  revenu 
Prest  d'obeïr,  s'il  vous  plait  commander, 
3  Comme  vo  serf  vous  me  poucz  mander. 


XXXVI.  -  5  ^1  Nulle  riens  c.  —  H  B'  Ne  d.  e.  c. 


l68  RONDEAUX 

J^ay  longuement  esté  de  joye  nu 
Hors  du  pays,  mais,  pour  tout  amender, 
6  Très  doulce  dame,  or  suis  je  revenu. 

Mais  Je  ne  sçay  s'il  vous  est  souvenu 
De  moy  qui  vueil  vous  servir  sanz  tarder, 
Et  en  espoir  de  vo  grâce  garder, 
10        Très  doulce  dame,  or  suis  je  revenu. 


XXXVIII 

PUIS  qu''ainsi  est  que  ne  puis  pourchacier 
Nulle  merci  vers  vous,  machiere  dame, 
3  De  vous  me  pars,  moult  courroucié  par  m'ame. 

D'y  plus  venir  ne  me  quier  avancier, 
Car  ce  pourroit  vous  tourner  a  diffame 
6  Puis  qu'ainsi  est  que  ne  puis  pourchacier. 

Et  si  ne  sçay  comment  pourray  laissier 
L'amour  que  j"ay  a  vous,  qui  si  m'enflamme; 
Mais  du  laissier  ne  me  doit  blasmer  ame 
10        Puis  qu'ainsi  est  que  ne  puis  pourchacier. 


XXXIX 


DouLCK  dame,  je  vous  requier 
Vostre  amour  que  je  vueil  chérir; 
Donnez  la  moy  sanz  renchérir, 


XXXVII.  —  9  jB  Et  en  e.  de  voslre  amour  g. 

XXXVIII.  -  7  S  Ne  si  ne  s. 


RONDEAUX  »6(J 


Or  m'ottroiez  ce  que  je  quier, 
Et  pour  faire  mes  maulz  tarir, 
6  Doulce  dame,  je  vous  requier. 

Et  se  vers  vous  tel  grâce  acquier 
Je  penseray  du  remerir, 
Et  pour  mes  pesances  garir, 
10  Doulce  dame,  je  vous  requier. 


XL 

SE  m'amour  voulsisse  ottroicr 
Ja  pieça  m'a  esté  requise, 
3  Mais  j'ay  ailleurs  m'cntenle  mise 

On  vendroit  trop  tart  au_proier. 
Et  pour  tant  bien  je  vous  avise 
6  Se  m'amour  voulsisse  ottroier. 

Car  maint  dient  que  par  loier 
La  devroient  avoir  acquise, 
Si  fusse  ailleurs  pieça  assise, 
10  Se  m'amour  voulsisse  ottroier. 


XLI 

DE  tel  dueil  m'avez  rempli, 
Dame,  par  vostre  refîus 
Qu'oncques  plus  dolent  ne  fus. 


XL.  —  b  B  Sire  et  p.  t.  je  v.  a.  —  9  li  Si  l'aroyc  ja  a.  a. 
XLI.  —  2  B  D.  pour  v.  —  3  B  Q.  si  d. 


ÏJO  RONDEAUX 

Mis  m'avez  en  si  dur  pli 
Qu'enroiddis  suis  comme  uns  fus, 
6  De  tel  dueil  m'avez  rempli. 

Que  m'occiez  vous  suppli, 
Car  de  mère  mar  ne's  fus, 
Nul  de  moy  n'est  plus  confus, 
10  De  tel  dueil  m'avez  rempli. 


XLII 

OR  est  mon  cuer  rentré  en  double  peine 
Quant  le  mary,  ma  dame,  est  revenu, 
2  Qui  du  pais  s'est  hors  long  temps  tenu. 

Helas!  j'ay  eu  du  tout  en  mon  demaine 
Joye  et  plaisir  et  soulaz  maintenu, 
6  Or  est  mon  cuer  rentré  en  double  peine. 

Il  me  touldra,  Dieux  lui  doint  maie  estraine, 
Tout  mon  déduit,  car  souvent  et  menu 
J'estoye  d'elle  au  giste  retenu, 
10        Or  est  mon  cuer  rentré  en  double  peine. 


XLI.  —  4  Zî  Or  suiz  en  si  très  d.  p.  —  y  B  Tuez  moy  je  v.  s. 
—  8  A^  B  dt  m.  mal.  —  g  A'~  Ne  de  m.  —  fi  N'il  n'e.  de  m. 

XLII.  —  i,  6,  10  Al  entrez  en  d.  p.—  4.  A  a  m.  d.  —  5  B  L  p. 
et  s.  —  9  ^  J'e   au  g.  d'e.  r. 


RONDEAUX  171 


XLIII 


HÉ  lune!  trop  luis  long'uement, 
Par  toy  pers  les  biens  doulcereux 
3  Qu'Amours  donne  aux  vrais  amoureux. 

Ta  clarté  nuit  trop  durement 
A  mon  cuer  qui  est  désireux, 
6  Hé  lune!  trop  luis  longuement. 

Car  tu  fais  le  decevrement 
De  moy  et  du  doulz  savoureux; 
Nous  ne  t'en  savons  gré  touz  deux, 
10  Hé  lune!  trop  luis  longuement. 


XLIV 

AMIS,  ne  vous  desconfortez, 
Car  je  seray  en  vostre  aye, 
Et,  fusse  enclose  en  abbaye. 

Ne  seray  du  mal  que  portez 
Conforter  lente  n'esbahie. 
Amis,  ne  vous  desconfortez. 

Toudis  environ  moy  hentez 
Et  ne  doublez  nulle  envayc, 


XLIII.  —  4  5  Ta  c.  luist  t.  d.  —  8  fî  Et  nous   tiens  tous    Jeux 
langoureux 
XLIV.  -  8  J5  Ne  ned. 


172  RONDEAUX 

Et  se  je  suis  pour  vous  haïe, 
10  Amis,  ne  vous  desconfortez. 

V 
XLV 


SOUFFisE  vous  bel  accueil, 
Sire,  trop  me  requérez, 
3  Tout  perdrez  se  tout  querez. 

Plus  donner  je  ne  vous  vueil 
A  présent,  mais  espérez, 
6  Souffise  vous  bel  accueil. 

Toudis  plus  que  je  ne  sueil 
Vous  donne,  et  plus  acquérez 
Et  tant  plus  me  surquerez, 
10  Souftise  vous  bel  accueil. 


XL  VI 

SE  souvent  vais  au  moustier, 
C'est  tout  pour  veoir  la  belle 
Fresche  com  rose  nouvelle. 

D'en  parler  n'est  nul  mestier, 


XLIV.  —  g  B  par  v..h. 

XLV. —  2  A''^  Trop  de  choses  r.  —  4  A'^  B  Car  p.  d.  nev.  v.  — 
4  A^  je  ne  v.  quier.  —  7  ■^-  Miculx  vous  fais  q.  —  B  Kt  t.  p.  q. 
ne  s.—  8  A-  Mais  tant  p.  y  a.  —  9  A-  Et  t.  p.  me  requérez  —  B 
Et  de  t.  p.  me  querez 

XLVI.  —  2  4'  p.  veir 


RONDEAUX  17^ 


Pour  quoy  fait  on  tel  nouvelle 
6  Se  souvent  vais  au  moustier? 

Il  n'est  voye  ne  sentier 
Ou  Je  voise  que  pour  elle; 
Folz  est  qui  fol  m'en  appelle 
10  Se  souvent  vais  au  moustier. 


XLVII 

COMBIEN  qu'adès  ne  vous  voie, 
Simple  et  coye 
Ou  est  ma  joye, 
Quej'aim  et  serfs  loiaument, 
Ne  pourroie  nullement, 
6  Vivre  se  je  vous  perdoie. 

Car  sanz  vous  je  ne  pourroie 
Ne  saroie 
Ne  vouldroie 
Vivre  un  jour  tant  seulement, 
1 1  Combien  qu'adès  ne  vous  voie. 

Et  si  sachiez  toutevoie 
Que  j'emploie, 
Ou  que  je  soye, 
En  vous  tout  mon  pensement  ; 
Car  il  n'est  avancement 
Qui  me  venist  d'autre  voie, 
18  Combien  qu'adès  ne  vous  voie. 


XLVlI.    —    5    i3   Ne   p.  longuement  —    8  Manque  dans  .1'  — 
()  Sic  dans  tous  les  mss.,  Con\  [Ne]  ne  v. 


I 74  RONDEAUX 


XLVIII 


COMME  surpris 
Et  entrepris 
De  vostre  amour, 
Je  me  rens  pris 
En  vo  pourpris, 
6  Dame  d'onnour. 

Si  ne  mespris 
Quant  j'entrepris 
Si  haulte  honneur 
10  Comme  surpris. 

Mais  en  despris 
Ne  m"ait  le  pris 
De  vo  valour  ; 
Car  j'ay  apris 
Les  biens  compris 
En  vo  doulçour 
ly  Comme  surpris. 


XLIX 

Vous  en  pourriez  exillier 
Un  millier 
Des  amans  par  vo  doulz  oeil, 
Plains  d'esvcil, 


XLVIII.  —  9  ^'  Si  hault  h. 
XLIX,  —  4  .1'  Sanz  ovgueil 


RONDEAUX  17b 


Qui  ont  fait  maint  fretillier 

Et  veillier. 
Je  m'en  sens  plus  que  ne  sueil 
8  Et  m'en  dueil. 

Belle,  qui  bien  traveillier 

Et  piilicr 
Savez  cuers  a  vostre  vueil, 
En  recueil 
i3  Vous  en  pourriez  exillier. 

Mais  bien  sçavez  pou  baillicr 

Et  taillier 
Moins  de  Joye  et  plus  de  dueil 
17  Sur  le  sueil, 

Pour  musars  entortillier, 

Gonseillier, 
Par  vostre  altraiant  acueil 
Sans  orgueil 
22  Vous  en  pourriez  exillier. 


POUR  attraire 
Vostre  amour, 
Et  moy  traire 
De  doulour 
Me  vueil  traire 
Vers  vous,  flour, 
Sanz  retrairc 


XLIX.  —  ■]  et  S  manquent  dans  A^  et  B  ~  \\  A^  S.  c.a  vo  doulz 
vueil  —  12  manque  dans  A^  et  B  —  14  .4'  fi  Et  —  17  yl"  En  rc- 
cuuil  —  20  et  21  vers  effacé:^  dans  A^  —  21  B  En  requeil 


176  RONDEAUX 

8  Nuit  ne  jour. 

Ne  doy  taire 
Ma  langour, 
Mais  retraire 
Sanz  rigour 
i3  Pour  aitraire. 

Exemplaire 
De  valour, 
Pour  vous  plaire 

17  Tant  labour, 

Je  vueil  faire 
Par  honnour 
Et  pourtraire 
Vo  doulçour 

22  Pour  attraire. 


AMIS,  V 
Je  V 


LI 


enez  encore  nuit, 

ous  ay  aultre  fois  dit  Teure. 


Pour  en  joye  estrc  a  no  déduit, 
Amis,  venez  encore  nuit. 

Car  ce  qui  nous  empesche  et  nuit 
N'y  est  pas,  pour  ce,  sanz  demeure, 
Amis,  venez  encore  nuit. 


L.  —  17  BTout  1. 

LI.  —  3  B  Et  pour  rijener  noslie 


RONDEAUX 


LU 


IL  me  tarde  que  lundi  viengne 
Car  mon  ami  doy  veoir  lors. 
A  Hn  qu'entre  mes  bras  le  tiengne 
Il  me  tarde  que  lundi  viengne. 

Si  lui  pri  qu'il  lui  en  souviengne; 
Car  pour  veoir  son  gentil  corps 
Il  me  tarde  que  lundi  viengne. 


LUI 


C 


EST  anelet  que  j'ay  ou  aoy 
Mon  doulz  ami  le  m'a  donné. 


Souvent  nous  assemble  toudoy 
Cest  anelet  que  j'ay  ou  doy. 

Je  l'aime  bien,  faire  le  doy; 
Car  pour  ma  joye  est  ordené 
Cest  anelet  que  j'ay  ou  doy. 


LIV 


L 


A  cause  de  mon  annuy 
N'ose  plaindre  n'a  nul  dire. 


LU.  —  2  .1'  C.  m.  a.  doit  venir  1. 
LIV.  —  Omis  dans  A 

T.  I 


l'Jà  RONDEAUX 

Ne  la  diray  demain  n'uy 
4  La  cause  de  mon  annuy. 

Se  Je  pleure  a  nul  n'enuy, 
Et  mourir  me  fera  d'ire 
7  La  cause  de  mon  annuy. 


LV 


URE  chose  est  a  soustenir 
Quant  cuer  pleure  et  la  bouche  cliante; 


Et  de  faire  dueil  se  tenir 
Dure  chose  est  a  soustenir. 

Faire  le  fault  qui  soustenir 

Veult  honneur  qui  mesdisans  hante, 

Dure  chose  est  a  soustenir. 


LVI 


CIL  qui  m'a  mis  en  pensée  novelle 
Et  qui  requiert  que  Je  le  vueille  amer 
Me  plaist  sur  tous,  non  obstant  qu'afermer 
Ne  lui  vueille  m'amour,  ainçois  lui  celle. 

Et  si  est  il  plus  doulz  qu'une  pucelle, 
Jeune,  plaisant,  bel,  courtois,  sanz  amer 
Cil  qui  m'a  mis  en  pensée  novelle. 


LV.  —  5   B  q.  maintenir. 

LVI.  —  3/4'  que  fermer  —  6  B  i.  p.  doulz 


RONDEAUX  179 

Mais  de  paour  qu'estre  en  peust  nouvelle 
Je  n'ose  en  lui  du  tout  m^amcur  fermer, 
Le  retenir,  ne  mon  ami  clamer. 
Si  est  il  bien  digne  d'avoir  plus  belle 
Cil  qui  m'a  mis  en  pensée  novelle. 


LVII 

VcsTRE  doulçour  mou  cuer  aurait, 
Je  ne  vous  vueil  plus  reffuser  ; 
Doulz  ami,  que  vault  le  muser 
4  Quant  par  voz  yeulx  Amours  me  trait? 

Si  vous  vueil  amer  sanz  retrait 
A  tousjours  mais,  car  sanz  ruser 
7  Vostre  doulçour  mon  cuer  attrait. 

Or  soiez  tout  mien,  sanz  faulx  trait, 
Ainsi  pourrons  noz  jours  user 
En  grant  doulçour,  sanz  mal  user; 
Car  par  vostre  plaisant  attrait 
12  Vostre  doulçour  mon  cuer  attrait. 


LVIIl 

O  E  d'ami  je  suis  servie, 
O   Craintte,  obeïe  et  amée, 
Je  ne  doy  estrc  blasmée 
D'avoir  entrepris  tel  vie. 


LVI.  —  9  yli  m'a-  du  t.  —  10  B  Ne  r.  —  11  .4'  d'amer  p.  b. 
LVII.  —  'i  A  \c  ruser  —  4  ^4^  p.  vous  y. 


1  8o  ROJOEAUX 

Ne  nie  suis  pas  asservie. 
Ainçois  suis  dame  clamée 
7  Se  d'ami  je  suis  servie. 

Car  de  tous  biens  assouvie 
Seray  par  sa  renommée  ; 
Si  n'en  seray  ja  clamée 
Foie,  se  n'est  par  envie, 
12  Se  d'ami  je  suis  servie. 


c 


LIX 


HiERE  dame,  plaise  vous  ottioier 
Ce  que  vous  ay  humblement  supplié. 


Sanz  que  d'aultre  vous  en  face  proicr, 
Chiere  dame,  plaise  vous  ottroier. 

Mon  cuer,  mon  corps,  quanque  j"ay  en  loicr, 
Tout  je  vous  offre,  et  pour  moy  faire  lié, 
Ciiiere  dame,  plaise  vous  otiroier. 


LX 

Vous  n'y  pouez,  la  place  est  prise, 
Sire,  vous  perdez  vostre  peine  : 
De  moy  prier  c'est  chose  vaine, 
Car  un  bel  et  bon  m'a  acquise. 


LVlîl.  —  9  S  Je  suis  p.  sa  r, 

LIX.  —  Omrs  dans  B 

LX.  —  4  B  C.  un  seul  m'a  du  tout  a. 


RONDEAUX  l8l 

Et  c'est  droit  qu'un  seul  me  souffise, 
Plus  n'en  vueil,  folz  est  qui  s'en  peine; 
7  Vous  n'y  pouez,  la  place  est  prise. 

Toute  m'amour  ay  en  lui  mise 
Et  l'ameray  d'amour  certaine, 
Mais  ne  m'en  tenez  a  villaine; 
Car  je  vous  di  qu'en  nulle  guise 
12  Vous  n'y  pouez,  la  place  est  prise. 


LXI 

S'il  vous  soufiist,  il  me  doit  bien  scuffire; 
Mais  quant  a  moymieulxvoulsisse  autrement: 
Car  je  voy  bien  qu'il  ne  vous  chault  grandment 
4  De  moy  veoir  ;  or,  de  par  dieu,  beau  sire, 

Passer  m'en  fault,  combien  que  j'en  souspire; 
Mais  puis  qu'amer  voulez  si  faittement 

7  S'il  vous  souffist,  il  me  doit  bien  souffiie. 

Car  n'est  pas  drois  que  dame  plus  désire 
Que  son  ami  n'aime  plus  loiaument, 
Puis  qu'ainsi  va,  je  vous  di  plainement 
Que  j'en  feray  comme  vous  :  a  tout  dire, 
12        S'il  vous  soufHst,  il  me  doit  bien  souffire. 

LX .  -  5  et  G  B  : 

Toute  m'amour  ay  ailleurs  mise, 
J'ayme  un  autre  d'amour  certaine 

8  e/  9  B  : 

C'est  raison  qu';in  seul  me  soulTise, 
Plus  n'en  vueil,  folz  est  qui  s'en  paine 

9  A  '  F.t  l'aimeray 

LXI.  —  q  ^1  Q.  s.  a.  m'a.  —  5  p.  ardammcnt   --  1 1  jB  Q.  je  t. 


l82  KONDEAUX 


LXII 


SOURCE  de  plour,  rivière  de  tristece, 
Flun  de  doulour,  mer  d'amertume  pleine 
M'avironiient  et  noyent  en  grant  peine 
4  Mon  pouvre  cuer  qui  trop  sent  de  destresce. 

Si  m'affondent  et  plungent  en  asprece  ; 
Car  parmi  moy  cuerent  plus  fort  que  Saine 
7  Source  de  plour,  rivière  de  tristece. 

Et  leurs  grans  floz  cheent  a  grant  largece, 
Si  com  le  vent  de  Fortune  les  meine, 
Tous  dessus  moy,  dont  si  bas  suis  qu'a  peine 
Releveray,  tant  durement  m'oppresse 
12        Source  de  plour,  rivière  de  tristece. 


LXIIl 


BKL  et  doulz  et  gracieux, 
Jeune,  courtois,  sanz  amer, 
Qui  avez  mis  en  amer 
Vostre  cuer  pour  valoir  mieuix. 

Vray,  loial  soiez  et  tieulx 
Qu'on  vouspuist  partout  clamer 
Bel  et  doulz  et  gracieux. 


l.XII.  -  Omis  dans  B 
LXIU.  —  Omis  dans  B 


RONDEAUX  l83 

Et,  ainçois  que  soiez  vieulx, 
Faites  vous  tant  renommer 
Qu'on  vous  puist  pariout  nommer 
Bon,  vaillant,  et  en  tous  lieux 
12  Bel  et  doulz  et  oracieux. 


LXIV 

POUR  quoi  m'avez  vous  ce  fait, 
Très  bel,  ou  n'a  que  redire  ? 
Et  si  sçavex  mon  martire 
4  N'oncques  ne  vous  lis  meffait. 

Et  parti  estes  de  fait, 
Sanz  mov  daigner  a  Dieu  dire; 
7  Pour  quoy  m'avez  vous  ce  fait? 

Au  dieu  d'amours  du  tort  fait 
Me  plaindray  disant  :  Dieux  Sire, 
Ami  m'avez  fait  eslire, 
Dont  me  vient  si  dur  effait, 
12  Pour  quoy  m''avez  vous  ce  fait? 


LXV 


S 'ainsi  me  dure 
Ne  puis  durer 


Je  muir  d'arJurc, 
4  S'ainsi  me  dure. 


LXIV.  —  Omix  d.vis  B 


lo4  RONDEAUX 

DoLilour  ay  dure 
A  endurer 
7  S'ainsi  me  dure. 


A 


LXVI 


MouREUx  oeil, 
Plaisant  archier. 


De  toy  me  dueil, 
Amoureux  œil. 

Car  ton  accueil 
Me  vens  trop  chier, 
Amoureux  œil. 


LXVII 


A  dame 
Secours. 


Par  m'ame, 
Ma  dame. 

J'enflame 
D'amours, 
Ma  dame. 


RONDEAU  >:  l85 


LXVIIl 


J 


E  VOIS 

Jouer. 


Au  bois 
Je  vois. 

Pour  nois 
Trouver 
Je  vois. 


LXIX 


D 


lEUX 

Est. 


Quieux  ? 
Dieux. 

Cieulx 

Plaist 

Dieux. 


LXIX.  —  oviis  dans  A 


^XPLICIT    IVONDEAULX. 


JEUX  A  VENDRE 


E  VOUS  vens  la  passe  rose, 
(l^il  1^  —  Belle,  dire  ne  vous  ose 
■%^.)^^  Comment  Amours  vers  vous  me  tire, 
Si  l'apercevez  tout  sanz  dire. 


Je'vous  vens  la  fueillc  tremblant. 
—  Maint  faulx  amans,  par  leur  semblant, 
Font  grant  mençonge  sembler  voire, 
Si  ne  doit  on  mie  tour  croire. 


3- 


Je  vous  vens  la  paternoslre. 
—  Vous  sçavez  bien  que  je  suis  vostrc. 
Ne  oncques  a  autre  ne  fus, 
Si  ne  faittes  de  moy  reffus, 


l88  JEUX  A  VENDRE 

Belle  que  j'aim,  mais  sanz  demour 
6  Me  vueilliez  donner  vostre  amour. 


Je  vous  vens  le  papegay.       ' 
—  Vous  estes  bel  et  bon  et  gay, 
Sire,  et  en  tous  cas  bien  apris; 
Mais  oncques  a  amer  n'appris, 
Encore  n'y  sçaroie  aprendre 
N'a  amer  par  amours  me  prendre. 


Je  vous  vens  la  fleur  de  mellier. 
—  Sire  joly  chevalier, 
Telle  pour  vous  souvent  souspire 
Qui  vous  aime  et  ne  l'ose  dire. 


Je  vous  vens  l'esparvier  apris. 
—  Bien  vouldroie  estre  de  tel  pris. 
Qu'aucune  damoiselle  ou  dame 
Me  daignast  amer,  car,  par  m'ame, 
A  mon  pouoir  l'aserviroie 
Tant  que  s'amour  dcsserviroie. 


Je  vous  vens  le  vert  muguet. 
—  Mcsdisans  sont  en  agair, 


3.  —  5  fi  et  s.  d. 

4.  —  4  ^1  Ne  o.  —  5  S  E.  ne  s. 
6.  —  6  B  Si  q. 


JEUX    A  VENDRE  1  89 

Amis,  pour  nous  agaitier; 
Si  querez  autre  sentier 
Quant  vers  moy  venir  devrez 
Et  Peure  sonner  orrez. 


8 


Du  dieu  d'amours  vous  vens  le  dart 

Qui  m'a  navré  par  le  regart 

De  voz  beaulx  yeulx,  dame  jolie, 

Qui  a  vous  amer  si  me  lie 

Que  j'en  seray  a  mort  livré 

Se  par  vous  ne  suis  délivré. 


Du  pré  d'Amours  vous  vens  l'usage. 
—  Pas  n'apert  a  vostre  visage 
Que  vous  soicz  d'amours  malade  ; 
Car  la  maladie  est  moult  sade 
Dont  le  visage  en  riens  n'empire, 
Mais  tel  n'a  nul  mal  qui  souspirc. 

10 

Je  vous  vens  la  fleur  de  lis. 
—  Vray  amant  doit  estre  jolis, 
Sage,  courtois  et  bien  apris, 
Amer  honneur,  armes  et  pris, 
Loial,  secret  et  sanz  amer, 
Qui  tel  l'a  bien  le  doit  amer. 


■j.  —  3  A'^  Doulx  a.  p. 

8.  —  G  B  S(i  p.  V.  n'en  s.  d. 

10.  —  5  ^'  S.  1.  et  s.  a.  —  G  /l'  b    la  d.  a. 


igO  JEUX    A  VENDRE 


I  I 


Je  vous  vens  du  rosier  la  fueiile. 
—  Je  pri  au  dieu  d'amours  qu'il  vueille 
Briefment  m'oltroier  tant  de  grâce 
Qu'acquérir  puisse  vostre  grâce. 


Je  vous  vens  la  turterelle. 
—  Seulete  et  toute  a  par  elle 
Saiiz  per  s'envole  esgarée, 
Ainsi  suis  Je  demourée, 
Dont  jamais  je  n''aray  joye 
Pour  nulle  chose  que  j'oye. 

i3 

Je  vous  vens  le  cerf  voulant. 

—  De  bien  amer  ne  soiez  lent, 
Amis,  car  vous  avez  amie 

Qui  talent  d'autre  amer  n\i  mie; 
Si  lui  soiez  vrais  et  entiers, 
Car  elle  vous  aime  sanz  tiers. 

H 

Je  vous  vens  le  chappel  de  Sauk. 

—  S' Amours  vous  prent  par  ses  assaulx', 
Dame  jolie  et  gracieuse, 

Ne  soiez  nul  jour  envieuse 
De  voz  loiaulx  amours  fausser, 
Pour  abaissier  ne  pour  haulcer. 


ri.  —  3  de  manque  dans  A^ 
j3.  —  I  A'  d'à.  a.  n'a  envie 


JLUX   A   Vr.NDRE  '  IQl 

Se  vous  estes  uame  clame'e 
De  vostre  ami  et  bien  amée, 
Tenez  vous  y  ;  j'ay  oui  dire 
ro  Que  qui  pluscliange  plus  s'empire. 


i5 


Je  vous  vens  la  harpe  et  la  lire. 
—  Vraie  amour  si  m'a  fait  eslire 
Vous  seule  pour  dame  et  maistresse, 
Belle,  or  me  mettez  en  Tadrece 
De  joye  avoir,  et  a  mon  dit 
Vous  accordez  sanz  contredit. 

i6 

Je  vous  vens  les  gans  de  laine. 

—  Je  seroie  trop  villaine 

Se  vostre  amour  reffusoie  ; 

Car  volcntiers  si  j'osoie 
Seroit  en  vous  m'amour  ferme'e 
Par  si  que  de  vous  fusse  amée, 
Car  vous  estes  digne  d'avoir 
D'Heleine  le  corps  et  l'avoir. 


Je  vous  vens  la  fleur  de  parvanche. 
—  N'aiez  pas  le  cuer  en  la  manche, 
Amans  de  bonne  volcnte', 
Hardiement  joye  et  santé 
Requérez,  mais  loiaulz  soiez 

14.  —  10  B  omet  s' 

i5.  —  G  C  V.  a.  s.  es:ondit 

iG.  —  ,S  /;  De  II 


192  JEUX   A  VENDRE 

En  quelque  lieu  que  vous  soiez, 
Car  se  fausseté  en  vous  maint 
8  Des  biens  d'amours  y  perdrez  maint. 


18 


Je  vous  vens  la  rose  amatic. 
—  Vous  avez  vostre  foi  menlie 
Vers  Amours,  dont  vous  valez  mains, 
De  telz  tours  sçavez  faire  mains, 
Si  se  fait  bon  des  gens  retraire 
Qui  sont  a  loiaulté  contraire. 


19 


Je  vous  vens  le  pont  qui  se  haulce. 

—  Dieux!  que  vous  semblez  estre  faulse, 
Bien  savoir  conter  et  rabatre, 

Et  a  maint  l'eaue  faire  batre, 
Et  faire  en  vain  cornars  veillier 
Et  pour  néant  eulx  traveillier, 
Monstrer  semblant  de  fort  amer, 
Sanz  en  sentir  ne  doulz  n'amer. 

20 

Je  vous  vens  le  panier  d'ozicr. 

—  On  ne  doit  amer  ne  proisier 
Homme  qui  de  femme  mesdie, 
Ne  le  croire  de  riens  qu'il  die; 
Si  estes  de  ce  renommé 

Dont  vous  en  estes  moins  amé. 


17.  —  S  A^  y  manque 

18.  —  3  A^  de  gcnt  r. 


JEUX   A   VENDRE  igS 


21 


Je  vous  vens  l'oisellet  en  cage. 

—  Se  vous  estes  faulx  c'est  dommage, 

Car  vous  estes  et  bel  et  doulz, 

Si  n'aiez  telle  tache  en  vous 

Et  digne  serez  d'estre  amé, 

Bel  et  bon  et  bien  lenommé. 


22 


Je  vous  vens  le  vers  chapellet. 

—  Nul  amant  ne  peut  estre  let, 
Mais  que  ses  taches  soient  bonnes, 
De  loiaulté  suive  les  bonnes, 

Si  sera  digne  que  l'en  l'aime 
Et  que  sa  dame  ami  le  claime. 

23 

Je  vous  vens  la  clerc  fontaine. 

—  Je  voy  bien  que  je  pers  ma  peine, 
Dame,  de  tant  vous  requérir; 

I^uis  que  riens  n'y  puis  acquérir  ; 
Qu'oncques  vous  vy  l'eure  maudi. 
Je  m"en  vois  et  a  Dieu  vous  ui. 

24 

Je  vous  vens  le  chappel  de  soie. 

—  Guidiez  vous  qu'a  pourveoir  soie 
D'ami  plaisant,  jeune  et  joly, 

21.  —  C'  B  B.l  et  bien  r. 
24.  —  'SB  D'à.  reiuii  j.  cl  j. 

T.  I  i3 


jgi  JEUX   A   VENDRE 

Qui  de  bon  cuer  m'aime  et  Je  li  ? 
N'anil  voir  ;  si  pert  bien  sa  peine 
6  Qui  de  m'amour  avoir  se  peine. 


Je  vous  vens  le  cuer  du  lion. 

—  Vostre  cuer  et  le  mien  lion 
A  tousjours,  mais  sanz  deslier, 
Et  pour  nostre  amour  alier 
Par  vray  serment  le  promettons 
Et  corps  et  avoir  y  mettons. 

26 

Je  vous  vens  la  couldre  qui  ploie. 

—  En  bien  amer  mon  cuer  emploie; 
Je  ne  sçay  se  je  suis  amée, 

Mais  Je  ne  doy  estre  blasmée 
D'avoir  mon  cuer  a  cil  donné 
Qui  sur  tous  est  bien  renommé. 

27 

Je  vous  vens  Tanelet  d''or  fin. 

—  Je  pri  a  Dieu  que  maie  fin 
Puissent  tous  ces  mesdisans  faire, 

-  Qui  se  meslent  d'auirui  affaire; 
Souvent  esveillent  Jalousie, 
Qui  met  pluseurs  en  frénésie. 

28 

D'un  espaivicr  vous  vens  la  longe. 

17.  —  6  i>  Q.  p.  m. 


JEUX   A  VENDRE  igb 

—  Quant  un  amant  plein  de  mençonge 
Est  et  souvent  parjur  trouvé, 
D'Amours  doit  estre  reprouvé; 
Car  amant  ne  doit  a  sa  dame 
Mentir  ne  pour  loz  ne  pour  blasme. 


29 


Je  vous  vens  le  coulomb  ramage. 

—  On  scet  assez  bien  vostre  usage, 
Assez  sçavez  du  bas  vouler 

En  faingnant  plaindre  et  flajoler, 
Et  en  mains  lieux  quérir  santé, 
Dient  ceulz  qLii  vous  ont  henté. 

3o 

Je  vous  vens  le  songe  amoureux, 
Qui  fait  joyeux  ou  doukreux 
Estre  cellui  qui  l'a  songié. 

—  Ma  dame,  le  songe  que  j'é 
Fait  a  nuit,  ferez  estre  voir. 
Se  je  puis  vostre  amour  avoir. 


3i 


Je  vous  vens  l'aloc  qui  vole. 
—  Vostre  gracieuse  parole, 
Et  vostre  doulz  et  bel  semblant, 
Doulz  ami,  va  mon  cuer  emblant. 
Si  ne  vous  puis  plus  escondire, 
Car  vostre  suis  sanz  contredire. 


28.  —  6  A-  B  M.  ne  p.  mort  ne  p.  b. 

3o.  —  2  A'  douloureux  —  b  A^  laites  c.   v. 

'ji.  —  2  yi'  gracieux 


igÔ  JEUX   A  VENDRE 

32 

Je  vous  vens  Tespée  de  guerre. 
—  Que  venez  vouscy  entour  querre, 
Sire,  qui  si  bien  savez  faindre 
Le  loial  amant  et  vous  plaindre  ; 
Par  vous  sont  maintes  barguignées, 
Blanches,  brunes,  ou  bien  pignéos  : 
Si  alez  hors  de  no  dongier 
8  Ailleurs  voz  roisins  vendengier. 


33 

Je  vous  vens  la  fleur  d'acolie. 
—  Je  suis  en  grant  mélancolie, 
Amis,  que  ne  m'aiez  change'e; 
Car  vous  m'avez  trop  estrangde, 
Dittes  m'en  le  voir,  sanz  ruser, 
Sanz  plus  m.e  faire  en  vain  muse 


34 

Je  vous  vens  la  branche  d'olive. 
—  Ou  monde  n'a  femme  qui  vive 
Que  je  vueille  servir  fors  vous. 
Si  me  retenez  donc  sur  tous, 
Belle  plaisant  de  moy  chérie, 
Ne  soiez  vers  moy  rencherie. 

35 

Je  vous  vens  la  fleur  d'oriie. 
—  Je  suis  d'amours  bien  sortie; 


32.  —  8  A'^  V.  voisins  V. 

33.  —  7  B'  merencolie 
35.  —  i  A-  b,  partie 


JFUK   A   VENDRIî  I  97 

Car  j'ay  ami  loial  et  bon, 

A  qui  cuer,  corps  et  amour  don. 

36 

Je  vous  vens  le  chapel  de  bievre. 

—  Jalousie  vauit  pis  que  fièvre; 
Si  ne  croiez  riens  qu'on  vous  die 
Qui  vous  traye  a  tel  maladie, 

Se  voulez  amours  maintenir, 
Gaiement  et  lié  vous  tenir. 

37 

Je  vous  vens  la  rose  de  may. 

—  Oncques  en  ma  vie  n'amay 
Autant  dame  nedamoiselle 
Que  je  fais  vous,  gente  pucelle, 
Si  me  retenez  a  ami, 

Car  tout  avez  le  cuer  de  mi. 

38 

Je  vous  vens  la  fleur  de  scLir. 

—  Je  ne  suis  pas  bien  aselir 
Que  j'aye  vosire  amour  ou  non 
Pour  tant  se  d'ami  ay  le  nom  ; 
Car  partout  vostre  belle  chiere, 

Ce  me  semble,  envers  nul  n'est  ficre. 

39 
Je  vous  vens  la  violcte. 


36.  —  6  B  Lyenienl  el  gay  v.  l. 

37.  —  4  B  Comme  T. 

38.  —  6  A'^  n'e.  chère 


igS  JEUX   A   VENDRE 

—  De  joye  mon  cuer  voleté, 
Quant  je  voy  vostre  doulz  vis 
A  Sur  tous  bel  a  mon  avis. 


40 

Je  vous  vens  le  blanc  corbel. 

—  Vostre  gracieux  corps  bel 
Et  vostre  ris  savoureux 

Fait  mon  cuer  estre  amoureux. 

Je  vous  vens  l'aloue  volant. 

—  De  bien  amer  n'avez  talent; 
Mais  vous  savez  bien  décevoir, 
Pluseurs  ne  l'ont  pas  assavoir. 

42 

Je  vous  vens  le  dyamant. 

—  Sachiez  que  j'ay  bel  amant, 
N'il  n'est  homme  soubz  les  cieulx 
A  mon  gré  plus  gracieux. 

43 

Je  vous  vens  le  tourret  de  nez. 

—  Gay  et  joli  vous  maintenez, 
S'estre  voulez  renommé 

Et  des  dames  bien  amé. 


42.  —    3  A'^   li  n'e.   —    B  N'il  n'a  h.    —    4  B  A  m.  g.  qui  vaille 
mieulx 

43.  —  4  ^1'  Et  de  d.  b.  a.  —  B  Des  d.  et  b.  a. 


JEUX   A  VENDRE  I  99 


44 


Je  vous  vens  la  matjoleine. 
—  Je  tiens  la  dame  a  vilaine, 
Se  amant  mercy  lui  crie 
Et  humblement  la  deprie, 
De  repondre  rudement 
Et  lui  mettre  a  sus  qu'il  ment. 

45 

Je  vous  vens  la  fucille  de  houx. 

—  J'ay  bel  ami  plaisant  et  doulx  ; 
Dieu  veuille  qu'aussi  bon  soit  il 
Corne  il  est  bel,  jeune  et  gentil, 

46 

Je  vous  vens  la  blonde  tresce. 

—  Ma  très  gracieuse  maistresse, 
Que  j'aim  et  crain  et  servir  vueil, 
Très  belle,  plaisant,  sanz  orgueil, 
Comandez  moy,  je  suis  tout  prcst 
A  vous  obeïr  sanz  arrest. 

47 

Je  vous  vens  le  souspir  parfont, 
Que  mains  faulz  amans  contrefont. 

—  Telz  gens  fièrent  sanz  deffier, 
Si  ne  s''i  doit  on  pas  fier, 

Car  tel  a  assez  souspiré 


44.  —  3  Zi  Quant  amy  m.  1.  c. 

45.  —  4  A  b.  .qent  el  g. 


200  JEUX    A   VENDRE 

6  Qui  n'est  malade  n'empiré. 

48 

Je  vous  vens  le  blanc  orillier. 

—  Assez  ne  me  puis  merveillier 
Gomment  Amours  peut  endurer 
Fausseté  si  long  temps  durer 
Qu'a  peine  qui  veulc  esprouver 

6  Puet  on  nullui  loial  trouver. 

49 

Je  vous  vens  la  voulant  aronde. 

—  Dame,  la  plus  belle  du  monde, 
Pour  Dieu,  aiez  de  moy  pitié; 

4  Car  je  muir  pour  vostre  amitié. 

5o 

Du  blanc  pain  vous  vens  la  mie. 
—  Pour  Dieu,  ne  m'oubliez  mie 
Quant  je  seray  loing  de  vous, 
4  A  Dieu  vous  di,  mon  cuer  doulz. 


5i 


Je  vous  vens  la  rose  d'Artois. 
—  Amez  honneur,  soiez  courtois. 
Bien  servez  en  toute  saison, 
Et  des  biens  arez  a  foison. 

52 

Je  vous  vens  la  colombclle. 
—  Dame  qui  tant  estes  belle. 


JEUX   A  VENDRE  201 

Ne  vLieilliez  avoir  en  despris 

Vostre  ami  pour  vostre  grant  pris, 

Mais  prenez  son  service  en  gré,  , 

Si  le  mettrez  en  hault  degré. 

53 

Je  vous  vens  le  blanc  cueuvrechief. 

—  Vostre  amour  met  a  grant  meschief 
Mon  las  cuer,  qui  toudis  souspire 
Pour  vous,  n'il  n'est  mal  du  sien  pire. 

H 

Je  vous  vens  de  soye  le  laz. 

—  Oncques  vray  amant  ne  fut  las 
De  bien  amer  pour  escondit, 

On  dit  communément  un  dit  : 
Que  qui  bien  puet  souffrir  il  vaint  ; 
Et  ainsi  l'ont  esprouvé  maint. 


55 


Je  vous  vens  l'anelet  d'argent. 

—  Vostre  doulz  gracieux  corps  geni, 

Voz  ris,  voz  yeulx,  vo  doulz  chanter 

Feroit  les  mors  ressuciter; 

Ne  je  ne  suis  pas  souvenant 

Qu'oncques  veisse  plus  avenant. 


Si.  —  6  Z>  Si  le  meuez 

34.  —  b  B  Q.  q.  b.  veult  s.  —  6  B  Car 

33.   -  2  doulz  manque  dans  A-  et  B  —  .-  A'-  v.  r.  v.  gicuî 


2  02  JKUX  A   VENDRE 


56 


Je  vous  vens  la  fleur  de  glay. 

—  Chantons,  dançons,  menons  bon  glay, 
En  despit  de  mesdisans 

4  Qui  aux  amans  sont  nuisans. 

5? 

Je  vous  vens  la  perle  fine. 

—  Se  par  vous  ma  doulour  ne  fine, 
j-Ma  dame  très  afllinée, 

4  .Vous  fustes  pour  ma  fin  née; 

Car  Antours  m'a  si  affiné 

Que  tost  me  verrez  deffiné; 

Mais  mieulx  vueil  ma  vie  finer 
8  Que  d'ainsi  languir  ne  finer. 

58 

Je  ne  vens  ne  donne  les  yeulz 
Beaulz  et  plaisans,  doulz,  gracieux, 
De  vo  beau  vis,  qui  m'ont  attrait, 
Doulce  dame,  par  leur  doulz  trait, 
Ainçois  les  retiens  pour  ma  part; 
6  Car  par  eulx  tout  mal  de  moy  part. 

59 

Chascun  vous  vent,  mais  je  vous  veui!  donner 
Mon  cuer,  mon  corps,  et  vous  abandoner 

56.  —  I  B  Je  V.  V.  la  fueille  de  g.  —  4  5  Q.  s.  a.  a.  n. 

57.  —  2  ^-  Se  p.  V.  mon  mal  ne  f. 

58.  —  4  ii  p.  vo  d.  t.  —  b  B  dénia  p. 

59.  —  I  /1"«  vous  donne   —    2    A-  v.  abandonne   —   et  manque 
dans  B' 


JEUX   A   VENDRE  2o3 

Tout  quanque  j"ay,  si  n'en  faites  reffus, 
Très  belle  a  qui  suis  et  scray  et  fus. 


60 


Je  vous  vens  la  fîeur  de  peschier. 
—  Je  ne  vous  vueil  mie  cmpeschier  ; 
Parler  voulez  secrètement  ? 
Je  m'en  vois,  a  Dieu  vous  command. 


61 


Je  vous  vens  du  rosier  la  branche. 
—  Oncqucs  neige  ne  fu  plus  blanche, 
Ne  rose  en  may  plus  coulourée 
Qu'est  la  beauté  fine  esmerée 
De  celle  en  qui  entièrement 
Me  suis  donné  tout  ligement. 


62 


Je  vous  vens  d'Amours  la  prison. 
—  S'oncques  vers  vous  fis  mesprison, 
Pour  Dieu,  prenez  moy  a  mercy, 
Ma  dame,  je  vous  cry  mercy, 
Et  je  suis  tout  prest  d'amender 
Ce  qu'il  vous  plaira  commander. 


63 


Je  vous  vcus  la  rose  vermeille. 
—  Amours  me  comande  et  conseille 
Que  je  face  de  vous  ma  dame, 
Dites  moy,  belle,  par  vostre  ame, 


204  JEUX    A   VENDRE 

Pourray  je  vostre  amour  avoir 
6  Se  Je  fais  vers  vous  mon  devoir? 

64 

Je  vous  vens  plein  panier  de  fiours. 

—  On  ne  doit  marchander  d'amours, 
On  doit  servir  a  Paveniure; 
S'ainsi  faites  par  aventure, 

Des  biens  d'Amours  arez  assez, 
6  Se  vous  n'estes  d'amer  lassez. 

65 

Je  vous  vens  la  feuille  de  tremble. 

—  De  paour  tout  le  cuer  me  tremble, 
Que  pour  moy  ne  soiez  blasmcc, 

4  Ma  belle  dame  très  amée; 

Et,  se  vers  vous  je  n'ose  aler 
Pour  la  doubtance  du  parler 
De  ceulz  qui  nous  ont  encusé, 

8  Si  m'en  tenez  pour  excusé. 

66 

Le  Saphir  vous  vens  d'Orient. 

—  Ce  que  je  vous  di  en  riant; 
Que  mon  cuer  a  vous  amer  muse. 
Ne  le  tenez  pour  tant  a  ruse  ; 
Car  je  le  vous  di  tout  accrtes, 

6  Et  vous  aime  plus  que  rien  certes. 

67 
Fiours  vous  vens  de  toutes  couleurs. 


63.  —  b  et  6  intervertis  dans  B 
63.  —  3  A'  vous  s.  b. 


JEUX    A   VENDRE  205 

—  Je  suis  gary  de  mes  douleurs, 
Quant  vous  me  faittes  bonne  chiere, 
Ma  gracieuse  dame  chiere  ; 
Mais  quani  vers  moy  estes  yrée 
La  mort  est  de  mov  désirée. 


68 


Je  vous  vens  le  lévrier  courant. 

—  Pour  vostre  amour  me  vois  moranî; 

Ce  pouez  vous  veoir  a  l'ueil, 

Et  pitié  n'en  avez  ne  dueil. 


69 


Je  vous  vens  la  fleur  mipartie. 
—  Sommes  nous  a  Ja  départie 
De  noz  amours,  beau  douizami? 
S'il  est  ainsi  ce  poise  mi, 
Car  je  ne  Tay  pas  desservi  ; 
Doulent  suis  quant  oncques  vous  vi. 


70 


Je  vous  vens  l'escrinet  tout  plein. 
—  Mon  nom  y  trouverez  a  plain 
Et  de  cil  qu'oncques  plusamay, 
Par  qui  j'ay  souiîeit  maint  esmay, 
Se  vous  y  querez  proprement; 
Or  regardez  mon  se  je  ment. 

ExPLicrr  Jkux  a  vkndre. 


fjy.  —  5  ^-  q.  e.  V.  m.  y. 
G9.  —  6  ii'  Ce  poise  moy  qu'oncques  v.  v. 

70.  —  On  trouve  d  vi^  a  escnnctv/  les  anagrammes  di.'  «  Crestine  s 
cl  de  «  Ksticn  ».  Rubriijuc  B^   C.\  fcnissùnt  gicux  a  v. 


AUTRES  BALADES 


CY  COMMENCENT  PLUSEURS  BALADES  DE  DIVERS  PROPOS 


r#f\^ssKz  acquiert  trésor  et  seigneurie, 
(ItTf^^m   Très  noble  avoir  et  srant  richece  amasse, 
tzAi^ir^''   Qui  par  bonté,  qui  nul  temps  n'est  perie, 
Acquiert  honneur,  bon  renom,  loz  et  grâce. 
Car  ou  monde  n'est  chose  qui  ne  passe 
Fors  que  bienfait,  tout  ne  vault  une  miche 
Autre  trésor  ne  chose  que  l'en  brace  ; 
Car  qui  est  bon  doit  estre  appelle  riche. 


i2 


El  bonté  faitte  est  haultemcnt  merie. 
Car  Dieu  le  rend,  et  qui  le  bien  porchace 
Acquiert  honnour,  soit  en  chevalerie 
Ou  aultre  estât,  qui  des  bons  suit  la  trace. 


I.  —  4  A^  conqueste  h.  —  6  A^  F.  qui  b.  —   9  5  Et  b.  est  si  h. 
—  10  /;  Que  1). 


208  AUTRES    BALADES 

Loz  doit  avoir  sur  tous  en  toute  place 
Qui  es  vertus  du  tout  son  cuer  affiche; 
Tel  trésor  a  que  fortune  n'efface; 
i6        Car  qui  est  bon  doit  estre  appelle  riche. 

Ne  l'en  ne  doit  une  pomme  pourrie 
Riche  mauvais  prisier,  quoy  quMl  embracc, 
Ne  lui  louer;  car  c'est  grant  desverie 

20        De  loz  donner  a  mauvais,  quoy  qu"il  face; 
Mais  au  vaillant,  qui  a  tout  honneur  chace, 
Apartient  loz,  s'il  n'est  aver  ne  chiche, 
Des  'Diens  qu'il  a  soit  large  en  deue  place  ; 

24         Car  qui  est  bon  doit  estre  appelle  riche. 

Princes  vaillans  et  de  gentil  attrace, 
Ne  souffrez  pas  vaillantise  estre  en  friche; 
Poursuivez  la,  ne  vous  chaut  d'or  en  masse  ; 
28        Car  qui  est  bon  doit  estre  appelle  riche. 


II 

[Eloge  de  Charles  d'Albret.] 

OR  est  Brutus  ressuscité, 
De  qui  Bretaigne  fu  nommée, 
Et  qui  de  Romme  la  cité 
Fu  consule,  et  qui  mainte  armée 
Fist  en  son  temps,  et  tant  fu  sage, 
Preux,  vaillant  et  plein  de  bernage, 
Qu'a  tousjours  renom  en  remaint, 


I.  —  22  ^1  si  n'o.  —   23  A^  n.  b.   q.    a    dont   grant   tresof   on 
masse  —  B  ou  g.  t.  amasse  —  .17  B^  a  masse 

II.  —  La  3'  ballade  dans  B  —  2  A^  Du  quel  —  3  B  Qui  puis 


AUTRES    KALADES  2O9 

Et  tant  fu  après  sa  mort  plaint; 
Charitable  le  fist  Dieux  naisire 
10  Si  com  tous  vaillans  doivent  estrc. 

De  cil  Brutus  est  recité 

Maint  hault  bien  par  grant  renommée; 

Les  dames  en  adversité 

Confortoit,  ne  par  lui  blasmée 
i5  Ne  feust  de  fait  ne  de  langage 

Femme;  ainçois  qui  feist  oultrage 

Aux  dames,  par  lui  fust  estaint 

Le  meflait  et  le  bien  attaint  ; 

Leur  champion  fut  en  tout  estre, 
20  Si  com  tous  vaillans  doivent  estre. 

Or  Tensieult  par  grant  charité 

Charles  d'Alebret,  qui  amée 

A  la  voie  de  vérité, 

Dont  l'a  partout  est  voix  semmée 
25  De  lui  et  de  son  vacelage, 

Pour  dames  garder  de  dommage; 

Se  de  tort  nulle  se  complaint, 

Veult  estre,  sanz  avoir  cuer  faint, 

Leur  deffension  et  main  destre, 
3o  Si  com  tous  vaillans  doivent  estre. 

Au  bon  Brutus  de  hault  parage 
Retrait  Charles,  car  d'un  lignage 
Descendirent,  ce  scevent  maint, 
C'est  des  Troyens  qui  furent  craint  ; 
Pour  ce  ensuivant  est  son  ancestre 
36  Si  com  tous  vaillans  doivent  estre. 


II.  —  8  B  Qui  —  12  5  M.  beau  fait  —  27  B  Se  de  t.  aucune  se 
plaint  —  ?5  A^  P.  ce  est  suivant  s.  a. 

T.  I.  14 


2  10  AUTRES    BALADES 

III 

(.4  Charles  d'Albret.) 

BON  chevalier,  ou  tous  biens  sont  compris, 
Noble,  vaillant  et  de  royal  lignage, 
Qui  par  valeur  avez  arn^es  empris, 
4  Dont  vous  portez  la  dame  en  verde  targe 

Pour  demonstrer  que  de  hardi  visage 
Vous  vous  voulez  pour  les  dames  tenir 
Contre  ceulz  qui  leur  porteront  dommage, 
8  Et  DieuK  vous  doint  leur  bon  droit  soustenir  ! 

Dieux  et  pitié  vous  ont  tout  ce  apris 

Et  la  valeur  de  vo  noble  courage. 

Et  certes  moult  en  croistra  vostrepris. 

1  2         Et  paradis  arez  a  héritage. 

Car  aux  dames  pluseurs  font  maint  oultrage. 
C'est  aumosne  de  leur  droit  maintenir; 
Si  le  ferez  comme  vaillant  et  sage, 

i6        Et  Dieux  vous  doint  leur  bon  droit  soustenir! 

Or  ay  espoir  que  ceulx  qui  ont  mespris 
Vers  les  dames  de  lait  et  de  langage 
Si  se  rendront  comme  las  et  despris  ; 

20        D'or  en  avant  n'aront  pas  l'avantage, 
Confus  seront  par  vostre  vacellage. 
A  tel  baron  doit  bien  apartenir 
Que  des  dames  soit  amé  par  usage, 

24        Et  Dieux  vous  doint  leur  bor.  droit  soustenir  ! 


m.  —  La  2'-  dans  C  —  2  7i  de  loyal  1.  —  17  A-  Oi  ay  je  e. 
B  Or  e. 


AUTRES    BALADES  2  I  1 

Mon  redoubté  seigneur,  soubz  vostre  hommage, 
Je  vous  suppli,  me  vueilliez  retenir, 
Car  les  vesves  garderez  de  servage, 
28        Et  Dieux  vous  doint  leur  bon  droit  soustcnir  I 


IV 

Avons  les  chevaliers  aux  dames, 
Humble  recommendacion 
De  par  moy  la  mendre  des  femmes, 
4  Priant  Dieu  que  l'affection, 

Qu'avez  en  bonne  entencion 
De  vouloir  garder  le  droit  d'elles, 
Vous  doint  mettre  a  perfection 
8  Et  honneur  en  toutes  querelles. 

Car  le  sauvcment  de  voz  âmes 

Ferez,  et  i^era  mencion 

A  tousjours  de  voz  belles  armes; 

!  2  De  revenchier  l'extorcion 

Et  d'estre  la  deffension 
De  femmes  vesves  et  pucellcs  ; 
Si  en  arez  salvacion 

16  Et  honneur  en  toutes  querelles. 

Or  vient  le  temps  que,  les  diffames 
Et  la  grant  murmuracion 
Que  maint  dient  d'elles,  et  blasmes, 
20  Sanz  avoir  nulle  occasion, 

Yert  par  vous  a  destruction. 
Si  prieront  les  damoiselles 

m.  —  27  A-  de  dommage  —  B'  àc  vesva.qe 
IV.  —  1 1  B  nobles  a.  —  19  ^1'  ei  les  b. 


2  12  AUTRES    BALADES 

Que  Dieux  vous  doint  remission 
24  Et  honneur  en  toutes  querelles. 

'-  Priez  Dieu  par  devocion 

Pour  les  bons,  toutes  jovencelles, 
Qui  ont  noble  côndicion 
28  Et  honneur  en  toutes  querelles. 


LES  biens  mondains  et  tous  leurs  accessoires 
Chascun  voit  bien  qu'ilz  sont  vains  et  falli  blés. 
Si  sommes  folz  quant  pour  les  transitoires 
4  Choses,  laissons  les  joyes  infailibles 

Que  Dieux  donne  aux  innocens  paisibles 
Qui  n^ont  nul  soing  de  trésor  acquérir  ; 
Mais  pour  prisier  pou  choses  corruptibles 
8  Avisons  nous  qu^il  nous  convient  morir. 

Qu'est  il  des  grans,  dont  on  lit  es  hystoires, 
Qui  portèrent  les  fais  griefz  et  pénibles 
Pour  avoir  loz,  grans  honneurs  et  vittoires? 

12        Ne  sont  ilz  mors  et  a  noz  yeulx  visibles? 
Ne  veons  nous,  soient  choses  sensibles 
Ou  non,  faillir  toute  riens?  fault  porrir; 
Si  n^iyons  foy  en  choses  impossibles, 

16        Avisons  nous  qu'il  nous  convient  morir. 

Et  pour  les  biens  qui  ne  valent  deux  poires 
Pour  nous  sauver,  ains  souvent  sont  nuisibles, 

Ne  perdons  Dieu,  disans  choses  non  voires, 

IV.  —  26  B  P.  1.  b.  dames  et  anccUes 

V.  —  2  B  q.  s.  tains  et  t'.  —  10  A  grans  et  p. 


AUTRES    BALADES  210 

20        Pour  accomplir  péchiez  laiz  et  orribles 
Et  pour  deliz  vains,  laiz  et  non  loisibles  ; 
Car  Dieu  scet  tout  :  on  ne  lui  puet  couvrir; 
Pour  eschiver  ses  vengences  terril^les 

24        Avisons  nous  qu'il  nous  convient  morir. 

Princes  et  clers  d'entendemens  sensibles, 
Ne  vueillons  pas  par  noz  meffais  périr, 
A  nous  sauver  soions  tous  entendibles, 
28        Avisons  nous  qu'il  nous  convient  morir. 


VI 


HELAs!  OU  donc  trouveront  reconfort 
Pouvres  vesves,  de  leurs  biens  despoillécs, 
Puis  qu'en  France  qui  sieult  estre  le  port 
4  De  leur  salut,  et  ou  les  exillées 

Seulent  fouir  et  les  desconseillées, 

Mais  or  n'i  ont  plus  amistié  ? 
Les  nobles  gens  n'en  ont  nulle  pitié, 
Aussi  n'ont  clers  li  greigneur  ne  li  mendre, 
9  Ne  les  princes  ne  les  daignent  entendre. 

Des  chevaliers  n'ont  elles  nesun  port. 
Par  les  prelaz  ne  sont  bien  conseillées, 
Ne  les  juges  ne  les  gardent  de  tort, 
1  3        Des  officiers  n'aroient  deux  maillées 

De  bon  respons;  des  poissans  traveillées 

Sont  en  maint  cas,  n'a  la  moitié 
Devers  les  grans  n'aroient  exploitié 

V.  —    22  B  C.   D.    t.  s.   —   2'3  B  Et  p.  fouir  —   26  B   pour  11. 
m. 

VI.  —  b  A^  Veulent  f.  —  G  B  Or  n'i  o.  mais  a. 


2  14  AUTRES    BALADES 

Jamais  nul  jour,  aileurs  ont  a  entendre, 
18        Ne  les  princes  ne  les  daignent  entendre. 

Ou  pourront  mais  fuir,  puis  que  ressort 
N'ont  en  France,  la  ou  leur  sont  baillées 
Esperences  vaines,  conseil  de  mort, 

22        Voies  d'Enfer  leur  sont  appareillées, 
S'elles  veulent  croire  voies  brouUées 

Et  faulz  consaulx,  ou  apoiniié 
N'est  de  leur  fait,  nul  n'ont  si  acointié 
Qui  leur  aide  sanz  a  aucun  mal  tendre, 

27        Ne  les  princes  ne  les  daignent  entendre. 

Bons  et  vaillans,  or  soient  esveilliées 
Voz  grans  bontez,  ou  vesves  sont  taillées 

3o  D'avoir  mains  maulz  de  cuer  haitié  ; 

Secourez  les  et  croiez  mon  dittié. 
Car  nul  ne  voy  qui  vers  elles  soit  tendre, 

33        Ne  les  princes  ne  les  daignent  entendre. 


Vil 


SE  de  Pallas  me  peûsse  accointier 
Joye  et  tout  bien  ne  me  fauldroit  jamais; 
Car  par  elle  je  seroie  ou  sentier 
De  reconfort,  et  de  porter  le  fais 
Que  Fortune  a  pour  moy  trop  chargicr  fais; 

Mais  foible  suis  pour  soustenir 
Si  grant  faissel,  s'elle  ne  vient  tenir 
De  l'autre  part,  par  son  poissant  effort 
Pour  moy  aidier,  Dieu  m'i  doint  avenir, 


V!.         17  ZJ'  a.   n'ont  a    —    23  ^1  v.  bourillées  —    27  D  ne  les 
veulent  c.  —  32  B  G.  je  ne  v.  nul  q.  leur  ait  cuer  t. 


AUTRES    BALADES  2i5 

10        Car  de  Juiio  n'ay  je  nul  reconfort. 

Pallas,  Juno,  Venus  vouldrent  plaidier 
Devant  Paris  jadis  de  leurs  tors  fais, 
Dont  chascune  disoit  qu'a  son  cuidier 
Plus  belle  estoit,  et  plus  estoit  parfais 

I  3        Ses  grans  pouoirs  que  de  Tautre  en  tous  fais; 
Sus  Paris  s'en  vouldrent  tenir, 
Qui  lors  jugia  que  Ten  devoit  tenir 
A  plus  belle  Venus  et  a  plus  fort, 
Si  dist  :  «  Dame,  vous  vueil  je  détenir, 

20        Car  de  Juno  n'ay  je  nul  reconfort.  » 

Pour  la  pomme  d'or  lui  vint  puis  aidier 
Vers  Heleine  Venus,  mors  et  deffais 
En  fu  après;  si  n'ay  d'elle  mestier, 
Mais  de  joye  seroit  mon  cuer  reffais, 

25        Se  la  vaillant  Pallas,  par  qui  meffais 
Sont  delaissié  et  retenir 
Fait  tous  les  biens,  me  daignoit  retenir 
Pour  sa  serve  :  plus  ne  devroie  au  fort 
Ja  désirer  pour  a  grant  bien  venir, 

3o        Car  de  Juno  n'ay  je  nul  reconfort. 

Ces  trois  poissans  déesses  maintenir 
Font  le  monde,  non  obstant  leur  descort; 
Mais  de  Pallas  me  doint  Dieux  sovenir, 
34        Car  de  Juno  n'ay  je  nul  reconfort. 


VU.  —    14  ZJ'  cl  0.  p.  —  23  B  En  fu  depuis  —  33  B  M    D.  nie 
d.  de  P.  s. 


2  l6  AUTRES    BALADES 


VIII 

Dieux!  on  se  plaint  trop  durement 
De  ces  marys,  trop  oy  mesdire 
D'eux,  et  qu'ilz  sont  communément 
4  Jaloux,  rechignez  et  pleins  d'yre. 

Mais  ce  ne  puis  je  mie  dire, 
Car  j'ay  mary  tout  a  mon  vueil. 
Bel  et  bon,  et,  sanz  moy  desdire, 
8  II  veult  trestout  quanque  je  vueil. 

Il  ne  veult  fors  esbatement 
Et  me  tance  quant  je  souspire, 
Et  bien  lui  plaist,  s'il  ne  me  ment, 

12  Qu'ami  aye  pour  moy  déduire, 

S'aultre  que  lui  je  vueil  eslire  ; 
De  riens  que  je  face  il  n'a  dueil, 
Tout  lui  plaist,  sanz  moy  contredire, 

i6  II  veult  trestout  quanque  je  vueil. 

Si  doy  bien  vivre  liement; 
Car  tel  mary  me  doit  souffire 
Qui  en  tout  mon  gouvernement 

20  Nulle  riens  ne  treuve  a  redire, 

Et  quant  vers  mon  ami  me  tire 
Et  je  lui  monstre  bel  accueil. 
Mon  mary  s'en  rit,  le  doulz  sire, 

24  II  veult  trestout  quanque  je  vueil. 

Dieu  le  me  sauve,  s'il  n'empire, 
Ce  mary  :  il  n'a  nul  pareil, 

Vm.  —  Omise  dans  B 


AUTRES    BALADES  2  1'J 

Car  chanter,  dancier  vueil'  ou  rire, 
28  II  veult  trestout  quanque  je  vueil. 


IX 


OR  SUS,  or  sus,  pensez  de  bien  amer, 
Vrais  amoureux,  et  joye  maintenir 
Ce  moys  de  may,  et  vuidiez  tout  amer 
^4  De  voz  doulz  cuers,  ne  lui  vueilliez  tenir, 

Soiez  joyeux  et  liez  sanz  retenir 
Nul  fel  penser,  car  resjouïr  se  doit 
Tout  vray  amant  par  plaisant  souvenir; 
8  Amours  le  veult  et  la  saison  le  doit. 

Or  y  parra  qui  sçara  reclamer 

Amours  a  droit  pour  a  grant  bien  venir. 

Faire  beaulz  ditz,  soy  pour  amours  armer, 

12        Et  ces  beaulz  cops  a  jouste  soustenir, 
Et  le  bon  vueil  sa  dame  retenir, 
Tost  obeïr,  s'elle  lui  commandoit. 
C'est  le  devoir,  qui  bon  veult  devenir  ; 

16        Amours  le  veult  et  la  saison  le  doit. 

Si  vous  vueilliez  es  doulz  biens  affermer 
Qui  a  tous  bons  doivent  apertenir. 
Rire,  jouer,  chanter,  nul  ne  blasmer. 

20        Et  tristece  toute  de  vous  banir, 

Vestir  de  vert  pour  joye  parfurnir, 
A  feste  aler  se  dame  le  mandoit, 
Vous  tenir  liez  quoy  qu'il  doic  avenir; 

24        Amours  le  veult  et  la  saison  le  doit. 

IX.  —  14  B  s'e.  le  c. 


2  l8  AUTRES    BALADES 

Vrais  fins  amans,  pour  a  joie  avenir 
Soiez  jolis,  car  espérer  on  doit 
En  ce  doulz  temps  a  tout  bien  parvenir; 
28        Amours  le  veult  et  la  saison  le  doit. 


^ 


TRES  humblement,  dames  et  damoiselles, 
Me  recommand  a  vostre  gentiliece, 
Et  de  par  moy  sachiez,  bonnes  et  belles, 
4  Qu'Amours  a  fait  crier  de  sa  richece 

Ce  jour  de  May  joye,  et  a  grant  largece 
Roses  et  flours  qu'y  vers  chieres  vendoit, 
Et  que  voz  cuers  vous  teniez  sanz  tristece, 
8  Amours  le  veult  et  la  saison  le  doit. 

Et  doulz  déduit  anonce  ces  nouvelles, 
Et  qu'il  n'y  ait  nulle  si  grant  maisiresse 
Qui  a  l'amant  reffuse  ses  querelles, 

12        Voire  en  honneur  et  en  toute  noblece, 
Sanz  que  renom  ne  loiaulté  on  blece, 
Car  tort  aroit  se  plus  en  demandoit; 
Mais  qu'ottroiez  bel  accueil  en  simplece, 

16        Amours  le  veult  et  la  saison  le  doit. 

Et  si  commande  aux  jeunetes  pucelles 
Chapiaulx  de  flours  dessus  la  blonde  trece. 
Jouer,  dancer  en  prez  sus  fontenelles 
20        Simpletement,  de  maintien  en  humblece  ; 
Rire,  chanter,  fuir  dueil  et  destrece; 


X.  —  2  B  a  V.  grant  noblesce  ~  3  B  Vueilliez  savoir  toutes  b. 
et  b.  —  4  B  a  grant  largcsce  —  b  B  Ce  j.  de  M.  baudour  j.  et 
gayesse  —  12  B  et  t.  gentillesse 


AUTRES    BALADES  219 

Car  jeune  ciier,  se  lecoe  perdoit, 
Il  seroit  mort,  si  Taiez  sanz  parece, 
24        Amours  le  veult  et  la  saison  le  doit. 

Belles  plaisans  dames  de  grant  hautece, 
Je  vi  Déduit  qui  grant  oudeur  rendoit 
Et  haultement  crioit  :  «  Aiez  leesce  ! 
28        Amours  le  veult  et  la  saison  le  doit.  » 


XI 


HAULTE,  poissant,  très  louée  Princece, 
Bonne  et  belle,  vaillant  de  tous  nommée, 
Pleine  de  sens,  d'onneur  et  de  noblece, 
4  Et  en  maint  lieux  redoublée  et  amée, 

Par  le  monde  très  excellant  clamée, 
Et  parfaitte  toute  de  corps  et  d'ame. 
On  ne  pourroit  vostrc  grant  renommée 
8  Assez  louer,  ma  redoubtée  dame. 

Acomparera  Pallas  la  déesse, 

Et  a  Juno  qui  tant  est  reclamée, 

Certes  vous  puis,  pour  vostre  grant  sagece  ; 

j  2         Et  pour  la  très  riche  honneur  affermée 
Ou  vous  estes,  ne  jamais  extimée 
Vostre  valeur  ne  pourroit  estre  de  ame 
N'escripture,  fust  en  prose  ou  rmiée, 

16        Assez  louer,  ma  redoubtée  dame. 


Semiramis  ressemblez  de  largece 


X.  —  22  B  C.  tout  c.  gay 

XI.  -~  2  B  très  renommée  —  4   /J  En  pluscurs  1.  —  5  .C  t.  par- 
faicte  c.  —   11  B  par  v.  g.  s. 


2  20  AUTRES    BALADES 

Qui  fu  si  preux  et  tant  est  reclamée, 

Et  de  purté  la  très  belle  Lucrèce, 
20        La  rommaine  de  grant  constance  armce, 

De  loyauhé  Rester  la  non  blasmée. 

En  louz  estaz,  plus  que  nulle  autre  femme, 

On  ne  vous  puet,  tant  estes  bien  formée, 
24        Assez  louer,  ma  redoubtée  dame. 

Très  excellent  en  grâce  confermée, 
De  vous  partout  cuert  si  très  noble  famé 
Qu^on  ne  vous  puet,  c'est  bien  chose  informée, 
28        Assez  louer,  ma  redoubtée  dame. 


XII 

PRIEZ,  dames  et  damoiselles, 
Pour  les  bons  chevaliers  vaillans 
Qui,  pour  soustenir  voz  querelles, 
4  Mettent  leurs  corps  et  leurs  vaillans; 

Que  ja  Dieu  ne  leur  soit  faillans, 
Ains  leur  doint  honneur  et  victoire 
Encontre  tous  leur  assaillans, 
8  Si  qu'a  tousjours  en  soit  mémoire. 

Qui  l'escu  vert  aux  dames  belles 
Portent  sanz  estre  defîaillans, 
Pour  demonstrer  que  l'onneur  d'elles 
12  Veulent,  aux  espées  taillans. 

Garder  contre  leur  mauvueillans. 
Si  devez  prier  Dieu  de  gloire 


XI.  —    18  ^2  Q.  tant  fu  p.  —  iî  Q.  tant  fu  p.  dont  1^1  aat  voix 
est  semée  —  27  yl  Q.  ne  pourroit  vous,  c'e.  c.  i. 

XII.  —  6  leur  omis  dans  B 


AUTRES    BALADES  2  2  I 

Que  priz  et  loz  soient  cueillans, 
i6  Si  qu'a  tousjours  en  soit  mémoire. 

Du  bon  Torsay  bonnes  nouvelles 

Avons,  com  preux  et  traveillans 

Les  armes  Obissecourt,  celles 
20  Facent  joye  a  ses  bienvueillans; 

Castelbayart  qui  est  veillans 

A  poursuivre  armes,  chose  est  voire, 

A  honneur  en  soit  hors  saillans, 
24  Si  qu'a  tousjours  en  soit  mémoire. 

Or  priez  Dieu  a  yeulx  moillans, 
Qu'on  die  d'eulx  si  bonne  hystoirc, 
Que  chascun  en  soit  merveillans, 
28  Si  qu'a  tousjours  en  soit  mémoire. 


G" 


XIII 


ENTiLZ  amans,  faittes  ce  jugement. 
Et,  je  vous  pry,  jugiez  selon  le  voir  : 
Une  dame  retient  entièrement 
Un  pour  ami,  cuidant  en  lui  avoir 

5  Loial  amant  qui  face  son  devoir 

D'elle  servir,  ainsi  qu'il  apertient  ; 
Ce  lui  promet  quant  elle  le  retient. 
Mais  tost  après  le  contraire  aperçoit. 
S'un  aultre  aime,  qui  d'elle  près  se  tient, 

10        Vous  semble  il  que  ce  fausseté  soit? 


XII.  -  22  /]'  A  p.  et  c.  e.  v.  —  28  A^  Et  q. 
XIIT.  —  2   B  Je  V.  supply,  or  en   j.  le  v.  —  G  B  si  com  il  a. 
7  B  Ainsi 


222  AUTRES    BALADES 

Quant  le  premier  la  voit  négligemment, 
Et  si  la  puet  assez  souvent  veoir, 
Et  par  pluseurs  foiz  moult  piteusement 
Celle  lui  dist  que  moult  a  le  cuer  noir, 

i5        Dont  elle  voit  lui  en  si  pou  chaloir; 

Mais  riens  n'y  vault,  trop  pou  de  compte  en  tient 
Et  fièrement  vers  elle  se  maintient, 
Dont  s'un  autre  qui  mieulx  l'aime  reçoipt 
Quant  elle  voit  qu'a  cil  si  pou  en  tient, 

20        Vous  semble  il  que  ce  fausseté  soit  ? 

Et  encor  pis.  car  il  dit  plainement 
Présent  elle,  qu"'il  n'est  pour  nul  avoir 
Que  il  voulsist  en  femme  nullement 
Mettre  son  cuer  pour  peine  en  recepvoir, 

25        Selon  le  dit  peut  le  fait  apparoir 

Qu'il  ne  Taime,  ne  ne  lui  en  souvient, 
Et  un  autre  vers  elle  se  contient 
Si  loiaument,  quelque  l'escondit  soit, 
Qu'elle  voit  bien  qu'il  Paime,  si  s'i  tient, 

3o        Vous  semble  il  que  ce  fausseté  soit  ? 

Amans,  jugiez,  quant  un  tel  cas  avient. 
Se  avoir  doit  congié,  se  il  revient. 
L'amant  premier  qui  la  dame  deçoipt, 
Se  par  faulte  de  luy  auitre  y  avient, 
35        Vous  semble  il  que  ce  fausseté  soit? 


XIII.  —  i\  B  Car  —  17  5  Et  rudement  —  18  £  Et  —   23  /i  v. 
de  f.  —  24  B  5oy  assoler  p.  —  32  A^  se  il  remaiiit 


AUTRES    BALADES  22  3 


XIV 


ViEGNE  Pallas,  la  déesse  honnourable, 
Moy  conforter  en  ma  dure  destresce, 
Ou  mon  anui  et  peine  intoUerable 
4  Mettront  a  lin  ma  vie  en  grant  asprece. 

Car  Fortune  me  cucrt  sure 
Qui  tout  mon  bien  destruit,  rompt  et  deveuie, 
Et  pou  d'espoir  me  destraint  jour  et  nuit; 
8  Juno  me  liet  et  meseiir  me  nuit. 

Ne  je  ne  truis  nul  confort  secourable 

A  mon  meschief,  ainçois  quant  je  me  drece 

Vers  quelque  part  ou  voye  réparable 

12        Deusse  trouver,  tout  le  rebours  m'adrece. 
Et  en  vain  peine  et  labeure; 
Car  Fortune  despece  tout  en  l'eure 
Quanque  j'ay  fait,  ou  me  plaise  ou  m'a  nuit; 

i6        Juno  me  het  et  meseiir  me  nuit. 

Et  pour  ce  pri  la  haulte  vénérable 
Fille  de  Dieu,  Pallas  qui  tous  radrece 
Les  desvoiez,  qu'elle  soit  apparable 

20        En  mes  pensers,  comme  vraie  maistrece 
Me  doitrine  et  me  secueure  ; 
Diane  soit  avec  elle  a  toute  heure, 
Car  de  long  temps  me  commence,  yer  n'anuit 

24        Juno  me  het  et  meseiir  me  nuit.     --■ 

Princes,  ains  que  mort  m'acueurc, 


XIV.  —  4-4'  M.  ma  v.  a  f.  —  B  Mettra  a  f.  ma  v.  en  g.  cs- 
presse  —  \  i  A^  vers  le  r.  —  1'.^  B  Ces  deux  m'aiment,  mais  non 
obstant  je  cuit 


224 


28 


AUTRES    BALADES 


Priez  Pallas  que  pour  mon  bien  accueure; 
Car  en  tous  cas,  ou  que  j'aye  réduit, 
Juno  me  het  et  meseûr  me  nuit. 


XV 


MON  clier  Seigneur,  vueilliez  avoir  pi  lié 
Du  povre  estât  de  vostre  bonne  amie, 
Qui  ne  treuve  nulle  part  amistié. 
4  Pour  Dieu  mercy,  si  ne  l'oubliez  mie, 

Et  souvenir 
Il  vous  vueille  de  son  fait,  ou  venir 
Lui  convendra  a  pouvreté  obscure, 
8  Se  Dieu  et  vous  ne  la  prenez  en  cure. 

Ne  peut  avoir,  tant  ait  nul  acointié. 
Son  las  d'argent  :  charité  endormie 
Treuve  en  chascun,  dont  tout  ne  la  moitié 

1  2        N''cn  puet  avoir.  Fortune  est  s'anémie 
Qui  survenir 
Lui  fait  maint  mal,  si  ne  puet  soustenir 
Son  povre  estât  ou  elle  met  grant  cure 

1 6        Se  Dieu  et  vous  ne  la  prenez  en  cure. 

Si  vous  plaise  que  par  vous  esploistié 
Soit  de  son  fait,  car  ja  plus  que  demie 
Est  cheoite  au  bas,  dont  a  cuer  dehaitié 
20        Souventes  fois  et  de  soussi  blesmie, 
Dont  si  tenir 
A  mémoire  vueilliez  et  retenir 


XV.  —   9  B  Ne   p.  a.  pour  peine  n'amistic  —   lo  B  Ce  qui   est 
sien  —  11  B  T.  partout  —  ib  B  S.  foible  e.  —  22  A-  V.  a  m. 


AUTRES    BALADES  225 

Son  fait  qu\\  chief  en  soit  ou  trop  endure 
24        Se  Dieu  et  vous  ne  la  prenez  en  cure. 

Tost  avenir 
Puisse  par  vous  et  son  fait  parfurnir, 
Mon  chier  Seigneur,  car  trop  a  peine  dure 
28        Se  Dieu  et  vous  ne  la  prenez  en  cure 


XVI 

(A  Charles  d'Albrct,  connétable  de  France.) 

NOBLE  vaillant,  chevalier  de  grant  pris, 
Mon  cher  seigneur,  de  France  conneslahle, 
En  qui  prouesse  et  tous  biens  sont  compris, 
4  De  Dieu  amé  et  au  monde  agréable, 

Loyal  en  foy,  baron  très  honnorable, 
Je  pri  a  Dieu  et  a  la  Vierge  belle 
Qu^il  vous  octroit  joye  et  bien  permanable 
8  Ce  premier  jour  que  l'an  se  renouvelle. 

Par  bon  renom  qui  queurt  en  tout  pourpris 
De  vous,  seigneur,  de  constance  inmuablc 
Le  mien  cuer  est  de  grant  désir  espris 

I  2         De  faire  a  vous  plaisir,  si  solvable 

Estoie  que  de  vous  feust  acceptable, 

Mon  chier  seigneur,  comme  de  vostreanccllc, 

Si  l'ait  a  gré  vo  bon  cuer  charitable 

16        Ce  premier  jour  que  Tan  se  renouvelle. 

Humble  seigneur,  si  n''aiez  en  despris 


XV.  —  23  il'  ou  i.  demeure  --  aH  B  a  s.  f. 

XVI.  —  Omise  dans  A 
T    I 


226  AUTRES    BALADES 

Mon  bon  vouloir,  tout  soit  il  pou  valable 
Et  pardonner  me  vueilliez  se  mespris 

20        D^escrire  a  vous,  personne  si  notable, 

Je  ay.  moy  femme  ignorant  non  savable, 
Mais  voulentiers  Je  diroye  nouvelle 
Qui  resjouïst  vo  bon  cuer  amiable 

24        Ce  premier  jour  que  Fan  se  renouvelle. 

Mon  cher  Seigneur  puissant  et  redoutable, 
Prenez  en  gré  ma  balade  nouvelle, 
Que  Dieux  vous  doint  tout  soulaz  delitable 
28        Ce  premier  jour  que  l'an  se  renouvelle. 


XVII 

JADIS  Circes  l'enchanteresse 
Fist  chevaliers  devenir  porcs; 
Mais  Ulixes  par  sa  sagece 
4  De  ce  raeschief  les  gitta  hors. 

Mais  je  ne  sçay  se  c'est  droit  sors 
D'aucunes  gens,  dont  j'ay  grant  yre, 
Qui  sont  plus  que  pors  vilz  et  ors, 
8  N'on  n'en  pourroir  assez  mesdire. 

Grans  vanteurs  sont  et  sanz  proece, 

Mais  très  bien  parez  par  dehors, 

Orgueilleux  pour  leur  gentillece, 
12  Et  tiennent  bien  aise  leurs  corps; 

Mais  en  eulx  a  maint  mal  remors, 

Et  combien  qu'on  ne  Tose  dire 

A  bien  faire  n'ont  pas  amors, 
r6  N'on  n'en  pourroit  assez  mesdire. 

XVII.  —   3  5  p.  sa  prouesse  —  4  i3   se  gecta  h.  —  10  B  M.  b 
p.  sont  p.  d. 


AUTRES    BALADES  227 

Il  n'est  nulle  si  grant  maistrece, 
Ne  femme  autre,  soit  droit  ou. tors, 
Que  leur  fausse  lengue  ne  blece 

20  Leur  bon  renom  ;  aise  sont  lors 

Quant  ilz  en  font  mauvais  rapors, 

(^ui  s'i  vouldra  mirer  s'y  mire, 

Mais  mieulx  que  vifs  vaulsissent  mors, 

24  N'on  n'en  pourroit  assez  mesdire. 

Je  ne  mesdi  de  nullui,  fors 
D'aucuns  qui  sont  de  Judas  pire 
Et  sont  de  tous  mauvais  accors, 
28  N'on  n'en  pourroit  assez  mesdire. 


XVIII 
(A   la  reine  Isabelle  de  Bavière.) 

HAULTE,  excellent  Royne  couronnée 
De  France,  très  redoubtée  princecc, 
Dame  poissant  et  de  bonne  heure  née, 
4  A  qui  honneur  et  vaillance  s'adrece, 

Des  princeces  souveraine  maistresse, 
Je  pri  cil  Dieu,  qui  ne  fault  a  nulle  ame, 
Qu'il  vous  envoit  de  toute  joye  adrece, 
8  Ce  jour  de  l'an,  ma  redoubtée  dame. 

Boneur,  bon  temps,  très  agréable  année, 
Vray  reconfort  de  ce  que  plus  vous  blece, 
Plaisir,  soûlas,  vous  doint  ccste  journée 
12        Et  les  autres  plus  en  plus  vous  eslece. 


XVI!.  —  17  .4'^  B  N'il  —  18  A^  s.  d    soii  t.  —  27  /;  Qui  s. 
XVllI.  —  8  A-  ma  triis  souvrainc  d. 


228  AUTRES    BALADES 

Toudis  accroisse  et  garde  vo  haultece, 
Vostre  valeur  et  vo  très  noble  faame, 
Et  vous  envoit  Joye  qui  ja  ne  cesse, 
16        Ce  jour  de  Fan,  ma  redoubtée  dame. 

Mais  je  suppli,  haulte  bien  ordennée, 
Ma  excellent  redoubtée,  ou  humblece 
Fait  son  manoir,  que  mercy  soit  donnée 

20        A  moy  se  je  mesprens  par  ma  simplece 
D'escripre  a  vous,  ou  tant  a  de  noblece; 
Digne  n'en  suis,  si  n'en  aye  nul  blasme, 
Car  grant  désir  de  vous  servir  m'i  drece, 

24        Ce  jour  de  l'an,  ma  redoubtée  dame. 

Ma  balade  pregne  en  gré  vo  sagece, 
Si  suis  vostre  créature  par  m'ame 
Qui  volentiers  vous  donroie  leece, 
28        Ce  jour  de  l'an,  ma  redoubtée  dame. 


XIX 
(A  Louis  de  France,  duc  d'Orléans.) 


D 


|E  tous  honneurs  et  de  toutes  querelles, 
De  tout  boneuret  de  bonne  aventure, 
De  tous  plaisirs,  de  toutes  choses  belle.s, 
4  Et  de  cellui  qui  créé  a  nature, 

De  quanque  ou  ciel  et  en  terre  a  mesure, 
Et  de  tout  ce  plus  propre  a  homme  né. 
Mon  redoublé  seigneur  plein  de  droiture, 
8  Ce  jour  de  l'an  vous  soiez  estrené. 

XVIII.  —  i3  fi  T.  g.  et  croisse  vo  h.  —  14  B  et  vostre  n.  I.  — 
16,  24,  28  A^  ma  très  souvraine  d.  —  i^  B  r.  en  h.  —  23  A^  vo 
haultece 


AUTRES    BALADES  229 

Très  noble  duc  d'Orliens,  de  nouvelles 
A  vo  souhaid  et  d'amour  vraie  et  pure, 
De  ris,  de  jeux  et  de  notes  nouvelles 

12         Resjouyssanz,  d'union  sanz  murmure 

Eu  de  tout  ce  de  quoy  tous  bons  ont  cure, 
De  tout  le  bien  qu'en  corps  bien  ordenné 
Il  doit  avoir,  de  paix  qui  tousjours  dure 

16        Ce  jour  de  Tan  vous  soiez  estrené. 


De  tous  nobles,  de  dames,  de  pucelles 
Et  de  chascun  par  communal  jointure 
Amé  soiez,  et  de  ceulz  et  de  celles 

20        Qu'oient  parler,  de  bouche  ou  escripture. 
De  vous,  prince  de  roiale  faitture. 
De  leur  salut  loiaulz  en  tout  régné 
Et  de  leur  loz  sanz  fausse  couverture 

24        Ce  jour  de  Tan  vous  soiez  estrené. 

Prince  excellent  ou  il  n'a  desmesure, 
De  ce  livret  qu'ay  fait  mal  ordené, 
De  par  moy,  vo  très  humble  créature, 
28        Ce  jour  de  Tan  vous  soiez  estrené. 


XX 

(A  Marie  de  Beny,  comtesse  de  Montpensier.) 

BON  jour,  bon  an,  bon  mois,  bonne  novelle, 
Ce  premier  jour  de  la  présent  année 
Vous  envoit  Dieux,  ma  chicre  damoiscllc 


XIX.  —    M  .4'  de   totes   n.   —    xi  B  De  leurs  s<)luz  loyaulx 
23  B  de  leurs  I. 


23o  AUTRES    BALADES 

4  De  Monpensier,  si  soies  estrenée 

De  toute  joye. 
A  vo  souhaid  Dieux  pii  qu'il  vous  envoie 
Tous  voz  plaisirs,  tout  gracieux  revel, 
Quanque  vouldriez  vous  consente  et  ottroie 

7  Ce  plaisant  Jour  premier  de  Tan  nouvel. 

Et  ma  très  chiere  et  redoubtée,  et  celle 
Que  je  désir  autant  corn  dame  née 
Servir,  louer,  et  que  chascun  appelle 

i3        De  grant  bonté  et  beaulté  affinée, 
En  plaisant  joye 
Vo  noble  cuer  Dieux  permaine  et  convoie 
Ou  jolis  temps  dont  vient  le  renouvel, 
Et  a  présent  a  tout  bien  vous  avoie 

i8        Ce  plaisant  jour  premier  de  Tan  nouvel. 

Noble,  plaisant,  très  gracieuse  et  belle, 
Bonne,  vaillant,  sage,  bien  aournée, 
Prenez  en  gré  ma  balade  nouvelle 

22        Que  j'ay  faitte  pour  vous  ceste  journée, 
Car  ou  que  soie 
Vostre  je  suis  et  obeïr  vouldroie, 
Amer,  chérir  vo  gracieux  corps  bel. 
Si  vous  doint  Dieux  quanque  pour  moy  voldroie 

27        Ce  plaisant  jour  premier  de  l'an  nouvel. 

Du  petit  don,  pour  Dieu,  ne  vousanoie, 
Car  bon  vouloir  mieulx  que  fermail  n'anel 
Vault  moult  souvent  ;  voulentiers  plus  feroie 
3i        Ce  plaisant  jour  premier  de  Tan  nouvel. 


XX.  —  10  second  «  ei  »  omis  dans  D  —  ig  ii  N.  puissant  —  20 
B  plaisant  s.  —  20  A^  b.  attournce  —  B^  b.  ordonnée  —  26  B  tout 
q.  je  V. 


AUTRES    BALADES  23 I 


XXI 


( Christine  fait  hommage  à  Charles  d'Albret  de  son 
■poème  «  Du  Débat  de  deux  Amans.  »y 

BON  jour,  bon  an  et  quanqu'il  puet  souffire 
De  bien,  d'onneur  et  de  parfaitte  joye, 
Mon  redoublé  seigneur,  d'Alebret  sire, 
Charles  poissant,  pri  Dieu  qu'il  vous  envoie 
5  Ce  jour  de  Tan  qui  maint  bon  cuer  rcsjoie, 

Et  vous  présente 
Cestui  livret,  que  j'ay  fait  par  entente, 
Ou  est  escript  et  la  joye  et  la  peine 
Qu'ont  ceulz  qu''Amours  met  d'amer  en  la  sente, 
10        Si  le  vueilliez  recepvoir  pour  estreine. 

Et  s'il  vous  plaist  a  Touïr  ou  le  lire, 
De  deux  Amans  orrez  qu'Amours  maistroie 
Si  a  entr'eulx  débat  ;  car  l'un  veult  dire 
Qu'Amours  griefve  trop  plus  qu'elle  n'esjoic, 

I  5         L'autre  dit  non  et  que  plus  bien  envoie, 
E  a  Tatente 
De  jugement,  lequel  a  mendre  entente 
Se  soubzmettent  et  a  sentence  pleine  ; 
C'est  nouvel  cas  a  journe'e  présente, 

20        Si  le  vueilliez  recepvoir  pour  estreine. 

Et  non  obstant  qu'ayent  voulu  eslire 
Mon  seigneur  d'Orliens  que  leur  fait  voie 
Et  juge  en  soit,  ne  vueilliez  escondire 
Leur  bon  désir,  car  chascun  d'eulx  vous  proye 

XXI.  —  manque  dans  B 


2  32  AUTRES    BALADES 

25        Très  humblement,  s'il  vous  plaist  toutevoie, 
Et  se  guermente 
Que  vous  dissiez  vostre  avis  :  se  dolente 
Vie  est  qu'amer  ou  très  joieuse  et  saine, 
Et  le  livret  le  fait  vous  représente, 

3o        Si  le  vueilliez  recepvoir  pour  estreine. 

Mon  redoubté  seigneur,  des  meilleurs  trente 
Me  reçoivent  a  vo  bonté  haultaine, 
Gui  mon  service  ottroysanz  estre  lente, 
34        Si  le  vueilliez  recepvoir  pour  estreine. 


XXII 
{Christine  recommande  son  fils  aîné  au  duc  d'Orléans.) 


T 


'rés  noble,  hault,  poissant,  plein  de  sagesse, 
D'Orliens  duc  Loys  très  redoubtable, 
Mon  redoubté  seigneur,  en  grant  humblece 
Me  recommand  a  vous,  prince  notable, 

b  En  désirant  faire  chose  agréable 

A  vous,  vaillant  seigneur  de  haute  emprise, 
Et  si  vous  viens  donner  d'amour  esprise 
La  riens  qui  soit  que  doy  plus  chier  avoir 
Et  soubzmettre  du  tout  a  vo  franchise, 

10        Si  le  vueilliez,  noble  duc,  recevoir. 

C'est  un  mien  filz,  lequel  de  sa  jonnece 
A  bon  vouloir  d'estreen  son  temps  valable 
Et  désir  a  selon  sa  petitece 
De  vous  servir,  s'il  vous  est  acceptable; 

XXII.  —    :  /i  n.  et  h.  —    6  omis  dans  B    —    j  A^  v.  vucil  d.  - 
I  2  Z^  cil  s     cucr  V. 


AUTRES    BAI.ADES  233 

I  5         Pour  ce  suppli,  vaillant  prince  amiable, 
Qu'il  vous  plaise  le  prendre  a  vo  servise. 
Don  vous  en  fais,  et  tout  a  vo  devise 
Faire  de  lui  vueilliez,  car  bon  vouloir 
De  vous  servir  a  de  cuer  en  craintise  ; 

20        Si  le  vueilliez,  noble  duc,  recevoir. 

Ja  trois  ans  a  que  pour  sa  grant  prouesse 
L'en  amena  le  conte  très  louable 
De  Salsbery,  qui  moru  a  destrece 
Ou  mal  païs  d'Angleterre,  ou  muable 

25        Y  sont  la  gent;  depuis  lors,  n'est  pas  fable, 
Y  a  esté,  si  ay  tel  peine  mise 
Que  je  le  ray  non  obstant  qu'a  sa  guise 
L'avoit  Henry  qui  de  la  se  dit  hoir, 
Or  vous  en  fais  je  don  de  foy  aprise, 

3o        Si  le  vueilliez,  noble  duc,  recevoir. 

Prince  excellent  que  chascun  loue  et  prise, 
Du  requérir  je  ne  soye  reprise 
N'escondite,  car  de  tel  qu'ay  savoir 
Mon  service  vous  ottroy  sanz  faintise, 
33        Si  le  vueilliez,  noble  duc,  recevoir. 


XXIII 

S'il  est  ainsi  que  de  vous  soye  amée 
Si  loiaument  comme  je  vous  oy  dire 
Et  que  vo  cuer  d'amour  très  afferme'e 
M'aime  si  fort  et  ne  veult  ne  désire 
Fors  moy  sanz  plus,  je  vous  suppli,  beau  bire, 
Sanz  telz  semblans  ne  telz  ditz  iccorder 


XXll.  —  2  1  /l  g.  promesse 

XXlH.  —  h  B  S.  t.  s.  nionstrcr  ne  r. 


234  AUTRES    BALADES 

Pour  m'asseurer  qu'ailleurs  vo  cuer  ne  tire, 
8  Faittes  voz  faiz  a  voz  ditz  accorder. 

Car  les  amans  si  maie  renommée 

Ont  a  présent,  non  obstant  qu'on  souspire 

Et  que  mainte  dame  soit  d'eulx  clamée 

12        Dame  et  amour,  que  le  meilleur  ou  pire 
On  ne  cognoist,  tant  y  a  a  redire 
En  leurs  faulz  cuers,  s'ay  je  ouy  recorder 
Et  pour  ce  a  fin  qu'il  me  doye  souffire 

i6        Faittes  voz  faiz  a  voz  ditz  accorder. 

Et  se  je  vueil  estre  bien  informée 

Ains  qu'a  ami  du  tout  vous  vueiile  eslire 

J'ay  bien  raison,  n'en  doy  estre  blasmée  ; 

20        Car  son  renorh  dame  trop  fort  empire 
Qui  a  croire  legierement  se  tire, 
Si  demonstrez  qu'en  riens  a  moy  frauder 
Vous  ne  taschiez,  et  pour  ne  m'en  desdire 

24        Faittes  voz  faiz  a  voz  ditz  accorder. 

Se  vous  m'amez  n'en  aiez  ne  dueil  n'yre, 
Bien  le  sçaray,  sanz  longuement  tarder  ; 
Pour  esprouver  le  vray  sanz  contredire 
28        Faittes  voz  faiz  a  voz  ditz  accorder. 

XXIV 

DouLCE  dame  que  j'aim  plus  et  désire 
Qu'oncques  n'amay  nulle  autre  dame  née 
Partir  me  fault  de  vous,  dont  je  souspire, 
4  Ne  bien  n'aray  jusqu'à  la  retournée, 

Car  a  vous  ay  toute  m'amour  donnée; 

XXIII.  —  y  B  P.  moy  monstrer  —  ib  B  que  me  doyés  s. — 22  ^1' 
Si  d.  qu'a  r.  —  2b  B  de  ce  n'ayez  nulle  yre  —  26  B  B,  Je  vcrray 


AUTRES    BALADES  235 

Ne  je  ne  pense  a  autre  riens  nulle  heure; 
Mais  s'a  présent  m'en  vois,  très  belle  née, 
8  Le  corps  s'en  va,  mais  le  cuer  vous  demeure. 

Et  loings  de  vous  vivray  en  grief  martyre, 

Ne  ma  doulour  ne  sera  ja  finée 

Jusqu'au  retour,  car  riens  ne  puet  souffire 

I  2        A  mon  vray  cuer,  n'avoir  bonne  journée 
Se  ne  vous  voy  ;  soiez  acertenée, 
Belle  plaisant  pour  qui  mon  penser  pleure, 
Ou  que  je  voise,  et  y  fusse  une  année, 

i6        Le  corps  s'en  va,  mais  le  cuer  vous  demeure. 

Si  ne  vueilliez  nul  autre  ami  eslire 

Ne  m'oublier,  car  soir  ne  matinée, 

Ne  heure  du  jour,  vo  beauté  ou  me  mire 
20        Et  vo  doulceur  parfaitte  et  affinée 

N'oblieray,  si  ne  soit  ja  finée 

L'amour  de  nous,  quel  que  soit  la  demeure  ; 

De  vous  me  pars,  belle  et  bien  atournée, 
24        Le  corps  s'en  va,  mais  le  cuer  vous  demeure. 

Je  prens  congié  celle  a  qui  j'ay  donnée 
Toute  m'amour;  de  cuer  plus  noir  que  meure 
Vous  di  a  Dieu,  ma  joye  entérinée, 
28         Le  corps  s'en  va,  mais  le  cuer  vous  demeure. 

XXV 

OR  soiez  liez,  jolis  et  envoisiez, 
Vrais  fins  amans,  puis  que  May  est  venu, 
Voz  gentilz  cuers  gaiement  esleesciez  ; 

XXIV.  —  i3  jB  s.  en  certenée  —  23  B  b.  aournée 

XXV,  —  Manque  dans  B 


2  36  AUTRES    BALADES 

4  Ne  soit  de  vous  nul  anuy  retenu, 

Ains  soit  soûlas  doulcement  maintenu, 
Quant  vous  voyez  resjoir  toutes  choses 
Et  qu'en  saison  sont  adès  et  en  cours 
Chapiaulx  jolis,  violetes  et  roses, 

9  Fleur  de  printemps,  muguet  et  fleur  d'amours. 

Voiez  ces  champs  et  ces  arbres  proisiez, 
Et  ces  beaulz  prez  qui  sont  vert  devenu, 
Ces  oisillons  qui  tant  sont  renvoisiez 

I  3        Que  par  eulx  est  tout  doulz  glai  soustenu  ; 
Tout  se  revest  ;  il  n'y  a  arbre  nu  ; 
Voiez  ces  fleurs  espanies  et  closes, 
Dont  bien  devez  avoir  pour  les  odours 
Chapiaulx  jolis,  violetes  et  roses, 

i8        Fleur  de  printemps,  muguet  et  fleur  d'amours. 

De  doulz  pensers  voz  gentilz  cuers  aisiez, 

Chantez,  dancez  pour  estre  retenu 

Avec  déduit  par  qui  sont  acoisiez 
22        Tous  desplaisirs,  et  souvent  et  menu 

Riez,  jouez,  soit  bon  temps  détenu, 

Amours  le  veult,  pour  ce  nous  a  descloses; 

Voiez,  plaisans,  si  aiez  tous  les  jours 

Chapiaulx  jolis,  violetes  et  roses, 
27        Fleur  de  printemps,  muguet  et  fleur  d'amours. 

Princes  d'amours  ou  bontcz  sont  encloses, 
Ce  moys  de  May  portez  les  doulces  flours, 
Chapiaulx  jolis,  violetes  et  roses, 
3i         Fleur  de  printemps,  muguet  et  fleur  d'amours. 


AUTRES    BALADES  2^"] 


XXVI 

DouLCE  chose  est  que  mariage, 
Je  le  puis  bien  par  moy  prouver, 
Voire  a  qui  mary  bon  et  sage 
4  A,  comme  Dieu  m'a  fait  trouver. 

Louez  en  soit  il  qui  sauver 
Le  me  vueille,  car  son  grant  bien 
De  fait  je  puis  bien  esprouver, 
8  Et  certes  le  doulz  m'aime  bien. 

La  prem.iere  nuit  du  mariage 

Très  lors  poz  je  bien  esprouver 

Son  grant  bien,  car  oncques  oultrage 

12  Ne  me  fisr,  dont  me  deust  grever, 

Mais,  ains  qu'il  fust  temps  de  lever, 
Cent  fois  baisa,  si  com  je  tien, 
Sanz  villennie  autre  rouver, 

i6  Et  certes  le  doulz  m'aime  bien. 

Et  disoit,  par  si  doulz  langage; 
«  Dieux  m''a  fait  a  vous  arriver, 
Doulce  amie,  et  pour  vostre  usage 

20  Je  cioy  qu'il  me  fist  eslever.  » 

Ainsi  ne  fina  de  resver 
Toute  nuit  en  si  fait  maintien 
Sanz  autrement  soy  tiesriver, 

24  Et  certes  le  doulz  m'aime  bien. 

Princes,  d'amours  nie  fait  desver 


XXVI.—  Manque  dans  B  —  ;_»  A-  du  mesnage  —  ib  A-   P.  mais 
il  nie  f.  il. 


238  AUTRES    BALADES 

Quant  il  me  dit  qu'il  est  tout  mien; 
De  doulçour  me  fera  crever, 
28  Et  certes  le  doulz  m'aime  bien. 


XXVII 

DES  très  bonnes  celle  qui  vault  le  mieux, 
Assouvie  sur  toute  damoiselle, 
Non  pareille,  telle  vous  fourma  Dieux, 
Pleine  de  sens,  de  haulte  honneur  et  belle, 
5  Toutes  passez 

A  mon  avis,  et  croy  que  vous  pensez 
Toudis  comment  vous  soiez  exemplaire 
De  toute  honneur  qui  tant  en  amassez, 
g  Et  ce  vous  fait  a  tout  le  monde  plaire. 

Redoubtée  princece,  ou  biens  sont  tieulx 
Que  un  chascun  paifaitte  vous  appelle. 
De  qui  servir  mon  cuer  est  envieux, 
Plus  qu'autre  riens,  certes  vous  estes  celle 

14  Qui  enlascez 

Mon  cuer  en  vous,  sanz  ja  estre  lassez, 
Mais  se  pou  vail,  ne  vous  vueille  desplaire, 
Car  vous  valez.pour  un  royaume  assez, 

18        Et  ce  vous  fait  a  tout  le  monde  plaire. 

Doulce,  plaisant,  corps  gent  et  gracieux, 
Flun  de  doulçour,  blanche  corn  noif  novele, 
Le  doulz  regart  de  voz  amoureux  yeulz 
Livre  a  mon  cuer  l'amoureuse  estincelle, 
2  3  Dont  embrasez 

Il  est  d'amer  et  toudis  a  pensez 

De  vous  servir,  n'en  demande  salaire 

XXVII.  —  8  i4i  tout  h'.  —  19  B  Toute  p.  —  20  B  i:om  fleur  n. 


AUTRES    BALADES  23g 

Fors  le  regart  que  doulcement  lancez, 
27         Et  ce  vous  fait  a  tout  le  monde  plaire. 

Très  belle,  en  qui  tous  maulz  sont  effacez, 
Je  ne  désir  fors  vo  doulz  plaisir  faire; 
Car  tous  les  biens  sont  en  vous  entassez, 
3  I         Et  ce  vous  fait  a  tout  le  monde  plaire. 


XXVIII 

OR  soiez  liez,  joyeux  et  envoisiez  ; 
Tous  amoureuz,  puis  que  May  est  venu. 
De  tous  voz  dculz  ores  vous  aquoisiez  ; 
Chantez,  jouez  trestuit,  grant  et  menu, 
5  Et  querez  voye 

De  joye  avoir,  et  chascun  se  pourvoye 
De  reconfort  et  entroublie  esmay; 
Car  Amours  veult  qu'un  chascun  se  cointoye 
9  En  ce  jolis  plaisant  doulz  moys  de  May. 

Voyez  ces  champs  et  ces  arbres  proisiez. 
Et  ces  beaulx  prez  qui  sont  vers  devenu, 
Ces  oisillons  qui  tant  sont  renvoisiez 
Que  par  eulz  est  tout  doulx  glay  maintenu, 

14  Or  menez  joye, 

Et  vous  dames  aussi.  Amours  l'octroye, 
Soyez  liez;  car  s'oncqucs  je  n'amay 
Si  vueil  je  amer  chose  qui  me  resjoye 

i8        En  ce  jolis  plaisant  doulz  moys  de  May. 

Chapiaux  de  flours  aux  amans  pourchaciez. 

XXVII.  —  3o  B  en  v.  amassez 

XXVIII.  —  Omise  dans  A—  i  et  2,  10  <7  \3,  cf.  XXXil 


240  AUIRES    BALAUES 

Dames  d'onnour,  et  s'avez  retenu 

Aucun  amy  tant  de  bien  lui  faciez 

Que  du  doulz  May  lui  soit  mieux  avenu  ; 

2  3  Mais  toutevoye 

N'octroyez  rien  dont  blasmer  on  vous  doye, 
Se  m'en  croyez,  mais  oncques  ne  blasmay 
Que  Pen  n'amast  par  gracieuse  voye 

27         En  ce  Jolis  plaisant  doulz  moys  de  May. 

Dames,  amans,  chascun  de  vous  s'avoye 
De  liement  aler  cueillir  le  may 
Ce  joli  jour,  et  tout  annuy  rénove 
3i         En  ce  Jolis  plaisant  doulz  moys  de  May. 


XXIX 

(Au  duc  d'Orléans,  sur  le  combat  de  sept  Français 
contre  sept  Anglais.)  [i g  mai  1402.  ] 


P 


RINCE  honnoré,  duc  d'Orliens,  louable, 
Bien  vous  devez  en  hault  penser  déduire 
Et  louer  Dieu  et  sa  grâce  amiable 
Qui  si  vous  veult  en  tout  honneur  conduire 
Que  le  renom  parle  monde  fait  luire 
De  vostre  court  remplie  de  noblece 
Qui  resplendit  comme  chose  florie 
En  noble  loz,  et  adès  est  radrece 
De  hault  honneur  et  de  chevalerie. 

Or  ont  acreu  le  loz  li  sept  notable 

Bon  chevalier  que  vaillance  a  fait  duire 

Si  qu'a  grant  loz  et  victoire  honnorable 

XX!X.  —  '3  ^  sa   g.  louable  —  12  /3  Si  q.  g.  peine 


AUTRES    BALADES  24I 

i3         Ont  desconfit  les  sept  Anglois,  qui  nuire 

Aux  bons  François  cuident  et  les  desrruire  ; 
Mais  le  seigneur  du  Chastel,  ou  proece 
Fait  son  réduit  et  la  bacheleric, 
Bataille,  ont  mis  Anglois  hors  l'adrcce 

18        De  hault  honneur  et  de  chevalerie. 

Et  Kerhoïs  le  breton  secourable 

Qui  mains  grans  biens  fera  ainçois  qu'il  muirc, 

Et  Barbasan  et  Champaigne  amiable, 

22        Et  Archambaut  qui  fait  son  renom  bruire, 
Le  bon  Clignet  de  Breban  qui  aduire 
En  armes  veult  son  corps  et  sa  jeunece  ; 
Par  ces  sept  bons  est  la  gloire  perie 
De  noz  nuisans  qui  perdent  la  haultece 

27         De  hault  honneur  et  de  chevalerie, 

Prince  poissant,  honnourez  a  leece 
Les  bons  vaillans  ou  valeur  n''est  perie. 
Car  vous  arez  par  eulx  toute  largece 
3i         De  hault  honneur  et  de  chevalerie. 


XXX 

(Sur  le  combat  des  sept  chevaliers  français  et  des  sept 
chevaliers  anglais.)  \ig  mai  1402.] 


H 


AULTKs  dames,  honnourez  grandement 
Et  vous  toutes  damoiselles  et  femmes 


XXIX.  —  If)  /î  Et  Barbasan  le  vaillant  combatable  —  21  à  ^3  B 
Champaigne  aussi,  Archambault  secourable  |  Le  bon  Clignet,  qui 
tout  bien  scct  raJuire,  (  Keralouys,  qui,  sans  cesser,  réduire  — 
29  B  Tous  b. 

XXX.  —  2  AVa  V.  d.  et  l.  t. 

T.  I  1(1 


mmvto^f  -  -^SS^^î^-  ■  *^(^^ 


242  AUTRES    BALADES 

Les  sept  vaillans  qui  ont  fait  tellement 
4  Qu'a  tousjours  mais  sera  nom  de  leurs  armes. 

Nez  quant  les  corps  seront  dessoubz  les  lames, 

Remaindra  loz  de  leur  fait  en  mémoire 

En  grant  honneur  au  royaume  de  France; 

Si  qu'a  tousjours,  en  mainte  belle  hystoire, 
9  Sera  retrait  de  leur  haulte  vaillance. 

Et,  comme  on  sieult  faire  ancienement 

Aux  bons  vaillans  chevalereux  et  fermes, 

Couronnez  lez  de  lorier  liement, 
I  3        Car  c'est  li  drois  de  Vittoire  et  li  termes. 

Bien  leur  afïiert  le  lorier  et  les  palmes 

De  tout  honneur,  en  signe  de  Vittoire, 

Quant  ont  occis  et  mené  a  oultrance 

L'orgueil  anglois,  dont,  com  chose  notoire,* 
i8        Sera  retrait  de  leur  haulte  vaillance. 

Et  tant  s'i  sont  porté  tuit  vaillamment 

Que  Ten  doit  bien  leurs  noms  mettre  en  beaulx  termes, 

Au  bon  seigneur  du  Chastel  grandement 

22        Lui  afïiert  loz,  a  Bataille  non  blasmes, 
Bien  fu  aisié  Barbasan  en  ses  armes, 
Champaigne  aussi  en  doit  avoir  grant  gloire 
Et  Archambault,  Clignet  de  grant  constance, 
Keralouys,  de  ceulz,  ce  devons  croire, 

27        Sera  retrait  de  leur  haulte  vaillance. 

Princeces  très  haultes,  aiez  mémoire 
Des  bons  vaillans  qui,  par  longue  souffrance, 
Ont  tant  acquis  qu'en  maint  lieux,  chose  est  voire, 
3  I        Sera  retrait  de  leur  haulte  vaillance. 


XXX.  -  5  B  leurs  c. 


AUTRES    BALADES  24$ 

XXXI 

(Même  sujet.) 

BIEN  viegnez  bons,  bien  viegniez  renommez, 
Bien  viegniez  vous  chevaliers  de  grant  pris, 
Bien  viegniez  preux  et  de  chascun  clamez 
4  Vaillans  et  fors  et  aux  armes  apris; 

Estre  appeliez  devez  en  tout  pourpris 
Chevalereux,  tre's  vertueux  et  fermes, 
Durs  a  travail  pour  grans  cops  ramener, 
Fors  et  eslus,  et  pour  voz  belles  armes 
9  On  vous  doit  bien  de  lorier  couronner. 

Vous,  bon  seigneur  du  Chastel,  qui  amez 

Estes  de  ceulz  qui  ont  tout  bien  empris; 

Vous,  Bataille,  vaillant  et  affermez  ; 
i3        Et  Barbasan,  en  qui  n'a  nul  mespris; 

Champaigne,  aussi  de  grant  vaillance  espris; 

Et  Archambault;  Clignet  aux  belles  armes; 

Keralouys;  vous  tous  sept,  pour  donner 

Exemple  aux  bons  et  grant  joye  a  voz  dames, 
18        On  vous  doit  bien  de  lorier  couronner. 

Or  avez  vous  noz  nuisans  diffamez, 
Louez  soit  Dieux  qui  de  si  grans  perilz 
Vous  a  gittez,  tant  vous  a  enamez 
22        Que  vous  avez  dcscontiz,  mors  et  pris 

Les  sept  Anglois  de  grant  orgueil  surpris, 
Dont  loz  avez  et  d'ommes  et  de  femmes  ; 
Et  puis  que  Dieux  a  joye  retourner 


XXXI.  —  3  B  p.  digne  d'estre  c.  —  4  ii  et  des  a.  a.  —-  24  A^  D 
D.  a.  1. 


2  44  AUTRES    BALADES 

Victorieux  vous  fait  ou  coips  les  âmes, 
27        On  vous  doit  bien  de  lorier  couronner. 

Jadis  les  bons  on  couronnoit  de  palmes 
Et  de  lorier  en  signe  de  régner  ; 
En  hault  honneur  et,  pour  suivre  ces  termes, 
3i         On  vous  doit  bien  de  lorier  couronner. 


XXXII 

QUANT  je  voy  ces  amoureux 
Tant  de  si  doulz  semblans  faire 
L'un  a  l'autre,  et  savoureux 
4  Et  doulz  regars  entretraire. 

Doulcement  rire,  et  eulx  traire 
A  part,  et  les  tours  qu'ilz  font, 
7  A  pou  que  mon  cuer  ne  font  ! 

Car  lors  me  souvient,  pour  eulx, 
,   De  cil,  dont  ne  puis  retraire 

Mon  cuer  qui  est  désireux 
II  Que  ainsi  le  peusse  attraire; 

Mais  le  doulz  et  débonnaire 

Est  loings,  dont  en  dueil  parfont 
14  A  pou  que  mon  cuer  ne  font  ! 

Ainsi  sera  langoreux 

Mon  cuer  en  ce  grief  contraire, 

Plein  de  pensers  doloureux 

18  Jusques  par  deçà  repaire 

Cil  qu''amours  me  fait  tant  plaire; 
Mais  du  mal  qui  me  content 

21  A  pou  que  mon  cuer  ne  font! 

XXXII.  -  Maih'KC  dans  B 


AUTRES    BALADES  24b 


Princes,  je  ne  me  puis  taire. 
Quant  je  voy  gent  paire  a  paire 
Qui  de  joye  se  reffont, 
25  A  pou  que  mon  cuer  ne  font! 


XXXIII 

(Au  Sénéchal  de  Hainaut.   14.02.) 


SENKSCHAL  Vaillant  et  sage 
De  Hainault,  plein  de  valeur, 
Chevalier  ou  vacellage 
4  Et  prouece  fait  demour, 

Finerez  vous  jamais  jour 
Par  mainte  terre  lontaine 
7  D'entreprendre  armes  et  peine  ? 

Veult  donc  vo  noble  corage 
Vo  beau  corps  mettre  a  douiour 
En  péril  de  mort  sauvage, 

1 1  Pour  tousdis  porsuivre  honnour  ? 

Est  vo  vueil  que  sanz  séjour 
Ainsi  vo  vie  se  peine 

14  D'entreprendre  armes  et  peine  ? 

Vous  ne  plaignez  le  domage 
Dont  il  s''ensuivroit  maint  plour 
Se  Fortune  et  son  oultrage 
18  Vous  jouoit  de  son  faulx  tour. 

Dieux  vous  en  gard,  qui  tousjour 


XXXIII.  -^  19  B  qui  tout  jour 


246  AUTRES    BALADES 

A  victoire  vous  amaine, 
21  D'entreprendre  armes  et  peine. 

Mais  je  croy  qu'en  grant  cremour 
Mettez  celle,  qui  s'amour 
A  du  tout  en  vo  demaine, 
25  D'entreprendre  armes  et  peine. 


XXXIV 

TRÈS  belle,  je  n'ose  dire 
La  doulour  et  la  pointure 
Dont  Amours  mon  cuer  martire 
4  Pour  vostre  gente  figure  ; 

Mais  du  grief  mal  que  j'endure 
Apercevoir 
7  Vueillez  le  voir. 

Car  tant  doubte  Tescondire 
Que  la  doulour  que  j'endure 
Je  n'ose  dire  n'escripre  ; 

II  Mais,  sanz  en  faire  murmure, 

De  ma  grief  doulour  obscure 
Apercevoir 

1 1  Vueillez  le  voir. 

Et  vous  plaise  estre  le  mire 
De  mon  mal,  car  je  vous  jure 
Que  vostre,  sans  contredire, 
i8  Suis  et  seray,  c'est  droiture, 

Et  se  vous  aim  d'amour  pure 


XXXIII.  —  22  ^1  M.  croiez  q. 

XXXIV.  —  Cette  ballade  et  toutes  les  suivantes  manquent  dans  B 


AUIRES    BALADES  247 


Apercevoir 
21  Vueillez  le  voir. 

Si  ne  soiez  vers  moy  dure, 
Ains  de  ma  pesance  sure 
Apercevoir 
23  Vueillez  le  voir. 


XXXV 


Ha!  le  plus  doulz  qui  jamais  soit  formé! 
Le  plus  plaisant  qu'oncques  nulle  acointast  ! 
Le  plus  parfait  pour  esire  bon  clamé  ! 
4  Le  mieulz  amé  qu'oncques  mais  femme  amasi! 

De  mon  vray  cuer  le  savoreux  repast! 
Tout  quanque  j^aim,  mon  savoreux  désir! 
Mon  seul  amé,  mon  paradis  en  terre 
Et  de  mes  yeulz  le  très  parfait  plaisir! 
9  Vostre  doulceur  me  meine  dure  guerre. 

Voslre  doulceur  voi rement  entammé 
A  le  mien  cuer,  qui  jamais  ne  pensast 
Estre  en  ce  point,  mais  si  l'a  enflammé 

i3.        Ardent  désir  qu'en  vie  ne  durast 
Se  doulz  penser  ne  le  reconfortast; 
Mais  souvenir  vient  avec  lui  gésir, 
Lors  en  pensant  vous  embrace  et  vous  serre, 
Mais  quant  ne  puis  le  doulz  baisier  saisir 

18        Vostre  doulceur  me  meine  dure  guerre. 

Mon  doulz  ami  de  tout  mon  cuer  amé, 
Il  n'est  penser  qui  de  mon  cuer  gitast 

XXVIV.  —  22  à  25  omis  dans  A- 


248  AUTRES    BALADES 

Le  doLilz  regard  que  voz  yeulz  enfermé 
22        Ont  dedens  lui;  riens  n'est  qui  Ten  ostast, 
Ne  le  parler  et  le  gracieux  tast 
Des  doulces  mains  qui,  sanz  lait  desplaisir, 
Vueillent  partout  encerchier  et  enquerre, 
Mais  quant  ne  puis  de  mes  yeulz  vous  choisir 
27        Vostre  doulceur  me  meine  dure  guerre. 

Très  bel  et  bon,  qui  mon  cuer  vient  saisir, 
Ne  m'oubliez,  ce  vous  vueil  je  requerre; 
Car,  quant  veoir  ne  vous  puis  a  loisir, 
3  r         Vostre  doulceur  me  meine  dure  "uerre. 


XXXVI 

{A  la  reine  Isabelle  de  Bavièî'e.) 

REDOUBTÉE,  excellent,  très  sage  et  digne, 
Noble,  vaillant,  de  hault  honneur  porprise, 
Renommée  Royne  très  bénigne, 
4  La  souvraine  des  dames  que  l'en  prise, 

Je  pri  cil  Dieu,  qui  sur  tout  a  maistrise, 
Qui  a  ce  jour  de  l'an  si  bonne  estraine 
Il  vous  envoit  qu'adès  en  vous  esprise 
8  Soit,  sanz  cesser,  toute  joye  mondaine. 

Ma  redoubtèe,  ou  tout  le  monde  encline, 
Pour  ce  que  sçay  que,  comme  bien  aprise, 
Livres  amez,  moy  vostre  serve  indigne 
I  2        Vous  envoie  cestui  ou  est  comprise 
Matière  qu'ay  en  hauhe  place  prise; 
En  gré  l'aiez,  très  noble  et  de  sens  pleine, 

•X.XXVI.  —  4  /l'  souveraine  —  9  A^  Ma  très  souvraine 


AUTRES    BALADES  24g 

En  qui  tousjours,  sanz  ja  estre  desprise, 
16        Soit,  sanz  cesser,  toute  joye  mondaine. 

Et  s'il  vous  plaist,  très  poissant,  vraie  et  fine. 
Que  vostre  grant  liaultece  un  petit  lise 
En  mon  dittié,  et  vo  sens  détermine 

20        De  la  cause  qui  est  en  termes  mise. 

Mieulx  en  vauldra  en  tout  cas  mon  emprise. 

Si  en  jugiez,  princepce  très  hautaine, 

A  qui  Dieux  doint  grâce  qu'en  toute  guise 

24        Soit,  sanz  cesser,  toute  joye  mondaine. 

Haulte,  poissant  et  pleine  de  franchise, 
Très  humblement  a  vo  valeur  certaine 
Me  recomand  en  qui  trouvée  et  quise 
28        Soit,  sanz  cesser,  toute  joye  mondaine. 


llONDEL 

MON  chier  seigneur,  soiez  de  ma  partie 
Assaille  m'ont  a  grant  guerre  desclose 
Lez  aliez  du  Romans  de  la  Rose 
4  Pour  ce  qu'a  eulx  je  ne  suis  convertie. 

Bataille  m'ont  si  cruelle  bastie 
Que  bien  cuident  m'avoir  ja  presqu' enclose, 
7  Mon  chier  seigneur,  soiez  de  ma  partie. 

Poiir  leur  assaulz  ne  seray  alcntie 
De  mon  propos,  mais  c'est  commune  chose 
Que  l'en  cuert  sus  a  qui  droit  deffendre  ose; 
Mais  se  je  suis  de  sens  pou  avertie, 
12        Mon  chier  seigneur,  soiez  de  ma  partie. 

XXXVl.  —  23  A^  A  q.  d.  D. 


200  AUTRES    BALADES 


XXXVII 

JADIS  avoit  en  la  cité  d'Athènes 
Fleur  d'estude  de  clergie  souvraine; 
Mais,  non  obstant  les  sentences  certaines 
4  De  leur  grant  sens,  une  erreur  trop  vilaine 

Les  decepvoit,  car  pluseurs  divers  dieux 
Aouroient,  dont  aucuns  pour  leur  rnieulx 
Y  preschierent  qu'ilz  dévoient  savoir 
Qu'il  n'est  qu'un  Dieu,  mais  mal  en  prist  a  cieux  ; 
9  On  est  souvent  batu  pour  dire  voir. 

Aristote  le  très  sage,  aux  haultaines 

Sciences  prompt,  d'ycelle  cité,  pleine 

De  tel  erreur,  fu  fuitis;  maintes  peines 
1  3         11  en  souffri  Socrates  qui  fontaine 

De  sens  estoit  ;  fu  chaciez  de  cil  lieux 

Pluseurs  autres  occis  des  envieulx 

Pour  vérité  dire,  et  apercevoir 

Peut  bien  chascun  que  partout  soubz  les  cieulx 
i8        On  est  souvent  batu  pour  dire  voir. 

Se  ainsi  va  des  sentences  mondaines; 
Pour  ce  le  di  que  pluseurs  ont  ataine 
Sur  moy,  pour  tant  que  paroles  très  vaines, 

22        Deshonnestes  et  diflame  incertaine, 

Reprendre  osay,  en  jeunes  et  en  vieulx, 

Et  le  Romant,  plaisant  aux  curieux. 

De  la  Rose,  que  l'en  devroit  ardoir  ! 

Mais  pour  ce  mot  maint  me  sauldroit  aux  yeux 

27        On  est  souvent  batu  pour  dire  voir. 

XXXVII.  —  8/1»  que  un  —  17  A^  Ce  puet  c.  —    19  A-  Et  a.  — 
22  A^  Deshonneur 


AUTRES    BALADES  2DI 


Princes,  certes,  voir  dire  est  anyeux 
Aux  mençongeurs  qui  veulent  décevoir, 
Pour  ce  au  père  voit  on  mentir  le  fieulx 
3i         On  est  souvent  batu  pour  dire  voir. 


XXXVIII 
(Sur  la  Cour  du  Duc  Philippe  de  Bourgogne^  140 3} 


o 


ENTiLLECE  qui  Ics  valllaus  cuers  duii 
De  courtoisie  fait  sa  messagiere 
Qui  ses  rapors  très  gracieux  conduit 
Et  toute  gent  reçoit  a  lie  chiere; 

5  Si  voit  on  bien  resplendir  sa  lumière 

En  une  court  de  France  solennée, 
De  prince  hault  tellement  gouvernée 
Que  personne  n'y  a  qui  toute  aduite 
Ne  soit  d'honneur,  dont,  chose  est  certence, 

10        Selon  seigneur  voit  on  maignée  duite. 

Le  très  hault  duc  fllz  de  roy,  qui  est  vuit 
De  tout  orgueil  et  qui  sagece  a  chiere, 
Philippe  bon  des  Bourgoignons  réduit 
Et  les  Fiamens  touz  a  soubz  sa  baniere, 

1  5         En  est  le  chief,  en  qui  prudence  entière 
Maint,  si  quMl  n'a  o  lui  personne  née, 
Qui  en  touz  cas  ne  soit  si  ordonnée 
Qu'on  peut  dire  de  sa  très  plaisant  suite, 
Tant  noblement  est  et  bien  dotirinée, 

20        Selon  seigneur  voit  on  maignée  duite. 

XXXVII.  -  ?o  ^1  metir 

XXXVIII.  —  3  A-  sa  bannière  —  8  /l'  t.  duile  —  0  A'  de  h. 


252  AUTRES    BALADES 

Bel  fait  veoir  celle  court  qui  reluit 
De  nobles  gens  en  fait  et  en  manière 
Si  beaulz,  si  gens,  si  courtois,  que  déduit 
Est  du  veoir.  et  sanz  manière  fiere, 

25        Si  gracieux  que  c'est  joye  plainiere; 

Et  aux  armes  nulz  meilleurs  de  Tannée 
On  ne  verra  en  champ  ne  a  journée, 
Mais,  s'ilz  sont  bons  et  hardis  et  sanz  fuitte, 
C'est  bien  raison  par  coustume  affermée 

3o        Selon  seigneur  voit  on  maignée  duite. 

Prince  excellent,  se  bien  moriginée 
Est  vostre  court  par  noblece  conduitte, 
Le  proverbe  dit,  c'est  chose  infourmée  : 
34        Selon  seigneur  voit  on  maignée  duite. 


XXXIX 


FLEUR  des  meilleurs,  haulte  honnourée  dame 
De  tout  mon  cuer  très  amée  et  chérie, 
Bonne,  saige,  très  parfaitte  et  sans  blasme, 
L  Helas!  vueillez  que  par  vous  soit  garie 

Ma  dure  paine, 
Appercevoir  vueillez  que  je  me  paine 
De  vous  servir,  ne  je  n'ay  autre  envie. 
Car  je  vous  ay  retenue  a  ma  vie. 

Et  de  pieça  me  tient,  car  corps  et  ame, 
Pensée,  amour  soubz  vostre  seigneurie 
Très  mon  enffance  y  mis  ne  depuis  ame 

XXXVIII.  -  27  A-^  n'en  c. 


AUTRES    BALADES  2  53 

12        Ne  l'en  osta,  ne  n'en  sera  garie, 
Chose  est  certaine, 
Ja  ma  douleur,  fors  par  vous  qui  fontaine 
Estes,  dont  puet  ma  joye  estre  assouvie, 

i6        Car  je  vous  ay  retenue  a  ma  vie. 

Belle  plaisant  que  mon  cuer  tant  reclame, 
Par  vo  pitié  vous  plaise  que  ravie 
Soit  l'ardure  du  désir  qui  m'enflame. 

20        N'est  ce  pas  droit  que  me  soit  remerie 
L'amour  certaine 
Dont  je  vous  aim,  très  doulce  tresmontaine, 
Puis  que  serés  toujours  de  moy  servie, 

24        Car  je  vous  ay  retenue  a  ma  vie. 

Ma  souveraine 
Dame,  amez  moi,  car  je  vous  acertainc 
De  n'en  partir  ja  se  je  ne  dévie, 
28        Car  je  vous  ay  retenue  a  ma  vie. 


XL 

NE  doublez  point  du  contraire, 
Car  dit  vous  en  ay  le  voir, 
Belle,  commant  sans  retraire 
Vous  aim  et  sans  décevoir 
Vueillez  ley  appercevoir, 
Et  m^amez,  ostez  marture, 
Car,  sans  reconfort  avoir. 
Je  mourray  se  m'estes  dure. 

Voz  beaux  yeux  viennent  attraire 

XXXIX.  —   14  A-  Jainais  nul  joLir  t'.  —  18  A-  q.  laric 


254  AUTRES    BALADES 

Sy  mon  cuer  que  desmouvoir 
Ne  l'en  puis;  d'autre  part  traire 

12  Luy  vient  Amours  qui  ravoir 

Le  veult,  et  force  et  sçavoir 
M'ostent,  n'il  n'y  a  mesure, 
Dont  par  tel  mal  recepvoir 

i6  Je  mourray  se  m'estes  dure. 

SMl  vous  plaise  vers  moy  traire 

Pitié  qui  face  esmouvoir 

Vo  cuer,  par  quoy  vous  puist  plaire 

20  M'amer,  car  si  mon  devoir 

Feray,  sans  m'en  desmouvoir 
De  vous  servir,  je  vous  jure, 
Mais  bien  vous  faiz  assavoir  : 

24  Je  mourray  se  m'estes  dure. 

Ma  dame,  corps,  ame,  avoir 
Est  tout  vostre,  ayez  en  cure; 
Puis  que  ne  Ten  puis  ravoir, 
28  Je  mourray  se  m'estes  dure. 


XLl 


MERVEILLES  cst  et  seroit  fort  a  croire 
Es  estranges  contrées  qu'il  peust  estre, 
Qu'en  ce  pays,  qui  de  longue  mémoire 
Est  renommé  en  honnour  sur  tout  estre, 
Que  vérité,  depuis  le  greigneur  maistre 
Jusqu'au  petit,  si  a  paine  trouvée 
Fust  comme  elle  est,  c'est  bien  chose  senestre 
Qu'en  France  soit  si  mençonge  eslevée, 

XL.  —  22  A^  le  V.  j. 

XLL  —  6/1'  Jusques  au  p. 


AUTRES   BALADES  25b 

Mais  de  parler  bel  n'y  voit  on  recroire 
Les  principaulx,  et  pour  faire  gens  paistre 
Grans  promesses,  dont  l'atente  n'est  voire, 

12        Ne  leur  coustent  riens,  mais  qui  s'en  empestrc 
Se  puet  de  vent  comme  pluvier  repaisire  ; 
Car  long  effait  en  yst,  chose  est  prouvée, 
Cest  lait  renom  n'aquiert  se  noble  en  estre 

i6        Qu'en  France  soit  si  mençonge  eslevée. 

Et  quant  a  moy,  pour  ce  que  si  nottoire 
Mençonge  voy,  il  n'est  chose  terrestre 
Qu'on  me  die,  quiconques  la  m'avoire, 

20        Ne  promesce  jurée  de  main  destre, 

Que  je  croye  se  le  voy  ne  voy  n'estre; 
Car  pou  y  truys  fors  que  fraude  esprouvée, 
Et  c'est  pitié,  par  le  hault  Dieu  celestre, 

24        Qu'en  France  soit  si  mençonge  eslevée. 

Ha!  haulx.  princes,  pour  Dieu  ne  vous  adresce 
Vice  si  lait,  c'est  chose  reprouvée  ; 
Sy  déboutés  tout  homme  qui  empêtre 
48        Qu'en  France  soit  si  mençonge  eslevée. 


XLII 
(Sur  la  Mort  du  Duc  de  Bourgogne. J  [27  avril  1404.] 

Plourez,  Françoys,  tout  d'un  commun  vouloir, 
Grans  et  petis,  plourez  ceste  grant  perle  ; 


XLI.     —    14  A^  Par  1.  e.  ou  y.   —    i5  A^  C.  1.  r.  qu'a  sa  n.    — 
10  A^  1res  fuit  a  c.  d.  —  i(^  A^  Que  on 


2b6  AUTRES    BALADES 

Plourez,  bon  Roy,  bien  vous  devez  douloir, 
Pleurer  devez  vostrc  grevance  apperte; 

5  Plurez  la  niort  de  cil  qui  par  desserte 

Amer  deviez  et  par  droit  de  lignaige, 
Vostre  loyal  noble  oncle  le  très  saige 
Des  Bourgongnons  prince  et  duc  excellent; 
Car  je  vous  dy,  qu'en  mainte  granî  besongne, 
Encor  dires  trestuit  a  cuer  dollent 

1 1        Affaire  eussions  du  bon  duc  de  Bourgongne. 

Plourez,  Berry,  et  plourez  tuit  sy  hoir, 
Car  cause  avez  :  mort  la  vous  a  ouverte; 
Duc  d'Orliens,  moult  vous  en  doit  chaloir, 
Car  par  son  scens  mainte  faulte  est  couverte  ; 

16        Duc  des  Bretons,  plourez,  car  je  suys  certe 
Qu'affaire  ares  de  luy  en  vo  jeune  aage; 
Plourez,  Flamens,  son  noble  seignourage  ; 
Tout  noble  sanc,  allez  vous  adoullant; 
Plourez,  ses  gens,  car  joye  vous  eslongne, 
Dont  vous  dires  souvent  en  vous  douUant 

22        Affaire  eussions  du  bon  duc  de  Bourgongiie. 

Plourez,  Royne,  et  ayez  le  cuer  noir 
Pour  cil  par  qui  feustes  au  trosne  offerte; 
Plourez,  dames,  sans  en  Joye  manoir; 
France,  plourez,  d'un  pillier  es  déserte, 

27        Dont  tu  reçoys  eschec  a  descouverte, 

Car  toy  du  mat  quant  mort  par  son  oultrage 
Tel  chevalier  t'a  toulu,  c'est  dommaige; 
Plourez,  puepple  commun,  sans  estre  lent, 
Car  moult  perdez  et  chascun  le  tesmoingnc, 
Dont  vous  dire's  souvent  mate  et  relent  : 

33        «  Affaire  eussions  du  bon  duc  de  Bourgongne.  » 

XLII    —  24  A^  F.  c.  pour  q.  —  34  A^  p.  pour  b.  t. 


AUTRES    BALADES  267 

Princes  royaulx,  priez  par  bon  tallent 
Pour  le  bon  duc;  car,  sans  moult  grant  parlongne, 
En  voz  conssaulx  de  duc  ares  tallent, 
37        Affaire  eussions  du  bon  duc  de  Bourgongnc. 


XLIII 

DAMES  d'onneur,  gardez  voz  renommées, 
Pour  Dieu  mercis  eschevez  le  contraire 
De  bon  renom,  que  ne  soyés  blasmées; 
4  Ne  vueillez  point  acointances  attraire 

Telles,  qu'on  puist  recorder  ne  retraire 
Par  voz  maintiens  qu'ayez  legiers  les  cuers, 
Ne  qu'en  nul  cas  vous  daignissiez  meffaire, 
8  Et  ne  croyez  flajolz  de  decepveurs. 

Car  pou  vous  vault  cuidier  bien  estre  amées 
D'ommes  pluseurs,  de  recepvoir  salaire 
De  mauvais  loz,  par  parolles  semées 

12        En  divers  lieux,  qu'il  eust  en  vostre  affaire 
Legiereté;  sy  vous  est  neccessaire 
D'avoir  recort  tondis  des  deshonneurs, 
La  ou  cheoir  on  puet  par  foulour  taire, 

16        Et  ne  croyez  flajolz  de  decepveurs. 

Or  soyés  dont  de  parfait  scens  armées 
Contre  ceulx,  qui  tant  taschent  a  soubztraire 
L'onneur  de  vous,  et  de  qui  diffamées 
20        Estes  souvent  sans  cause,  et  pour  vous  plaire 
Font  le  courtoys;  et  je  ne  m'en  puis  taire, 
Car  j'en  congnois  et  sçay  de  telz  vanteurs 
Qui  vous  flattent;  vueillez  vous  ent  retraire, 

XLIH.—  5  /l'  que  on  —9  A^C.  p.  vauldroit  c.  —  18  ^'  soultraire 
T.  1  17 


2  58  AUTRES    BALADES 

24.        Et  ne  croyez  flajolz  de  decepveurs. 

Chieres  dames,  ne  vous  vueille  desplaire, 
Se  je  vous  lo  a  garder  des  flateurs 
Qui  ne  taschent  qu'a  voz  honneurs  deffaire, 
28        Et  ne  croyez  flajolz  de  decepveurs. 

XLIV 

Du  mois  de  May  je  me  tieng  pour  contente, 
D'Amours  aussi  de  qui  me  vient  la  joye, 
Par  ce  que  voy  souvent  com  droite  rente 
4  Ung  bel  amy  que  j'ay  qui  me  resjoye; 

Ce  tient  mon  cuer  en  leece  ou  que  soye, 
Car  choisy  Tay  de  tous  biens  pour  ma  part. 
C'est  mon  plaisir,  n'aultre  ne  me  resjoye, 
8  Ne  mon  penser  nulle  heure  ne  s'en  part. 

O  quel  solas  et  quel  joyeuse  attente 

Ce  m'est  quant  suis  en  lieu  seulette  et  coye 

Ou  je  Pattens,  combien  qu'a  Teure  sente 

12        Moult  grant  frayeur  de  paour  qu'on  le  voye! 
Mais  quant  vers  moy  a  achevé  la  voye 
Lors  de  baisiers  serrez  donnons  tel  part 
Que  la  doulceur  oublier  ne  pourroye 

16        Ne  mon  penser  nulle  heure  ne  s'en  part. 

Et  se  penser  y  ay,  cuer  et  entente, 
Merveilles  n'est,  c'est  droiz  qu'avoir  lui  doye, 
Car  le  grant  bien  de  lui  m'i  maine  et  tente 
20        Et  sa  doulceur  et  ce  que  tout  s'employe 
A  me  servir,  si  sçay  que  s'amour  moye 
Est  nuement  n'ailleurs  point  n'en  depar,t, 
Pareillement  il  m'en  est  par  tel  voye 

XLIV.  —  Omise  dans  A^  —  12  A'^  que  on 


AUTRES    BALADES  269 

24        Ne  mon  penser  nulle  heure  ne  s'en  part. 

Mon  doulx  ami,  qui  es  comble  et  monjoye 
De  tout  honneur  et  bonté,  il  m'est  tart 
Qu'entre  mes  bras  briefment  je  te  festoyé, 
28       Ne  mon  penser  nulle  heure  ne  s'en  part. 

XLV 

PAR  ta  valour  et  par  ton  maintien  saige, 
Par  ta  doulceur  et  tre's  plaisant  manière. 
Et  les  grans  biens  et  l'amoureux  langaige 
4  Qui  en  toy  sont,  tu  as  m'amour  entière 

En  tout,  en  tout  acquise  en  tel  manière 
Que  sans  cesser  je  ne  pensse  autre  part. 
Adès  m'est  vis  que  devant  moy  te  voye, 
Ne  nulle  heure  le  mien  cuer  ne  s'en  part. 
9  Mon  doulx  amy,  d'autre  ne  me  vient  joye. 

Sy  as  tant  fait  que  mon  cuer,  qui  sauvaige 

D'amours  estoit,  et  qui  ne  faisoit  chiere 

D'amer  jamais,  ore  est  ou  doulx  servage 
i3        Du  dieu  d'amours,  si  qu'estre  ne  puis  iiere 

N'a  luy  n'a  toy,  ains  convient  que  plainiere- 

Ment  me  soye  donnée  sans  départ 

A  toy,  amis,  n'est  rayson  je  doye 

Desobe'ir  au  bien  qu'il  me  départ. 
18        Mon  doulx  amy,  d'autre  ne  me  vient  joye. 

Et  puis  qu'Amours,  par  son  hault  seigneurage, 
Veult  que  tous  deux  soions  soubz  sa  baniere, 
Or  lui  faisons  de  très  bon  cuer  hommage 
22         Sans  départir,  amis,  en  tel  manière 
Que  soies  mien,  et  plus  ne  scray  fiere 

XLV.  —  Omise  dans  A^ 


200  AUTRES    BALADES 

A  ton  doulx  vueil  qui  d'onneur  ne  se  part. 
Aimes  moy  bien,  car  tu  as  l'amour  moye, 
A  toy  me  don,  je  te  prens  pour  ma  part. 
27        Mon  doulx  amy,  d'autre  ne  me  vient  Joye. 

Fin  cuer  plaisant,  or  soions  main  et  tart 
Loyaulx  amans,  quant  a  moy  je  Tottroye, 
Plaisant  désir  le  me  conseille  a  part. 
3i         Mon  doulx  amy,  d^autre  ne  me  vient  joye. 


XLVI 


SE  je  puis  estre  certaine 
De  ce  dont  je  suis  en  doubte, 
C'est  que  je  n'aye  pas  plaine- 
4  Ment  t'amour  et  que  ja  route 

Soit  ta  foy;  amis,  escoute: 
Saiches  que,  par  saint  Nycaise, 
7  Je  m'en  mettre  a  mon  aise. 

Ta  manière  m'acertaine 

Et  monstre,  se  je  voy  goûte, 

Que  d^amours  foibleste  et  vaine 

1 1  Tu  m'aimes,  dont  je  suis  toute 

Esbahie;  mais  s'acoute: 
S'ainsi  est,  ne  t''en  desplaise, 

14  Je  m'en  mettre  a  mon  aise. 

Car  tousjours  vivroye  en  paine 
D'ainsi  m'estre  a  toy  trestoute 
Donnée,  et  qu'a  mon  demaine 
18  Ne  t' eusse  aussi,  si  redoubte 

XLV.  —  16  A^  me  e.  —  18  Ai  Ne  te  e. 


AUTRES    BALADES  261 

Le  fille  ou  je  me  boute, 
Pour  ce,  tout  soit  ce  a  mesaise, 
21  Je  m'en  mettre  a  mon  aise. 

J'ay  )a  plouré  mainte  goûte 
Pour  toy  pluseurs  jours  de  route; 
Mais,  se  ton  cuer  ne  m'apaise, 
25  Je  m'en  mettre  a  mon  aise. 


XLVII 

BELLE  plaisant,  sur  toutes  très  amée, 
De  tout  mon  cuer  ma  souvraine  maistresce, 
Appercevez  que,  plus  que  chose  née, 
4  Vous  aims  et  crains  et  vous  sers  en  humblesce, 

Et  pour  ce,  oster  le  mal  qui  tant  me  blesce 
Vous  plaise  tost  et  ouyr  ma  clamour, 
7  Et  me  vueillez  ottroyer  vostre  amour. 

Et  se  par  vous  m'est  tel  joye  donne'e 
Vous  me  mettrés  en  la  voye  et  adresce 
D'estre  vaillant,  et  bien  guerredonnée 

I  I         Sera  toute  ma  paine  et  ma  destresce, 
Or  le  faittes,  ma  souvraine  princesce, 
Sy  n'y  mettez  plus  dongier  ne  demour, 

14        Et  me  vueillez  ottroyer  vostre  amour. 

Mon  fin  cuer  doulx,  ma  dame  redoublée, 
Retenez  moy,  car  je  vous  fais  promesce 
Que  vostre  honneur  sera  par  moy  gardée 
18         Entièrement,  et  tousjours  sans  paresce 
Vous  serviray  com  ma  doulce  déesse; 

XLVI.  22  A'  Car  j'ay  p. 
XLVll.  —  10  A^  guerdonnée 


202  AUTRES    BALADES 

Sy  me  prenez  a  mercy,  doulce  flour, 
21         Et  me  vueillez  ottroyer  vostre  amour. 

Plaisant  trésor,  faittes  moy  tel  largesce 
De  voz  doulx  biens  que  ma  douleur  en  cesse, 
Secourez  tost  le  mal  ou  je  demour, 
25        Et  me  vueillez  ottroyer  vostre  amour. 


XLVIII 

AMOURS,  Amours,  tu  scés  plus  d'une  voye 
D"attrapper  gens  a  ta  mussée  trappe; 
Et  qui  fouyr  te  cuide  se  forvoye, 
4  Car  il  n'est  riens  que  doulx  regart  n'atrappe  : 

C'est  ton  veneur,  cuer  n'est  qui  luy  eschape. 
Plaisant  maintien,  courtoysie  et  lengaige, 
Sont  tes  lévriers,  compaignie  est  la  sente 
Ou  tu  chaces  plus  souvent  qu'en  boscaige; 
9  Je  le  sçay  bien,  il  fault  que  je  m'en  sente. 

Certes,  tes  tours  mie  n'appercevoye, 

Ne  comme  tu  scez  soubz  couverte  chappe 

Surprendre  cuers;  quant  si  bien  me  devoye 

i3        De  toy  garder  a  mon  dit;  mais  la  aggrappe 
Dont  tu  tires  a  toy  si  mon  cuer  happe 
Que  il  convient  que  je  te  face  hommaige. 
Ou  vueille  ou  non,  et  qu'a  toy  me  consente; 
Car  ton  pouoir  seigneurist  fol  et  saige: 

i8        Je  le  sçay  bien,  il  fault  que  je  m'en  sente. 

J'apperçoy  bien  que  je  me  dccevoye 
De  te  cuidier  fouyr,  car  sy  m'entrappe 
Doulx  Souvenir  que  mucié  ne  savoye; 
22        Et,  quant  je  cuit  ganchir,  je  me  reffrappe 

XLVIII.  —  Il  A^  Ne  comment 


AUTRES    BALADES  203 

Dedens  tes  las,  et  Plaisance  me  frappe 
De  l'autre  part;  tu  te  tiens  ou  passage 
Pour  traire  a  moy  ;  Biauté  y  est  présente. 
Rendre  me  fault,  ou  soit  scens  ou  foilage; 
27        Je  le  sçay  bien,  il  fault  que  je  m'en  sente. 

Ha!  dieux  d'amours,  puis  qu'en  ton  doulx  servage 
Prendre  me  veulx,  faiz  que  ne  m'en  repente, 
Car  eschapper  ne  puis  ton  seigneuraige; 
3i        Je  le  sçay  bien,  il  fault  que  je  m'en  sente. 


T' 


XLIX 


*R0P  liardement  et  grant  presumpcion 
Aucuns  instruit  a  oser  diffamer 
Les  plus  souvrains,  faignant  entencion 
Juste  et  loyal,  disant  qu'on  puet  blasmer 
5  Tout  viccieux,  maudire  et  non  amer; 

Mais  l'inutille 
Parolle  qui  puet  mettre  en  une  ville 
Noise  et  contens,  trayson  et  deffait, 
Destruccion  en  contrée  fertille  ; 
10        Je  dis  que  c'est  pechié  a  qui  le  fait. 

Pour  ceulx  le  di,  qui,  par  destraccion, 
Osent  blasmer  princes,  pour  enflamer 
Puepple  contre  eulx  par  grief  commossion, 
Et  les  osent,  ours,  lyons,  loups  nommer, 
i5        Et  fiers  tirans  les  fleurs  qu'on  sieult  clamer 
Lis  très  nobille. 


XLVill.  —  25  A^  De  t.  —  28  A^  p.  qu'a  t. 

XLIX.  —  4.  A^  que  on  —  A^  q.  doit  b.  —  8  premier  et  manque 
duits  A^  —  i)  A^  Rcbcllion  —  1  2  /l'  Vont  diffamant  p. 


264  AUTRES    BALADES 

Pilliers  de  foy,  sousteneurs  d'euvangille; 
Pour  les  flatter  ne  le  dis;  mais  deffait 
Dont  puet  venir  esclande  a  plus  de  mille  ; 
20        Je  dis  que  c'est  pechié  a  qui  le  fait. 

Sy  ne  faites,  bons  François,  mencion, 
Que  vous  ayés  tirans  fiers  plains  d'amer; 
Laissiez  parlera  autre  nacion; 
Car  ne  sçavés  qu'est  tirant,  et  semer 

25        Souffrez  a  tort  telz  diz,  ne  mesamer 
Voz  souvrains  qui  le 
SuefFrent  de  leur  doulceur,  c'est  chose  ville 
De  soustenir  contre  eulx  si  grant  tort  fait, 
Et  de  ditter  balades  de  tel  stille, 

3o        Je  dis  que  c'est  pechié  a  qui  le  fait. 

Princes  poissans,  criminelle  ou  civille 
Vengeance  pour  telz  diz  eu  voz  cuers  n'ait; 
Car  qui  glai/e  contre  son  puepple  atille, 
34        Je  dis  que  c'est  pechié  a  qui  le  fait. 


GENTIL  homme,  qui  veuli  prouesce  acquerre, 
Escoute  cy  ;  entens  qu'il  te  fault  faire: 
Armes  suivir  t'estuet  en  mainte  terre; 
Estre  loyal  contre  ton  adversaire; 
De  bataille  ne  fouir,  non  sus  traire; 
Et  doubler  Dieu;  parolle  avoir  tardive; 
En  fait  d'assauit  trouver  voye  soullive; 
Ne  soit  ton  cuer  de  lascheté  repris; 
Des  tours  d'armes  duis  dois  estre  et  apris; 

XLIX.  —  iS  A^  m.  mefFait  —  26  A  souverains 


AUTRES    BALADES  205 

Amer  ton  prince  ;  et  a  ton  chevetaine 
Estre  loyal;  avoir  ferme  couraige; 
Croire  conseil;  promesse  avoir  certaine; 
i3        S'ainsi  le  faiz,  tu  seras  preux  et  saige. 

Te  gouverner  par  grant  avis  en  guerre; 

A  voyagier  souvent  te  doit  moult  plaire; 

Princes  et  cours  estranges  tu  dois  querre, 
17        Tout  enquérir  leur  estât  et  afîaii^; 

Des  bons  parler  et  a  toy  les  attraire; 

Contre  raison  ta  parolle  n'estrive; 

Ne  mesdire  de  personne  qui  vive; 
21         Porter  honneur  aux  vaillans  ou  a  pris; 

Henter  les  bons;  n'avoir  povre  en  despris; 

Pour  acquérir  honneur  ne  plaindre  paine; 

Trop  convoitcux  n'estre,  mes  du  tien  large; 

Et  ta  parolle  soit  vraye  et  non  vaine; 
26        S^ainsi  le  faiz,  tu  seras  preux  et  saige. 

Sans  bon  conseil  de  faire  armes  requerre 

Ne  dois  autruy,  et  s'il  n'est  neccessaire 

Pour  ton  honneur,  ta  bouche  et  tes  dens  serre, 
3o        Qu'il  n'en  ysse  chose  qui  face  a  taire; 

L'autruy  bienfait  dois  voulentiers  retraire; 

Taire  le  tien;  ne  t'entendre  en  oysive; 

Estre  attrempé;  n'avoir  teste  hastive; 
34        Fouyr  tout  vice  et  avoir  en  mespris; 

Tost  achever  ce  que  tu  as  empris; 

N'avoir  orgueil  ne  parolle  hautaine; 

Ta  contenance  seurc  et  non  sauvaige, 

Par  bel  maintien  en  tous  lieux  tedemaine; 
39        S'ainsi  le  faiz,  tu  seras  preux  et  saige. 

Prince  gentil,  ccsic  vove  est  certaine 

L.  —  10  et  manque  dans  A^  —  2b  A^  pas  est  ajouté  en  interligne 
après  non 


2  06  AUTRES    BALADES 

Pour  acquérir  de  hault  honneur  la  targe  ; 
Homme  noble,  suis  la,  je  t'acertaine  : 
43        S'ainsi  le  faiz,  tu  seras  preux  et  saige. 


Ll 


TROP  sont  divers  et  merveilleux  les  tours 
De  l'inconstant,  double  et  faulsse  Fortune  ; 
Car  ses  maulx  sont  moult  loncs,et  ses  biens  cours; 
4  Nous  le  voyons,  et  c'est  chose  commune, 

Dont  Je  ne  voy  pourveance  fors  qu'une 
Contre  elle;  c'est  que  l'omme  soit  si  saige 
QuUl  n'ait  des  biens  d'elle  leece  aucune, 
8  Et  ait  ou  mal  fort  et  poissant  couraige. 

Veoir  pouons  que  tout  vient  a  rebours 
Souvent  aux  bons  par  sa  fellasse  enfrune. 
Et  aux  mauvais,  sans  desserte  ou  labours, 

12         Rent  bon  guerdon,  mais  de  deux  voyes  Tune  : 
Ou  reconfort  ou  lenguir  en  rencune: 
Prendre  conseil  convient  si  qu'homs  se  targe 
De  bon  espoir,  quoy  qu'elle  luy  soit  brune, 

16        Et  ait  ou  mal  fort  et  poissant  couraige. 

Car  puis  que  ses  joyes  ne  font  qu'un  cours 
Par  le  monde  gênerai  en  commune 
Que  nous  veons  plus  souvent  en  decours 

20        Sus  les  greigneurs  meismes  que  n'est  la  lune, 
Homme  ne  doit  les  prisier  une  prune, 
Mais,  s'ilz  viennent,  pensser  qu'en  petit  d'aage 
Perdre  on  les  puet,  seurté  n'y  ait  aucune, 

24         Et  ait  ou  mal  fort  et  poissant  couraige. 

LI.  —  3  -4.  et  se  b.  c.  —  7  ^^  es  b.  —  10  A^  fallace  —    14  A^  V. 
c.  si  c.   q.  —  i5  A^  que  '.lie  —  22  A^  pense 


AUTRES    BALADES  267. 

Princes,  soyés  certains  qu'oncques  ne  fu  ne 
Ja  ne  sera  Fortune  fors  voulaige; 
En  soit  chascun  avisié  et  chascune, 
Et  ait  ou  mal  fort  et  poissant  couraige. 


LU 


QUI  est  celluy  qui  ne  sent  la  pointure 
Aucunement  d^amours,  qui  point  ne  blesce, 
Ou  mois  de  May  jolis,  plain  de  verdure? 
4  Sy  ne  croy  pas,  Prince  de  grant  noblesce, 

Hault  et  poissant,  que  vraye  amour  ne  drece 
Voz  nobles  faiz  en  toute  bonne  voye; 
Et  pour  ce  a  vous  ma  balade  s'adresce, 
8  Ce  jour  de  May  gracieux  plain  de  joye. 

Car  je  vous  voy  plus  qu'autre  créature 
Reampli  de  biens  et  haulte  gentillesce; 
Pour  ce  je  tiens  que  vous  en  tout  temps  dure 

12         Doulx  souvenir,  qui  départir  ne  laisse 
Loyal  amour  de  vous,  et  que  maislresce 
Avez  plaisant  et  belle,  en  qui  s'employe 
Vo  noble  cuer,  qu'elle  tient  sans  tristesce, 

16         Ce  jour  de  May  gracieux  plain  de  joye. 

Si  afïicrt  bien  que  mettes  temps  et  cure 
D'amours  servir,  qui  de  sa  grant  richesce 
Guerredonner  vous  puet  de  nourriture 
20         Doulce,  plaisant,  et  qui  fait  en  prouesce 
Les  bons  monter,  et  que  vo  cuer  s'eslesse 
En  ce  dûulx  temps,  qui  aux  amans  envoyé 

LU.  —  i5  ^1'  que  elle 


268  AUTRES    BALADES 

Plaisant  pensser  et  cuer  tient  en  leesse 
24        Ce  jour  de  May  gracieux  plain  de  joye. 

Prince  amoureux,  doulx,  humain,  sans  hautece 
De  nul  orgueil,  par  moy  Amours  vous  proye 
Que  gay  soyés  pour  vo  doulce  déesse, 
28        Ce  jour  de  May  gracieux  plain  de  joye. 


LUI 


JE  ne  croy  pas  que  ma  malle  fortune 
Puisse  souffrir  qu'aucun  bien  mesecuere; 
Car  de  long  temps,  par  rigle  trop  commune, 
4  M'a  couru  sus,  et  quanque  je  labeure 

N'est  fors  en  vain  ;  car  tout  despiece  en  l'eure 
La  desloyal  qui  tout  mal  me  pourchace; 
7  Quant  bien  me  doit  venir,  meseur  l'en  chace. 

N'il  ne  me  vient  a  nulle  heure  pas  une 

Riens  a  droit  point,  pour  chose  que  je  queure, 

La  ou  secours  cuid  trouver,  mais  nesune 

1 1         Voye  n'y  a:  il  fault  que  je  demeure 

A  tousjours  mais  ainsi,  par  quoy  je  pleure 
Souvent,  veant  que,  par  diverse  chace, 

14        Quant  bien  me  doit  venir,  meseur  l'en  chace. 

Et  puis  qu'ainsi  tel  fortune  respune 

A  tout  boneur  pour  moy  et  tout  deveure 

Mes  reconfors,  avoir  ne  doy  aucune 

18         Espérance  de  jamais  veoir  Teure 

D'avoir  reppos  du  mal  qui  m'acuere; 

Car  je  congnois  qu'a  tout  quanque  rechace, 

21        Quant  bien  me  doit  venir,  meseur  Ten  chace. 


AUTRES    BALADES 


269 


2D 


Princes,  ainsi  a  cuer  plus  noir  que  meure 
Me  fault  lenguir;  car  tout  vent  me  dechace  ; 
Est  ce  bien  droit  meschief  qui  me  cuert  seure, 
Quant  bien  me  doit  venir,  meseur  l'en  chace  ? 


ENCORE  AULTRES  BALADES 


10 


||?r^ON  doulx  amy  du  quel  je  tien 
Le  loyal  cuer,  et  pour  le  tien 
Le  mien  en  eschange  te  donne. 
Je  te  pry,  ne  te  doubte  en  rien, 
Car  je  te  jur  et  promet  bien 
Que  se  ne  truys  aultre  que  bonne 
Ta  voulenté  vers  ma  personne, 
En  ce  qui  peut  honneur  toucher, 
Se  ne  passez  de  droit  la  bonne, 
Je  t'ameray  et  tiendray  chier. 


i5 


Et  s'il  te  plaist  qu'en  ce  lien 
Soit  ton  très  doulx  cuer  et  le  mien, 
Et  que  ton  vueil  au  mien  s'ordonne, 
Si  qu'en  nostre  fait  n'ait  que  bien, 
Saches  de  vray  et  le  retien, 


Les  cinq  ballades  et  les  quatre  rondeaux  qui  suivent  ne  se  trou- 
vent que  dans  le  ms.  Harley  4431  du  Musée  Britannique  f-'  40  v  à 
53. 


tSi\M'UL 


ENCORE  AULTRES  BALADES 

Sanz  qu'aultre  foiz  plus  t'en  sermonne, 
Que  l'amour  qui  en  moy  s'entonne, 
Dont  ta  doulceur  me  vient  preschier, 
Durera,  puis  que  m'y  adonne. 
20  Je  t'ameray  et  tendray  chier. 

Par  si  que  toudiston  maintien 
Soit  tel  qu''  ainsi  que  je  le  tien, 
Non  obstant  qu'  acueil  t'abandonne, 
M'onneur  garderas  par  moyen 

35  De  loyauté  se  tu  es  sien; 

Tout  le  surplus  je  te  pardonne, 
Car,  quoy  que  désir  t'araisonne 
Par  force  d'amour  me  touchier, 
Mais  que  trop  ne  te  desordonne, 

3o  Je  t'ameray  et  tendray  chier. 

Pour  ce,  amis,  gaignes  la  couronne 
Sur  tous  amans,  ne  t'approchier 
D'aultre  vueil;  sanz  t'estre  félonne 
34  Je  t'ameray  et  tendray  chier. 


II 


TON  alée  me  met  en  tel  tristece, 
Mon  doulx  ami,  que  ne  puis  avoir  joye. 
Dieux!  joye  helas!  et  dont  vendroit  l'adrece, 
Dont  tant  fust  pou,  se  je  ne  te  veoye, 
M'en  peust  venir?  Il  n'y  a  tour  ne  voye; 
Car  esleu  t'ay  pour  ma  part  de  tous  biens, 
Tu  es  le  tout  et  non  miepartie; 
Pour  ce,  de  toy,  que  j'aim  sur  toute  riens, 


I.  —  16,  22  et  23  A^  que  a  —  28  ^1=  te»t.  Cor;-.,  me 


ENCORE  AULTRES  BALADES  270 

9  Certes  trop  m'est  dure  la  départie. 

La  départie,  lasse  !  c'est  destresse 

Trop  dure  a  cuer  que  grant  amour  mestroye! 

Quant  est  de  moy  bien  sçay  que  sanz  leece 

i3        Demoureray,  et,  quel  part  que  je  soye, 
N'aray  plaisir  ne  chose  qui  m'esjoye. 
Or  je  ne  sçay  quelz  maulz  seront  les  tiens 
Ne  quieulx  regraiz  aras  de  ta  partie, 
Mais  quant  a  moy  pour  engriger  les  miens 

18         Certes  trop  m^est  dure  la  départie. 

Et  non  pour  tant  le  mal  que  si  me  blesse 
Sera  plus  court,  s'il  te  plaist  toutevoye 
Que  ton  retour  soit  brief,  mais  c'est  simplece 

22        Du  dire  a  moy,  je  croy,  ne  que  je  doye 
Penser  qu'a  loy  en  soit  au  fort  se  voye 
Sauf  ton  honneur  y  a  ;  tost  t'en  reviens, 
Car  te  promet  pour  vray,  sanz  foy  mentie, 
Quoy  qu'en  faces,  saches  et  le  retiens, 

27        Certes  trop  m'est  dure  la  départie. 

Amours  me  tient  pour  toy  en  tes  lyens, 
Mon  doulx  amy.  ou  soit  sens  ou  sotie, 
Que  de  tes  yeulx  et  tes  plaisans  maintiens 
3i        Certes  trop  m'est  dure  la  départie. 


III 


A  Dieu  te  dis,  amis,  puis  qu'il  le  fault, 
Combien  qu'assez  seuffre  de  dueil  et  peine 
Pour  ton  départ  qui  me  conduit  et  meine 
De  joye  en  dueil.  ce  m'est  douleuieux  sault. 

ir.  —  23  A-  que  a 

T   1  ,8 


274  ENCORE    AIJLTRES    BALADES 

Puis  qu'il  convient  qu'ainsi  soit,  riens  n'y  vault 
M'en  doulourer,  Dieu  pry  qu'il  te  ramaine, 
7  A  Dieu  te  dis,  amis,  puis  qu'il  le  fault. 

Mais  je  sçay  bien  qu'en  aray  dur  assault 
D'Amours  qui  trop  a  son  vueil  me  demaine, 
Et  qu'assez  plus  d'une  foiz  la  sepmaine 
Je  pleureray,  je  ne  sçay  s'il  t'en  chault, 
12        A  Dieu  te  dis,  amis,  puis  qu'il  le  fault 


H- 


IV 


ELAs!  par  temps  seront  passez  six  moys 
Que  je  ne  vy  la  riens  que  j'aime  mieulx 
Qui  sur  tous  est  bel  et  bon  a  mon  choix, 
Sage  et  courtois,  mais  loings  est  de  mes  yeulx 

5  Dont  me  venoit 

Joye  et  plaisir,  c'est  bien  droit  qu'il  m'ennoit, 
Car  tout  le  bien  qui  est  en  souffisance 
J'en  avoie,  ce  puis  je  tesmoigner, 
Et  qui  n'aroit  regrait  a  tel  plaisance 

10        Et  a  si  très  doulce  amour  eslongner? 

Car  avec  ce  qu'a  très  bon  le  con^noiz, 
Tant  de  plaisirs  me  faisoit  en  tous  lieux 
De  son  pouoir,  que  pas  seule  une  foiz 
Je  n'y  trouvay  faulte,  et,  ce  m'aist  Dieux, 

i5  Tant  s'en  penoit 

Que  d'aultre  riens,  croy,  ne  lui  souvenoit. 
Il  me  servoit  tout  a  mon  ordonnance, 
De  riens  qu'il  peust  ne  me  faloit  songner. 
Et  qui  n'aroit  regrait  a  tel  plaisance 

20        Et  a  si  très  doulce  amour  eslongner? 


ENCORE  AULTRES  BALADES  275 

Dont  a  bon  droit  se  j'en  ay  ducil  et  poiz 
Et  se  le  lonc  demour  m'est  ennuyeux, 
Car  seulement  d'oyr  sa  doulce  voix 
Et  me  mirer  en  ses  ris  et  gieux 

25  Tant  me  donnoit 

De  leece,  que  mon  cuer  y  prenoit 
Déduit  et  paix,  confort  et  soutenance, 
Car  le  veoye  mien  sans  espargner  ; 
Et  qui  n'aroit  regrait  a  tel  plaisance 

3o        Et  a  si  très  doulce  amour  eslongner? 

Princes,  Jugiez  s\i  tort  la  souvenance 
D'un  tel  ami  me  fait  en  plours  baigner, 
Et  qui  n'aroit  regrait  a  tel  plaisance 
34        Et  a  si  très  doulce  amour  eslongner? 


V 


QUANT  chacun  s'en  revient  de  Tost 
Pour  quoy  demeures  tu  derrière? 
Et  si  scez  que  m'amour  entière 
4  T'ay  baillée  en  garde  et  depost. 

Si  deusses  retourner  plus  tost, 
A  fin  que  faisiens  bonne  chiere, 
7  Quant  chacun  s'en  revient  de  Tost. 

Puis  qu'  honneur  point  ne  le  te  toit 
Qui  te  puet  tenir  si  arrière  ? 
Je  m'en  plaindray  de  la  manière 
Au  dieu  d'amours,  c'est  mon  prevost, 
12  Quant  chacun  s'en  revient  de  l'ost. 

IV.  —  24  Sic  dans  /l',  C'orr.  et  ses  gieux 


276  ENCORE  AULTRËS  BALADES 


VI 


Tu  soies  le  très  bien  venu, 
M'amour,  or  m'embrace  et  me  baise 
Et  comment  t'es  tu  maintenu 
4  Puis  ton  départ?  Sain  et  bien  aise 

As  tu  esté  tousjours?  Ça  vien, 
Coste  moy,  te  sié  et  me  conte 
Comment  t'a  esté,  mal  ou  bien, 
8  Car  de  ce  vueil  savoir  le  compte, 

—  Ma  dame,  a  qui  je  suis  tenu 
Plus  que  aultre,  a  nul  n'en  desplaise, 
Saches  que  désir  m'a  tenu 

12  Si  court  qu'onques  n'oz  tel  mesaise, 

Ne  plaisir  ne  prenoie  en  rien 
Loings  de  vous.  Amours,  qui  cuers  dompte. 
Me  disoit  :  «  Loyauté  me  tien, 

16  Car  de  ce  vueil  savoir  le  compte  ». 

—  Dont  m^as  tu  ton  serment  tenu, 
Bon  gré  t'en  sçay,  par  saint  Nicaise  ; 
Et  puis  que  sain  es  revenu 

20  Joye  arons  assez  ;  or  t'apaise 

Et  me  dis  se  scez  de  combien 
Le  mal  qu'en  as  eu  a  plus  monte 
Que  cil  qu'  a  souffert  le  cuer  mien, 

24  Car  de  ce  vueil  savoir  le  compte. 

—  Plus  mal  que  vous,  si  com  retien, 
Ay  eu,  mais  dites  sanz  mesconte 
Quans  baisiers  en  aray  je  bien  ? 

28  Car  de  ce  vueil  savoir  le  compte. 

VI.  —  23  A^  que  a 


ENCORE  AULTRES  BALADES  277 


VII 


QUI  VOUS  en  a  tant  appris, 
Noble  duc  des  Bourbonnoiz, 
Des  gracieux  esbanoiz 
4  Qui  sont  en  dicter  compris? 

S'a  fait  Amours  qui  empris 
L'a,  pour  oster  voz  ennoiz  ? 
7  Qui  vous  en  a  tant  appris? 

Car  si  bien  vous  estes  pris 
A  dicter,  se  m'y  congnoiz, 
Que  je  dy  et  recongnoiz 
Que  vous  en  portez  le  pris  ; 
12  Qui  vous  en  a  tant  appris? 


VIII 


LE  plus  bel  des  fleurs  de  liz 
Et  cellui  que  mieulx  on  prise 
A  mon  gré  en  toute  guise 
Est  cil  que  sur  tous  j'esliz. 

Car  il  est  jeune  et  joliz, 

Doulx,  courtoiz,  de  haulte  prise, 

Le  plus  bel  des  fleurs  de  liz. 

Et  pour  ce  je  m'embeliz 

En  s'amour,  dont  suis  esprise; 

Si  ne  doy  estrc  reprise 


278  ENCORE  AULTRES  BALADES 

Se  ay  choisy,  pour  tous  deliz, 
12  Le  plus  bel  des  fleurs  de  liz. 


T' 


IX 


'ouT  bon,  tout  bel,  tout  assouvi  en  grâce, 
Lequel  bon  loz  tesmoigne  tout  parfaiz. 
Duc  de  Bourbon,  Jeune,  sage  et  qui  passe, 
Selon  Tage,  mains  vaillans  en  tous  fais, 

5  Vous  soiez  le  très  bien  venu 

Du  hault  voyage,  ou  estes  avenu 
A  ce  a  quoy  désir  d'onneur  vous  cbace. 
La  merci  Dieu,  si  en  doit  souvenir 
A  tout  homme  qui  vaillance  pourchace. 

10        De  bien  en  mieulx  vous  puist  il  avenir! 

Mais  de  voz  fais  louez  en  toute  place 
S^ilz  sont  vaillans  et  qu'en  pouez  vous  mais  ? 
Ce  fait  Amours,  de  qui  vient  toute  grâce, 
Qui  vous  y  duit  et  repaist  de  ses  maits  ; 

i5  Pour  ce  ne  pourries  estre  nu 

Des  bons  désirs  et  faiz  qu'ont  maintenu 
Ceulx  qui  suivent  des  très  meilleurs  la  trace. 
Qu'il  prent  et  duit  par  plaisant  souvenir; 
De  ce  vous  vient  tout  boneur  a  grant  mace. 

20        De  bien  en  mieulx  vous  puist  il  avenir? 

Dont  ne  croy  pas  que  èelle  qui  enlace 
Vo  gentil  cuer  en  s'amour,  quant  le  faiz 
Du  hault  labour,  qui  nul  temps  ne  vous  lasse, 
Ot  raconter,  que  se  souffrist  jamais 
25  De  vous  amer,  quoy  que  tenu 

IX.  —  Entre  le  rondeau  précédent  et  la  ballade  IX  il  y  a  dans, 
le  ms.  Harley  deux  folios  blancs  qui  portent  les  «"'  5/  et  52.  — 
16  A~  que  o. 


ENCORE  AULTRES  BALADES 


279 


3o 


Vous  soyez  loings,  maiz  souvent  et  menu 
D'or  en  avant  verrez  sa  doulce  face, 
Pour  au  plaisir  honorable  avenir 
Que  dame  peut  donner  sanz  que  mefface. 
De  bien  en  mieulx  vous  puist  il  avenir! 


^4 


Prince  gentil,  en  qui  bonté  s'amasse, 
En  armes  Dieux  vous  vueille  maintenir 
Aussi  d''amours  qui  jamais  ne  defface. 
De  bien  en  mieulx  vous  puist  il  avenir  ! 


COMPLAINTES  AMOUREUSES 


12 


i6 


JouLCE  dame,  vueillez  oïr  la  plainte 
M?^^  De  ma  clamour;  car  pensée  destraintte 
Par  trop  amer  me  muet  a  la  complainte 

De  mon  grief  plour 
Vous  regehir,  si  ne  croiez  que  faintte 
Soit  en  nul  cas;  car  friçon,  dont  j'ay  mainte 
Et  maint  grief  dueil  me  rendent  couleur  tainte 

Et  en  palour. 
Chiere  dame,  dont  me  vient  la  dolour, 
Par  qui  Amours  trembler,  en  grant  chalour, 
Me  fait  souvent,  dont  j'ay  vie  et  coulour 

Par  fois  estaintte. 
Mon  piteux  plaint  ne  tenez  a  folour. 
Pour  ce  qu'en  vous  il  a  tant  de  valeur; 
Car  je  sçay  bien,  du  dire  n'ay  coulour, 

Mais  c'est  contrainte. 


Dame  sanz  per,  et  sanz  vous  décevoir 
11  m'est  besoins  de  vous  faire  assavoir 


I.  —  5  5  et  ne  c. 


3  A^  ne  teniez 


282  COMPLAINTES    AMOUREUSES 

De  mon  tourment  amoureux  tout  le  voir: 

20  Car  amours  fine 

Sy  m'y  contraint  pour  faire  mon  devoir. 
Hé!  dame,  en  qui  il  a  plus  de  savoir 
Qu'il  ne  pourroit  en  autre  dame  avoir, 

24  La  droitte  mine, 

Ou  tout  bien  croist,  se  comble  et  se  termine. 
Helas!  le  mal  qui  occist  et  affine 
Mon  dolent  cuer  et  ma  vie  décline, 

28  Apercevoir 

Vueilliez  un  pou,  ou  dedens  brief  termine 
M'estuet  morir  ;  se  par  vous  médecine 
Je  n'ay,  par  quoy  mon  malage  deffine, 

32  Je  mourray  voir. 

Et  mors  fusse  certes  pieça  de  dueil; 
Mais  garison  vo  très  doulz  riant  oeil, 
Par  leur  plaisant  et  gracieux  accueil 

36  Si  doulcement 

Me  promettent,  quant,  en  plaisant  recueil, 
Leur  amoureux  et  très  doulz  regart  cueil, 
Dont  torner  font  souvent  en  aultre  fueil 

40  Mon  marrement  ; 

De  nulle  part  n'ay  confort  autrement. 
Dame,  or  vueilliez,  s'il  vous  plaist,  liement 
Et  bouche  et  cuer  accorder  plainement 

44  A  leur  doulz  vueil, 

Et  se  d'accort  ils  sont  entièrement, 

Vous  m'arez  mis  et  trait  hors  de  tourment, 

Et  de  vivre  a  tousjours  joyeusement 

48  Dessus  le  sueil. 

Mais  de  mon  mal  je  ne  m'ose  a  nul  plaindre; 
Car  mieulz  morir  je  vouldroie  ou  estaindre 

ï.  —  bo  B  et  e. 


COMPLAINTES    AMOUREUSES  283 

Que  regehir,  tant  me  sceust  on  contraindre, 

52  La  maladie 

Que  j'ay  pour  vous,  ne  comment  j'aim  sanz  faindre, 
Fors  seulement  a  vous  que  je  doy  craindre, 
Car  mesdisans  doy  doubter  et  recraindre 

56  Et  leur  boisdie; 

Mais,  fors  a  vous,  n'avendra  que  le  die; 
Quant  autrement  sera,  Dieu  me  maudie  ! 
Mais,  belle,  a  vous  n'est  droit  que  je  desdie 

6o  Par  moy  retïraindre 

Ce  qu'Amours  veult  que  souvent  vous  redie 
Très  humblement  a  chiere  acouardie, 
Pour  moy  garir  du  mal  dont  je  mendie, 

64  Viegne  a  vous  plaindre. 

Helas!  ma  très  aourée  déesse, 

Et  ma  haulte  souveraine  princesse, 

Ma  seule  amour,  ma  dame,  ma  leece, 

68  Qui  reclamer 

Me  fault  souvent  en  ma  poignant  destrece. 
Ne  prenez  pas  garde  a  la  grant  haultece 
De  vous  envers  ma  foible  petitece, 

72  _  Mais  a  Tamer 

Que  j'ay  pour  vous,  qui  me  fait  las  clamer, 
Et  tant  de  plours  et  de  larmes  semer, 
Et  comment  je  vous  vueil  toudis  amer 

76  Comme  maistrecc. 

Servir,  doubter,  obeïr  et  fermer 
En  vostre  amour,  et  toudis  confermer 
A  vo  bon  vueil,  sanz  ja  m'en  deffermer, 

80  Pour  nulle  asprece. 


l.  —  b'i  D  cl  c.  —  53  B  Car  ui.  je  d.  trop  fort  r.  —  61  B  que 
vous  die  et  r.  —  62  B  T.  h.  non  pas  a  resto'jrdie  —  63  £  P.  m. 
q,  a  chiere  pou  hardie  —  64  B  Vieng  je  —  07  iî  Ma  vraye  a.  —  71 
A^  n'a  ma  très  f.  p.  —  78  B  et  du  tout  c. 


2^4  COMPLAINTES   AMOUREUSES 

Mais  i'ay  double  qu'en  vain  tant  me  travail; 
Car  je  sçay  bien,  dame,  que  trop  pou  vail 
Pour  si  hault  bien,  et  croy  bien  se  g^y  faii 

84  Ce  yert  par  despris, 

Mais  s'il  vous  plaist  a  daignier  prendre  en  bail 
Mon  povre  cuer  que  vous  livre  et  vous  bail, 
Je  sçay  de  vray  que  se  je  ne  deffail 

88  Ou  mort  ou  pris, 

Que  je  pourray  par  vous  monter  en  pris, 
En  qui  tous  biens  sont  parfais  et  compris, 
Et  en  qui  puet  a  toute  heure  estre  pris, 

92  A  droit  détail, 

Los  et  honneur;  en  quoy  seray  apris 
Par  vous,  si  bien  que  ne  seray  repris 
D'avoir  failli,  se  je  puis,  ne  mespris, 

96  Se  si  hault  fail. 

Ha!  hay  dolens!  mais  trop  me  desconforte 
Espérance,  qui  en  mon  cuer  est  morte, 
Soventes  fois,  dont  trop  grief  doulour  porte 

100  Et  trop. grant  rage, 

Quant  je  repense  a  la  très  haulte  sorte 
Dont  vous  estes,  par  quoy  doubt  que  la  porte 
D'umble  pitié  pour  mon  bien  sera  torte 

104  Chose  et  ombrage; 

Mais  Amours  vient  après  qui  m'assoage 
Et  me  redit  par  si  très  doulz  langage 
Que  jadis  ot  Pymalion  de  l'ymage 

108  De  pierre  forte 

Vray  reconfort  de  Tamoureux  malage, 

Par  lui  servir  de  très  loial  corage, 

Et  vraye  amour,  ouquel  très  doulz  servage 

112  Tout  bien  enorte. 


I.  —  95  Omis  dans  A  —  qiBaX.  honneur  est  p.  —  Cfb  A^  A  mon 
pouoir  n'en  nulle  fauhe  pris  —  loi  A  Q_.  je  pense 


COMPLAINTES   AMOUREUSES  285 

Helasl  dame,  puis  que  Pymalion, 

Aussi  Pirra  et  Deûcalion, 

Ains  que  fondé  fust  le  noble  Ylion, 

ii6  Amolierent 

Pierres  dures,  n"ayez  cuer  de  lyon 
Et  sanz  pitié  vers  moy  ;  ains  alion 
Noz  deux  vrays  cuers  et  ne  les  deslion 

1 20  De  leurs  jointures 

Jamais  nul  jour  pour  nulles  aventures; 
En  loiaument  amer  soient  noz  cures, 
Et  noz  amours  savoureuses  et  pures 

124  Apalion, 

Si  bien  que  les  desloiales  pointures 

De  mesdisans,  et  leurs  fausses  murmures, 

Ne  nous  .soient  ne  nuisables  ne  sures, 

I  28  Si  nous  celion. 

Et  vous  vueille,  ma  dame,  souvenir 
Que  de  ce  fait  ainsi  ne  puist  venir 
Com  retraire  jVy  et  maintenir 

I  32  Que  il  avint 

D'un  vray  amant  qu'Amours  si  voult  tenir 
En  ses  durs  las  et  tant  lui  maintenir, 
Que  hors  du  sens  lui  convint  devenir, 

i36  Et  a  tant  vint 

A  la  parfin  que  morir  lui  convint 

Par  trop  amer,  mais  pour  riens  qu'il  avint 

A  sa  dame  nulle  pitié  n'en  vint, 

140  Ne  retenir 

Ne  le  daigna  n'en  vie  soustenir, 
Ainçois  le  voult  la  crueuse  banir 
D'environ  soy  pour  lui  du  tout  honnir, 

144  Do'nt  mort  soustint. 


I.  —  I  17  B  neis  c.  de  1.  —  126  A^  Des  m. 


2  86  COMPLAINTES    AMOUREUSES 

Mais  le  dolent  amant  très  douloreux, 
Citant  sangloux  et  plains  mausavoureux, 
Quant  vint  a  mort  par  piteux  moz  aireux, 

148  D'entente  pure 

Moult  supplia  aux  dieux  a  yeulz  plureux, 
Que  de  celle  qui  le  tint  langoureux, 
Par  qui  moroit  dolent  maleiireux, 

i52  De  mort  trop  sure 

Encor  vengiez  peusî  estre  de  Tinjure 
Qu'elle  lui  fait,  et  sentir  tel  pointure 
Lui  donnassent  que  fust  com  pierre  dure, 

i56  Mal  doulcereux, 

Son  corps  cruel  toudis  comme  estature, 
Dont  les  dames  en  vcelle  aventure 
Se  mirassent,  qui  n'ont  pitié  ne  cure 

160  Des  amoureux. 

A  donc  fina  le  las  a  tel  hachée  ; 

Mais  n'ot  en  vain  sa  prière  affichée; 

Car  bien  ont  puis  les  dieux  sa  mort  vengée, 

164  Et  quant  en  terre  ^ 

On  le  portoit,  la  félonne  approchée 
De  la  bière  s'est,  lors  fut  accrochée, 
Car  tel  pitié  s'est  en  son  cuer  fichée 

168  Et  si  la  serre, 

Que,  tout  ainsi  com  fouldre  chiet  grant  erre, 

Celle  enroidi  et  devint  une  pierre 

De  marbre  blanc  ;  encor  le  puet  on  querre 

172  La  accrochée. 

Ainsi  les  dieux  qui  aux  amans  fait  guerre 
Vengence  en  font;  pour  ce  vous  vueil  requerre 
Dame,  pour  Dieu,  qu^en  ce  vostre  cuer  nVrie, 

176  Dont  mal  en  chée! 

I.  —  ibj  yl- ainsi    (en    interligne)  c.  e.  —  166  B  Lors  s'est  du 
corps,  adonc  f.  a.  —  i6j  B  fu  en  s.  c    —   169  A"  a.  que  f. 


COMPLAINTES   AMOUREUSES  287 

Ne  me  devez  doncques  bouter  arrière 
Combien  qu'a  moy  si  haulte  honneur  n'afficre, 
Quant  en  penser  n'ay  en  nulle  manière 

180  Chose  villaine, 

Ne  ne  croiez,  dame,  que  vous  requière 

Ne  que  jamais  en  ma  vie  je  quiere 

Chose  nulle  dont  vostre  honneur  acquière, 

184  Soiez  certaine, 

Blasme  en  nul  cas  ne  nulle  riens  mondaine 
Ou  vostre  honneur  ne  soit  entière  et  saine, 
Ma  doulce  amour,  ma  dame  souveraine, 

188  Et  la  lumière 

De  mon  salut  qui  me  conduit  et  meine 
A  joyeux  port,  très  noble  iresmontaine, 
Ne  vueiliiez  pas  vers  moy  estre  hautaine 

192  N'a  ma  prière. 

Et  s'il  vous  plaist,  très  belle,  a  ottroier 
Moy  vostre  amour,  sanz  la  me  desvoier 
Et  que  j'aye  si  très  noble  loier 

196  Par  vous  servir, 

Je  vous  promet  a  du  tout  emploier 
Et  cueret  corps,  et  moy  tout  avoier 
A  vous  servir  sanz  jamais  anoyer, 

200  Pour  desservir 

Si  hault  honneur  :  je  m'y  vueil  asservir, 
Et  loiaultè  vous  promettre  et  pleuvir; 
Et  quant  ainsi  m'y  vueil  du  tout  chevir, 

204  M'en  envoler 

Honteux  et  maz  par  escondit  ouïr 
Ne  me  vueiliiez,  pour  ma  vie  ravir, 
Et  pour  mes  jours  faire  tost  assovir, 

208  N'en  plours  baignier. 

I.  —  178  A^  si  h.  amour  —  181  A-  Et  ne  —  loi  /j  p.  c.  v.  m.  h. 
—  193  a  ejfacé  dans  A^  —  yl^  ma  t.  b.  o.  —  194  A'^  A  m.  —  kjo 
^»  A  V  amer  —  2o3  A'  B  a.  me  v. 


288  COMPLAINTES    AMOUREUSES 

Or  y  pensés,  pour  Dieu,  très  belle  née, 
Dame  d'onnour  en  ce  monde  ordonnée, 
Pour  ma  plaisant  joyeuse  destinée, 

21 2  De  qui  je  port 

Emprainte  ou  cuer,  toute  heure  de  l'année, 
La  très  plaisant  face  escripte  et  signée, 
Et  vo  beauté  parfaicte  et  affinée, 

2i6  Et  le  doulz  port 

De  vo  gent  corps,  lequel  est  le  droit  port. 
Ou  joye  maint  et  plein  de  doulz  aport, 
En  qui  je  prens  mon  savoureux  déport; 

220  Et  deffinée 

Soit  ma  dolour  du  tout  et  tel  raport 
Vo  très  doulz  oeil,  a  qui  je  me  raport, 
Me  facent  tost  que  tout  mon  mal  enport 

224  En  brief  journée. 

Très  doulce  flour,  de  qui  fault  que  j'atende 
Le  doulz  vouloir,  a  vous  me  recommande 
Très  humblement  et  vo  cuer  pri  qu'entende 

228  M'umble  requeste, 

Et  a  garir  mon  mal  amoureux  tende 
Humble  pitié,  qui  envers  moy  s'estende, 
Si  que  soûlas  qu'ay  tout  perdu  me  rende 

232  Et  joye  et  feste. 

Adonc  sera  souvie  ma  requeste. 

Et  m'esperance  amoureuse  et  honneste. 

Si  pry  a  Dieu  qu'a  ce  vous  face  preste, 

2  36  Et  vous  deffende 

De  tout  anuy,  et  vous  doint  sanz  arreste 
Tous  voz  désirs  et  longue  vie  preste 
A  vo  beau  corps,  et  puis  a  Tame  apreste 

240  Legiere  amende, 

ExPLiciT  Complainte  amoupeuse, 

'.   —  227  A- a  vo  c,  -  2'ii  A"  Et  q. 


COMPLAINTES  AMOUREUSES  2Sq 

II  1 

Ci  commence  une  complainte  amoureuse. 


v 


UEiLLEZ  oyr  en  pitié  ma  complainte, 
Belle  plaisant  pour  qui  j'ay  douleur  mainte 
Et  que  j'aour  plus  que  ne  saint  ne  sainte, 

4  Chose  est  certaine; 

Et  ne  cuidez  que  ce  soit  chose  fainte, 
Très  doulce  flour  dont  je  porte  Temprainte 
Dedens  mon  cuer  pourtraicte,escripte  et  painte. 

8  Car  la  grant  peine 

Du  mal  d'amours  qui  pour  vous  me  demaine 
Me  grieve  tant,  de  ce  vous  acertaine, 
Que  plus  vivre  ne  puis  jour  ne  sepmaine, 

12  Dont  par  contrainte 

Dire  me  fault  a  vous,  ma  souveraine, 

Le  très  grant  faiz  dont  ma  pensée  est  plaine, 

Bonne,  belle,  tout  le  vous  dis  je  a  peine 

i6  Et  en  grant  crainte. 

Et  se  je  crains,  doulce  dame,  a  le  dire 
Merveilles  n'est,  car  qui  vouldroiteslire 
En  tout  le  mond  sans  trouver  a  redire 

20  Une  parfaicte 

Haulte  dame  pour  estre  d'un  empire 

Couronnée,  si  devroit  il  souffrir 

De  vous,  souvraine,  ou  tout  honneur  se  tire; 

24  Maiz,  très  doulcette 

Jouvencelle,  que  mon  cuer  tant  regraitte, 

I.  Cette  complainte  ne- se  trouve  que  dans  le  ms.  Harley  443 1 
du  Musée  Britannique,  fol.  48'^ 

T.  1  u. 


290  COMPLAINTES   AMOUREUSES 

S'amours  contraint  mon  cuer  qu'en  vous  se  mette 
Pour  vous  servir  sanz  que  Ja  s'en  desmette, 

28  N'en  ayés  yre, 

Pour  tant  se  ne  vous  vail,  flour  nouvelette, 
Rose  de  may,  belle,  sade  et  simplette, 
A  qui  serf  suis,  lige,  obligié  de  debte 

32  Ou  je  me  mire. 

Mais  s'il  avient  que  vo  valeur  s'orgueille 
Contre  mon  bien,  pour  ce  que  pas  pareille 
N'estes  a  moy  et  que  ne  m'appareille 

36  A  vo  haultece, 

Je  suis  perdus  se  fierté  vous  conseille 
Que  m'occiez,  dangier  qui  tousjours  veille 
Me  courra  sus,  si  seroit  bien  mervqille 

40  Q.u'en  tel  asprece 

Vesquisse,  helas!  ma  dame  et  ma  maistresse, 
Mon  seul  désir,  mon  espoir,  ma  déesse  ; 
Pour  Dieu  mercy  que  ne  muire  a  destresce, 

44  Dame,  ainçois  vueille 

Vostre  doulceur  tost  me  mettre  en  adresse 
De  reconfort  quant  voyez  que  ne  cesse 
De  vous  servir  de  fait  et  de  promesse 

48  Quoy  que  m'en  deuille. 

Hé  !  très  plaisant  et  amoureux  viaire, 
Doulx  corselet,  de  beauté  l'exemplaire, 
Que  vraye  amour  me  fait  amer  et  plaire 

52  Sur  toute  chose,, 

Le  mal  que  j'ay  je  ne  vous  puis  plus  taire, 
Car  vo  secours  m'est  si  très  neccessaire 
Que,  se  ne  l'ay,  a  la  mort  me  fault  traire, 

56  Ne  ne  repose, 

Si  en  ayez  pitié,  fresche  com  rose. 

Voyez  comment  tout  de  plour  je  m'arrose, 

Et  toute  foiz  a  peine  dire  Pose 


COMPLAINTES   AMOUREUSES  29 1 

60  Ne  vers  VOUS  traire, 

Tant  vous  redoubt;  pour  ce  ay  tenue  close 
Ma  pensée,  mais  or  vous  est  desclose  •, 
Car  grant  amour  m^a  fait  a  la  parclose 

65  Le  vous  retraire. 

Helas  !  belle,  trop  seroie  deceu 

Se  le  maintien  que  j'ay  en  vous  veû 

Tant  doulx,  tant  quoy,  si  humble  et  qui  m'a  meu 

68  A  vous  amer, 

Avoit  en  soy,  sanz  qu'il  fust  apperceu, 
Fierté,  dangier  ;  certes  ne  seroit  deu 
Que  si  très  doulx  ymage  tust  peu 

72  De  fiel  amer, 

Et  m'est  advis  qu'on  vous  devroitblasmer 
Se  cruaulté  qu^on  doit  tant  diffamer 
Estoit  en  vous  qu'on  doit  doulce  clamer, 

76  Car  a  mon  sceu 

Nulle  meilleur  de  vous  n'oy  renommer. 
Ha!  très  plaisant,  ou  je  me  vueil  fermer, 
Vostre  doulx  cuer  a  moy  amy  clamer 

80  Soit  esmeii. 

Et  m'est  advis,  belle,  se  je  pouoye 

Vous  demonstrer  comment,  ou  que  je  soye, 

Entièrement  suis  vostre  et  qu'il  n'est  joye 

84  Qui  d'aultre  part 

Me  peust  venir,  certes  je  ne  pourroye 
Croire  qu'en  vous,  doulce  simpicte  et  quoye, 
N'est  tant  de  bien,  et  c'est  la  ou  m'apoye 

88  Et  main  et  tart; 

Et  de  pitié  que  vo  très  doulx  regart, 

Qui  de  mon  cuer  a  nulle  heure  ne  part 

Ne  dont  n'ay  bien  fors  quant  je  sent  l'cspart 

74  A-  que  on  —  75  A'  que  on 


292  COMPLAINTES    AMOUREUSES 

92  Par  quelque  voye, 

Ne  confortast  le  mal  dont  j'ay  granc  pari; 
Mais  je  ne  puis  en  secret  n'en  appart 
Parler  a  vous,  dont  mon  cueur  de  dueil  part 

96  Et  en  plours  noyé. 

Et  doncques  las  !  dont  vendroit  reconfort 
A  mon  las  cuer  qui  meurt  par  amer  fort, 
Quant  ne  savez,  m'amour,  le  desconfort 

100  Ou  pour  vous  suis 

Ne  comment  vous  aim  de  tout  mon  effort? 
Si  couvendra  que  je  soie  a  dur  port, 
Se  vraye  amour  a  qui  m'attens  au  fort 

104  Tost  n'euvre  l'uys 

D'umble  pitié  ou  a  secours  je  fuys  ; 
Si  vous  dye  comment  durer  ne  puis 
Pour  vostre  amour  ou  tout  je  me  suis  duys, 

108  Soit  droit  ou  tort. 

Par  quoy  voyez  comment  et  jours  et  nuis 

De  tous  solas  et  de  joye  suis  vuys. 

Se  tel  secours  bien  brief  vers  vous  ne  truys 

I  i  2  Vez  mêla  mort  ! 

Car  mesdisans  tant  fort  redoubte  et  crain 

Que  je  n'ose  parler  ne  soir  ne  main 

N'a  nulle  heure,  dont  je  suis  de  dueil  plain, 

116  A  vous,  très  belle, 

Pour  vostre  honneur  qui  est  entier  et  sain, 
Ne  ja  pour  moy,  vo  cuer  en  soit  certain, 
N'empirera,  quel  que  soit  mon  reclain, 

120  Ains  m.ort  cruele 

Endureruy,  pour  Dieu,  ma  demoiselle, 
Ne  doubtez  point  que  vous  face  querelle 
Fors  en  honneur,  Dieux  tesmoing  en  appelle, 

124  Mais  je  me  plain 

De  ce  qu'Amours  si  haukc  jouvencelle 


COMPLAINTES    AMOUREUSES  2g^ 

M'a  fait  amer  qu'ouyr  n'en  puis  nouvelle, 
Se  par  pitié  ne  me  vient,  pour  ce  a  elle 
(28  Seule  m'en  claim. 

Mais  puis  qu'Amours  a  voulu  consentir 
Qu'en  si  hault  lieu  me  meisse  sanz  mentir, 
Je  ne  croi  pas,  quoy  que  soie  martir, 

i32  Qu'au  lonc  aler 

Ne  resveille  Pitié  qui  départir 
Face  le  mal  dont  suis  au  cuer  partir. 
Si  me  convient,  quoy  que  j'aye  a  sentir, 

t36  Tout  mon  parler, 

Mes  faiz,  mes  diz,  sanz  riens  lui  en  celer, 

A  vraye  amour  adrecier,  qui  voler 

En  vo  doulx  cuer  vueille  et  vous  révéler 

140  Comment  ne  tir 

Fors  a  tout  bien  ;  ainsi  s'Amour  mesler 
S'en  veult,  plus  n'ay  besoing  de  m'adouler, 
Or  vueille  tost  vo  doulx  cuer  appeler 

144  Et  convertir. 

Si  couvient  dont  qu'a  Amours  m'en  attende, 
Lui  suppliant  qu'a  mon  secours  entende, 
Et  a  Pitié  qui  sa  doulce  main  tende 

148  Pour  redrecier 

Mon  povre  cuer,  car  rien  n'est  qu'il  attende 
Fors  que  la  mort  qui  son  las  corps  estende 
Dedens  briefs  jours;  pour  ce  lui  pry  qu'il  tende 

I  52  A  avancier 

Ma  garison,et  se  vueille  adrecier 

Par  devers  vous,  ma  dame,,  et  ne  laissier 

Vo  cuer  en  paix  jusqu'à  ce  qu'eslaissier, 


126  A'^que  o.  — 1 32  A^  Que  au  —  Les  vers  14g  et  i5i  se  trouvent 
répétés  dans  le  manuscrit,  avec  cette  variante  pour  le  vers  i5r 
«  Dedens  briefs  jours  si  luy  pry  qu'il  attende  »  —  i53  A-  jusque  a 


294  COMPLAINTES   AMOUREUSES 

i56  Si  que  j^amende, 

Vueille  le  mien  et  de  joye  laissier. 
Humble  pitié  a  ce  vueille  plaissier 
Vo  bon  vouloir  pour  mon  mal  abaissier, 

i6o  Joye  me  rende. 

Et  entendis  qu'Amours  pour  ma  besongne 

S^employera,  belle,  sanz  faire  alongne, 

A  celle  fin  qu'encor  mieulx  vous  tesmongne 

164  Que  je  dis  voir, 

Vueillez,  m'amour,  sans  en  avoir  vergongne, 
Me  commander  que  pour  vous  m'embesongne 
En  quelque  cas,  ne  point  n'en  ait  ressongne 

168  Vo  bon  vouloir, 

Car  je  vous  jur  que  se  daignez  avoir 
t'iance  en  moy  si  que  peusse  savoir 
Aucune  riens  qui  vous  pleust,  tant  valoir 

172  Toute  Eourgongne, 

Se  moye  estoit,  ne  me  pourroit  d'avoir 
Com  se  de  vous  peusse  recevoir 
Aucun  command,  car  a  aultre  chaloir 

176  Mon  cuer  ne  songne. 

Plus  ne  vous  sçay  que  dire,  belle  née: 
Tout  vostre  suis,  non  pas  pour  une  année 
Tant  seulement,  mais  tant  que  soit  finée 

180  Ma  vie  lasse. 

Si  vous  plaise  que  paix  me  soit  donnée 
De  la  guerre  d'amours  qu'ont  ordenée 
Voz  très  doulx  yeulx  et  beauté  affinée. 

184  Dieu  par  sa  grâce 

Vous  doint  joye  et  tout  bien,  et  a  moy  face 
Tant  de  bonté  que  puisse  en  quelque  place 
Faire  chose  dont  je  soye  a  vo  grâce. 

182   A~  que  ont 


COMPLAINTES    AMOUREUSES 


295 


192 


Tel  destinée 
A  vous  et  moy  doint,  qu'Amours,  qui  enlace 
Maint  gentilz  cuers,  les  nostres  deux  si  lasse 
Que  jamais  jour  ne  vous  en  voye  lasse 

Ne  hors  menée. 


EXPLICIT   COMPLAINTE. 


NOTES 


CENT  BALLADES  (p.  i  à  loo.) 


Nous  avons  déjà  dit  qui^  ce  recueil  avait  été  publié  par  M.  Gui- 
chard  dans  le  Journal  des  Savants  de  Normandie  (1^44,  p.  Syi.) 
Quelques-unes  de  ces  mêmes  ballades  se  trouvent  également  re- 
produites dans  divers  ouvrages  que  nous  devons  indiquer  ici. 

I 

Christine  consent  à  la  prière  de  quelques  amis  à  composer  <3h- 
cuns  beaul:{  di^.  Cette  ballade  a  été  publiée  par  M"^  de  Kéralio 
mais  d'une  façon  fort  incorrecte  (Co//ec//oiî  ii(?5  meilleurs  ouvrages 
composés  par  des  dames,  Paris,  17H7,  in-S»,  III,  p.  52.) 

III 

L'auteur  s'est  évidemment  inspiré  des  Epitres  XVIII  et  XIX  des 
Héroïdes  d'Ovide.  Ce  poète  lui  était  d'ailleurs  très  familier,  comme 
nous  aurons  souvent  l'occasion  de  le  constater. 

V  à  XX 

Ces  ballades  sont  consacrées  à  la  douleur  de  la  veuve  et  à  l'in- 
constance de  la  Fortune.  La  XII"  a  été  publiée  par  M.  Poujoulat 
{Collection  des  Mémoires  relatifs  à  r Histoire  de  France,  I,  p.  584) 
et  par  M"c  de  Kéralio  (Op.  cit.,  III,  p.  53)  et  la  XIX<:  par  la  même 
(III,  p.  54). 

XXI 

Publiée  par  M.  Paulin  Paris  {Manuscrits  français,  V,  p.  132). 


2g8  NOTES 

XXIII  et  XXVI 
Données  par  M"«  de  Kéralio  (Op.  cit.,Ul,  p.  55  et  56). 

XXXI 

Publiée  par  M"e  de  Kéralio  fOp.  cit.,  III,  p.  b-j)  et  par  M.  Paulin 
Paris  (Op.  cit.,  "V,  p.  i52). 

XXXIV 

Jolie  pièce  sur  le  mois  de  mai  (publiée  par  M'i*  de  Kéralio. 
Op.  cit.,  III,  p.  58),  sujet  fort  goûté  de  l'époque  et  qui  a  inspiré  à 
Christine  plusieurs  ballades  dans  lesquelles  elle  trace,  d'après  la 
même  facture,  des  sentiments  divers. 

XLII 

L'idée  exprimée  dans  le  premier  couplet  de  cette  pièce  est  prise 
des  Métamorphoses  d'Ovide  (Livre  XI,  XVIII,  Céyx  et  Alcyone). 

LU 

Pièce  également  inspirée  d'Ovide. 

LIV 

Préceptes  adressés  aux  jeunes  gens  qui  désirent  remplir  les  qua- 
lités requises  des  honnêtes  poursuivants  d'amour.  Les  comparer 
aux  commandements  de  la  chevalerie  donnés  plus  loin  dans  la 
ballade  LXIV. 

LVII 

Quel  est  ce  personnage  dont  Christine  trace  avec  esprit  le  por- 
trait ironique?  Quel  est  ce  chevalier  qui  se  piquait  d'aimer  les  let- 
tres et  auquel  on  reprochait  sa  médisance  et  son  peu  d'ardeur  au 
métier  des  armes? 

M.  Paulin  Paris,  qui  a  publié  cette  ballade  (Manuscrits  françois, 
V,  p.  i55)  s'est  demandé  si  elle  ne  visait  pas  Guillaume  de  Ma- 
chaut.  L'hypothèse  ne  nous  paraît  pas  admissible,  ce  poète  n'ayant 
pu  être  le  contemporain  de  Christine,  puisque  l'époque  de  sa  mort, 
bien  que  n'étant  pas  déterminée  d'une  façon  certaine,  ne  peut  ce- 
pendant être  reculée  au-delà  de  i38o  et  que  notre  ballade  n'a  cer- 
tainement pas  été  composée  avant  i3y4. 


NOTES  299 

LXI 

lo  et  Jupiter  (Métamorphoses  d'Ovide,  ï,  VIII). 

LXIV 

Cf.  avec  une  autre  pièce  de  Christine  sur  le  même  sujet,  Autres 
Balades,  N"  L,  p.  264. 

LXXVIII 
Publiée  par  M.  Paulin  Paris  {Op.  cit.,  V,  p.  i55). 

XC 

Adonis  (Métamorphoses  d'Ovide,  X,  VIII). 

XCII 

Eloge  d'un  chevalier  que  Christine  compare  aux  neuf  héros  qui 
ont  été  choisis  dès  les  premières  années  du  xiv«  siècle  comme  les 
types  de  la  vaillance  et  ont  donné  lieu  à  la  légende  des  neuf  preux 
(Voy.  Bulletin  de  la  Société  des  Anciens  Textes,  i883,  pp.  45-54). 

XCIII 

Au  vers  10  de  cette  pièce  il  a  été  imprimé  par  erreur  Ottonien 
pour  Otlovien,  c'est-à-dire  Octavien,  premier  nom  de  l'empereur 
Auguste. 

XCIV 

Le  refrain  de  cette  ballade  est  un  des  proverbes  les  plus  répan- 
dus de  l'époque  (voy.  des  exemples  analogues  dans  Leroux  de  Lincy, 
Livre  des  Proverbes,  1,  p.  240). 

XCV 

Elle  a  été  publiée  par  M.  Leroux  de  Lincy  (Chants  hist.  Paris, 
1841,  I,  p.  276  à  278). 

Cette  pièce  qui  exprime  si  bien  toute  la  part  que  Christine  pre- 
nait à  la  douleur  publique,  a  du  être  composée  au  commencement 
de  l'année  1394  quelque  temps  après  ce  funeste  diveriissement  de 
cour  connu  dans  l'histoire  sous  le  nom  de  «  ballet  des  Ardenls  »  et 
qui  frappa  si  vivement  l'imagination  du  roi. 


300  NOTES 

XCVII 

Christine  s'élève  encore  une  fois  contre  la  fragilité  des  dons  de 
la  Fortune  et  invoque  à  l'appui  l'autorité  de  Boëce  qui  a  consacré 
au  triomphe  de  cette  thèse  générale  les  deux  premiers  livres  de 
son  u  de  Consoiatione  philosophica  ».  Elle  oppose  avec  raison  aux 
biens  de  la  Fortune  ceux  qui  sont  le  partage  de  la  Nature  et  met 
en  avant  l'opinion  d'Aristoie  qui  fait  de  la  mémoire  l'une  des  plus 
précieuses  qualités.  Le  grand  philosophe  dit  en  effet  au  début  de 
sa  Métaphysique  : 

«  Le  genre  humain  a  pour  se  conduire  l'Art  et  le  Raisonnement. 

«  C'est  de  la  mémoire  que  pour  les  hommes  provient  Texpérience. 
«  En  effet,  plusieurs  souvenirs  d'une  même  chose  constituent  une 
«  expérience.  Or,  l'expérience  ressemble  presque,  en  apparence,  à 
«  la,  science  et  à  l'art.  C'est  par  l'expérience  que  la  science  et  l'art 
«  font  leurs  progrès  chez  les  hommes  ». 

XCVIII 

Pièce  entièrement  philosophique  et  à  la  louange  de  la  Science 
qui  est  la  source  de  tous  les  biens  et  de  toutes  les  richesses;  le 
début  de  la  ballade  est  emprunté  à  Aristote  qui  a  formulé  en  tête 
de  sa  Métaphysique  la  même  pensée  :  «  Tous  les  hommes  ont 
naturellement  le  désir  de  savoir  ».  Ce  début  a  d'ailleurs  été  repro- 
duit dans  un  grand  nombre  de  compositions  du  moyen  âge;  Dante, 
l'a  employé  dans  le  Convivio,  Richart  de  Fournivai  dans  son  Bes- 
tiaire ou  Arrière  Ban,  etc.  (Voy.  Bulletin  de  la  Société  des  An- 
ciens Textes,  1879,  p.  84). 


Publiée  par  MUe  de  Kéraiio  (Op.  cil  ,  III,  p.  59)  et  par  M.  Paulin 
Paris  (Op.  cit.,  V,  p.  149). 


VIRELAIS  (p.  loi  à  n8.). 

IV 

Cf.  Cent  Ballades,  VU,  X  et  XII. 

X 

Public  par  M.  Paulin  Paris  {Op.  cit.,  V,  p.   i56). 


NOTES  3oj 

XII  et  XVI 

Dans  ces  deux  virelais  Christine  s'élève  avec  une  grande  fran- 
chise contre  les  défauts  et  les  vices  de  son  siècle;  elle  ne  craint 
pas  de  s'adresser  au  plus  nobles,  aux  plus  puissants  et  ses  réticen- 
ces sont  presque  des  désignations  : 

..  et  se  l'en  me  demande 
Quelz  gens  ce  sont,  vérité  dire  n'ose 
Four  leur  grandeur,  mais  Dieux  scet  toute  chose. 


BALLADES  D'ÉTRANGES  FAÇONS  (p.  119  à   124). 

Ballade  rétrograde. 

Publiée  incomplètement  et  fort  incorrectement  par  M'ie  de  Kéra- 
lio  (Op.  cit.,  III,  p.  60),  cette  ballade  consiste  simplement  dans  un 
assemblage  de  mots  qui  permet  de  prendre  chaque  vers  par  la  fin 
et  de  recomposer  ainsi,  sans  en  altérer  le  sens,  une  pièce  égale- 
ment rimée. 

Ballade  à  rimes  reprises. 
La  rime  de  chaque  vers  sert  de  premier  mot  au  vers  suivant. 

Ballade  à  réponses. 

C'est  un  dialogue  amoureux,  chaque  vers  renferme  une  interro- 
gation ou  une  exclamation  suivie  d'une  réponse. 

Ballade  à  vers  à  réponses. 

Pièce  également  composée  sous  forme  de  dialogue,  mais  différent 
de  la  précédente  en  ce  sens  que  les  interrogations  et  les  réponses 
alternent  d'un  vers  à  l'autre;  c'est  une  adresse  à  l'Amour  qui  s'ef- 
force de  répondre  aux  reproches  qu'on  lui  oppose  et  engage  à  la 
persévérance  la  personne  qui  l'implore.  Christine  a  trouvé  la  situa- 
tion de  ce  morceau  dans  son  «  DU  de  la  Pasioure  »  où  elle  le  re- 
produit intégralement. 


LAIS  (p.  125  à   145). 

Le  premier  lai,  indiqué  dans  la  rubrique  comme  composé  de  i65 
vers  léonins,  contient   cependant  un  nombre  plus  considérable  de 


3o2  NOTES 

rimes  léonines.  La  composition  des  deux  lais  de  Christine  ne 
nous  paraît  pas  d'ailleurs  avoir  été  établie  sur  un  plan  bien 
déterminé,  c'est  plutôt  un  recueil  de  rimes  qu'une  œuvre  d'en- 
semble; ajoutons  qu'en  tout  cas  l'œuvre  ne  serait  encore  qu'é- 
bauchée, car,  ainsi  que  l'on  pourra  le  remarquer,  la  concordance 
entre  les  paragraphes  d'un  même  couplet  n'est  pas  toujours  par- 
faite et  les  textes  donnés  par  les  différents  mss.  ne  nous  ont  pas 
permis  de  la  rétablir  partout. 


ROiNDEAUX  (p.   147  à  i85). 

Pour  le  rondeau  1  Cf.  Cent  Ballades,  XIV,  v.  i5. 
Les  rondeaux  III,  XXII,  XXIII,  XXXIIF,  ont  été  donnés  par  M!i<î  de 
Kéralio  {Op.  cit.,  JII,  pp.  63  et  64). 
Le  rondeau  LVI  par  M.  Paulin  Paris  (Op.  cit.,  V,  p.  161). 


JEUX  A  VENDRE  (p.  187  à  2o5). 

Les  jeux  i  et  70  ont  été  publiés  par  M.  Paulin  Paris  (Op.  cit.,  V, 
p.  162). 

Les  jeux  10,  12,  18,  21,  23,  26,  35,  37,  42,  5o  et  61,  par  M'ic  de 
Kéralio  (Ojp.  cit.,  III,  pp.  66  à  68.) 


AUTRES  BALLADES  (p.  207  à  269). 


Cf.  Cent  Ballades,  XCWl. 


II  et  III 


Ces  deux  pièces  sont  consacrées  à  l'éloge  de  Charles  d'Albret 
que  Christine  fait  descendre  du  fabuleux  Brutus,  qui,  suivant  la 
légende,  avait  donné  son  nom  à  la  Grande-Bretagne.  On  sait  que 
Charles  d'Albret  était  fils  de  Arnaud-Amanieu,  sire  d'Albret,  et  de 
Marguerite  de  Bourbon,  sœur  de  Jeanne  de  Bourbon,  femme  de 
Charles  V.  11  fut  nommé  connétable  de  France  en  1402,  servit  en 
Guyenne  contre  les  Anglais  (1405-1406),  embrassa  le  parti  des 
Armagnacs,  fut  destitué  (1411)  et  rétabli  dans  sa  charge  en  1413. 


NOTES  3o3 

Il  mourut  à  la  bataille  d'Azincourt  où  il  commandait  l'avant-garde 
le  25  octobre  I4i5.  Ce  prince  aurait  recueilli  en  héritage  toutes 
les  qualités  de  son  ancêtre  Brutus  et  paraîtrait  aux  yeux  de  Chris- 
tine le  modèle  du  chevalier  le  plus  accompli  (Voy.  encore  la  bal- 
lade XVI},  elle  exalte  surtout  son  courage  à  soutenir  la  réputation 
des  dames  et  fait  allusion  (Dont  vous  porte^  la  dame  en  verde 
large)  à  une  célèbre  association  dont  il  était  l'un  des  plus  fervents 
compagnons,  l'ordre  de  chevalerie  appelé  VEscu  vert  a  la  dame 
blanche  et  institué  par  le  maréchal  de  Boucicaut  à  son  retour 
d'Orient  le  ii  avril  (jour  de  Pâques  fleuries)  i3gg.  Les  treize 
chevaliers  de  cet  ordre  avaient  juré  de  défendre  l'honneur  des  dames 
envers  et  contre  tous  et  devaient  porter  «  chascun  d'eulx  liée  au- 
tour du  bras  une  targe  d'or  esmaillée  de  verd,  a  tout  une  dame 
blanche  dedans  »  (Voy.  les  statuts  de  cette  association  dans  le 
Livre  des  faicts  du  Mareschal  de  Boucicaut ,  r°partie,chap.  XXXIX). 
Ainsi  que  nous  l'avons  exposé  dans  la  préface  de  ce  volume  la  dé- 
fense de  l'honneur  des  femmes  était  un  des  thèmes  favoris  de 
Christine  de  Pisan,  on  y  peut  rattacher  également  la  composition 
des  ballades  IV  et  XII  qui  suivent. 

VI 

Les  veuves  sont  abandonnés  de  tout  le  monde,  Christine  fait  ici 
allusion  aux  démêlés  qu'elle  eut  à  subir  avec  des  débiteurs  de  mau- 
vaise foi,  circonstances  dans  lesquelles  elle  regrette  amèrement  de 
n'avoir  trouvé  aucun  soutien,  aucun  bon  conseil. 

XI 

Eloge  d'une  princesse,  probablement  ia  reine  Isabelle  de  Bavière 
que  Christine  nomme  généralement  s  ma  redoubtée  dame  »  (voy. 
plus  loin  Ballade  XVUl). 

XII 

Cette  pièce  a  été  composée  en  l'honneur  des  chevaliers  qui  défen- 
dent ia  réputation  des  dames.  Les  personnages  que  cite  Ciiristine 
faisaient  partie  de  la  célèbre  association  V Escu  vert  a  la  dame 
blanche  dont  nous  avons  parlé  plus  haut. 

Jean  de  Torsay,  seigneur  de  Lezay,  de  la  Mothe  Sainte  Heraye  et 
de  la  Roche  Ruffin,  chevalier,  maître  des  Arbalestriers  de  France, 
chambellan  du  roi  et  du  duc  de  Berry,  sénéchal  de  Poitou,  servit 
en  Guyenne  avec  le  connétable  d'Albret,  vint  à  Paris  en  i4o5  avec 
cent  hommes  d'armes  sous  les  ordres  du  duc  de  Berry,  fut  nommé 
maître  des  Arbalestriers  de  France  le  8  janvier  141 5.  Destitué   par 


304  NOTES 

la  faction  de  Bourgogne  en  1418,  il  s'attacha  à  la  personne  du 
Dauphin,  devint  capitaine  de  Saint-Maixent  en  1423  et  mourut  peu 
après  142B.  Il  avait  épousé  Marie  d'Argenton,  veuve  de  Bertrand 
de  Caselers  et  fille  unique  de  Jean  d'Argenton,  seigneur  d'Hériçon 
et  de  GascognoUes.  (P,  Anselme,  VIII,  p    69). 

François  d'Aubiscourt,  chevalier,  seigneur  de  Ville-Oiseau,  était 
chambellan  du  duc  de  Bourbon.  Il  épousa  le  27  avril  140/,  Jeanne 
Flotte,  fille  d'Antoine  Flotte,  chevalier,  seigneur  de  Revel,  de  Mon- 
tcresson,  etc.  (P.  Anselme,  VI,  p.  277).  Il  était  le  fils  du  brave 
chevalier,  messire  Eustache  d'Aubiscourt,  souvent  cité  dans  Frois- 
sart  et  dont  les  amours  furent  célèbres  (Kervyn  de  Leitenhove, 
Étude  sur  Froissart,  11, p.  32). 

Bernard  de  Castelbajac,  fils  de  Arnaud-Raymond  de  Castelbajac 
et  de  Jeanne  de  Barbasan,  chevalier,  seigneur  de  Castelbajac,  etc.. 
sénéchal  de  Bigorre,  fut  institué  héritier  de  son  oncle  maternel, 
Arnaud-Guilhem  de  Barbasan,  par  testament  du  10  août  1410.  Il 
était  encore  en  142C  sénéchal  de  Bigorre.  (La  Chenaye-Desbois  et 
Badier,  IV,  p.  770). 

XIII 

Sur  un  cas  d'amour.  La  même  espèce  est  posée  dans  le  Dit 
des  Trois  Jugements  et  forme  le  premier  des  trois  cas  d'amour 
soumis  à  l'appréciation  du  sénéchal  de  Hainaut. 

XIV 

Invocation  à  Pallas.  Christine  traduit  ici  la  même  pensée  qui  lui 
avait  déjà  inspiré  la  ballade  VII. 

XVII 

Cette  ballade  a  été  composée  contre  les  hommes  insidieux  et 
menteurs.  L'auteur  fait  dès  les  premiers  vers  allusion  à  l'aventure 
d'Ulysse  chez  Circé.  C'est  encore  une  flétrissure  des  défauts  et  des 
vices  du  siècle  dont  on  trouve  si  souvent  le  modèle  dans  les  poé- 
sies d'EuGtache  Deschamps.  (Voy.  aussi  plus  loin  la  ballade  XLl). 

XVllI,  XIXet  XX 

Ces  ballades  ont  été  adressées  comme  présents  et  souhaits  de 
nouvelle  année.  Les  envois  de  compliments  et  de  vœux  se  faisaient 
toujours  le  i"  janvier.  Nous  en  trouvons  la  preuve  dans  les  inven- 
taires de  la  librairie  du  duc  de  Berry  où  nous  voyons  Christine  de 


NOTES  3o5 

Pisan    elle-même  offrir  certains  de    ses  ouvrages  en   étrennes,  le 
ler  janvier. 

La  première  de  ces  ballades  est  envoye'e  a  la  reine  Isabelle  de  Ba- 
vière, la  seconde  à  Louis  de  France,  duc  d'Orléans  ;  quant  à  la 
troisième  elle  a  été  composée  à  l'intention  de  Marie  deBerry,  fille 
du  duc  Jean  de  Berry,  l'un  des  plus  puissants  protecteurs  de  Chris- 
tine. On  sait  que  cette  princesse  avait  épousé  en  1400  Jean  !«''  duc 
de  Bourbon  auquel  elle  apporta  en  dot  le  duché  d'Auvergne  et  le 
comté  de  Monlpensier. 

XXI 

Christine  offre  en  étrennes  à  Charles  d'Albret  une  transcription 
de  son  poème  du  Débat  de  deux  Amans.  Cet  exemplaire  même 
doit  être  le  ms.  1 1034  '^^  '^  Bibliothèque  royale  de  Bruxelles  en  tête 
duquel  se  trouve  placée  la  présente  ballade. 

XXII 

M.  Paulin  Paris  en  a  donné  le  texte  dans  ses  Manuscrits  français, 
V,  p.  i56. 

Christine  place  son  fils  aîné  sous  la  protection  du  duc  d'Orléans. 
Cette  ballade  nous  apprend  aussi  que  le  comte  de  Salisbury  avait 
emmené  à  la  cour  d'Angleterre  le  fils  de  Christine.  Bien  que  Ri- 
chard II  eût  été  détrôné  (septembre  iScjcj)  et  le  comte  de  Salisbury 
décapité,  Henri  de  Hercford,  duc  de  Lancastre,  usurpateur  de  la 
couronne,  avait  retenu  auprès  de  lui  l'enfant  de  la  célèbre  femme; 
mais  la  mère  réclama  bientôt  son  fils,  qui  dut  revenir  en  France, 
après  une  absence  de  3  ans,  en  1400  ou  1401. 

XXVI 

Cette  ballade  sur  les  douceurs  du  mariage  a  été  publiée  par  M.  R. 
Thomassy,  Essai  sur  les  Ecrits  politiques  de  Christine  de  Pisan, 
p.  107. 

XXVIII  cf.  XXV 

XXIX,  XXX  et  XXXI 

Sur  le  combat  de  sept  chevaliers  fiançais  contre  sept  chevaliers 
anglais.  (Voy.  dans  Jean  Juvenal  des  Ursins  le  récit  de  cet  engage- 
ment qui  eut  lieu  à  Montendre  près  de  Bordeaux  le  ig  mai  1402. 
Ces  trois  ballades  ont  été  publiées  par  M.  Leroux  de  Lincy  dans  la 
Bibl.  de  l'École  des  Chartes,  l,  p.  37g  et  suiv.,  et  la  troisième  seu- 

T.  I  20 


s^ 


3o6  NOTES 

lement   dans   son    Recueil   de   chants  historiques,   I,  p.  280;    la 
XXXe  a  été  en  outre  donnée  par  M'ie  de  Kéralio,  III,  p.  61.) 

La  première  ballade  a  été  composée  en  l'honneur  du  duc  d'Or- 
léans qui  avait  présidé  lui-même  aux  préparatifs  de  la  victoire 
remportée  par  les  sept  chevaliers  de  sa  maison,  la  seconde  est  à  la 
louange  des  chevaliers  et  la  troisième  s'adresse  aux  dames  qui  ont 
été  l'objet  du  combat. 

Voici  les  noms  des  champions  français  que  Christine  de  Pisan 
glorifie  dans  ces  ballades  : 

lo  Arnauld  Guillem  de  Barbazan,  gouverneur  de  Champagne,  de 
Brie  et  de  Laonnais,  prit  une  part  active  et  glorieuse  aux  guerres 
du  xve  siècle,  Charles  VII  en  fit  son  premier  chambellan  ;  il  était 
le  chef  des  chevaliers  français  dans  le  combat  dont  il  est  ici  ques- 
tion. Il  défendit  toujours  la  cause  royale  et  on  l'avait  surnommé  le 
«  chevalier  sans  reproche  ».  Il  fut  tué  à  la  bataille  de  Buignéville 
près  de  Nancy  le  2  juillet  143  i.  (Paulin  Paris,  Manuscrits  français , 
II,  p.  i37). 

20  Guillaume  du  Chastel,  chambellan  de  Charles  VI  et  du  duc 
d'Orléans,  se  distingua  dans  plusieurs  expéditions  heureuses  con- 
tre Jersey,  Guernesey  et  Plymouth,  mais  fut  vaincu  et  blessé  à 
mort  dans  une  attaque  contre  Darmouth  (1404). 

30  Guillaume  Bataille,  chevalier,  sénéchal  du  comté  d'Angoulême 
et  chambellan  du  duc  d'Orléans.  Vivait  encore  en  1410.  (Bibl. 
Nat.  Pièces  orig.,  212). 

40  Guillaume  de  la  Champagne,  chevalier,  seigneur  d'Apilly, 
chambellan  du  duc  d'Orléans,  puis  de  Charles  VI;  il  faisait  pres- 
que toujours  partie  de  la  suite  du  duc  d'Orléans  et  accompagna  ce 
prince  dans  le  voyage  qu'il  fit  en  1403  «  es  parties  de  Lombardie 
et  d'Ytale  »;  nommé  capitaine  de  la  ville  et  chastel  d'Avranche  le 
26  août  1404.  (Bibl.  Nat.  Pièces  orig.,  662). 

50  Archambault  de  Villars,  écuyer,  maître  d'hôtel  du  duc  d'Or- 
léans (1402-1409),  capitaine  de  Pontorson,  envoyé  en  Allemagne 
le  28  juillet  1406  par  le  duc  d'Orléans  «  pour  aucunes  besoignes 
qui  grandement  nous  touchent  »,  capitaine  de  Blois  en  1408  et 
1414.  (Bibl.  Nat.  Pièces  orig.,  3oo2). 

6°  Pierre  deBrebant,  dit  Clignei,  seigneur  de  Landreville,  lieute- 
rrant  général  en  Champagne,  chambellan  du  roi,  nommé  amiral 
de  France  en  1403,  mort  vers  1430. 

70  Ivon  de  Karouis,  chevalier  breton. 

Les  sept  chevaliers  anglais  étaient,  le  seigneur  de  Scales.  Aymont 
Cloiet,  Jean  Fleury,  Thomas  Trayes,  Robert  de  Scales,  Jean  Héron 
et  Richard  Witevaie.  (Leroux  de  Lincy.  Recueil  de  chants  histor., 
I,  p.  280). 


NOTES  3 07 


XXXIII 

Cette  ballade  est  adressée  à  Jean  de  Werchin,  sénéchal  de 
Hainaut,  dont  nous  retrouverons  le  nom  sons  la  plume  de 
Christine  qui  le  choisit  souvent  comme  arbitre  de  questions 
controversées  et  fort  délicates.  (Voy.  surtout  le  Dit  des  Trois 
Jugements);  c'était  d'ailleurs  l'un  des  chevaliers  les  plus  renom- 
més et  les  plus  entreprenants  de  son  époque.  La  présente  pièce 
fait  l'éloge  de  son  courage  indomptable  qui  l'entraînait  sans  cesse 
à  courir  de  nouveaux  dangers,  elle  se  rapporte  sans  doute  au  célè- 
bre cartel  du  mois  de  juin  1402  par  lequel  le  sénéchal  de  Hainaut 
s'engageait  à  se  trouver  à  Coucy  au  mois  d'août  suivant  et  à  atten- 
dre devant  le  château  quiconque  voudrait  mesurer  ses  armes  avec 
lui.  (Voy.  Monstrelet,  I,  chap.  VIll). 

XXXIV 
Publiée  par  M"e  de  Kéralio  (Op.  cit.,  III,  p.  62). 

XXXV 
Reproduite  dans  le  Dit  de  la  Pastoure. 

XXXVI 

Christine  fait  hommage  à  la  reine  Isabelle  de  Bavière  de  l'une 
de  ses  œuvres,  peut-être  le  Débat  de  deux  Amans. 

XXXVII 

Cette  ballade,  ainsi  que  le  rondeau  qui  la  précède  (publié  par 
Thomassy,  Op.  cit.,  p.  108),  se  rattache  a  la  polémique  de  Christine 
contre  le  Roman  de  la  Rose. 

XLII 

Cette  ballade  a  élé  publiée  par  M.  Thomassy  lOp.  cit.,  p.  i'i\) 
et  par  M.  Leroux  de  Lincy  dans  son  Recueil  de  chants  historiques, 
I,  p.  289  à  292. 

Le  duc  de  Bourgogne,  dont  Christine  pleure  la  mort,  est  Phi- 
lippe le  Hardi,  quatrième  fils  de  Jean,  roi  de  France,  et  de  Bonne  de 
Luxembourg,  né  le  1 5  janvier  1342,  marié  à  Marguerite,  fille  uni- 
que et  héritière  de  Louis  de  Maie,  comte  de  Flandre.  Il  mourut  le 
27  avril  1404  au  château  de  Hall  en  Hainaut;  grand  admirateur  de 
Christine  de  Pisan,  il  fut  l'un  de  ses  plus  généreux  prolecteurs. 
Celle-ci   d'ailleurs    ne   tarissait  pas   en  éloges  sur  sa   personne  et 


3o8  NOTES 

sur  sa  cour  (voy.  la  ballade  XXXVIII).  Pour  répondre  à  son 
désir  elle  avait  commencé  à  écrire  en  cette  même  année  1404  le 
Livre  des  fais  et  bonnes  mœurs  du  Roy  Charles  le  Sage,  et  c'est 
avec  un  désespoir  presque  prophétique  que  se  traduit  dans  la  pré- 
sente ballade  l'expression  de  sa  vive  douleur,  à  laquelle  elle  associe 
celle  du  roi,  de  la  reine,  du  duc  de  Berry,  de  Louis  d'Orléans,  du 
jeune  duc  de  Bretagne  (Jean  VI)  désormais  privé  des  sages  conseils 
et  de  la  puissante  sollicitude  de  son  tuteur. 

XLIX 

Pièce  composée    à  l'occasion    de  ballades  sanglantes  contre  les 
princes,  dont  Christine  redoutait  les  mauvais  effets  sur   le  peuple. 

L 
Cf.  Cent  Ballades,  LXIV. 


ENCORE  AUTRES  BALLADES  (p.  271  à  279). 

IX 

Cette  ballade  et  les  deux  rondeaux  (VII  et  VIK),  qui  la  précèdent, 
concernent  le  duc  Jean  I"  de  Bourbon,  né  en  mars  i382  et  qui 
succéda  en  1410  à  son  père  Louis  II.  Il  avait  épousé,  en  1400,  Ma- 
rie de  Berry  qui  lui  apporta  en  dot  le  duché  d'Auvergne  et  le  comté 
de  Montpensier.  Prince  d'un  courage  éprouvé,  comme  le  témoigne 
sa  glorieuse  campagne  de  141 3  contre  des  compagnies  de  brigands, 
il  devait  aussi  posséder  quelques  qualités  littéraires  auxquelles 
Christine  fait  allusion  dans  le  rondeau  VII,  mais  il  se  distingua 
surtout  par  son  humeur  galante  et  aventureuse  qui  l'entraîna  dans 
les  «  emprises  »  les  plus  extraordinaires.  C'est  ainsi  que  le  i"  janvier 
1415  il  fit  publier  un  cartel  par  lequel  lui  et  seize  chevaliers  et 
écuyers  s'engageaient  à  porter  à  la  jambe,  en  l'honneur  de  leurs 
dames,  un  fer  de  prisonnier,  d'or  pour  les  chevaliers  et  d'argent 
pour  les  écuyers.  Ces  fers  votifs  devaient  être  conservés  pendant 
deux  années  entières  s'il  ne  se  présentait  avant  cette  époque  un 
nombre  égal  de  chevaliers  et  d'écuyers  pour  s'en  rendre  maîtres  et 
les  enlever  après  un  combat  à  outrance.  Mais  le  duc  de  Bourbon 
fut  fait  prisonnier  l'année  même  à  la  bataille  d'Azincourl  et  em- 
mené à  Londres  où  il  mourut  en  captivité  au  mois  de  janvier  1434. 


TABLE 


Pages. 
Introduction ^  "^  :<xxvii 

CENT  BALADES 

I.  _  Pour  acomplir  leur  bonne  voulenté i 

II.  Digne  d'estre  de  lorier  couronné 2 

III.  —  Voyez  comment  amours  amans  ordonne! 3 

IV.  —  En  traïson,  non  pas  par  vacellage 4 

V.  —  Quant  cil  est  mort  qui  me  tenoit  en  vie 5 

VI.  —  Et  si  ne  puis  ne  garir  ne  morir 7 

VII.  —  Qui  ma  vie  tenoit  joyeuse 8 

VIII.  —  C'est  bien  raison  que  me  doye  doloir g 

IX.  —  Que  mes  griefs  maulx  soyent  par  toy  délivre.  10 

X.  —  Puis  que  Fortune  m'est  contraire 11 

XI.  —  Seulete  suy  sanz  ami  demourée 12 

XII.  —  Que  ses  joyes  ne  sont  fors  que  droit  vent ....  1 3 

XIII.  —  Car  trop  griefment  est  la  mer  périlleuse 14 

XIV.  —  Qu'a  tousjours  mais  je  pleureray  sa  mort i5 

XV. Puis  qu'ay  perdu  ma  doulce  nourriture 16 

XVI.  —  C'est  souvrain  bien  que  prendre  en  pacience.  17 

XVII.  —  Cuer  qui  en  tel  tristour  demeure 18 

XVIII.  —  Car  trop  grief  dueil  est  en  mon  cuer  remais.  ig 

XIX.  —  De  faire  ami,  ne  d'amer 20 

XX.  —  Encor  n'en  suis  pas  a  chief 21 

XXI.  —  Qu'a  peine  le  puis  escondire 22 

XXII.  —  De  rertuser  ami   si  gracieux 23 

XXIII.  —  Certes  c'est  cil  qui  tous  les  autres  passe 24 

XXIV.  —  Car  vous  tout  seul  me  tenez  en  leece 25 

XXV.  —  Helas  !  que  j'aray  mautemps  ! 26 


3  10  TABLE 

XXVI.  —  Les  mesdisans  qui  tout  veulent  savoir 27 

XXVII.  —  J'en  ay  fait  a  maint  reffus 28 

XXVIII.  —  Pour  le  désir  que  j'ay  de  vous  veoir 2g 

XXIX.  —  Par  Dieu,  c'est  grant  grâce 3o 

XXX.  —  Qu'a  vraye  amour  puissent  faire  grevance...  3i 

XXXI.  —  Je  vueil  quanque  vous  voulez 32 

XXXII.  —  Se  demeurez  loing  de  moy  longuement 33 

XXXIII.  —  Puis  que  partir  vous  convient 34 

XXXIV.  —  Pour  la  doulçour  du  jolis   moys  de  May 35 

XXXV.  —  Tant  ont  a  durer  mes  peines 35 

XXXVI.  — Et  qui  pourroit  telle  amour  oublier  r 37 

XXXVII.  —  Et  si  ne  m'en  puis  partir 38 

XXXVIII.  —  Puis  que  le  terme  est  passé 39 

XXXIX.  —  Il  en  pert  a  ma  coulour. .    40 

XL.  —  Pour  un  seul  bien  plus  de  cinq  cens  doulours.  41 

XLI.  —  Ne  plus,  ne  mains  ne  que  s'il  estoit  mort 42 

XLII.  —  Cil  nonce  aux  gens  mainte  chose  notable. ...  43 

XLUI.  —  Ce  me  fait  la  maladie 44 

XLIV.  —  Je  m'en  sçay  bien  a  quoy  tenir 45 

XLV.  —  Et  a  la  fois  grant  joye  aporte 46 

XLVI.  —  Ne  nouvelles  ne  m'en  vient 47 

XLVII.  —  Puis  qu'il  m'a  mis  en  nonchaloir 48 

XLVIII.  —  Je  ne  m'i  vueil  plus  tenir 4g 

XLÎX.  —  Vous  me  ferez  d'environ  vous  foïr 5o 

L.  —  Je  m'en  raport  a  tous  sages  ditteurs 5 1 

LI.  —  Ce  poise  moy  quant  ce  m'est  avenu 52 

LII.  —  Et  que  jamais  leur  meschance  ne  fine 53 

LUI.  —  Qui  plus  se  plaint  n'est  pas  le  plus  malade...  54 

LIV.  —  Ainsi  sera  grance  en  vous  assouvie 55 

LV.  —  Car  le  volage  d'oultremer 

A.  fait  en  amours  maint  dommage 56 

LVI.  —  Car  l'ceuvre  loe  le  maistre 57 

LVII.  —  Jusques  a  tant  que  je  le  reverray 58 

LVIII.  —  Ha  Dieux!  Ha  Dieux!  quel  vaillant  chevalier!.  Sg 

LIX.  —  Sont  ilz  aise?  certes  je  croy  que  non 60 

LX.  —  Mais  vous  parlez  comme  gent  pleins  d'envie.  6i 
LXI.  —  Mais  il  n'est  nul  si  grant  meschief 

Qu'on  ne  traye  bien  a  bon  chief 62 

LXII.  —  De  moy  laissier  ainsi  pour  autre  amer 63 

LXIII.  —  A  il  doncques  tel  guerredon  ? 64 

LXIV.  —  Qui  maintenir  veult  l'ordre  a  droite  guise...  65 

LXV.  —  Ne  me  vueilliez,  doulce  dame,  escondire 66 

LXVI.  —  Et  vous  retien  pour  mon  loial  ami 67 

LXVII-  —  Hé  Dieux  medoint  pouoir  du  desservir! 68 


TABLE  0  1  I 

LXVIII.  —  Dame,  pour  Dieu,  mercy  vous  cry 6g 

LXIX.  —  Sire,  de  si  tost  vous  amer 70 

LXX.  —  Que  vigour  et  cuer  me  fault 71 

LXXI.  —  Doulce  dame,  je  me  rens  a  vous  pris 71 

LXXII.  —  Ne  sçay  qu'on  vous  a  raporté 72 

LXXIII.  —  Las  !  que  feray,  doulce  dame,  sanz  vous? 78 

LXXIV.  —  Je  vous  laisse  mon  cuer  en  gage 74 

LXXV,  —  Ne  vous  oubli  je  nullement     70 

LXXVL  —  De  son  ami,  désirant  qu'il  reviegne 76 

LXXVn.  —  Dame,  qu'a  vous  servir  j'entehdc 77 

LXX  Vin.  —  Qui  tant  de  maulz  et  tant  d'anuis  nous  fait  !..  78 

LXXIX.  —  Si  vous  en  cry  mercy  très  humblement 79 

LXXX.  —  Voulez  vous  donc  que  je  muire  pour  vous  '... .  80 

LXXXL  —  Prenez  en  gré  le  don  de  vostre  amant 81 

LXXXIL  —  Le  dieu  d'amours  m'en  soit  loial  tesmoins.. . .  82 

LXXXin.  —  Ha  desloial  !  comment  as  tu  le  cuer  ? 83 

LXXXI V.  —  Se  vous  me  faittes  tel  grief 84 

LXXXV.  —  Mais,  se  Dieux  plaist,  j'en  seray  plus  prochains.  85 

LXXXVI.  —  Se  les  fables  dient  voir 86 

LXXXVII.  —  A  Dieu  vous  di,  gracieuse  aux  beaulz  yeux...  87 

LXXXVIIL  —  Ce  sera  fort  se  je  vif  longuement  ! 88 

LXXXIX.  —  Ou  autrement  l'amour  est  fausse  et  fainte. ...  89 
XG.  —  Balade  pouetique.   Il  y  morra  briefment,  au 

mien  cuidier 90 

XCI.  —  N'il  n'est  si  bon  qu'ilz  n'y  treuvent  a  dire. ...  91 
XCII.  —  Ainsi  est  il  de  vous  certainement, 

En  qui  Dieux  a  toute  proece  assise 92 

XCIII.  —  Il  a  assez  science  acquise 93 

XCIV.  —  Mais  fol  ne  croit  jusqu'il  prent  94 

XC V.  —  Nostre  bon  Roy  qui  est  en  maladie 95 

XGVI.  —  S'il  n'a  bonté,  trestout  ne  vault  pas  maille 96 

XCVII.  —  Se  font  pluseurs  sages  qui  font  a  croire 97 

XCVIII.  —  Qui  des  sages  font  grant  derrision 98 

XCIX.  —  Dieux  nousy  maint  trestous  a  la  parclose! —  99 

G.  —  En  escrit  y  ay  mis  mon  nom 1 00 


VIREL.WS 

I.  —  Je  chante  par  couverture ici 

I[.  —  Amis,  je  ne  sçay  que  dire 102 

III.  —  Pour  le  grant  bien  qui  en  vous  maint io3 

IV.  —  Comme  autre  fois  me  suis  plainte 104 


3l2  TABLE 

V.  —  Belle  ou  il  n'a  que  redire io5 

VI.  —  Mon  gracieux  reconfort to6 

VII,  —  La  grant  doulour  que  je  porte io8 

VIII.  —  Puis  que  vous  estes  parjure 109 

IX.  —  Je  suis  de  tout  dueil  assaillie 100 

X.  —  Très  doulz  ami,  or  l'en  souviegne m 

XI.  —  En  ce  printemps  gracieux 112 

XII.  —  Se  pris  et  los  estoit  a  départir ii3 

XIII.  —  Dieux  !  que  j'ay  esté  deceûe 114 

XIV.  —  Trestout  me  vient  a  rebours 1 15 

XV.  —  De  meschief,  d'anui,  de  peine 116 

XVI.  —  On  doit  croire  ce  que  la  loi  commande 117 


BALADES  D'ESTRANGE  FAÇON 


Balade  rétrograde 
Acueil  bel  et  agréable 119 

Balade  a  rimes  reprises 
Renge  mon  cuer  qui  fors  vous   ne  désire 120 

Balade  a  responses 
Voire  aux  loiaulz. — Tu  as  dit  voir 121 

Balade  a  vers  a  responses 
Aime  le  ;  si  feras  que  sage 122 


LAYS 

Lay  de  clxv  vers  leonlmes 
Amours,  plaisant  nourriture i25 

Lay 
Si  je  ne  finoye  de  dire i36 


RONDEAUX 

I.  —  Com  turtre  suis  sanz  per  toute  seulete 147 

II.  —  Que  me  vault  donc  le  complaindre  r 148 

III.  —  Je  suis  vesve,  seulete  et  noir  vestue 148 

IV.  —  Puis  qu'ainsi  est  qu'il  me  fault  vivre  en  dueil.  149 
V.—  Quelque  chiere  que  je  face i5o 


TABLE  3 [ 3 

VI.  —  En  espérant  de  mieulx  avoir i5o 

VII.  —  Je  ne  sçay  comment  je  dure i bi 

VIII.  —  Puis  que  vous  vous  en  alez i5i 

IX.  —  Bel  a  mes  yeulx,  et  bon  a  mon  avis i  52 

X.  —  Puis  qu'Amours  le  te  consent 1 53 

XI.  —  De  triste  cuer  chanter  joyeusement i  53 

XII.  —  Pour  ce  que  je  suis  longlains 1 54 

XIII.  —  C'est  grand  bien  que  de  ces  amours i  34 

XIV.  —  M'amour,  mon  bien,  ma  dame,  ma  princesse..  i55 
XV.  —  Quant  je  ne  fois  a  nul  tort i56 

XVI.  —  Doulce  dame,  que  j'ay  long  temps  servie 1 5G 

XVII.  —  .le  suis  joyeux,  et  je  le  doy  bien  estre 157 

XVIII.  —  Rians  vairs  yeulx,  qui  mon  cuer  avez  pris 157 

XIX.  —  Tout  en  pensant  a  la  beauté,  ma  dame ibS 

XX.  — Sage  maintien,  parement  de  beauté 169 

XXI.  —  S'espoir  n'estoit,  qui  me  vient  conforter i5g 

XXII.  —  De  tous  amans  je  suis  le  plus  joyeux 160 

XXIII.  —  Belle,  ce  que  j'ay  requis i6o 

XXIV.  —  Jamais  ne  vestiray  que  noir 161 

XXV.  —  En  plains,  en  pleurs  me  fault  user  mon  temps.  161 

XXVI.  —  Visage  doulz,  plaisant,  ou  je  me  mire 162 

XXVII.  —  A  Dieu,  ma  dame,  je  m'en  vois i63 

XXVIII.  —  A  Dieu,  mon  ami,  vous  command i63 

XXIX.  —  Il  me  semble  qu'il  a  cent  ans i()4 

XXX.  —  Il  a  au  jour  d'ui  un  mois 164 

XXXI.  —  Se  loiaulté  me  puet  valoir 164 

XXXII.  —  Très  doulz  regart,  amoureux,  attraiant i65 

XXXIII.  —  Le  plus  bel  qui  soit  en  France i65 

XXXIV.  —  J'en  suis  d'acort  s'il  vous  plaist  que  je  muire.  166 
XXXV.  —  De  mieulx  en  mieulx  vous  vueil  servir 166 

XXXVI.  —  Helas!  le  très  mauvais  songe 167 

XXXVII.  —  Très  doulce  dame,  or  suis  je  revenu 167 

XXXVIII.  —  Puis  qu'ainsi  est  que  ne  puis  pourchacier.. . .  168 

XXXIX .  —  Doulce  dame,  je  vous  requier 168 

XL.  —  Se  m'amour  voulsisse  ottroier 169 

XLI.  —  De  tel  dueil  m'avez  rempli 169 

XLII.  —  Or  est  mon  cuer  rentré  en  double  peine 1 70 

XLIII.  —  Hé  lune!  trop  luis  longuement 17 1 

XLIV.  —  Amis,  ne  vous  desconfortez. . .    171 

LXV.  —  Souffise  vous  bel  accueil 172 

XLVI.  —  Se  souvent  vais  au  moustier 172 

XLVII.  —  Combien  qu'adès  ne  vous  voie 173 

XLVIll.  —  Comme  surpris 174 

XLIX.  —  Vous  en  pourriez  exillier 174 


3 14  TABLE 

L.  —  Pourattraire lyS 

LI.  —  Amis,  venez  encore  nuit 176 

LU.  —  11  me  tarde  que  lundi  viengne 177 

LïII .  —  Cest  anelet  que  j 'ay  ou  doy 177 

LIV.  —  La  cause  de  mon  annuy 1 77 

LV.  —  Dure  chose  est  a  soustenir 178 

LVI.  —  Cil  qui  m'a  mis  en  pensée  novelle 178 

LVH.  —  Vostre  doulçour  mon  cuer  attrait 17g 

LVIIL  —  Se  d'ami  je  suis  servie 179 

LIX.  —  Chiere  dame,  plaise  vous  ottroier 180 

LX.  —  Vous  n'y  pouez,  la  place  est  prise 180 

LXI.  —  S'il  vous  souffist,  il  me  doit  bien  souffirc 181 

LXiL  —  Source  de  plour,  rivière  de  tristece 182 

LXIII.  —  Bel  et  doulz  et  gracieux 182 

LXIV.  —  Pour  quoy  m'avez  vous  ce  fait? i83 

LXV.  —  S'ainsi  me  dure iB3 

LXVL  —  Amoureux  oeil 184 

LXVll.  —  Madame i«4 

LXVin.  -  Je  vois i83 

LXIX.  -  Dieux i83 


JEUX   A  VENDRE 

I .  —  Je  vous  vens  la  passerose , 1 87 

i,  —            —          la  fueilie  tremblant   187 

3. —           —          la  paternostre 187 

4. —           —          le  papegay 188 

5. —           —          la  fleur  de  mellier 188 

6. —           —          l'esparvier  apris 188 

7, —           —          le  vert  muguet  188 

8.  —  Du  dieu  d'amours  vous  vens  le  dart i8g 

q.  —  Du  pré  d'Amours  vous  vens  l'usage 189 

10.  —  Je  vous  vens  la  fleur  de  lis 189 

II. —           —          du  rosier  la  fueilie 190 

12. —           —          la  turterelle 190 

i3. —           -r-          le  cerf  voulant 190 

14. —           —          le  chappel  de  saulx 190 

I  5. —           —          la  harpe  et  la  lire 191 

16. —            —          les  gans  de  laine 191 

17. —           —         la  fleur  de  parvanche Jgi 

18. —           —          la  rose  amatie 192 

19  —           —          le  pont  qui  se  haulce 192 


TABLE 


3l5 


20.  >-  —          le  panier  d'ozier 192 

21.—  —          Toisellet  en  cage igS 

22. —  —          le  vers  chapellet 193 

23. —  —          la  clere  fontaine iqS 

24. —  —          lechappel  de  soie igS 

23.  —  —          le  cuer  du  lion 194 

26. —  —          la  couldre  qui  ploie 194 

27. —  —          l'anelet  d'or  fin 194 

2.'^.  —  D'un  esparvier  vous  vens  la  longe 194 

29.  —  Je  vous  vens  le  coulomb  ramage igS 

30.  —  —          le  songe  amoureux 195 

3i. —  —          l'aloe  qui  vole 193 

32. —  —          l'espe'e  de  guerre 196 

33,—  —         la  fleur  d'acolie 196 

34.—  —          la  branche  d'olive 196 

35.—  —          la  fleur  d'ortie 196 

36. —  —          le  chapel  de  bievre 197 

37.—  —          la  rose  de  may 197 

38.—  —          la  rieur  de  seûr i97 

39.—  —         la  violete i97 

40. —  —          le  blanc   corbei 198 

41. —  —          l'aloue  volant 198 

42. —  —          le  dyamant 198 

43. —  —          le  tourret  de  nez 198 

44. —  —          la  marjoleine 199 

43. —  —          la  fueille  de  houx 199 

46. —  —          la  blonde  tresce 199 

47. —  —          le  souspir  parfont 199 

48.—  —          le  blanc  orillier 200 

49.—  —          la  voulant  aronde 200 

5o.  —  Du  blanc  pain  vous  vens  la  raie 200 

5c.  —  Je  vous  vens  la  rose  d'Artois 200 

52. —  —          la  colombelle 200 

53.—  —          le  blanc  cueuvrechief 201 

54. —  —          de  soye  le  laz 201 

55. —  —          l'anelet  d'argent 201 

56. —  —          la  fleur  de  glay 202 

57. —  —          la  perle  fine 202 

58.  —  Je  ne  vens  ne  donne  les  yeulz 202 

59.  —  Chascun  vous  vens,  mais  je  vous  vueil  donner 202 

()o.  —  Je  vous  vens  la  fleur  de   peschier 2o3 

61. —  —          du  rosier  la  branche 2o3 

62. —  —          d'Amours  la  prison 2o3 

63. —  —          la  rose  vermeille 2o3 


3l6  TABLE 

64.—  —  plein  panier  de  flours 204 

65. —  —  la  feuille  de  tremble 204 

66. —  Le  saphir  vous  vens  d'Orient 204 

67.  —  F'iours  vous  vens  de  toutes  couleurs 204 

68.  —  Je  vous  vens  le  lévrier  courant 2o5 

69. —  —  la  fleur   mipartie 2o5 

70. —  —  l'escrinet  tout  plein 2o5 


AUTRES  BALADES 

L  —  Car  qui  est  bon  doit  estre  appelle  riche 207 

Éloge  de  Charles  d'Albret. 

IL  —  Si  com  tous  vaillans  doivent  estre 208 

A  Charles  d'Albret. 

IIL  —  Et  Dieux  vous  doint  leur  bon  droit  soustenir.  210 

IV.  —  Et  honneur  en  toutes  querelles 211 

V.  —  Avisons  nous  qu'il  nous  convient  morir 212 

VI.  —  Ne  les  princes  ne  les  daignent  entendre 2i3 

VIL  —  Car  de  Juno  n'ay  je  nul  reconfort 2i5 

VIII.  —  11  veult  trestout  quanque  je  vueil 216 

IX.  —  Amours  le  veult  et  la  saison  le  doit 217 

X.  —  Amours  le  veult  et  la  saison  le  doit 218 

XL  —  Assez  louer,  ma  redoublée  dame, 21g 

XII.  —  Si  qu'a  tousjours  en  soit  mémoire 220 

XIII.  —  Vous  semble  il  que  ce  fausseté  soit  ? 221 

XIV.  —  Juno  me  het  et  meseûr  me  nuit 223 

XV.  —  Se  Dieu  et  vous  ne  la  prenez  en  cure 224 

XVI.  —  A  Charles  d'Albret,  connétable  de  France 

Ce  premier  jour  que  l'an  se  renouvelle 225 

XVII.  —  N'on  n'en  pourroit  assez  mesdire 226 

XVIII.  —  A  la  reine  Isabelle  de  Bavière 

Ce  jour  de  l'an,  ma  redoublée  dame 227 

XIX.  —  A  Louis  de  France,  duc  d'Orléans 

Ce  jour  de  l'an  vous  soiez  estrené 228 

XX.  —  A  Marie  de  Berry,  comtesse  de  Montpensier 

Ce  plaisant  jour  premier  de  l'an  nouvel 229 

XXI.  —  Christine  fait  hommage  à  Charles  d'Albret  de 

son  poème  u.  Du  Débat  de  deux  Amans  » 

Si  le  vueilliez  recepvoir  pour  estreine 23 1 

XXII.  —  Christine  recommande  son  fils  aine  au  duc 

d'Orléans 

Si  le  vueilliez,  noble  duc,  recevoir 232 


TABLE  3  I  7 

XXIII.  —  Faittes  voz  faiz  a  voz  ditz  accorder 233 

XXIV.  —  Le  corps  s'en  va,  mais  le  cuer  vous  demeure.  234 
XXV.  —  Chapiaulx  jolis,  violetes  et  roses, 

Fleur  de  printemps,  muguet  et  fleur  d'amours.  235 

XXVI.  —  Et  certes  le  doulz  m'aime  bien 237 

XXVII.  —  Et  ce  vous  fait  tout  le  monde  plaire 238 

XXVIII.  —  En  ce  jolis  plaisant  doulz  moys  de  May 239 

XXIX.  —  Au  duc  d'Orléans,  sur  le  combat  de  sept  Fran- 
çais contre  sept  Anglais  (ig  mai  1402) 

De  hault  honneur  et  de  chevalerie 240 

XXX.  —  Sur  le  combat  des  sept  chevaliers  français  et 
des  sept  chevaliers  anglais  (i g  mai  1402) 

Sera  retrait  de  leur  haulte  vaillance 241 

XXXI.  —  Même  sujet 

On  vous  doit  bien  de  lorier  couronner 243 

XXXII.  —  A  pou  que  mon  cuer  ne  font! 244 

XXXIII.  —  Au  sénéchal  de  Hainaut,  1402. 

D'entreprendre  armes  et  peine 245 

XXXIV.  —  Apercevoir 

Vueillez  le  voir 246 

XXXV.  —  Vostre  doulceur  me  meine  dure  guerre. 247 

XXXVI.  —  A  la  reine  Isabelle  de  Bavière 

Soit,  sanz  cesser,  toute  joye  mondaine 248 

RoNDEL.  —  Mon  chier  seigneur,  soiez  de  ma  partie 24g 

XXXVII.  —  On  est  souvent  batu  pour  dire  voir 25o 

XXXVIII.  —  Sur  la  Cour  du  duc  Philippe  de  Bourgogne, 

1403. 

Selon  seigneur  voit  on  maignée  duite 25 1 

XXXIX.  —  Car  je  vous  ay  retenue  a  ma  vie 2  52 

XL.  — Je  mourray  se  m'estes  dure 253 

XLI.  —  Qu'en  France  soit  si  meiiçonge  eslevée 254 

XLII.  —  Sur  la  mort  du  duc  de  Bourgogne  (27  avril 

1404J 

Affaire  eussions  du  bon  duc  de  Bourgongne..  255 

XLIIl.  —  El  ne  croyez  flajolz  de  decepveurs 257 

XLIV.  —  Ne  mon  penser  nulle  heure  ne  s'en  part 258 

XLV.  —  Mon  doulx  amy,  d'autre  ne  me  vient  joye....  259 

XLVI.  —  Je  m'en  mettre  a  mon  aise 260 

XLVII.  —  Et  me  vueillez  ottroyer  vostre  amour 261 

XLVIII.  —  Je  le  sçay  bien,  il  fault  que  je  m'en  sente ....  262 

XLIX.  —  Je  dis  que  c'est  pechié  a  qui  le  fait 263 

L.  — S'ainsi  le  faiz,  tu  seras   preux  et  saige 264 

Ll.  —  Et  ait  ou  mal  fort  et  poissant  couraige 266 

LU.  —  C.e  jour  de  May  gracieux  plain  de  joye 267 


3l8  TABLE 

LUI.    —  Q_uantbien  me  doit  venir,  ineseur  l'en  chace.  268 

ENCORE  AULTRES  BALADES 

I.  —  Je  t'ameiay  et  tiendray  chier 271 

II.  —  Certes  trop  m'est  dure  la  départie 272 

III.  —  A  Dieu  te  dis,  amis,  puis  qu'il  le  fault 273 

IV.  —  Et  qui  n'aroit  regrait  a  tel  plaisance 

Et  a  si  très  doulce  amour  esiongner?. 274 

V.  —  Q^uant  chascun  s'en  revient  de  l'ost 273 

VI.  —  Car  de  ce  vueil  savoir  le  compte 276 

VII.  —  Qui  vous  en  a  tant  appris  '! 277 

VIII.  —  Le  plus  bel  des  fleurs  de  liz 277 

IX.  —  De  bien  en  mieulx  vous  puist  il  avenir 278 

COMPLAINTES  AMOUREUSES 

I 

Doulce  damC;  vueiilez  oïr  la  plainte 281 

11 

Vueillïz  oyr  en  pitié  ma  complainte 289 


î-€^l 


ERRATA 


CENT  BALLADES 

IX,  p.   10.  —  Vers  12,  supprimer  le  point  après  servage. 

—  Vers  ig,  supprimer  la  virgule  après  hurlée. 

X,  p.   II.  —  Vers  21,  lire:  Fortune. 

XII,  p.  i3.  —  Vers  21,  il  faut  un  point  à  la  fin  de  ce  vers. 
XVII,  p.  18.  —  Vers  10,  supprimer  le  point  après  non  pareille. 
XXVII,  p.  28.  —  Vers  i3,  il  serait  préférable  de  lire  les  us  au  lieu 

de  le  us. 
XLIV,  p.  45.  —  Vers  11,  t'abuse,  lire  :  cabuse. 
LVI,  p.  57.  —  Vers   i3,  on   peut  encore    faire    la    correction    en 

maintenant  tel  quel  ce  vers  et  en  abrégeant  les  vers  6  et  20. 
LVII,  p.  58.  —  Vers  12    et   i3,   supprimer    la    virgule   après    re- 

querre  et  lire  :  Qii'il  le  convoit  au  lieu  de  Qui  le  connoit, 
LXVI,  p.  68.  —  Vers  20,  supprimer  le  point  après  diffame:^. 
LXXVIII,  p.  78.    —   Vers   17,    on    pourrait   lire   aussi   :   hé    que 
l'avoir! 
—  p.  87.  —  Vers  12,  lire  :  Paris. 

XCIII,  p.  93.  —  Vers  10,  lire  :  Oltovien  (voy.  p.  299,  note.l 


RONDEAUX 

IV,  p.  149.  —  Vens  8,  lire  :  et  d'ueil. 

XIX,  p.  i58.  —   Vers    i,    7  et    12,    supprimer    la    virgule    après 

beauté. 
XLil,  p.  170.  —  Vers  2,  on  peut  supprimer  les  deux  virgules  qui 
entourent  ma  dame. 
—  Vers  3,  numéroter  3  au  lieu  de  J . 

LU,  p.  177.  —  Vers  i,  placer  une  virgule  après  viengne. 
lW,  p.  178,  —  Vers  5,  n'enuy,  lire  :  n'en  nuy. 


320  ERRATA 

LV,  p.  178.  —  Vers  5,    prendre   la  leçon  de  B   et  lire  :  Faire    le 

fault  qui  maintenir. 
LXIX,  p.   i85.  —Vers  5,  lire  plutôt  :  Tieidx. 


JEUX  A  VENDRE 

I,  p.  187.  —  Vers  I,  lire  :  passevose  &n  un  seul  mot. 
6,  p.  188.  —  Vers  5,  l'aserviroie,  lire:  la  serviroie. 
24,  p.  194.  —  Vers  5,  lire  :  Nanti. 

3o,  p.  IQD.  —  Vers  b,  lire  :  anuit  au  lieu  de  a  nuit.. 

AUTRES  BALLADES 

X,  p.  218.  —  Vers  g,  mettre  un  D  majuscule  a  déduit. 

XVI,  p.  225.  —  Vers  12,  trop  court,  ajouter  5e  devant  5/. 

XXI,p.  23i.  —Vers  17,  niendre,  lire  :   mieudre. 

—  Vers  19,  lire  :  Cest,  sans  apostrophe. 

XXVII,  p.  25o.  —  Vers  i3  et  14,  on  pourrait  ponctuer  d'une  autre 
façon  :  Mettre  point  et  virgule  après  souffri,  le  supprimer  après 
de  sens  estait,  et  reporter  le  même  signe  à  la  fin  du  v.  14. 

XL,  p.  253.  —  Vers  6,  il  vaudrait  mieux  lire  :  m'arsure. 

XLV,  p.  25q.  —  Vers  16,  il  est  probable  que  le  scribe  du  ms.  a 
omis  que  et  qu'il  faut  lire  :  n'est  rayson  que  je  doye. 

XLVIII,  p.  262.  —  Vers  i3,  lire  :  Vaggrappe. 

ENCORE    AUTRES   BALLADES 

II,  p.  272.  —  Vers  7,  lire  plutôt  mie  partie  en  deux.  mots. 

—    p.  273.  —  Vers  28,  lire  pour  le  sens  «  en  ses  lyens  »  au  lieu  de 
«  tes  lyens.  » 

COMPLAINTES  AMOUREUSES 

I,  p.  286.  —  Vers  161,  lire  :  Adonc  en  un  seul  mot. 
—  Vers  171,  kf  lire  :  la. 


Publications  de  la  Société  des  anciens  textes  français. 
(En  vente  à  la  librairie  Firmin  Didot  et  G'*,  56,  rue 
Jacob,  à  Paris.) 


Bulletin  de  la  Société  des  anciens  textes  français  (années  1875  à  1886). 
N'est  vendu  qu'aux  membres  de  la  Société  au  prix  de  3  fr.  par  année,  en  pa- 
pier de  Hollande,  et  de  6  fr.  en  papier  whatman. 

Chansons  françaises  du  .v»»«  siècle,  publiées  d'après  le  manuscrit  de  la  Biblio- 
thèque nationale  de  Paris,  par  Gaston  Paris,  et  accompagnées  de  la  musi- 
que transcrite  en  notation  moderne  «par  Auguste  Gevaert  (1875).       Epuisé. 
Il  reste  quelques  exemplaires  sur  papier  Whatman,  au  prix  de 3/  fr. 

Les  plus  anciens  Monuments  de  la  langue  française  (ix»,  x'  siècles),  pu- 
bliés par  Gaston  Paris.  Album  de  neuf  planches  e'.\écutées  pai  la  photogra- 
vure (1875) 3o  fr. 

Brun  de  la  Montaigne,  roman  d'aventure,  publié  pour  la  première  fois  d'après 
le  manuscrit  unique  de  Paris,  par  Paul  Meyer  (1S75; 5  fr. 

Miracles  de  Nostre  Dame  par  personnages,  publiés  d'après  le  manuscrit  de 
la  Bibliothèque  nationale  de  Paris,  par  Gaston  Paris  et  Ulysse  Robert. 
t.  I  à  VU  (1S76,  1877,  1878,  1S79,  1880,  1881,  1882),  le  vol 10  fr. 

Guillaume  de  Paterne,  publié  d'après  le  manuscrit  de  la  bibliothèque  de  l'Ar- 
senal à  Paris,  par  Henri  Michelant    1876) 10  fr 

Deux  Rédactions  du  roman  des  Sept  Sages  de  Rome,  publiées  par  Gaston 
Paris  (1876; S  fr. 

Aiol,   chanson  de  geste  publiée  d'après  le  manuscrit  unique  de  Paris,   par 

Jacques  Nor.mand  et  Gaston   Ravnaud  (1877) 12  fr. 

(Ouvrage  couronné  par  l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres.) 

Le  Débat  des  Hérauts  de  France  et  d'Angleterre,  suivi  de  The  Debate  be- 
tween  the  Heralds  of  England  and  France,  by  John  Coke,  édition  com- 
mencée par  L.  Pannier  et  achevée  par  Paul  Mever  (1877) lo  fr. 

Œuvres  complètes  d'Eustache  Deschamps,  publiées  d'après  le  manuscrit  de  la 
Bibliothèque  nationale,  par  le  marquis  de  Queux  de  Saint-Hilaire,  t.  I, 
H,  HI  et  IV  (1878,  1880,  1882,  1884),  le  vol 12  fr. 

Le  Saint  Voyage  de  Jherusalem  du  seigneur  d'Angiure,  publié  par  François 
B0NNARD0T  et  Auguste  Longnon  (187b) lô  fr. 

Chronique  du  Mo7it-Saint-Michel  {1343-1468),  publiée  avec  notes  et  pièces 
diverses  par  Siméon  Luce,  t.  I  et  U  (187g,  i883),  le  vol 12  fr. 

Elle  de  Saint-Gille,  chanson  de  geste  publiée  avec  introduction,  glossaire  et 
index,  par  Gaston  Ravnaud,  accompagnée  de  la  rédaction  norvégienne  tra- 
duite par  Eugène  Koelbing  ;i879J S  fr. 

Daurel  et  Brton,  chanson  de  geste  provençale,  publiée  pour  la  première  fois 
d'après  le  manuscrit  unique  appartenant  à  M.  A.  F.  Didot,  par  Paul  .Mever 
(i«8o) S  fr. 

La  Vie  de  saint  Gilles,  par  Guillaume  de  Berneville,  poème  du  xiT  siècle,  pu- 
blié d'après  le  manuscrit  unique  de  Florence,  par  Gaston  Paris  et  Alphonse 
Bos  (1  s8i) 10  fr. 

Raoul  de  Cambrai,  chanson  de  geste,  publiée  par  Paul  Mever  et  Auguste 
1-ONc.NOM  (1882) là  fr. 

T.  I  21 


Le  dit  de  la  Panthère  d'Amours,  par  Nicole  de  Margival,  poème  du  xiii^  siè- 
cle, publié  par  Henry  A.  Todd  ii883) 6  fr. 

Les  œuvres  poétiques  de  Philippe  de  Rémi,  sire  de  Beaumanoir,  publiées  par 
H.  SucHiER,t.  l-II  (1884-S5)  , 25  fr. 

Le  premier  volume  ne  se  vend  pas  séparément;  le  second  volume  seul.     i5  fr. 

La  Mort  Aymeri de  Nar bonne,  poème  du  xin«  siècle,  publié  par  J.  Couraye 
DU  Parc  (1884) 10  fr. 

Trois  versions  rimées  de  l'Evangile  de  Nicodème,  publiées  par  G.  Paris  et 
A  B0SUSS3) 8  fr. 

Fragments  d'une  vie  de  saint  Thomas  de  Cantorbery,  publiés  pour  la  pre- 
mière fois  d'après  les  feuillets  appartenant  à  la  collection  Goethals  Vercruysse, 
avec  fac-similé  en  héliogravure  de  l'original,  par  M.  P.  Meyer  (i885).     10  fr. 

Œuvres  poétiques  de  Christine  de  Pisan,  publiées  par  Maurice  Rov,  t.  I 
(1886) 10  fr. 


Le  Mistére  du  Viel  Testament,  publié  avec  introduction,  notes  et  glossaire, 
par  le  baron  James  de  Rothschild,    t.   1,  II,  III,  IV  et   V  (1878,    1879, 

1881,  1882,  i885),levol 10  fr. 

(Ouvrage  imprimé  aux  frais  du  baron  James  de  Rothschild  et  offert 
aux  membres  de  la  Société  J 


Tous  ces  ouvrages  sont  in-8»,  excupté  Les  plus  anciens  Monuments  de  la 
langue  française,  album  grand  in-folio. 

11  a  été  fait  de  chaque  ouvrage  un  tirage  sur  papier  Whatman.  Le  prix  des 
exemplaires  sur  ce  papier  est  double  de  celui  des  exemplaires  en  papier  ordi- 
naire. 

Les  membres  de  la  Société  ont  droit  à  une  remise  de  2  5  p.  100  sur  tous  les 
prix  indiqués  ci-dessus. 


Belles-Lettres,  en  i883. 


Le  Puy.  —  Imprimerie  de  Marchessou  fils,  boulevard  Saint-Laurent,  33. 


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THE  IN8TITUTE  OF  WEDIAEVAL  STUD'CS 

10  ELMSLEY  PLACE 

TORONTO  6,   CAKADA. 


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